Halte au feu!

C'est à Omar et Fred que revient la tache de conclure L'Hypershow, remplaçant sur Canal Plus du dit-on irremplaçable Nulle part ailleurs. Pour terminer leur sketch, et donc l'émission, ils sont invariablement accompagnés de Gildas la vieille burne, qui grommelle à chaque fois dans les plis de son goitre: "C'est pas Nulle part ailleurs". Voilà qui résume à merveille la polémique stérile qui sévit ces jours-ci autour de l'Hypershow.

La presse a unanimement condamné cette émission, avec la même vigueur démesurée qu'elle avait déployé au moment de la première édition de Loft Story. Chaque billettiste, de la presse quotidienne à la presse magazine, y est allé de son petit réquisitoire indigné. Je n'ai rien contre un bon lynchage collectif, surtout quand la cible est Canal Plus, chaîne sur laquelle on ne tapera jamais assez, mais à condition de faire montre d'un minimum de cohérence, ce qui est loin d'être le cas ici. Car ce qui ressort de ce tir groupé n'est pas un constat de nullité sur lequel on aurait éventuellement pu débattre, mais un genre de haine jalouse envers Beigbeder, d'autant plus vile qu'elle n'est pas exprimée ouvertement. Entendons nous bien: je ne suis pas du tout opposé à l'idée de critiquer Beigbeder; mais pourquoi, en cherchant à l'atteindre, jeter l'opprobre sur l'Hypershow dans son ensemble? Tout en regrettant "la grande époque de NPA", et c'est là que le bas blesse. Il est plus qu'urgent de briser le mythe infondé selon lequel, du temps de Gildas, NPA était un sanctuaire de l'humour.

Certes, cette émission a propulsé quelques talents indéniables, comme les Deschiens ou Lafesse, mais en dehors de ces exceptions que reste-t-il? Les Nuls? Hormis quelques très rares séquences vraiment réussies, constituées de morceaux choisis du Journal des nuls et de sketchs de Bruno Carette, l'oeuvre des Nuls est dans son ensemble révoltante de vacuité. Car pour un Jean Mairant, combien de Farrugia jouant au mongolien, de fausses pubs à peine plus drôles qu'un sketch de colonie de vacances, de parodies poussives et mal interprétées? J'ai chez moi une vieille vidéo des meilleurs moments "d'Objectif nul". Et ben, si ça c'est les meilleurs moments, qu'est-ce que ça doit être les pires. Idem pour le tandem De Caune/Garcia. Dites vous bien que si l'on ne voit dans les émissions d'humour que systématiquement les deux mêmes séquences (Garcia déguisé en Claudia Schiffer en studio, Garcia déguisé en Claudia Schiffer à Cannes), c'est car les autres ne valent pas la peine d'être montrées (ce qui par parenthèses n'enlève rien aux qualités de José Garcia, qui reste le plus grand acteur de sa génération, et peut-être bien de la création). La grande époque de NPA, c'est aussi et surtout l'introduction de l'émission par un speech de Bruno Gaccio, tout juste digne d'un tremplin pour jeunes talents comiques au Point-Virgule, la météo de Mademoiselle Agnès, les objets insolites de Bonaldi, les caméras piétons bidons de Vandel, les sketchs déjà très chiants de Karl Zéro... Bref, Télématin revisité par une sous-bande à Ruquier. Quant aux exceptions que pourraient être le Centre de visionnage et le 20 H 20, seules aptes à contrebalancer ce triste constat, elles n'en sont pas, car largement postérieures à cette fameuse "grande époque".

L'Hypershow à son lot de tocards, Bosso en tête, mais personnellement, je trouve Kad et Olivier, Jonathan Lambert, Maurice Barthélémy ou Omar et Fred assez drôles, pas toujours au top, certes, mais plutôt inspirés dans l'ensemble, en tout cas dans un esprit zéro prise de choux qui fait toute la différence avec cet arrogant esprit Canal dont se réclamaient leurs prédécesseurs. Quant à l'animateur, objet de toutes les critiques, s'il est effectivement assez manche, il ne l'est d'une part pas moins qu'un autre, il suffit de zapper cinq minutes pour s'en rendre compte, et l'est d'autre part toujours moins Durand, Nagui, Dujeon, et surtout que l'intouchable Gildas, qui n'a jamais fait que cirer des pompes en faisant mine de s'intéresser à des sujets qui ne l'intéressaient pas, et encore, quand il les comprenait, tout ça en dénigrant systématiquement le novice pas encore établi.

Bref, l'Hypershow est une émission imparfaite, pas révolutionnaire, mais globalement divertissante, et je n'ai vraiment pas l'impression qu'elle prétende à d'autres ambitions. Au contraire de NPA, qui par son nom et la fatuité de son animateur emblématique affichait une audace qu'elle n'a jamais vraiment su honorer. Alors quitte à jouer du fusil, autant le faire en prenant pour cible n'importe quelle autre nouvelle émission de Canal Plus: le JBN, le jeu du matin, le jeu du soir (qui invite le téléspectateur à voter pat téléphone pour le film qu'il a envie de voir, donc à le délester hypocritement de son porte-monnaie), ou, pire que tout, cette indigne restriction budgétaire qui fait régresser le monumental et indispensable Grolandsat à un poussif "Sept jours à Groland", toujours très drôle certes, mais moins bien construit, et surtout en public, avec des vrais jeunes qui rient volontairement trop fort comme des vrais cons. Là, il y a vraiment matière à se révolter. 

Ceux qui voulaient tirer sur Beigbeder n'avaient qu'à le faire au moment où il prenait en main la campagne de Robert Hue. Aujourd'hui, c'est trop tard, et ce n'est même plus crier avec les loups, mais bêler avec les moutons.