GAUTHIER FOURCADE

Que
faut-il penser de Gauthier Fourcade?
L'amicale des contrevenants
Si j'étais un arbre (un aréopage de Marcels
ébahis donnent leurs avis)
Que faut il penser de Gauthier Fourcade?
J'ai reçu un mail d'un dénommé Gauthier Fourcade, humoriste de profession, dans lequel il m'invite à visiter son site officiel et m'informe que s'y trouve un lien vers ou-pas.net. J'y ai donc fait un saut.
Première constatation: Je connais son visage, pour l'avoir aperçu à plusieurs reprises sur des affiches dans les rues de Paris. A vrai dire, j'étais persuadé que ce gars là était un chanteur, dans le genre néo-pop torturée à la con. Il était probablement mentionné le nom d'un café-théâtre sur ces affiches, mais je n'y avais pas prêté attention. Un gars qui se prénomme Gauthier Fourcade et qui a une tête pareille ne pouvait pas un être un humoriste.
Seconde constatation: Au premier coup d'oeil, le site web de Gauthier Fourcade n'a pas l'apparence de celui d'un humoriste. A vrai dire, il ressemble grandement à celui d'un chanteur de néo-pop torturée à la con, mais un examen approfondi permet de constater que non, définitivement non, Gauthier Fourcade n'est pas un chanteur de néo-pop torturée à la con, et bel et bien un humoriste. Son site est en donc d'autant plus remarquable: contrairement à celui de Sellig, par exemple, on a pas envie de tourner les talons en jurant dès la page d'accueil. Ce qui m'amène directement à ma troisième constatation.
Troisième constatation, donc: Pour avoir déjà eu l'occasion de visiter plusieurs sites officiels d'humoristes, j'en étais arrivé à la conclusion qu'un site d'humoriste illustrait à merveille sa personnalité. Vulgaire et criard pour Bigard, vain et laid pour Sellig, idiot et pas drôle pour les Chevaliers du ciel, etc. On pourrait donc être tenté de penser que Gauthier Fourcade n'est pas un humoriste comme les autres, dans le sens où son site n'inspire pas de mépris immédiat, et titille au contraire la curiosité de ses visiteurs.
Quatrième constatation: Le site de Gauthier Fourcade est assez peu fourni, il semble d'ailleurs qu'il soit encore en construction. On y trouve quand même quelques trucs, notamment des résumés des spectacles qu'il a écrit; force est d'admettre qu'ils sont considérablement plus audacieux que la moyenne. La participation "décalée" de l'humoriste dans le forum de son site, jamais sur le ton de l'autopromotion mercantile et complaisante, semble également nous indiquer que le gars entend bien se différencier de ses confrères.
Que faut il en conclure? Je ne sais pas encore. Il est un peu tôt pour gratifier Gauthier Fourcade de l'estime de notre exigeante confrérie, d'autant qu'il a quand même pas mal l'air de flirter avec l'élitisme casse-couille, ce qui n'est pas un défaut en soi, mais peut rapidement le devenir. Malgré tout, sa singularité (revendiquée?) me semble pleinement justifier qu'on le classe dans la catégorie des "A surveiller avec attention", ce qui pourrait signifier, à terme, d'aller voir son spectacle. En ces temps de disette humoristique, il serait dommage de passer à coté d'un talent digne d'éloges.
Allez donc vous forger une opinion: http://www.gauthier-fourcade.com
Affaire à suivre, donc.
Vendredi dernier, c'est-à-dire, pour ceux qui ne suivent pas l'actualisation du site avec régularité, le 13 septembre 2002, Gauthier Fourcade m'a invité au théâtre de la Huchette à Paris pour la première, la troisième en réalité, de la pièce "L'amicale des contrevenants", dont il est l'auteur. L'occasion rêvée d'apporter enfin quelques éléments de réponse à la question "Que faut-il penser de Gauthier Gourcade?", qui hante cette page depuis sa création. C'est donc avec enthousiasme que, accompagné de madame de Guérande et d'un rhume carabiné, j'ai répondu favorablement à l'invitation.
Avec enthousiasme, mais non sans inquiétude.
