
La Belgique, ce n'est pas seulement le pays de la bière, du chocolat et des pédophiles. C'est aussi le pays qui a engendré C'est arrivé près de chez vous et Strip-Tease, au confluent desquels semble se positionner l'excellent film Strass, fraîchement sorti dans les salles en cette caniculaire seconde quinzaine d'août 2002. Loin de moi l'idée de noyer cette oeuvre majeure sous l'ombre de ses deux prestigieux héritiers, elle mérite plus que ça, mais tout de même, on a du mal à s'empêcher d'y penser.
L'histoire: une équipe de télévision suit pendant quelques jours, le temps du tournage d'un documentaire lui étant consacré, le professeur d'un conservatoire de théâtre réputé pour ses méthodes anti-conformistes, qu'il nomme "théorigme de la pédagogie ouverte" (tout est presque déjà dit). Evidemment, l'homme s'avère rapidement être un acteur raté, pédant, narcissique, et libidineux pour couronner le tout.
On pense doublement à Strip-Tease, car il est question d'une équipe de télévision, et car le reportage dont on suit l'élaboration pourrait s'il ne s'agissait pas d'une fiction figurer au Panthéon des plus belles réussites de cette émission. Mais l'idée de l'équipe télé dont on suit les péripéties fait aussi inévitablement penser à C'est arrivé près de chez vous, même si dans Strass, on ne voit jamais les membres de l'équipe, tout juste les entend-on sporadiquement poser quelques questions le temps de brèves séquences. Là où on pense beaucoup plus à C'est arrivé près de chez vous, c'est car le personnage principal, à l'instar de Poelvoorde dans le film qui l'a révélé, le professeur de théâtre donc, crève très vite l'écran, pour progressivement s'avérer être le principal attrait du film. Je ne révèlerai pas une miette de ses frasques, pour préserver les effets, mais il faut bien comprendre qu'on est là en présence d'un acteur de première catégorie (Pierre Lekeux de son nom, comptez sur moi pour le retenir), mélange de Rollin/Martineau pour la portée de ses gueulantes et du Poelvoorde de C'est arrivé près de chez vous pour ses cotés à la fois farfelu et odieux.

Ce film est labellisé "Dogma", vous savez, cette espèce de charte lancée par Lars Van Trier obligeant les réalisateurs qui s'y frottent à respecter un certain nombre de contraintes, dont la plus bénéfique est sans doute celle du son direct, d'autant plus dans le cas de Strass, où le héros passe la moitié de son temps à hurler. Les contraintes en question rendent le film beaucoup plus brutal qu'il ne l'aurait été avec des conditions de réalisation plus classiques, et c'est là encore un point commun avec C'est arrivé près de chez vous, qui était involontairement, par manque de moyens, un film Dogma avant l'heure.
Mais faisons fi des références encombrantes: Strass est un film original, qui ne doit sa réussite qu'à lui-même. Un film tour à tour hilarant, sombre et violent, bref un film grandiose que j'invite, que dis-je, que j'ordonne toute personne se définissant comme de bon goût à aller voir.
Et j'ajoute pour finir, c'est justice, que si l'acteur principal crève l'écran par l'étendue de son talent, il ne le monopolise par pour autant, laissant la part belle à une pléiade de gens inspirés, parmi lesquels le directeur du conservatoire, les élèves, l'intendante, et Léopold Gaétan. Ne me demandez pas qui est ce dernier, si vous voulez le savoir, la réponse vous coûtera le prix du ticket d'entrée pour aller voir le film. Mais faite moi confiance, vous ne serez pas déçu.
Une dernière chose: il convient de citer Vincent Lannoo. C'est le nom du réalisateur, également à retenir, si vous voulez mon avis.