VINCENT ROCA
Mots et usages de mots

Avant:
Peut-on préjuger de "Mots et usage de mots"?
Après: Les critiques de:
Marcel de
Guérande
Marcel de Vélo
Marcel
Savon (de)
Egalement au sommaire:
Le
coup de gueule de Bob
Quand
Vincent Roca abandonne cinq minutes les jeux de mots
Peut-on préjuger de "Mots et usage de mots"?
En ce qui me concerne, je ne connais Vincent Roca que par ses participations à l'émission "Le fou du roi" sur France Inter, en forme de courts sketchs sur le thème invariable du jeu avec les mots. Je dis "jeu avec les mots" plutôt que "jeu de mots" à dessein, car Ruquier est un représentant zélé du jeu de mots, et qu'en la matière, sa lourdeur chronique est aux antipodes de la finesse de Vincent Roca.
Vincent Roca est un genre de Raymond Devos, l'embonpoint en moins, et dans un style plus épuré. Car s'il arrive à Devos, probablement conscient du fait que son style d'humour peut rapidement devenir chiant, de faire diversion en jonglant, soufflant dans des trombones ou agitant des accordéons, Roca se lance corps et âme dans la seule chose qu'il sache apparemment faire: jouer avec les mots.
Dans le cadre d'un sketch de quelques minutes dans une émission de radio, le résultat est assez concluant: l'homme connaît son affaire, il manie la langue à sa guise, en presse le jus jusqu'à la quintessence, avec une imagination débordante, une élocution irréprochable et un talent de comédien à donner des leçons d'humilité à 99% des comiques d'aujourd'hui. Un court sketch de Vincent Roca dans une émission de radio est donc réjouissant. Mais l'exercice tient-il la distance sur l'heure et demi d'un spectacle? Face à un humour si pointu, il convient de rester attentif et concentré en permanence, sous peine de perdre le fil. C'est déjà assez difficile avec Devos, qui multiplie pourtant les diversions dans ses spectacles pour les rendre moins indigestes, alors est-ce possible avec Roca, qui n'a apparemment pour seule arme que le débit de sa parole?
Le spectacle de Vincent Roca, actuellement joué au théâtre de la Main d'Or, a été mis en scène et co-écrit par François Rollin. Est-ce vraiment un argument? D'abord, je n'arrive pas à imaginer en quoi le roi de l'humour peut bien participer à l'écriture d'un truc qui l'est déjà énormément (écrit) sans dénaturer l'ensemble. Ensuite, je ne vois pas comment il est possible de mettre en scène un gars, certes excellent comédien, mais irrémédiablement coincé par la nature même de l'humour qu'il pratique. Rollin s'est-il contenté d'indiquer à Roca où il devait se placer en orchestrant vaguement le jeu de lumières? Contrairement à la plupart de ses confrères humoristes autoproclamés metteurs en scène, on sait qu'il ne mange pas de ce pain, et considère plus la mise en scène comme une mise en forme du spectacle que comme une façon de le chorégraphier poussivement. Alors quoi? Rollin a-t-il réussi à rendre le capharnaüm linguistique de Vincent Roca cohérent et organisé? Est-il parvenu à le charpenter comme se doit de l'être une oeuvre théâtrale à part entière? Et surtout, et c'est à mon sens la question primordiale: a-t-il réussi à définir un personnage autre que celui de l'humoriste égrainant avec monotonie ses jeux de mots? Autrement dit Vincent Roca joue-t-il, ou se contente-il de faire un vain étalage de sa virtuosité?
Autant de question qui resteront temporairement sans réponses, car je n'ai pas l'intention de débourser 120 balles pour risquer d'aller m'endormir devant un moulin à parole. J'ai peut-être tort, et je le souhaite d'ailleurs vivement, car Vincent Roca est une personne estimable.
Affaire à suivre, si toutefois quelqu'un se dévoue par aller à la Main d'Or à ma place.
