
Le film aurait pu s'appeler Dumb and dumber, mais le titre était déjà pris. Il s'est donc appelé La Tour Montparnasse infernale, de même que ça aurait pu être Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche de la Défense perdue ou Nous irons tous au Paradis Latin, car le lieu n'a aucune espèce d'importance. On aurait aussi bien pu lâcher Eric et Ramzy sur la Tour Eiffel, le Panthéon, la gare d'Austerlitz, la cathédrale de Reims, l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, la place Stanislas de Nancy ou le Franprix de la rue du Mont Cenis, le résultat aurait été le même. On aurait pu réduire l'imposant budget de ce film à sa portion congrue, ça n'aurait rien changé non plus. Car ce ne sont pas le lieu, l'histoire, le scénario, les effets spéciaux qui font de ce film une grande réussite, mais ses deux héros, déjà largement connus du grand public sous le nom d'Eric et Ramzy, qui réinventent aujourd'hui avec succès l'humour idiot, avec un grand H et un grand I, paire de majuscules enfin méritée après des années d'errance. Car l'humour idiot n'a jamais été qu'un fade succédané de l'humour absurde inventé par les Monty Python. On a longtemps mis l'incapacité sur le compte de l'absurde, au nom de ce fameux deux-cent cinquante-sixième degré qu'on a bien de l'audace à prétendre pratiquer lorsqu'on ne maîtrise même pas le second. Mais Eric et Ramzy sont d'une autre trempe. Si. J'insiste.

Notez que je comprends parfaitement votre doute,
je partageais le même avant d'aller voir ce film. Sa promotion contondante, desservie
par une bande-annonce pour le moins calamiteuse, n'était vraiment pas
engageante. Mais comme chez ou-pas.net, on n'est pas du genre à critiquer ce
que l'on ne connaît pas, et que j'avais la ferme intention de dire du mal de
cette Tour Montparnasse infernale, je n'ai pas pu faire autrement que d'aller
voir le film, de surcroît dans une salle petite salle remplie de lascars, fumant des
joints pendant le film, évidemment, une place pour chaque chose, chaque chose
à sa place, mais ne riant que très peu, voire pas du tout, sauf bien sûr
quand apparaît Joey Starr, évidemment, une place pour chaque chose, chaque
chose à sa place. Mais l'heure n'est pas au procès du sauvageon
jeune des quartiers en mal d'identité, mais à celle de l'éloge du film d'Eric
et Ramzy. Car non, je ne suis pas
tombé sur la tête, ne suis devenu ni con ni jeune, et ou-pas.net n'est pas
devenu une succursale de Fous d'humour. La tour Montparnasse infernale, c'est
drôle.
Embarqués dans une histoire abracadabrante sur laquelle nous ne nous attarderons pas, car je le répète, elle n'a aucune forme d'importance, le couple d'humoristes incarne ici une paire de benêts sympathiques, à mi chemin entre idiots du village et enfants de sept ans. Chacun a sa spécificité. Si Eric semble être ouvertement le plus con des deux, c'est car Ramzy, qui l'est en fait tout autant, le montre moins. Eric se jette la tête la première dans la première connerie à faire qui lui passe sous le nez, à coup de grimaces simiesques et de gesticulations frénétiques, alors que Ramzy, plus posé, et apparemment maître la situation, réfléchit longuement avant de faire une connerie encore plus dramatique. En cela, le duo fonctionne un peu sur les bases du couple Chevalier et Laspallès; mais lorsqu'ils avaient cinq ans et demi, si tant est qu'il se soient connus à ces âges.

Deux gentils idiots donc, lâchés dans une Tour Montparnasse prétexte à une succession de scènes désopilantes, mais aussi, et c'est là que ça force le respect, invariablement efficaces. Car le bordel apparent qui s'installe dès les premières secondes du film s'avère vite être savamment organisé. Les répliques et gesticulations des deux ânes s'intègrent dans une chorégraphie millimétrée, qui ne subit aucun relâchement, et dont l'extrême épurement ne s'autorise que de rares écarts, qui concernent surtout les seconds rôles et apparitions surprises obligées, accaparés par la clique des jeunes-talents-soit-disant-comiques labellisés Canal Plus. Mais ne soyons pas bêtement regardants.
Inventifs, maîtres de leur art, désopilants, sympathiques, jamais méchants ni gratuits, Eric et Ramzy signent un de ces très, trop rares films écrits et interprétés par des humoristes stars des plateaux télés qui ne fasse pas bailler au bout d'un quart d'heure. Le rythme, de même que la tour, est infernal, il ne faiblit jamais. Une heure et demi de franche poilade qui passe rapidement, et qui te récure la boite à rires pour la semaine. Que demander de plus?
Et hop, emballez c'est pesé.
Les photos ont été honteusement dérobées sur le site officiel du film