Gad Elmaleh. "La vie normale".
Avec Jamel, Eric et Ramzy ou Dieudonné, Gad appartient à cette nouvelle génération d'humoristes qu'on peut objectivement qualifier de "Star du comique". Dès la première seconde du spectacle, quand le noir tombe, que la musique égraine ses premières notes, le public est déjà conquis, la salle résonne de piaillements hystériques. On se demande si l'on est bien entre gens de bonne compagnie au Dejazet et pas à Bercy au milieu d'un troupeau de pucelles pustuleuses pour la dernière édition de Dance Machine 29 présentée par Charli et Lulu avec Ophélie Winter en guest-star. Les sièges, eux aussi vraisemblablement adaptés à un public qui ne dépasse pas les treize ans et demi, confirment cette impression. Mais non, c'est bel et bien Gad qui apparaît sur scène, le Gad qui avait déjà triomphé avec "Décalages", excellent spectacle qui me convainquait d'aller voir cette "vie normale" tête baissée et sans préjugés négatifs.
Pour résumer un peu le truc, on pourrait dire: si vous ne devez aller voir qu'un spectacle en 2000, allez voir... Rollin. Bien évidemment, il y avait un piège. Mais si vous deviez en voir deux, alors allez voir "La vie normale". Du coup, ce que je suis en train de faire là, ça ressemble un peu à la promo d'Austin Power 2, tout en n'ayant rien à voir, puisque la promo d'Austin Power 2 nous disait: si vous ne deviez allez voir qu'un film en 1999, allez voir Star Wars. Alors que bien sur, il y avait une chiée de films à voir avant Star Wars. Tout ça pour dire que vachte, Gad, c'est drôle. Je ne m'étais pas bidonné comme ça depuis un bout de temps.
Et pourquoi c'est drôle? Parce que Gad, contrairement à la plupart de ses confrères, est comédien avant d'être humoriste. C'est-à-dire qu'il est capable de rendre n'importe quel personnage crédible avant même d'avoir écrit trois mots de texte. Mais en plus, il n'interprète justement pas n'importe quel personnage, mais des personnages nouveaux, inhabituels et singuliers. Gad est d'origine arabe, certes, mais ne se croit pas pour autant obligé de nous resservir le sempiternel cliché du jeune beur de banlieue à casquette qui parle en verlan. Chez Gad, le jeune arabe est tarlouze et fait des passes Place Clichy, ou vend maladroitement des appartements au profit d'une agence immobilière imaginaire. Et ne voyez aucun racisme la dedans, car en faisant justement sortir ses personnages des moules dans lesquels on les enferme systématiquement, Gad ne fait ni plus ni moins que dynamiter les poncifs xénophobes à la mode sur les gens de sa génération et avec lesquels il partage des origines communes. Et en plus, il le fait avec talent et tact. Moqueur sans être méchant, attachant sans être compassé, lucide sans être démonstratif, Gad a trouvé le parfait équilibre entre texte et interprétation. Le tout est servit par une mise en scène efficace, judicieuse et parfois géniale (l'entrée en scène du vieux pépé, à peine croyable), que l'on doit à la talentueuse Isabelle Nanty, qui n'est pas l'ange prise de tête, pour ceux qui ont un peu de culture générale. Bon, je vais pas vous faire l'article plus longtemps, "La vie normale" est le spectacle qu'il ne faut pas rater en ce moment, et pis c'est tout.
Gad Elmaleh. La vie normale. Du mardi au samedi à 20 h 30 au théâtre Dejazet. 41, bd du temple, 3ème arrondissement, métro République.
Réservations au 01 48 87 52 55. (Attention, c'est complet très longtemps à l'avance).