La critique de Marcel de Guérande
Avant de lire ce qui suit, il convient de prendre connaissance du texte déjà publié sur le spectacle de Vincent Roca dans la rubrique Drôles ou pas drôles? Pour ceux que ça emmerde, en voici un court résumé: Vincent Roca est un humoriste spécialisé dans le jeu de mots, un peu dans la veine de Raymond Devos, mais encore plus extrémiste. Ce style d'humour étant rapidement lassant, peut-il vraiment tenir la distance sur l'heure et demi d'un spectacle? J'ai bien peur que non. Et le fait que Rollin le mette en scène et le co-écrive ne change rien au problème.
Voilà en substance ce que j'affirmais avant d'avoir vu le spectacle, voici ce que je peux en dire après.
Première constatation: Le fait que Rollin ait co-écrit "Mots et usage de mots", le troisième spectacle de Vincent Roca, change tout au problème. Car il semble qu'il se soit également posé la question de l'aspect lassant de l'humour de virtuosité linguistique. Et il y a trouvé cette réponse simple en apparence, mais qui change tout: Le héros de "Mots et usage de mots" a certes un don exceptionnel pour jouer avec les mots, mais il en souffre. Cette idée est lourde de conséquences bénéfiques.
D'abord, car elle permet à Vincent Roca de sortir de la peau de Vincent Roca faisant démonstration de son habituelle virtuosité verbale, pour entrer dans celle d'un personnage à part entière. Ensuite, car c'est précisément ce personnage qui va donner son identité au spectacle, et donc permettre de contourner l'habituelle formule de l'assemblage maladroit de sketchs, au profit d'un long monologue plaintif sur le thème de la "maladie du jeu de mots". Enfin, car elle permet de quitter le registre exclusif du jeu de mot, pour le recarder dans celui de la névrose. On rit donc triplement: des jeux de mot, du malaise qu'ils créent chez le héros, de la façon dont il réagit à ce malaise.
On peut résumer l'histoire ainsi: Vincent Roca entre en scène un dictionnaire dans la main, en ayant l'air d'interpréter un sketch, très efficace au demeurant, sur le thème des mots et de l'impérieuse nécessité d'être précis lorsqu'on les utilise, définitions du Petit Robert à l'appui. En apparence tatillon, il s'avère être névrosé: les mots le préoccupent à tel point qu'il ne peut s'empêcher d'en jouer. Il fini par nous l'expliquer, en posant progressivement, sans qu'on s'en rende compte, l'argument de son spectacle: la maladie des mots. Une maladie mentale qui trouvera son remède de manière inattendue par une maladie physique, Alzheimer de son nom, donnant lieu à une longue scène finale, mémorable et géniale.
Vincent Roca a du métier. Pas un seul trou de mémoire, pas un seul bafouillage, la performance du comédien force d'autant plus le respect que le texte est serré, précis et ardu. Mais il y a un hic: il joue à mon sens trop sur le registre de la lamentation. Le personnage est abattu par sa manie, mais jamais révolté. On aurait aimé le voir s'énerver de temps à autres, pousser un bon coup de gueule, un bon gros "J'ai en ras le cul de mes jeux de mots à la con", d'autant plus efficace qu'il n'aurait eu aucun effet sur sa névrose. Mais non, le fatalisme est là du début jusqu'à la fin. Résultat, le soin apporté à la dimension pathétique et attachante du personnage l'emporte sur la fantaisie, ce qui est dommage à mon sens, car le rire est plus souvent connivent et compatissant que franc et explosif.