Pas que je sois superstitieux, moi vous savez, le vendredi 13, d'ordinaire, ça me fait le même effet que le lundi 30 ou le dimanche 7. Mais là, vendredi 13 + rhume carabiné + théâtre de la Huchette, je me demandais si tout ça n'était pas un peu lié. Parce qu'il faut savoir, pour ceux qui ne sont pas parisiens, et beaucoup de nos lecteurs sont dans ce cas, que la rue de la Huchette, où siège le théâtre du même nom, est sans doute la pire rue de Paris. Du moins, du point de vue du misanthrope agoraphobe, donc de l'homme de bon goût. C'est une petite rue piétonne, dans un quartier qui l'est d'ailleurs entièrement, coincé entre Saint-Michel et Notre-Dame, que d'aucuns jugent charmant, à tort, et pour cause: le périmètre dans son entier est aux mains des restaurateurs grecs et autres débiteurs de kebabs à l'hygiène douteuse. Il y a toujours énormément de monde, une majorité de touristes, américains pour la plupart, qui trouvent ça so sweet, pas mal de jeunes, qui trouvent ça trop cool, et une belle poignée de sauvageons, qui trouvent qu'y a de la bonne meuf. Bref, ça circule, ça bruisse, ça piétine, ça pue la graille, en un mot: l'horreur. Le théâtre de la Huchette, à peine plus large qu'un placard à balais, est justement coincé entre deux sandwicheries, qui non contentes de diffuser continuellement d'écoeurantes odeurs de friture, résonnent du brouhaha pénible de leurs tenanciers, qui tapent dans leurs mains crasseuses en beuglant pour attirer le chaland, car la concurrence est rude.
Après vingt minutes d'attente, le nez coulant, dans cette succursale de l'enfer, le théâtre ouvre enfin ses portes. Nous pénétrons alors dans une petite pièce, de la taille d'un café-théâtre moyen, évidemment dotée de fauteuils inconfortables, évidemment surchauffée, malgré la présence d'un ventilateur bien intentionné au plafond. Nous prenons place, et madame de Guérande me signale alors qu'il n'est nulle part mention de notre qualité de VIP sur les billets. Au contraire, il y a écrit, textuellement: "L'amicale des contrevenants. Anonyme, zéro euros". Voilà comment Gauthier Fourcade reçoit ses invités: "Anonyme, zéro euros". Moi qui m'attendais au Champagne, aux petits fours et aux putes serviles... ballepeau. J'étais donc sur le point de commencer à pester quand le noir se fit, indiquant le début du spectacle.
Dans un décor plutôt réussi, un gars est allongé. Il dort. On sonne à sa porte. Il va ouvrir, et tombe sur un inspecteur de police qui lui apprend qu'il va mourir prochainement, et qu'il enquête sur son futur décès. Nous voilà d'emblée plongés dans la tonalité générale de la pièce: un mélange d'imaginaire absurde, mystérieux et inquiétant. On ne sait pas trop s'il faut rire, on hésite, on se tâte, on se regarde, l'auteur est dans la salle, Pierre Tchernia aussi, il s'agit de faire bonne figure, certains se lancent, ça rigole un peu, poussivement.
Moi je ne ris pas, pour plusieurs raisons.
D'abord car mon nez entreprend de son propre gré un remake des inondations dans le Gard, et qu'il me faut donc jouer du mouchoir au moment où les acteurs parlent, et non pas pendant les moments de silence, sous peine de les déconcentrer, ce qui de ma part demande une attention de tous les instants.
Ensuite parce que c'est pas dieu possible à quel point il fait chaud. Sur la scène, l'acteur, d'un naturel replet, qui joue l'inspecteur, porte une veste sur un genre de pull. C'est à se demander comment il fait pour ne pas se dissoudre dans sa sueur, mais non, pas une trace, rien, le gars est plus sec qu'une déclaration d'amitié de Gérard Miller. Notez, pour un inspecteur qui enquête sur un crime qui n'a pas encore été commis, ne pas transpirer dans l'équivalent d'un sona participe de la même inversion logique, si bien qu'on ne s'étonne qu'à moitié.
