L'édito du taulier



Marcel de Guérande flagelle de la vierge dans le lupanar
qui lui tient lieu de maison de retraite, le salaud.



Le 6 février 2006 :

Tool – 46 & 2

Ah tiens, Tool.
Ca fait une paye.
Ca me rappelle ce site là, je sais plus comment il s’appelait. Un site sur les comiques.
Ah oui, ou-pas.net.
Putain, ça nous rajeunit pas.
Pourquoi je pense à ça ?
Ah oui, c’est parce que j’entends Tool.
Mais d’ailleurs : qui a mis ce morceau ?
Comment ?
Marcel qui ?
Piston ?
Ah tiens.
Vous êtes sûr ?
Ah oui, il est là.
Pas de doute, c’est bien lui. L’a pas changé. Toujours aussi bel homme. Le port altier, élégance british, quelle précision dans la taille du bouc, pas un poil qui dépasse, à croire qu’il fait faire ça par ordinateur. Aristocratique, le gars Piston. Des allures de meneur. Corroborées par cet air sempiternellement incommode. Prêt à en découdre. Ca a même empiré de ce point de vue là, j’ai l’impression. A le voir comme ça se masser le poing en titillant sa chevalière comme on agacerait un téton, on se dit qu’il pourrait castagner le premier venu au moindre regard de travers.
Pardon ?
C’est ce qui va produire ?
Pourquoi ?
On rempile ?
Ah tiens.
Quand vous dites on rempile, vous sous-entendez que la chasse au mafflu est de nouveau ouverte ?
Vous ne le sous-entendez pas, vous le gueulez à la face du monde ?
Ah tiens.
Et au Morandini aussi ?
Ah bon.
Alexandre Delperrier ?
Surtout ?
On a le droit de shooter le Delperrier à coups de tatanes dans sa grosse gueule, alors?
Oh, mais c’est que ça commence à m’intéresser, cette histoire.
C’est la chasse aux gros bâtards d’une manière générale ?
N’en jetez plus : j’en suis.
Plutôt deux fois qu’une.




Le 16 février 2004 :

J’ai rencontré le néant. Le vide absolu. J’avais déjà eu l’occasion de l’apercevoir, furtivement, de loin, dans l’œil de Ruquier, les films de Lelouch, les livres de Christine Angot, mais là c’est différent, j’ai rencontré le néant comme on tombe dans un trou. J’ai été happé. Par mon poste de radio. C’est arrivé un jour en semaine, un peu avant midi, midi moins le quart exactement, je zappe sur mon transistor et je tombe sur Europe 1. Jean-Luc Morandini. L’ancien animateur de Tout est possible sur TF1, reconverti dans ce créneau très en vogue qu’est le décryptage des programmes de télévision. Pas sous l’angle paillettes-people-show biz, non, sous l’angle de la pseudo analyse médiatique, façon Daphné Roulier sur Canal Plus, à cette nuance près que Daphné Roulier, on lui ferait volontiers la cour et plus si affinité, alors que Morandini, non. Bref. De onze heures à midi, chaque jour sur Europe 1, Morandini décrypte la télé. Et à partir de midi moins le quart, il conclut son émission en donnant la parole aux auditeurs. Il appelle ça « la libre antenne ». Des gens téléphonent pour dire ce qu’ils pensent de tel programme, de tel animateur, et de tout ce qu’il est possible d’imaginer en rapport avec le petit écran. Et c’est à peine croyable. J’ai toujours entendu dire que ce sont les arabes qui ont inventé le zéro, mais là, d’un coup, je me permets d’en douter. J’aurais tendance à penser qu’avant la libre antenne de Morandini, le zéro n’existait pas. Je ne sais pas bien comment l’expliquer. De toutes façons ça ne s’explique pas, il faut le vivre. Des gens, des anonymes, qui téléphonent à la radio pour dire ce qu’ils pensent de la télé, il faut le vivre. Patrick Sébastien est-il vulgaire ? Marc-Olivier Fogiel devrait-il plus laisser parler Ariane Massenet ? Qui mérite de remporter la « starac », machin ou machine ? Les sujets sont variables, mais ont tous pour point commun leur vacuité absolue. Que ce soient des anonymes que en parlent, ça fait deux fois plus de vacuité. La mise est encore multipliée quand Morandini, et il se trouve qu’il le fait quasiment à chaque fois, met en ligne deux auditeurs d’avis différents, qui s’affrontent avec passion en énumérant des arguments ineptes pour défendre tel animateur, telle émission, telle chaine au détriment de tels autres, et le ton monte, et ça s’énerve, laissez-moi parler madame, arretez de monopoliser la parole, vous dites n’importe quoi, je sais de quoi parle, je m’y connais un peu mieux vous, il se trouve que ma cousine est la voisine du boulanger où la belle-sœur de l’oncle de Nicos Aliagas achète ses croissants, alors permettez, quand je dis que la starac, c’est pas truqué, je sais de quoi je parle, des gens comme vous ne devraient pas avoir le droit de voter. C’est comme ça tous les jours sur Europe 1 entre midi moins le quart et midi.

