Le dictionnaire des fautes et
locutions préférées du prolétaire
Par Marcel Matournée
Le prolétaire a une fâcheuse tendance à s'exprimer, parfois involontairement, comme un charretier. Etant sensibles au désarroi syntaxique et grammatical de nos amis prolétaires, voici quelques exemples de formules qui sont un véritable carcan à la véritable expression de notre belle langue.
Evidemment, toute apparition de ces formules dans le forum sera impitoyablement sanctionnée par Marcel Piston, selon les tarifs en vigueur, et ce d'autant plus que nous mettons aimablement à disposition de nos amis lecteurs un ensemble de tournures du plus bel effet.
"Je m'excuse"
Non point, vous n'êtes pas autorisé à vous excuser; mais vous pouvez en faire la demande auprès de la personne concernée, à l'aide des formules suivantes :
"Veuillez m'excuser"
"Je vous prie de m'excuser"
"Quel maladroit je suis!"
"Tu ne vas nous chier une pendule (franc-comtoise) non plus ?"
"Malgré que"
Faute courante du prolétaire et du sportif.
On substituera avec élégance le "Bien que" au malheureux "malgré que"
L'utilisation d'un "Nonobstant", d'un "En dépit de", est également de bon aloi.
"Finis ton assiette"
En dépit de la pauvreté de leur régime alimentaire, les prolétaires montrent un goût plus que modéré pour la porcelaine, le grès voire le pyrex. Encore un raccourci hâtif pour désigner un contenu par le contenant.
Voici les alternatives à privilégier:
"Il serait bon, pour votre équilibre alimentaire, que vous songiez à ne pas laisser de nourriture dans votre plat"
"Vous pourriez faire preuve d'un peu plus d'enthousiasme face à ma préparation culinaire"
"Et mon hachis Parmentier, c'est de la merde ?"
"J'ai été en vacances"
Pouah. Rien que de l'écrire, j'en conçois de l'aversion. c'est vous dire.
A remplacer d'urgence par
"Je me suis rendu sur mon lieu préféré de villégiature."
Où par
"Les caraïbes sont décidément une destination exquise en ce mois de février".
D'ailleurs, pour couper définitivement court à cette question, le prolétaire ne part pas en vacances.
"Y'à ruquier sur la 2"
Du même niveau que "M'maaaaan c'est l'heure du bigdil".
Oubliez cette phrase, et répétez après moi:
"Tiens, je vais devoir me rendre d'urgence aux cabinets"
et
"Mais si, il est tout à fait possible d'éteindre la télévision en y projetant un parpaing"
"Ca m'f'rait mal aux seins/nichons"
Souvent utilisé par le prolétaire mâle, dont les appendices mammaires sont paradoxalement moins développés que ceux de la prolétaire femelle. Quoiqu'à grands renforts de gras double, on puisse arriver à quelquechose d'approchant. Le sumo japonais en est un bon exemple, mais il ne dira jamais "Ca m'f'rait mal aux seins", ou alors ca m'étonnerait beaucoup. Le sumo belge pourrait le dire à la limite, mais ca m'étonnerait beaucoup qu'on trouve un sumo en belgique. A part Marcel Sumo, charcutier à Bruxelles, mais ça n'a rien à voir.
Pour exprimer une intention négative à une requête ou question farfelue, on est prié de dire :
"Vous n'y pensez guère, mon ami"
ou
"Si cela m'arrivait, considérez qu'il s'agit d'un moment d'égarement"
"J'ai mal aux cheveux"
Avoir mal aux cheveux ? Ca m'f'rait mal aux nichons, puisque les cheveux ne contiennent pas de nerfs; c'est pourquoi la profession de coiffeur-anesthésiste offre si peu de débouchés. Si vous aussi subissez les affres d'une soirée copieusement arrosée (et je ne parle pas de la chagatte de ta grosse), vous feriez mieux de prendre un cachet d'aspirine, plutôt que de vous plaindre.
"Tu rigoles des genoux"
Erreur, une fois de plus, car le genou ne participe généralement pas à l'expression du rire.
Utilisez donc "EP3", qui signifie exactement la même chose.
Si cependant vous constatez une participation active de vos genoux quand vous riez, je vous conseille le magnifique opuscule de M Piston "la cocotte en fonte, une révolution orthopédique encore mal perçue par tes genoux". A noter, de M. Sassétou, "Ma boîte à déviances et tes genoux : histoire d'une rencontre".
"Ca me troue le cul!"
Hosanna Alleluïa ! Il était temps ! Mais comment faisiez vous vos besoins jusqu'à présent?
Pour montrer son étonnement, le prolétaire devrait plutôt employer ces termes:
"je le tiens pour certain, la surprise à laquelle je viens d'être confronté me laisse à penser
qu'un ramonage rectal, tout intensif qu'il soit, ne saurait produire le même effet". Animez un peu vos dîners en ville, que diable !
"Va donc, eh patate"
Va, certes, oui, mais où ? Quelle est l'utilité d'invectiver son prochain (qui plus est en le tutoyant, ce qui n'est pas urbain, donc regrettable) à seule fin de le désorienter ? Pourquoi ne pas lui proposer une destination propre à traduire votre ressentiment ?
"Va chier", d'un meilleur cru, est nettement moins ambigu, on comprend bien que vous tenez pour acquis que le discours de votre interlocuteur n'avait pas besoin de bouche pour être émis.
"Va te faire voir chez les grecs", malgré sa teinte hellénophobe, est un grand classique du genre.
Qui plus est, je doute fort que Monsieur Patate reste insensible à ces mots, aussi vous conseillerais-je, dans le cas où vous ne pouvez vous empêchez de proférer ces mots, d'opter pour "Va donc, eh meringue".