Vincent Roca apporte beaucoup de soin à son texte, peut-être trop. A force de vouloir donner dans la finesse, il en vient presque à déshumaniser son personnage. Le choix de ses mots, Ô combien crucial en de telles circonstances, aurait mérité plus de contraste. Vincent Roca est trop fin, trop poli, trop propre, il ne dit jamais "merde", mais "flûte", et n'oublie jamais de faire la liaison et d'accorder ses subjonctifs. A croire qu'il a hésité en permanence, au moment de l'écriture, entre écrire pour être entendu et écrire pour être lu. Les rares digressions vraiment fantaisistes s'en trouvent d'autant plus mal intégrées au spectacle qu'on voit très clairement qu'elles ont été imaginées par François Rollin, précisément pour casser cette espèce de langueur littéraire un brin soporifique. Le paroxysme est dans la scène dite du "porte-vélo à l'arrière de la voiture", dont on se demande à quoi elle sert, sinon à nous faire regretter Rollin et ses Colères.
Si je pinaille de la sorte, c'est juste pour ne pas faire mentir l'adage "Qui aime bien châtie bien". N'allez surtout pas croire que je me sois emmerdé, bien au contraire, la sévérité des remarques précédentes est proportionnelle à mon enthousiasme: j'ai vraiment beaucoup aimé "Mots et usages de mots", et j'y ai beaucoup ri, précisément car Vincent Roca y remet en question la nature même de son humour, en acceptant d'en faire non plus un procédé mais le thème de son spectacle. C'était audacieux, un brin risqué aussi, et le gars s'en sort avec les honneurs, tout simplement car il est doté de ce machin qu'on appelle le talent, et qui fait tant défaut aux comiques d'aujourd'hui. On peut aussi légitimement penser que s'il avait frappé à la porte de Pascal Légitimus plutôt qu'à celle de François Rollin, le spectacle aurait été légèrement différent.
La non critique de Marcel de Vélo
Le texte suivant est une réponse de Marcel de Vélo à un mail que je lui ai récemment envoyé, dans lequel je le sommais de me fournir pour la mise à jour du premier novembre 2001 une critique du spectacle de Vincent Roca qu'il s'était depuis longtemps engagé à rédiger. Marcel de Guérande.
Monsieur,
En réponse à votre courrier daté du 31 octobre, dans lequel vous m'invitez à vous faire parvenir rapidement, et, en tout état de cause, avant le 1er novembre, 17 heures, la critique de ce spectacle écrit et interprété par l'humoriste Vincent Roca à une représentation duquel nous assistions de concert voici quelques semaines, et dont vous m'aviez extorqué ce que vous avez manifestement tenu pour une promesse, et qui n'était qu'un grommellement d'atermoiement, profitant alors du léger malaise dont je souffrais au sortir de cette représentation, malaise que l'on imputera bien plus volontiers à la chaleur étouffante qui régnait dans la salle du théâtre de la Main d'Or, où était donnée ladite représentation, qu'au spectacle lui-même, qui, s'il ne m'a pas enchanté autant qu'un spectacle co-écrit et mis en scène par François Rollin aurait dû le faire, ne m'a pas non plus causé un déplaisir tel que j’aurais pu m'en trouver indisposé, je suis au regret de vous faire connaître par la présente que je ne serai pas en mesure de vous faire parvenir cette critique, non pas à cause du délai que vous m'imposez, mais bien à cause de la nature même de l'exercice auquel vous me demandez de me livrer, et dont force m’est de reconnaître que je m’y révèle totalement incompétent.
