Guy Carlier est avec nous
Je ne pense pas qu'il soit utile de présente Guy Carlier, tout le monde le connaît, il est en passe de devenir une star, si ce n'est déjà fait.
Résumons sa carrière en quelques lignes. Ancien directeur financier de l'entreprise d'un richissime marchand d'armes saoudien, il est repéré par Jean-Luc Delarue, alors animateur d'une émission sur Europe 1 dans laquelle il témoigne régulièrement en se faisant passer pour Zernati, un personnage imaginaire de réactionnaire nostalgique de la télévision gaulliste, directement inspiré du prof de math de son fils. Séduit pas la cocasserie du personnage, Delarue propose à Carlier de travailler avec lui sur les débuts de Ca se discute. C'est ensuite au tour de Ruquier de faire appel à ses talents pour son émission Rien à cirer, dans laquelle il intervient sous les traits de Monsieur Le Tallec, gaulliste de droite imposé par la direction pour lutter contre le gauchisme rampant. Il participe ensuite à Union libre, l'émission de Christine Bravo, puis revient sur France Inter en tant qu'intervenant dans l'émission de Laurence Boccolini, remplacée aujourd'hui par Stéphane Bern et son Fou du roi qui vaut à Carlier la gloire médiatique que l'on sait. Depuis septembre, il s'occupe en plus de "La lettre de Guy Carlier", le matin à 7 h 50 sur France Inter, qui le porte à la consécration médiatique. Il écrit actuellement un spectacle qu'il interprètera prochainement sur scène.
Cette petite mise en bouche de pure forme étant faite, il me faut sans plus tarder rassurer les plus sceptiques d'entre vous, qui ne manqueront pas de s'inquiéter légitimement à l'idée d'un panégyrique de Guy Carlier dans ou-pas.net: non, il ne s'agit pas de cela. Je vois déjà poindre une seconde catégorie de sceptiques, qui dans l'unique but de contrarier les premiers sont prêts à me rétorquer: "Et pourquoi pas un panégyrique de Guy Carlier, hein gros, pourquoi pas?". D'abord, sachez que je ne suis pas gros. Sachez aussi que c'est la dernière fois que je vous le dis de façon amicale. Et permettez moi de vous signaler au passage que le recours à ce type de qualificatifs n'est pas très charitable au moment où je vous parle d'un gars qui pèse ses 150 kilos bien tassés. Mais voilà qu'une troisième catégorie de contradicteurs pointe le bout de son nez, me reprochant déjà de ne parler de Carlier uniquement dans le but de le déconsidérer sur son physique, dans un soi-disant malsain plaisir fasciste dont je serais du reste coutumier, mon goût pour la morphopsychologie étant là pour le prouver, etc... Si tous ces emmerdeurs me laissaient parler dix secondes, je pourrait leur expliquer que:
1) Non, je n'ai pas l'intention de faire l'éloge de Guy Carlier.
2) Si je n'en ai pas l'intention, ce n'est pas qu'il ne le mérite pas, l'objectivité me force au contraire à admettre que je goûte parfois avec un certain plaisir à ses chroniques radiodiffusées, mais car le consensus incroyable qu'il suscite est suspect à mes yeux misanthropes. Puisque tout le monde aime Carlier, c'est qu'il y a forcément quelque chose qui cloche dans son humour, puisque, je vous le rappelle, dans tout le monde, il y a un paquet considérable d'abrutis.
3) Si j'ai décidé de parler de Carlier au point de lui consacrer une page dans cette vénérable institution de l'humour drôle qu'est ou-pas.net, c'est à cause, ou plutôt grâce à sa ruquiérophobie revendiquée. Car figurez que Carlier n'aime pas Ruquier, et ne rate jamais une occasion de le dire.
Ca a commencé par de petites piques acerbes, dans ses chroniques sur la télé dans le Fou du roi. Du genre un calembours foireux, suivi de "Laurent Ruquier n'aurait pas fait mieux", voire "Avant, à la place du Fou du roi, il y avait une émission de Ruquier, il faut quand même assurer une sorte de continuité". Vous voyez l'esprit. Quand on abhorre Ruquier comme je l'abhorre, on dissimule mal sa satisfaction. D'autant plus mal que Carlier n'est pas la plume la moins inspirée du PAF, et que ces temps-ci, ses attaques hibouphobes ont tendance à se généraliser, au point de faire passer les bombardements américains en Afghanistan pour un poussif feu d'artifice dans un village de la Creuse le soir du 14 juillet (et encore, je dois en rater, car je ne l'écoute pas tous les jours). Et je ne vous parle même pas des envolées récurrentes du gars contre d'autres membres de la bande à mafflu, Miller, Sarraute, Bénichou aussi, je me souviens d'une longue digression sur les petites bulle de bave qui se forment au coin des lèvres de Bénichou lorsqu'il parle trop, c'est-à-dire tout le temps, bref, tout ça, c'est du mépris cent pour cent pur jus ou je ne m'y connais pas en mépris, et justement, il se trouve que je m'y connais.
Carlier a fait de Julien Lepers sa tête de turc favorite, dit-on souvent. Mais c'est pour rire. Ca fait partie du jeu, et surtout ça ne sort pas du cadre de sa chronique. Alors que Ruquier, si. C'est une prise de position. En insistant si souvent sur le peu d'estime qu'il porte au mafflu, Carlier nous dit clairement: "Françaises, français, vous qui êtes de plus en plus nombreux à m'écouter et m'apprécier, sachez tous bien que j'appartiens à la catégorie des gens qui ne goûtent pas volontiers à l'humour de Laurent Ruquier".
Pour cette raison, de même qu'on décerne des Césars d'honneur dans la cérémonie du même nom, j'ai décidé de décerner à Guy Carlier, à titre honorifique, le statut de Marcel, pour bons et loyaux services rendus à la lutte contre l'humour pas drôle.
Si.