Drôles ou pas drôles?

Dans la plupart des cas, nul n'est besoin d'aller assister à son spectacle pour affirmer qu'un humoriste est mauvais. Quelques extraits télévisés et des bribes d'interviews suffisent en général: les comiques de mes couilles sont tous les mêmes, et font tous la même chose, il suffit donc d'avoir un peu de nez pour les débusquer de leur médiocrité. 

Une minorité d'humoristes dérogent cependant à cette règle. On ne les connaît que peu, on ne sait pas bien ce qu'ils font, mais contrairement à leurs confrères, ils n'attirent pas le mépris immédiat, et titillent donc la curiosité de l'homme de bon goût. Autrement dit: on ne sait pas encore si ils sont drôles, mais rien ne permet d'affirmer pour autant qu'ils ne le sont pas. On nourrit ainsi à leur égard des préjugés plus positifs que négatifs.

C'est de cette catégorie d'humoristes énigmatiques que nous parlerons dans cette rubrique. 


Que faut-il penser de:

Gauthier Fourcade?
Vincent Roca?
Michaël Youn?

Shirley et Dino?

 

Que faut-il penser de Gauthier Fourcade ?

J'ai reçu un mail d'un dénommé Gauthier Fourcade, humoriste de profession, dans lequel il m'invite à visiter son site officiel et m'informe que s'y trouve un lien vers ou-pas.net. J'y ai donc fait un saut.

Première constatation: Je connais son visage, pour l'avoir aperçu à plusieurs reprises sur des affiches dans les rues de Paris. A vrai dire, j'étais persuadé que ce gars là était un chanteur, dans le genre néo-pop torturée à la con. Il était probablement mentionné le nom d'un café-théâtre sur ces affiches, mais je n'y avais pas prêté attention. Un gars qui se prénomme Gauthier Fourcade et qui a une tête pareille ne pouvait pas un être un humoriste.

Seconde constatation: Au premier coup d'oeil, le site web de Gauthier Fourcade n'a pas l'apparence de celui d'un humoriste. A vrai dire, il ressemble grandement à celui d'un chanteur de néo-pop torturée à la con, mais un examen approfondi permet de constater que non, définitivement non, Gauthier Fourcade n'est pas un chanteur de néo-pop torturée à la con, et bel et bien un humoriste. Son site est en donc d'autant plus remarquable: contrairement à celui de Sellig, par exemple, on a pas envie de tourner les talons en jurant dès la page d'accueil. Ce qui m'amène directement à ma troisième constatation. 

Troisième constatation, donc: Pour avoir déjà eu l'occasion de visiter plusieurs sites officiels d'humoristes, j'en étais arrivé à la conclusion qu'un site d'humoriste illustrait à merveille sa personnalité. Vulgaire et criard pour Bigard, vain et laid pour Sellig, idiot et pas drôle pour les Chevaliers du ciel, etc. On pourrait donc être tenté de penser que Gauthier Fourcade n'est pas un humoriste comme les autres, dans le sens où son site n'inspire pas de mépris immédiat, et titille au contraire la curiosité de ses visiteurs.

Quatrième constatation: Le site de Gauthier Fourcade est assez peu fourni, il semble d'ailleurs qu'il soit encore en construction. On y trouve quand même quelques trucs, notamment des résumés des spectacles qu'il a écrit; force est d'admettre qu'ils sont considérablement plus audacieux que la moyenne. La participation "décalée" de l'humoriste dans le forum de son site, jamais sur le ton de l'autopromotion mercantile et complaisante, semble également nous indiquer que le gars entend bien se différencier de ses confrères.

Que faut il en conclure? Je ne sais pas encore. Il est un peu tôt pour gratifier Gauthier Fourcade de l'estime de notre exigeante confrérie, d'autant qu'il a quand même pas mal l'air de flirter avec l'élitisme casse-couille, ce qui n'est pas un défaut en soi, mais peut rapidement le devenir. Malgré tout, sa singularité (revendiquée?) me semble pleinement justifier qu'on le classe dans la catégorie des "A surveiller avec attention", ce qui pourrait signifier, à terme, d'aller voir son spectacle. En ces temps de disette humoristique, il serait dommage de passer à coté d'un talent digne d'éloges.

Allez donc vous forger une opinion: http://www.gauthier-fourcade.com

Affaire à suivre, donc.

Que faut-il penser de Vincent Roca ?