Ca n’est pourtant pas faute d’avoir essayé, croyez-m’en. Il m’a d'abord fallu essayer de faire abstraction du contexte, car il n'est pas négligeable. J'étais en effet votre obligé, et donc, tout à fait indirectement, celui du metteur en scène lui-même, qui avait convié tous les Marcel par votre intermédiaire. S'il est vrai que cette circonstance m'a enchanté au moment d'aller voir le spectacle, et ce même après que j'eus constaté que sur les billets qui nous ont été délivrés à l'entrée ne figurait pas le sceau "VIP" auquel j'étais, à vous croire, en droit de m'attendre, je me suis par la suite rendu compte qu'elle compliquait considérablement la rédaction d'une critique objective de ce spectable. Il est entendu que je ne tente pas ici de le faire, mais admettons, pour éclairer mon propos, que ledit spectacle m’ait quand même un peu rasé. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. La situation serait donc la suivante : je me suis ennuyé à un spectacle auquel m'a convié son metteur en scène et co-auteur. On sent déjà l’embarras poindre. Maintenant, considérons le metteur en scène: il ne s'agit pas simplement d'un metteur en scène, il s'agit de François Rollin. Pas la peine que je vous rappelle son pedigree, vous le savez mieux que moi, roi de l'humour, empereur de la poilade, créateur du comique de contradiction et fondateur de l’école d’humour de digression, voilà un gars qui, quel que soit son attrait pour le tourisme, ne dispose pas d’assez de valises pour y remiser toute la sympathie qu’il m’inspire, soit dit sans que je me satisfasse pleinement de l’image, parce que, d’une façon générale, les images ne me satisfont pas, à part celles avec des filles à poil, ce que je ne précise qu’afin de m’affirmer en tant que disciple de l’école d’humour de digression, disciple, toutefois, qui n’a manifestement pas fait preuve de toute l’assiduité nécessaire à ladite école. Quoi qu’il en soit, la situation serait donc plus exactement : je me suis fait suer (au figuré, s’entend, parce qu’au propre, j’aime autant te dire que j’ai pas fait semblant de suer, j’ai sué pour plusieurs, c’est quand même une drôle d’idée de donner un spectacle dans un sauna) à un spectacle auquel m’a convié le roi de l’humour, et à la création duquel il a participé. Ca devient terriblement gênant. Pour préciser mon trouble, imaginons une situation équivalente dans le domaine gastronomique : le chef d’un restaurant que nous connaissons et apprécions, mettons, au hasard, La Sologne, sise au 164 de l’avenue Daumesnil, 75012, Paris, nous convie chez l’un de ses collègues et amis, où nous faisons un repas décevant, végétarien et arrosé d’une sélection d’eaux minérales, et à l’issue duquel le chef de ladite Sologne vient s’enquérir de notre sentiment à propos de l’entrée, le carpaccio de fenouil et d’agrumes au gingembre, dont il était à l’origine. Vous imaginez la merde. C’était à peu près mon sentiment alors que je tentais vainement de rédiger les premières ébauches de ma critique. Et pour parler franc, dans ces premières ébauches, je finissais toujours par trouver « intéressant » le mélange fenouil et gingembre, et « pertinent » le sashimi de courgette curry-cardamome. Lopette. Voilà ce que c’est, le Vélo : une lopette. Invité par Tapie à boire un canon, je finirais par louer son esprit d’entreprise. Convié à la première d’un concert de Brigitte Fontaine, je me raserais probablement le crâne avant de m’y rendre, dans un souci d’identification à l’artiste, que je me mettrais alors probablement à appeler « la folle exquise ». Pol Pot m’aurait-il prié pour le thé que je l’aurais certainement félicité pour la coquetterie de son intérieur, tout en m’enquérrant auprès de madame des difficultés d’entretien induites par ces murs tapissés d’ossements. Lopette, le Vélo.
