Lettre ouverte de Marcel Epicé à Marcel Tov

Cher ami,

Vous voudrez bien me pardonner ma réaction quelque peu tardive, mon assiduité n'étant pas exactement exemplaire sur le site, mais je me dois de vous livrer le trouble qui m'a saisi à la lecture de votre début de Petit Bréviaire à l'Usage du Rhéteur Sporadique. Oh, ses qualités sont indiscutables, ses niveaux d'information et de poilade sont au-dessus de la moyenne, là n'est pas le problème, vous vous en doutez. C'est la page de présentation elle-même que je vise. Vous annoncez en effet :

"Nous commencerons donc par la lettre a. Ce n'est pas un hasard. La rubrique suivante portera sur l'Aa, cette sympathique rivière bien de chez nous, puis l'autre encore de l'Aar, ce sympathique fleuve suisse. Vous l'aurez compris, j'ai donc décidé d'étudier pour vous, de façon systématique et dans leur ordre alphabétique, tous les thèmes dont l'approfondissement est essentiel à la survie de l'honnête homme de notre époque."

Programme ambitieux et enthousiasmant s'il en est, certes, mais si vous suivez l'ordre alphabétique, que va-t-il se passer ? Vous allez, immanquablement, achever votre Petit Bréviaire à l'Usage du Rhéteur Sporadique par une rubrique qui portera sur le thème du "zythum". En effet, les linguistes les plus respectables considèrent généralement que ce mot est le dernier de la langue française si on se base sur l'ordre alphabétique, lequel est, pour quelque raison perdue dans les brumes d'un passé lointain et oublié, suivi dans la plupart des dictionnaires, dont vous comptez donc reprendre à votre compte le parti pris. Or, ce mot "zythum", qui désigne une bière à base d'orge, était à mon avis indigne de finir un ouvrage comme le dictionnaire. Tout ceux qui, comme moi, ont un jour lu ce chef-d'ouvre de notre littérature n'auront pas manqué d'être déçus par la fin : achever un livre plein de caviar, de durablement, de joyeux, de lama, de marmiton, de rhyparographe et autre sigmoïde sur le symbole d'un alcoolisme primaire, voilà qui est bien indigne des grands auteurs de notre beau pays. On y aurait beaucoup gagné à finir sur "zygomatique", histoire de refermer l'ouvrage sur une bonne tranche de rigolade, autrement plus distinguée qu'une beuverie de bistrot mal famé. Que dire alors du Petit Bréviaire à l'Usage du Rhéteur Sporadique ? Pointilleux, Tov ? Pintilleux, oui. Alors, Monsieur Tov, un beau geste...

Votre dévoué,
Marcel Epicé