Par contre les onze commandements c’est monumental.




Le 11 décembre 2003 :

Je ne pensais pas redevoir un jour allumer mon ordinateur pour parler dans ce site d’un truc drôle au point que je ne puisse m’empêcher d’en faire une promotion tapageuse, mais c’est pourtant ce qui va se produire pas plus tard que maintenant.

Je reviens à l’instant du cinéma.

Je suis allé voir «Les clés de bagnole», de Laurent Baffie.

Bon, je sais ce que vous vous dîtes. Baffie ? Ce branleur ? Cette petite frappe tout juste bonne à balancer des vannes pré-écrites dans les émissions d’Ardisson ? Cet ami de Rollin, dont on se demande bien ce que le roi d’humour lui trouve ? Ben justement : le vrai roi de l’humour, c’est pas Rollin, c’est Baffie. Je sais, ça surprend, c’est même pas que ça surprend, c’est que personne n’y croit, je vous vois déjà vous pousser du coude, l’air de dire «le Guérandezigue , il ferait mieux de continuer à taire sa gueule, si c’est pour dire des trucs pareils». Mes chers collègues, je vous en conjure, vous en supplie à genoux : allez voir ce film. Il n’y a pas de piège. Ce n’est pas un poisson d’avril. Ayez confiance.

«Les clés de bagnole» est à ma connaissance le premier film qui fait rire d’un bout à l’autre. Même dans les meilleurs films comiques, il y a toujours des baisses de régime, la plupart démarrent sur les chapeaux de roues et s’essoufflent sur la dernière demi-heure, quand ils ne s’enlisent pas dans le neuneu. Chez Baffie, rien de tel : le film met la barre au sommet dès ses premières minutes, et l’y maintient jusqu’à ce que les lumières se rallument. L’histoire est inracontable, car l’intérêt du film réside dans sa forme. C’est un film de forme, conformément à l’un des grands préceptes de l’humour rollinien, dont on retrouve d’autres caractéristiques fondamentales : absurde, rigueur obstinée, dérapages scabreux… A ces qualités, Baffie ajoute, en vrac, la folie créative d’un Edouard Bard, l’inventivité obsessionnelle d’un Alain Chabat, la précision d’un Francis Weber, la loufoquerie d’un Jean-Pierre Mocky, plus une certaine forme de poésie, oui, parfaitement, de poésie, qui n’appartient qu’à lui. Je sais, le mélange est difficile à concevoir, et c’est pourtant ce que donne «Les clés de bagnoles».

Vous doutez encore ? Alors allez-y ne serait-ce que pour les featurings, tous de très, très haute tenue : Edouard Baer, Jean-Marie Bigard, Alain Chabat, Michel Galabru, Gérard Depardieu, Djamel Debouze, d’autres, plein d’autres, tous très drôles… et bien entendu, François Rollin, dans un «sketch dans le film», probablement le seul truc qui n’ait pas été écrit par Baffie (avec l’improvisation de Baer s'entend), un concentré de tout ce que le professeur a jamais produit de meilleur, un numéro dense, une bourrasque de poilade surréaliste, capable de mettre une salle de cinéma entière sous l’emprise de l’hilarité, je le sais, j’y étais, je l’ai vu de mes propres yeux.

Laurent Baffie et Daniel Russo forment un excellent duo, en constante osmose avec le film. Baffie se révèle être un très bon comédien, tout dans la neutralité, ne cédant jamais à cette espèce d’ostentation maladroite qui caractérise les débutants. Calme. Sobre. Il contrebalance en cela l’exubérance outrancière de son comparse Russo, au sommet de sa forme.

Je ne sais plus quoi dire pour vous convaincre.

Il faut aller voir «Les clés de bagnole».

Moi en tout cas, j’y retourne.




Le 20 octobre 2003 :

Je suis très embêté. Le mois d’octobre est déjà bien entamé, largement même, entamé à un point qu’on peut presque commencer à considérer qu’il vit ses derniers jours, et je n’ai toujours pas d’édito. Enfin, « toujours pas », façon de parler, parce que j’en avais commencé un qui promettait, il partait comme ça : « Je me demande si je me suis pas comme qui dirait un peu fait entuber en acceptant cette histoire d’édito mensuel. Rendez vous compte : ça me fait au final plus de boulot qu’avant, ce qui n’était vraiment pas le but recherché, mais le pompon, c’est que le nouveau taulier n’en fout pas une rame, et ne remet pas à jour. Le monde à l’envers.»

J’étais alors parti sur l’idée de railler un tantinet le nouveau taulier, Piston, donc. Pour ceux qui ne l’ont jamais vu, il faut imaginer un gars trapu, un rien costaud, renfrogné, bourru et à l’air naturellement pas commode, bref, le genre de gars qui s’il était prof inspirerait sans même ouvrir la bouche un respect terrorisé aux collégiens les plus irrévérencieux et excités. J’ai donc cherché un sobriquet à même de discréditer l’individu, aussi peu adapté que possible afin d’en renforcer l’aspect comique, et j’en suis naturellement venu à : « Marie-salope ».