J’ai donc essayé d’attaquer le problème sous un autre angle, reportant les éventuelles critiques que j’aurais pu formuler à propos du spectacle sur son auditoire. D’accord, ça sent un peu la malhonnêteté intellectuelle, mais, à ma décharge, et vous l’avez constaté avec moi, le spectacle est en grande partie dans la salle. Ah! Comme il aurait été facile et satisfaisant de brocarder le comportement des spectateurs, rivalisant de rires exagérés et uniquement destinés à faire comprendre à leurs voisins qu’ils avaient compris plus rapidement qu’eux le dernier calembour servi par Vincent Roca, le gars n’en étant évidemment pas avare, puisqu’ils constituent l’argument du spectacle. Son argument, mais pas son essence. Roca’n’Rollin ne se sont heureusement pas contentés d’enchaîner des jeux de mots pas toujours très heureux, ils les ont utilisés comme arguments d’une histoire relativement solide, dotée d’un début, d’une fin, d’une progression émaillée d’assez heureuses digressions, et que Vincent Roca interprète en véritable comédien, et non comme un de ces innombrables débiteurs de sketchs. Mais non, dans l’assistance, on s’en bat l’œil : on est là pour comprendre des jeux de mots, et pour faire savoir qu’on les a compris. Moralité, tout ce petit monde d’éxagérer et d’individualiser son rire, et tout ce petit monde de rentrer immédiatement en lice dans cette joute grotesque où le rire – le bruit qu’il fait, dénué la bénédiction qu’il l’accompagne normalement – remplit le même office que les tâches de peinture dans les simulations de confrontations militaires dont nos chères têtes blondes, fussent-elles dégarnies et fripées par plus de quarante ans d’existence et par le stress dont sont assorties les responsabilités d’un cadre dans je ne sais quelle entreprise du tertiaire, semblent tellement apprécier. Tout cela m’aurait donc été beaucoup plus facile à écrire, j’aurais même pu fournir quelques exemples, notamment ce moment où Roca parle de poterie, vous vous en souvenez sans doute comme moi, le contexte m’échappe, mais il parle de poterie, et finit par associer « des » et « faïences ». Alors évidemment, tout le monde le voit venir, faut pas être grand clerc, tout le monde dans la salle est doté d’oreilles en état de marche, tout le monde a bien compris qu’il fallait s’attendre à un jeu de mots par tranche de 20 à 30 secondes, on sait donc comme une fatalité qu’il va enchaîner sur « défaillance », on sait pas comment mais il va le faire, dont acte, il le fait, j’aime autant te dire qu’il se foule pas trop d’ailleurs, hop là, il marque une pause et enchaîne sur « défaillance passagère », on sait pas pourquoi, on s’en fout, on enchaîne, le calembour est mauvais, ça n’en est pas un, mais c’est pas non plus Sparte ici, on peut avoir un petit coup de pompe, une petite facilité, et même, va savoir, si ça se trouve, il voulait vraiment parler de faïences, mais il s’est trouvé obligé de marquer le jeu de mots, à cause de ce con, ce sale con dans le public, le seul qui a rit durant le petit temps de pause qui a suivi « des faïences », tous les soirs, le pauvre Roca espère qu’il va passer entre les gouttes, qu’après « des faïences », pour une fois, il va pouvoir continuer sur le spectacle tel qu’il avait été écrit initialement, une histoire formid’, un truc sensas’ dont seuls les comiques ont le secret, mais non, il y a ce con, toujours un nouveau con pour rire après « des faïences », et le pauvre Roca doit une fois encore courber l’échine et payer son tribut à la dictature de l’humour, d’accord mon con, tu l’as voulu, je te le sers, « défaillance passagère », et allez, on enchaîne, calembour sur calembour, moi je m’en fous, j’en ai des stocks intarissables, tout ça à cause de ce con, toujours ce con, tellement tendu, tellement anxieux à l’idée de rater un jeu de mots qu’il rit à l’avance quand il en sent venir un, mais quand vas-tu donc cesser de m’obliger à te conchier, sale con… Et voilà, fatalement, je finissais toujours par me prendre les pieds dans la misanthropie, et par me lamenter sur mon sort. Lopette misanthrope, le Vélo.
