Mais quelle tête a donc Michel Drucker?

Michel Drucker, tout le monde le dit, a une tête de genre idéal. Je ne suis pas de cet avis. Car brushing impeccable, costume tiré à quatre épingles, gentillesse docile, sourire figé et hypocrisie inaltérable ne suffisent pas à définir un genre idéal. Il y a aussi l'âge. Et en l'occurrence, Michel Drucker a plus l'âge d'un grand-père que d'un gendre.
Dès lors, peut-on dire que Michel Drucker a une tête de grand-père idéal? Pas sûr. Les enfants n'aiment pas les gens trop lisses, ils ont besoin qu'on leur raconte des histoires, qu'on titille leur imagination naissante, ils ont besoin d'absurde et de loufoque. Même en y mettant toute la gentillesse du monde, on n'intéressera jamais un enfant en lui parlant de Bernadette Chirac ou du vélodrome de Longchamp. Jamais. Les enfants aiment les créatures imaginaires qui mangent leurs crottes de nez, et certainement pas les vieux encostumés pédants dont l'univers intellectuel se résume à un bilan des meilleurs ventes du rayon culture d'Auchan.
Drucker n'a donc pas non plus la tête du grand-père idéal. Que dire de Michel Drucker époux? Dany Saval est-elle une femme comblée? Si elle est vénale, oui, car pépère doit rouler sur l'or, mais si elle souhaite un peu de romantisme en complément, ce n'est certes pas dans les faits de guerre de son falot de mari qu'elle risque de le trouver. Car le récit d'une interview de Bernadette Chirac ne suffit pas à faire battre le coeur de l'épouse rêveuse, c'est une évidence.
On dit que les mauvais maris font de bons amants. Drucker est-il apte à contenter l'embrasée du dargeot? Je n'ose imaginer le sordide d'une nuit d'amour avec un gars qui ne perd son sourire que pour maugréer: "Attention où tu mets les mains, pas sur mes cheveux, je viens de faire refaire mon brushing".
Gendre, grand-père, mari, amant idéal, Michel Drucker n'est rien de tout ça. Que reste-il? Maître idéal? Zaza, sa chienne, dort tellement pendant les émissions de son maître qu'on la croirait morte. N'importe quel chien, c'est écrit dans sans gênes, devient comme fou lorsqu'il se retrouve en compagnie d'inconnus. Mais ceux qu'invite Michel Drucker chaque semaine, malgré tout leur prestige, ne suffisent pas à lui faire bouger ne serait-ce qu'un sourcil. Michel Drucker n'a donc pas non plus la tête du maître idéal.
Mais alors, il a une tête de quoi, Michel Drucker? De rien. Il a une tête de rien. Une tête de vide. Une tête qu'on oublie aussitôt après l'avoir vue, bien qu'elle soit sur nos écrans de télé depuis des temps immémoriaux. La tête de Michel Drucker, c'est pire qu'un bibelot: beau ou laid, on finit par s'y habituer, et il suffit qu'on l'enlève pour se rendre compte qu'il manque quelques chose au décor. On enlèverait Michel Drucker de la télévision que nul ne s'en rendrait compte, malgré cinquante ans passés à la servir. On programmerait la mire à la place de Michel Drucker que personne ne remarquerait bien. Peut-être même y aurait-il un léger fléchissement de l'audience.
C'est à se demander si il existe, Michel... Michel qui, déjà? Vous voyez, on en oublie jusqu'à son nom. Pourtant, il fait tout pour qu'on le retienne. Dans ses émissions, il concentre l'attention sur sa personne, faisant mine de passer les plats mais en s'assurant toujours de ce que l'estime de l'invité lui revienne à lui et pas aux autres. Il a toujours une anecdote à raconter, Michel Bruckner, toujours un souvenir à évoquer, un instant où il était présent là où il fallait être présent, en compagnie des "grands noms". Grands noms du cinéma, de la chanson, de la littérature, Jean-Pierre Bruckner n'invite que des grands noms dans ses émissions, des grands noms de gens qui vendent de la soupe aux gens qui ne savent pas qu'il existe autre chose que de la soupe. Jean-Pierre Bruckner se considère probablement lui même comme un grand nom de la télévision, et c'est le cas: il est le fossoyeur de la culture, la nouveauté défrise son brushing, l'inhabituel lui donne la fièvre, l'insolite le fait aller aux goguenots.
Finalement, on aura réussi à trouver quelle tête il a, Michel Drucker: la tête idéale de l'animateur de télévision. Et c'est pire que rien.
Epilogue
J'en suis parfaitement conscient: la cible est facile, je tire sur l'ambulance, mais ça me soulage. Ce site n'a du reste aucune autre fonction que celle de me décharger de mes mauvaises humeurs, alors si vous voulez de la critique exigeante et constructive, allez acheter le Monde diplomatique.