Philippe Avron. "Je suis un saumon"
Hum... Pas évident de parler d'un pareil spectacle. C'est que je ne suis pas un critique de théâtre moi, je n'ai pas les mots, j'ignore le jargon du critique de théâtre. Je ne suis qu'un humble spectateur qui veut tenter de faire découvrir un excellent spectacle à l'internaute un peu curieux, si ce n'est pas déjà fait, cette pièce est une reprise, elle déjà été couronnée de succès, tant par le public que la profession (molière du meilleur One-Man-Show de l'année 1999...)
On pourrait dire, pour commencer, et pour
donner une idée très générale: Philippe Avron est globalement assez loin des
Chevaliers du fiel. Voilà qui dégrossit déjà pas mal le tableau. On
pourrait, pour continuer, affirmer quelque chose comme "Si Philippe Avron
rime avec Saumon, il rime aussi avec talent", mais c'est un poil ridicule,
limite texte de présentation du Parisope. Tiens, justement, que nous dit le
Pariscope à propos de ce spectacle?
"Philippe Avron se métamorphose le temps d'un spectacle pour convier le
spectateur vers un rêve éveillé. Devenu saumon, il remonte à la source, une
fois sa vie achevée, afin de revenir aux racines de son enfance. Les épisodes
humoristiques se succèdent et emportent le spectateur".
Voilà un début de résumé. L'idée est d'utiliser le saumon, sa vie, son
environnement et sa condition, pour nous expliquer l'homme contemporain. On ne
s'étonnera pas, par conséquent, de rencontrer au fil du récit de jeunes
saumons fougueux pressés "d'arriver à la mer", au grand désarroi de
vieux saumons âgés qui "feraient bien une halte sur les rives des
châteaux de la Loire", mais aussi des saumons amoureux, des saumons
jaloux, des saumons dubitatifs, des saumons métisses, des saumons belges, québécois,
pakistanais, des saumons propriétaires de guinguettes à plancton, j'en passe
et des meilleures... On pense un peu à Marc Jolivet, lorsqu'il se met dans la
peau d'un gnou pour railler l'instinct grégaire de l'homme contemporain
appliqué à tous les compartiments de sa vie quotidienne. Mais Marc Jolivet est
un gros feignant, qui n'admet simplement pas la notion de mise en scène, et qui
écrit ses textes à la bétonneuse. Philippe Avron joue dans la catégorie
supérieure. Texte, jeu, mise en scène, lumières... tout suinte la qualité,
la finesse et le professionnalisme. C'est que dans la catégorie
"one-man-show", on n'y est pas franchement habitué.
On commence par rire gentiment des aventures de "saumon saumon" et de ses amis. Le mélange permanent homme/saumon est heureux, la mayonnaise prend bien, les premières minutes du spectacle sont prometteuses. Et progressivement c'est toute une bande de "saumons-sommités intellectuelles" qui vient intégrer notre joyeuse équipée d'humbles salmonidés. De documentariste animalier, Philippe Avron se fait pourfendeur du cabotinage culturel: Bernard Pivot cirant les pompes d'un Fabrice Luchini au talent contestable, Jean Dormesson dans son éternel numéro de fatuité mielleuse, le professeur de philosophie s'interrogeant auprès de sa (vieille!) mercière sur la taille idéale de l'écharpe susceptible de caractériser au mieux sa fonction, tout le monde y passe, et le sourire laisse alors sa place au bon gros rire bruyant et débridé comme on l'aime. Voilà un gars bien habile, comme on n'en rencontre que trop rarement dans le petit monde du spectacle comique. Quand les comédiens de théâtres, les vrais, se mettent au one-man show, alors les indigents de l'humour qui débordent de nos postes de télévisions ont du soucis à sa faire.
Philippe Avron. "Je suis un saumon". Du 8 décembre 1999 au 9 janvier 2000. A 21 h du mardi au samedi, à 15 h le dimanche.
Théâtre Rive Gauche. 6 place de la
gaité, 75 014 Paris.
Réservations au 01 43 35 32 31.