Les semaines passant, l’émotion décroissant, j’aurais enfin pu envisager d’écrire une critique objective, quelque chose d’argumenté et de construit, dénué de fiel comme de flagornerie, rappelant les qualités évidentes, le souci de la construction d’une histoire convaincante comme fil conducteur du spectacle, la qualité de l’interprétation, et allez, même si je suis pas trop client, quelques calembours réussis (dont un, quand même, ça commence par « En voiture » pour les gens qu’ont assisté, auquel je décerne volontiers la palme du meilleur calembour de la Création, au bas mot), et puis en évoluant doucement du compliment vers la critique, en commençant par exemple par louer l’introduction du spectacle, brillante, vive, très inspirée, et magistralement interprétée, et fort logiquement située au tout début du spectacle, vu que c’est l’introduction, puis en regrettant que ce passage ne soit pas égalé durant le reste du spectacle, ce qui tend à laisser le spectateur sur sa faim, surtout le spectateur qui chipote un peu sur son assiette de calembours, d’accord, c’est servi copieux, mais ça aurait mérité une récolte un peu plus sélective. J’aurais aussi ajouté quelques réserves sur des passages certes basés sur de bonnes idées, mais un poil trop dilués (le miroir), et, curieusement, sur ceux dont on sent bien qu’ils n’auraient pas existé si Rollin n’avait pas été impliqué, car il y en a, qui sont évidemment très drôles, mais hors sujet, parfaitement, qui aime bien châtie bien, et toutes ces fadaises, donc si Rollin veut faire du Rollin, l’a qu’à faire un spectacle de Rollin, et pis c’est marre.
Là encore, il valait manifestement mieux que je m’abstienne, parce finalement, je ne serais arrivé qu’à un succédané de votre propre critique, où l’objectivité l’y dispute à l’équilibre avec une élégance rare.
C’est la mort dans l’âme que je signe cette missive qui me constate parjure, non sans vous avoir préalablement prier de bien vouloir agréer des trucs chouettes.
Votre, dévoué,
Tricyclopette.
La critique de Marcel Savon (de)
Vincent Roca est-il un être mutant ? Un personnage hybride ? Car il y a du Rollin dans son spectacle. Mais aussi du Ruquier. Cela paraît impossible et pourtant ! En faisant un mauvais jeu de mots, on peut constater simplement que son nom commence par celui de notre vénéré Professeur (Saint soit son Nom) pour se terminer par ce qui peut caractériser l'humour à la Ruquier (en redoublant judicieusement la fin du nom du prénommé Vincent). Mais passons pour en venir au vif du sujet et constater la virtuosité linguistique de Vincent Roca : brillantissime, époustouflante, sans un trou de mémoire (si ce n'est volontaire). On ne peut qu'admirer la performance.
Mais est-ce bien suffisant pour faire un bon spectacle ? Car le procédé lasse et Vincent Roca abuse : en particulier la lettre rédigée pour un ami aviateur, avec une foultitude de jeux de mots comme "la lettre à Hélice", "A toi qui es partie à tire d'aile ..."(1), etc, etc ..., c'est rigolo un tantinet, en fin de soirée quand on est entre copains, mais il aurait pu s'en dispenser dans son spectacle. Et il remet ça avec sa lettre à un ami plombier. Le jeu de mot pour le jeu de mot me lasse, et à mon avis, un bon de jeu de mots doit être mis en situation (cf Devos) et ne pas être une fin en soi.
Il y a heureusement aussi du bon : mais alors là, par moment, j'ai pensé à Rollin. Deux exemples : lorsqu'il explique qu'un hérisson peut difficilement se faire écraser par les quatre roues d'une voiture, même deux, car une fois que la roue avant lui passe dessus, le hérisson aura beaucoup de mal à se mettre rapidement en position pour se faire attraper par une roue arrière, vous pouvez vérifier la probabilité que cela se produise en calculant à partir de la taille du hérisson et de sa vitesse de déplacement, etc, etc ... Ce dépeçage d'une situation banale me paraît typiquement rollinien.
Autre exemple, les variations sur "Ciel mon mari", assez réussies, je trouve. Bon. Mon jugement peut paraître négatif, mais il y a aussi de bons sketchs, pratiquement sans jeu de mots, comme celui où Vincent Roca se pose la question angoissante de savoir si la lumière de son armoire de toilette réfléchit encore quand il quitte sa salle de bain. Là, toute une situation loufoque est posée et jouée jusqu'au bout. On y croit.