En ce qui me concerne, je ne connais Vincent Roca que par ses participations à l'émission "Le fou du roi" sur France Inter, en forme de courts sketchs sur le thème invariable du jeu avec les mots. Je dis "jeu avec les mots" plutôt que "jeu de mots" à dessein, car Ruquier est un représentant zélé du jeu de mots, et qu'en la matière, sa lourdeur chronique est aux antipodes de la finesse de Vincent Roca.

Vincent Roca est un genre de Raymond Devos, l'embonpoint en moins, et dans un style plus épuré. Car s'il arrive à Devos, probablement conscient du fait que son style d'humour peut rapidement devenir chiant, de faire diversion en jonglant, soufflant dans des trombones ou agitant des accordéons, Roca se lance corps et âme dans la seule chose qu'il sache apparemment faire: jouer avec les mots.

Dans le cadre d'un sketch de quelques minutes dans une émission de radio, le résultat est assez concluant: l'homme connaît son affaire, il manie la langue à sa guise, en presse le jus jusqu'à la quintessence, avec une imagination débordante, une élocution irréprochable et un talent de comédien à donner des leçons d'humilité à 99% des comiques d'aujourd'hui. Un court sketch de Vincent Roca dans une émission de radio est donc réjouissant. Mais l'exercice tient-il la distance sur l'heure et demi d'un spectacle? Face à un humour si pointu, il convient de rester attentif et concentré en permanence, sous peine de perdre le fil. C'est déjà assez difficile avec Devos, qui multiplie pourtant les diversions dans ses spectacles pour les rendre moins indigestes, alors est-ce possible avec Roca, qui n'a apparemment pour seule arme que le débit de sa parole?

Le spectacle de Vincent Roca, actuellement joué au théâtre de la Main d'Or, a été mis en scène et co-écrit par François Rollin. Est-ce vraiment un argument? D'abord, je n'arrive pas à imaginer en quoi le roi de l'humour peut bien participer à l'écriture d'un truc qui l'est déjà énormément (écrit) sans dénaturer l'ensemble. Ensuite, je ne vois pas comment il est possible de mettre en scène un gars, certes excellent comédien, mais irrémédiablement coincé par la nature même de l'humour qu'il pratique. Rollin s'est-il contenté d'indiquer à Roca où il devait se placer en orchestrant vaguement le jeu de lumières? Contrairement à la plupart de ses confrères humoristes autoproclamés metteurs en scène, on sait qu'il ne mange pas de ce pain, et considère plus la mise en scène comme une mise en forme du spectacle que comme une façon de le chorégraphier poussivement. Alors quoi? Rollin a-t-il réussi à rendre le capharnaüm linguistique de Vincent Roca cohérent et organisé? Est-il parvenu à le charpenter comme se doit de l'être une oeuvre théâtrale à part entière? Et surtout, et c'est à mon sens la question primordiale: a-t-il réussi à définir un personnage autre que celui de l'humoriste égrainant avec monotonie ses jeux de mots? Autrement dit Vincent Roca joue-t-il, ou se contente-il de faire un vain étalage de sa virtuosité?

Autant de question qui resteront temporairement sans réponses, car je n'ai pas l'intention de débourser 120 balles pour risquer d'aller m'endormir devant un moulin à parole. J'ai peut-être tort, et je le souhaite d'ailleurs vivement, car Vincent Roca est une personne estimable.

Affaire à suivre, si toutefois quelqu'un se dévoue par aller à la Main d'Or à ma place.


Du nouveau: Toutes ces questions ont finalement trouvé une réponse heureuse, à lire dans la critique de "Mots et usage de mots"

Que faut-il penser de Michaël Youn?

Michaël Youn est l'animateur vedette de l'émission "Le Morning Live", diffusée le matin de 7 heures à 9 heures sur M6. Un programme que je ne connaissais jusqu'à récemment que sous forme de bribes dans le zapping de Canal Plus, souvent très drôles. Un exemple: En pleine nuit au bois de Boulogne, Michaël Youn surgit d'un fourré pour poursuivre un homme qui vient de se faire éponger le chibre, en hurlant dans un porte-voix "t'as été aux putes, t'as été aux putes". Indéniablement hilarant.

En plus de ces quelques séquences révélées par les zappeurs de Canal Plus, on a récemment pu voir le gars Youn et ses amis foutre gaiement la merde dans la dernière cérémonie des 7 d'or, comme le faisaient les comiques de Canal Plus il y a quelques années. Paroxysme de la soirée: Michaël Youn, vêtu d'un simple string coquettement orné d'un noeud papillon au niveau des poils pubiens, court hystériquement dans tous les sens en hurlant dans un porte-voix (le gars aime beaucoup les porte-voix), au beau milieu des centaines de pingouins encravatés qui constituent la morne assistance. Un peu facile, me direz vous, et pas franchement révolutionnaire, mais ce genre de facétie est toujours plaisante, d'autant plus que le gars connaît particulièrement bien son affaire, et qu'il y met tout son coeur.

