L'humour breton
Je vous l'ai déjà dit que j'étais en vacances en Bretagne ? Mais si, dans l' article, là, avec le coup des homards et le comique oublié par Jean-Hugues Anglade. Eh bien là-bas, en plus d'y rencontrer des comiques ringards, j'ai découvert quelque chose que je ne soupçonnais pas.
En Bretagne, on n'a pas d'humoristes. C'est pas grave, on a des idées. Plutôt que de faire venir des comiques parisiens, ou même plutôt que d' acheter un lecteur DVD pour regarder des spectacles de comiques parisiens, les salles des fêtes des municipalités organisent des soirées théâtres gratuites où de jeunes comédiens du cru interprètent les sketchs de nos vedettes. Ou récitent le DVD des sketchs de nos vedettes.
C'est peut-être une coutume très répandue. Quant à moi, je ne connaissais pas, j'ai découvert ça hier soir en me rendant à une salle des fêtes, à Fouesnant ( Finistère, 29 ), accompagné de mon vénérable cousin, pour assister à ce qu'on nous avait décrit comme " le spectacle d'un jeune mime humoriste, allez-y, c'est gratuit ". Tu penses comme je suis frotté les mains d'avance en pensant à l'article infect que j'allais pouvoir écrire après, je le voyais déjà, le papier, plein de " comique de mes couilles " et de " foutre crétin " et d' " abruti de breton " et de " troglodyte de fouesnantais " et de " analphabêtes de comédiens minables " et de " Courtemanche de carnaval à la gomme ", bref, j'avais astiqué mes armes et fourbi mes hystéries, et je m'apprêtais à agiter les bras dans tout les sens en hurlant contre les humoristes régionaux, tenant à la fois du clown de cirque de province et de parodie de Lagaf', plagiant Coluche à tour de bras. Tu penses bien que j'ai été déçu.
C'était effectivement pas terrible. Le couple de comédiens interprétaient " Pour le meilleur et pour le pire ", adaptation à la virgule près de " Ils se sont aimés ", la pièce réunissant Palmade et Laroque. Un petit passage par un sketch de Jean Yanne et un fou rire involontaire sont les seuls changements que j'ai pu constater. Mais enfin, somme toute, ça se tenait, et à défaut d'être génial, c'était ficelé. Comme je connaissais l'original, je suis parti à l'entracte en ayant l'impression d'avoir perdu ma soirée, excepté le moment où une brunette m'a jeté un regard de feu quand je me suis mis à lire à haute voix les petites annonces du tableau qui figurait à la sortie du théâtre. Je les lisais à mon cousin, on fait parfois des trucs étranges.
Il y avait un type qui vendait un piano, deux qui cherchaient à se défaire d 'un accordéon, une dame qui donnait des chatons, une autre des chiots, un qui cherchait à louer un appartement, un qui louait une maison, un qui vendait son PC, un qui vendait une clarinette, un autre une cornemuse ( qui voudrait acheter une cornemuse ? ) et un dernier qui vendait " 1 CB de marque Président, 60 euros ". J'ai traduit ça par " 1 camembert de marque Président ", pour voir à l'ouïe si c'était ça ( intense réflexion faite, s' agit certainement d'une CB, m'a fallu quand même 5 minutes avant de le trouver ), et la fille s'est retournée à ce moment-là. Comme quoi, on peut draguer avec n'importe quoi.
J'ai fini par terminer ma soirée au casino, avec mon budget gaufres pour seule arme de guerre. J'avais donc 4 euros, ce qui me donnait déjà l'air minable, que j'ai perdu à la boule, et ça ne m'a évidemment pas fait rire non plus. Comme quoi, en Bretagne, il n'y a effectivement rien de drôle. L' humour breton est inexistant.
N'y revenons plus.