En fait, mon problème est peut-être là : y croire. Une accumulation de jeux de mots, c'est comme une accumulation de légumes : ça ne fera jamais une bonne ratatouille s'ils ne sont pas judicieusement choisis en bonne quantité, préparés soigneusement, épicés délicatement, cuits amoureusement. Et le problème du spectacle est qu'il devient intéressant quand la partie virtuose autour des jeux de mots diminue. Un comble quand on voit que le comique de Roca est quand même sensé tourner autour de ces jeux de mots !
En résumé, un spectacle en dents de scie, moyen par moments, excellent à d'autres et je serais très curieux de savoir où s'est situé l'intervention de Rollin qui a tout de même co-écrit et mis en scène ce spectacle.
(1) quelque chose dans le genre : je n'ai pas vraiment retenu les jeux de mots utilisés, c'est juste pour donner une idée.
Théâtre
de la Main d'or
15, passage de la Main d'or
75 011 Paris
Métro: Ledru-Rollin
Tel: 01 43 38 06 99
Représentations: Du mardi au samedi à 20 h 30
Locations: Du lundi au vendredi de 10 h à 19 h
Places: 120 francs.
Tarif réduit: 90 francs.
VIP: 0 francs. Alors, coïncidence?
Sièges: Banquettes.
Température: 96 degrés.
Toilettes: Propres, Séparation hommes/femmes.
Ou manger après le spectacle? Restaurant La Sologne, avenue
Daumesnil. En sortant du Passage de la Main d'or, prendre la rue du
Faubourg-Saint-Antoine jusqu'à la Place de la Bastille, puis tournez à
gauche sur l'avenue Daumesnil.
Le suivant e-mail que nous envoie un de nos lecteurs aurait pu être publié dans la rubrique du médiateur, mais il m'a semblé plus opportun de le mettre ici. Car enfin, voilà un avis tranché, net et sans bavure, qui ne souffre aucune hésitation, bref, l'avis du gars qui dit ce qu'il a à dire, qui le dit bien et l'assume. Au moins, on ne pourra reprocher à ou-pas.net d'être un site partisan.
Bonjour,
Votre site est bien fait, et je partage presque toutes vos "colères"
et enthousiasmes. Mais il y a une chose que je ne vous pardonne pas, c'est vos
atermoiements, vos hésitations, vos scrupules ridicules disons à dire du mal
de Vincent Roca... Ce que fait ce type est en dessous de tout! C'est la négation
même de l'humour! Tous ces jeux de mots casse-couille, enfilés les uns derrière
les autres, sans aucune situation absurde la plupart du temps contrairement à
Devos qui est casse-couille aussi mais avec des idées, c'est nul nul nul...
C'est de la merde bien puante, et qui plus est de la merde qui se prend pour pas
de la merde! Le côté "fin" de l'humour, moi je ne suis pas vulgaire,
moi je suis intelligent, moi c'est bien écrit, pas comme tous ces comiques qui
disent des gros mots... IN-SU-POR-TABLE. Je mets ma main au feu que ce type était
instituteur avant. (Mon doigt au feu disons). Surtout ne pas fâcher les
parents... Je n'aime pas Ruquier mais Ruquier a quand même des idées de temps
en temps, alors que lui... Je l'ai vu une fois à Montreux, c'était pathétique,
pas drôle, nul, et ce pauvre individu a eu le culot de débarquer sur scène
avec le texte de son sketch dans la main, qu'il lisait d'un air respecteux et
appliqué, comme si c'était tellement génial et fort qu'il n'avait pas besoin
de mise en scène, comme s'il venait tout juste de pondre ce délicat chef
d'oeuvre qu'il avait la bonté de livrer en primeur au public... IN-SU-POR-TABLE.
(Je me répète, je sais, Roca commence à m'influencer malgré moi). Que Rollin
ait travaillé avec lui ne change rien au problème, tout le monde peut se
tromper et Beethoven n'a pas écrit que des chefs-d'oeuvre. Il faut arrêter de
faire de l'idolâtrie... Perso en tout cas, je mets Roca en dessous de Ruquier
sans hésitation, parce que Ruquier, c'est l'usine à gags, souvent pas drôles
et surtout fiers d'eux, mais Roca, c'est l'usine à rien!
