Sans doute qu'ils n'avaient rien de mieux à faire à ce moment-là, ou peut-être
qu'il pleuvait ce jour-là, allez savoir, ou que,encore, quelqu'un leur aura conseillé d'aller voir "le film de l'année, au bas
mot, vas-y, tu peux me faire confiance, quand même, tu me connais" ou que, tout bêtement, ils avaient envie d'y aller, tout
arrive, bref : ils y sont allés, et ils en rendent compte, c'est un peu l'objet de cette rubrique.
Les clefs de bagnoles (Laurent Baffie, 2003) :
L'avis de Marcel de Guérande :
Je ne pensais pas redevoir un jour allumer mon ordinateur pour parler dans ce site d’un truc drôle au point que je ne
puisse m’empêcher d’en faire une promotion tapageuse, mais c’est pourtant ce qui va se produire pas plus tard que
maintenant.
Je reviens à l’instant du cinéma.
Je suis allé voir «Les clés de bagnole», de Laurent Baffie.
Bon, je sais ce que vous vous dîtes. Baffie ? Ce branleur ? Cette petite frappe tout juste bonne à balancer des vannes
pré-écrites dans les émissions d’Ardisson ? Cet ami de Rollin, dont on se demande bien ce que le roi d’humour lui
trouve ? Ben justement : le vrai roi de l’humour, c’est pas Rollin, c’est Baffie. Je sais, ça surprend, c’est même pas
que ça surprend, c’est que personne n’y croit, je vous vois déjà vous pousser du coude, l’air de dire «le Guérandezigue
, il ferait mieux de continuer à taire sa gueule, si c’est pour dire des trucs pareils». Mes chers collègues, je vous
en conjure, vous en supplie à genoux : allez voir ce film. Il n’y a pas de piège. Ce n’est pas un poisson d’avril.
Ayez confiance.
«Les clés de bagnole» est à ma connaissance le premier film qui fait rire d’un bout à l’autre. Même dans les
meilleurs films comiques, il y a toujours des baisses de régime, la plupart démarrent sur les chapeaux de roues
et s’essoufflent sur la dernière demi-heure, quand ils ne s’enlisent pas dans le neuneu. Chez Baffie, rien de tel :
le film met la barre au sommet dès ses premières minutes, et l’y maintient jusqu’à ce que les lumières se rallument.
L’histoire est inracontable, car l’intérêt du film réside dans sa forme. C’est un film de forme, conformément à l’un
des grands préceptes de l’humour rollinien, dont on retrouve d’autres caractéristiques fondamentales : absurde, rigueur
obstinée, dérapages scabreux… A ces qualités, Baffie ajoute, en vrac, la folie créative d’un Edouard Bard, l’inventivité
obsessionnelle d’un Alain Chabat, la précision d’un Francis Weber, la loufoquerie d’un Jean-Pierre Mocky, plus une
certaine forme de poésie, oui, parfaitement, de poésie, qui n’appartient qu’à lui. Je sais, le mélange est difficile à
concevoir, et c’est pourtant ce que donne «Les clés de bagnoles».
Vous doutez encore ? Alors allez-y ne serait-ce que pour les featurings, tous de très, très haute tenue : Edouard Baer,
Jean-Marie Bigard, Alain Chabat, Michel Galabru, Gérard Depardieu, Djamel Debouze, d’autres, plein d’autres, tous très
drôles… et bien entendu, François Rollin, dans un «sketch dans le film», probablement le seul truc qui n’ait pas été
écrit par Baffie (avec l’improvisation de Baer s'entend), un concentré de tout ce que le professeur a jamais produit de
meilleur, un numéro dense, une bourrasque de poilade surréaliste, capable de mettre une salle de cinéma entière sous
l’emprise de l’hilarité, je le sais, j’y étais, je l’ai vu de mes propres yeux.
Laurent Baffie et Daniel Russo forment un excellent duo, en constante osmose avec le film. Baffie se révèle être un très
bon comédien, tout dans la neutralité, ne cédant jamais à cette espèce d’ostentation maladroite qui caractérise les
débutants. Calme. Sobre. Il contrebalance en cela l’exubérance outrancière de son comparse Russo, au sommet de sa forme.
Je ne sais plus quoi dire pour vous convaincre.
Il faut aller voir «Les clés de bagnole».
Moi en tout cas, j’y retourne.
L'avis de Marcel Trois Gaules Dont Une En Fibre De Verre :
"Les clefs de bagnole", quel pur chef d'oeuvre. Figurez vous que c'est le
premier film que je vois à inclure une séquence tournée intégralement en
cell-shading. Mais qu'est ce que le cell-shading ?
Le cell shading c'est une technique pour faire des séquences 3D avec un rendu
proche du dessin animé classique. Ainsi on s'éloigne radicalement de la quête
ds Graal photoréaliste de la 3D classique. Mais comment la met-on en oeuvre ?
On part d'une 3D polygonale classique.
Et là où en 3D classique on va appliquer des textures et surtout ombrer de
manière graduelle chaque pixel, on va se contenter en cell-shading pour
chaque pixel de donner une teinte ombre/lumière (avec éventuellement une
transition entre la zone éclairée et la zone non éclairée). Ensuite à chaque
jointure entre 2 objets dessiner un trait noir pour délimiter les différences
entre les objets. L'effet est très original. Voir par exemple ces
captures d'écran du jeu XIII.
En résumé, "Les clefs de bagnole", un film superbe sur l'art de la création,
quête initiatique se plaçant dans la filiation de "Dersou Ouzala" et de "Deux
Enfoirés à Saint-Tropez".