J'ai donc fini par me résoudre à regarder le Morning Live, qui comme on pouvait s'y attendre est une émission sans aucun intérêt, une connerie de divertissement musical pour adolescents attardés, nourris au Yop, à la Playstation et à Britney Spears.

La question qui se pose est donc: Michaël Youn peut-il exister en dehors du cadre de l'émission qu'il anime et de ses rares dérapages heureux? Quand le Morning Live s'arrêtera, ce qui arrivera fatalement, son choix sera restreint: continuer à faire le con ailleurs, ou devenir magasinier chez Franprix. S'il opte pour la seconde possibilité, il devra se résoudre à un anonymat opaque, difficile à accepter quand on a connu une relative notoriété, que ses nouveaux collègues lui feront par ailleurs payer en lui demandant régulièrement de montrer de son cul comme il savait si bien le faire à la télé. Nul doute qu'il choisira donc de perpétuer sa carrière d'amuseur naissante. Mais où?

A la télé? C'est voué à l'échec à plus ou moins court terme. Il n'y a qu'à regarder la voix de garage sur laquelle ont été aiguillés Omar et Fred sur Canal Plus cette année pour s'en rendre compte. Au cinéma? Si Michaël Youn écrit un film, ce sera forcément un ratage, avec tout le respect que je lui dois, car on n'écrit pas un scénario solide et des dialogues percutants avec sa seule audace exhibitionniste pour matériau. Au théâtre? C'est un peu le même problème: on ne tient pas une heure et demi sur une scène en montrant son cul, ou alors dans une boîte de travelos, mais je doute que le gars ne soit emballé à l'idée de finir ses vieux jours chez Michou sous les yeux hilares et imbibés de bière des touristes allemandes de passage à Pigalle. Il est de toutes façons trop brun et trop poilu pour faire ça.

Il semble donc que Michaël Youn soit irrémédiablement condamné à ne connaître qu'une gloire éphémère, le temps de quelques déloquages irrévérencieux. C'est dommage, car on l'aime bien, mais c'est la dure loi de la logique.

Que fait-il penser de Shirley et Dino? 

La critique de Marcel Trois Gaules, dont une en fibre de verre

Mercredi soir, je me suis donc rendu au Théâtre Marigny pour assister à la représentation de "Shirley et Dino, le Duo", le spectacle du couple Achille Tonic. Je n'apprécie que modérément leur humour, mais que voulez vous, nos relations n'ont pas forcément les meilleurs goûts. Ceci dit, on aurait pu me demander d'aller voir  Jean-Luc Lemoine... J'y suis donc allé, espérant un rapport qualité/prix moyen et en suis ressorti en me disant que le spectacle d'un rapport qualité/prix moyen.

Le théâtre est architecturalement intéressant, les sièges assez confortables. Ce n'est donc pas le théâtre de la Main d'Or. Sinon, les 2 acteurs sont charmants, n'ont pas la grosse tête, contrairement à tout ce qui sort de chez LR Industries et m'ont arraché quelques rires bien solides, notamment lorsque Shirley exécute un numéro éblouïssant de ventriloque avec Raoul la Grenouille. De surcroit, ce n'est pas une galerie de personnages, c'est du Music-Hall avec quelques belles acrobaties et de la magie de qualité. Du Music-Hall fantaisiste, certes, comme ils le définissent, mais du Music-Hall quand même.

Ce n'est pas très fin, mais c'est original et on passe un moment honnête. En  conséquence, vous pouvez aller le voir si vous n'avez rien d'autre à faire ce jour là. Je noterais donc le 10,5/20 au spectacle. Après le spectacle, vous pouvez tenter le Matignon, mais il sera sûrement bien trop cher. Sinon, plus haut sur les Champs-Elysées, la Pizza Roma pourra vous faire des pâtes qui valent elles aussi un 10,5/20. Mais dans le quartier, ne vous attendez pas non plus à un ravissement culinaire.

Shirley & Dino - Le Duo
Jusqu'au 27 juillet 2002
Théâtre Marigny - Robert Hossein
Carré Marigny - 75008 Paris
Métro : Champs-Elysées-Clémenceau
Réservations au téléphone : 01 53 96 70 00