Bon, je m'énerve j'arrête.
Très respectueuses salutations,
Bob.
Quand Vincent Roca abandonne cinq minutes les jeux de mots
Les petites attaques proférées par voie de presse ou sur les ondes radio/télévisées à l'encontre du mafflu par des journalistes, chroniqueurs et autres personnalités du monde du spectacle sont à ce point devenues légion que j'ai cessé de les recenser. Non point dans le but de me désolidariser de la meute, car même si critiquer Ruquier est dans l'air du temps, j'aurais vraiment le plus grand toupet de m'en plaindre après les hectolitres de fiel que je lui ai versé dans la bouche depuis la création de ce site. Simplement, j'estime que dans la mesure où sa déconsidération est devenue consensuelle, il est inutile d'en remettre une couche. C'est pourtant ce que je vais faire dès maintenant, mais moins par plaisir de taper sur Ruquier que pour relater les conséquences inattendues de quelques mots méchants dans la bouche de Vincent Roca.
Le vendredi 15 novembre 2002, Stéphane Bern recevait, comme invité vedette de son émission "Le fou du roi" sur France Inter, Michel Aumont, acteur majeur du patrimoine français, pour lequel j'ai personnellement beaucoup de considération, mais là n'est pas la question. Vincent Roca, chroniqueur dans la dite émission, a axé son intervention sur le thème d'une critique de la pièce "La critique est unanime", écrite par Ruquier et actuellement interprétée par les membres de se bande dans je ne sais quel théâtre parisien, et quand bien même le saurais-je, je tairais son nom pour éviter toute publicité involontaire. La critique de Roca ne laissait aucun doute sur les sentiments qu'il nourrit à l'égard de cette pièce; en gros: une bande de tocards réunis dans le "non-évènement théâtral de rentrée" plébiscité par un public qui ferait mieux de dépenser son argent pour aller voir Michel Aumont, plutôt que d'encourager dans leur fumisterie une octogénaire sénile, un psychanalyste pédant et une tarlouze analphabète, et j'en oublis. La tarlouze analphabète, Steevy donc, pour ceux qui n'ont pas suivi, était particulièrement à l'honneur dans la critique de Roca, qui s'est lancé dans une longue tirade de je ne sais plus quelle pièce classique, que l'on imagine normalement jouée avec sérieux et emphase, avec une voix de caricature de follasse. Tout cela était très juste et très drôle, mais ce n'est pas là que je veux en venir.
Ce qui m'a le plus surpris, c'est d'avoir ri aux larmes à une chronique de Vincent Roca, qui ces temps-ci aurait plutôt tendance à me faire bailler, tant ses jeux de mots sont devenus un procédé qu'il n'arrive plus à renouveler, et pour cause, on ne renouvelle pas un procédé. Mais là, Roca était drôle précisément car son texte ne contenait absolument aucun jeu de mot, et qu'il était au contraire basé sur la dénonciation vacharde et dédaigneuse, un genre dans lequel on attendait n'importe qui sauf lui. Roca, toujours lisse, toujours poli, le gentil Vincent Roca, qui habite dans un dictionnaire et semble passer à coter des misères de la vie quotidienne, le fréquentable et passe-partout Vincent Roca a tout simplement dégainé son colt et dézingué du mafflu à la manière du gars qu'aurait trop regardé Pulp Fiction. Et alors, brutalement, on réalise à quel point Vincent Roca peut être drôle. Si bien qu'on a envie de lui demander d'arrêter cinq minutes d'être fin, de lui dire que c'est bon, il a fait ses preuves, tout le monde est bien convaincu qu'il fait ce qu'il veut des mots, et qu'il les abandonne cinq minutes pour mettre ses talents d'auteur et d'acteur au profit de l'exercice auquel il s'est livré ce vendredi, plus personnel, plus engagé, plus rugueux et tellement, tellement plus réjouissant pour le public.