Piston, Marie-salope, il remet pas à jour.

C’était le titre de mon édito. Ca ne manquait pas d’allure, mais fallait étoffer. C’est alors que j’ai réalisé que je tenais un alexandrin : Pis-ton-ma-rie-sa-lope-il-re-met-pas-à-jour. Vous pouvez compter, ça fait douze. L’idée d’un poème s’est alors naturellement imposée :

Piston, Marie-Salope, il remet pas à jour
C’est le nouveau taulier, mais il en fout pas une
Ah ça pour picoler, il est toujours partant
Mais pour remettre le site à jour, y a plus personne

Oui bon, ça ne rimait pas, mais c’était un premier jet, j’allais l’améliorer, le peaufiner, en faire un truc capable de faire passer Verlaine pour du Florian Zeller, et au moment où j’aiguisais ma plume, bien résolu à révolutionner la poésie, paf : Piston a remis à jour. Une vraie mise à jour en plus, pas seulement une présentation de la nouvelle livraison de Monpatron, non non non, ta ta ta, l’ajout d’une nouvelle édition du top five aussi, rédigée par ses soins, rendez-vous compte, le top five, c’est pas rien, c’est un peu la vitrine historique d’ou-pas.net, son emblème, j’étais tellement ému que j’en ai versé une larme. Mais alors du coup, mon projet de poème tombait à l’eau.

Vous me direz que rien ne m’empêche de m’atteler à la rédaction d’un nouveau poème, sur un thème radicalement opposé, qui louerait avec force superlatifs les qualités de metteur à jour du nouveau taulier, digressant au passage sur la majesté de son port et la beauté léonarddevincienne de son architecture pectorale, mais comme je l’indiquais plus haut, on ne va pas tarder à changer de mois, et fidèle à mon engagement de fournir mensuellement, j’aurais à peine fini de boucler mon édito d’octobre que celui de novembre s’imposerait derechef à mes préoccupations, avec encore plus de violence, et dieu sait si j’ai pas besoin de subir ce genre d’agression en ce moment, ah oui au fait je vous ai pas dit, je ne me nourris plus que de Nicorettes. C’est dire s’il est déconseillé de me faire chier.

Bon allez, une petite remarque quand même, histoire de coller au sujet du site et de justifier le prétexte éditorial qui me sert ici de cadre : aujourd’hui j’ai regardé la semaine des Guignols sur Canal Plus. Je n’avais pas rigolé autant depuis Colères.

Etonnant non ?




Le 11 septembre 2003 :

Vous l'avez sans doute remarqué, depuis quelques mois, les mises à jour sont moins fréquentes qu'il fut un temps. Moins fréquentes, c'est une façon aimable de dire que le taulier tire au flanc, pire, qu'il laisse le site à l'abandon à l'instar du premier homepager sémounophile venu. C'est un peu le cas, inutile de le nier, et pour un site qui se targue à longueur de pages d'un engagement actif et débridé, c'est comme qui dirait le comble, pour ne pas dire le pompon. Aussi ai-je décidé de confier les rênes d'ou-pas.net à l'un des plus solides piliers de notre aimable confrérie: l'incontournable (au propre comme au figuré) Marcel Piston. C'est désormais lui qui s'occupera des mises à jour, présentera et installera les nouveautés, et organisera le merdier à sa guise, en un mot: c'est le nouveau taulier. Parfaitement. Le fait est que j'ai autre chose à faire en ce moment, et que puisque ça risque de durer un tantinet, passer le relais me semble être la meilleure façon de raviver la flamme.

Beau verbe, finesse d'esprit, intransigeance virile, diplomatie raffinée, rollinophilie avertie... depuis le temps que nous le côtoyons, nous connaissons tous les qualités de Marcel Piston. Nul doute qu'il perpétuera avec talent l'ouvrage que j'ai entrepris avec vous tous, estimés et vaillants confrères, depuis maintenant trois ans. Mieux, je te parie un picon-bière contre le pucelage de ta petite dernière qu'il propulsera ou-pas.net dans une nouvelle ère de gloire et de félicité. Du reste, le lascar n'a voulu accepter ce rôle qu'en échange d'une contribution mensuelle de ma part, dont ce texte est ma première livraison. Votre serviteur n'est donc pas mort, et reste fidèle à la Cause.

Que les ruquiérophiles s'imprègnent bien de l'idée que ce passage de flambeau n'est pas synonyme d'armistice. Marcel Piston n'est pas connu pour son pacifisme, bien au contraire, et s'il nous a maintes fois prouvé sa magnanimité dans son rôle de médiateur, il n'en est pas moins toujours le premier à montrer les crocs quand survient le mauvais goût. C'est donc dans une confiance absolue que je lui laisse, avec toute la solennité de rigueur, les clés de la maison.

Honorable confrère, à vous la parole. Faites en bon usage.