Enfin car il n'y objectivement pas matière à rire. Du moins, pas exclusivement. C'est très clair: l'inspecteur arrive, informe son hôte qu'il va mourir dans quelques jours, tout ça est joué le plus sérieusement du monde, sans la moindre fantaisie, et à moins d'être féru d'humour noir, on ne rit pas. Au fil du temps, on remarque d'ailleurs que les rires se font de plus en plus rares; le public comprend progressivement que si cette pièce a été écrite par un humoriste, elle n'a pas vocation à être comique pour autant. Elle joue tout autant sur le registre du comique, car oui, certaines répliques, tournures ou situations sont ouvertement drôles, que sur ceux de l'étrange et du dramatique. Mais au final, on y rit sans doute moins qu'on y pleure. Façon de parler, s'entend, on pleure pas en vrai, n'est pas des lopettes.
Mais revenons à nos moutons. Assez rapidement, un troisième personnage, une femme en l'occurrence, fait son apparition. L'équipe est alors au complet. C'est donc une pièce jouée par trois acteurs, aux CV déjà bien nourris comme en témoigne la petite brochure de présentation du spectacle remise à l'entrée. Et justement, il se trouve que ça se sent. N'étant pas un habitué du théâtre, art qui m'est interdit car réservé à des gens prêts à payer l'équivalent d'un mois de mon budget bouffe pour une place, une place décente, j'entends, parce que les défenseurs de la démocratisation culturelle auront beau crier que comment ça, pas du tout, on peut aller au théâtre pour pas cher, pour une bouchée de pain même, au Français, par exemple, oui Môssieur, au Français, on trouve des places à 5 euros, ben oui, mais ce sont des places où on est si loin de la scène qu'on ne distingue les acteurs des éléments du décors que par le fait que les premiers sont mobiles et les seconds non. Bref, n'étant pas un habitué du théâtre, mais plutôt du one-man-show miteux à 40 balles la place, façon bar à putes avec des comiques pas drôles à la place des putes, encore que la différence ne soit pas toujours évidente, je n'ai finalement jamais vu un bon acteur sur une scène, si bien que je ne songeais même pas que ça puisse exister. Sur des scènes équivalentes en taille à celle du théâtre de la Huchette, j'ai vu tellement d'Elie Sémoun en herbe épancher leur fadeur que j'avais fini par admettre que dès lors qu'il montait sur des planches, un comédien, exception faite de François Rollin, était forcément mauvais. Mais là, l'honnêteté me force à rendre hommage à Xavier Lemaire, Franck Desmedt et Jeanne Antebi, pour les citer, encore que la troisième ait un peu trop tendance à Fanny-Ardantiser son élocution à mon goût, et qu'à la longue, ça tape sur les nerfs, mais c'est une appréciation toute personnelle qui ne remet nullement son talent d'actrice en cause, et encore moins ceux de ses deux comparses, d'acteurs, pour le coup.
Donc, la pièce s'installe ainsi: une idée de départ intrigante, une loufoquerie un brin onirique dont on ne sait pas s'il faut rire ou non, et trois excellents comédiens.
L'enquête tourne peu à peu au huis clos. A mesure que se révèle la véritable nature du héros, l'homme condamné à mourir, donc, le spectateur se crispe. La farce réglée au début sur le mode du conte philosophique laisse progressivement sa place à l'intrigue à suspens dans les règles de l'art, qui nous fait nous poser mille questions et tressaillir comme une pucelle au moindre rebondissement inattendu. Peu à peu s'installe donc une espèce de tension, oui, j'ai bien dit tension, c'est le mot, trois acteurs dans une petite salle miteuse et surchauffée du pire quartier de Paris parviennent bel et bien à accaparer l'attention du spectateur enrhumé, au point de lui faire oublier sa propension naturelle à geindre, et à interrompre comme par miracle le flot de glaires qui déferle de ses narines, pour le mettre, par la seule grâce de leur interprétation, dans un état de tension. Ca n'a pas l'air comme ça, mais c'est une performance qui relève presque de la magie.
Pour être vraiment clair, il me faudrait évoquer certaines scènes de la pièce, ce qui me contraindrait à en dévoiler les rouages. Ce serait dommage, car si par extraordinaire je parvenais à convaincre ne serait-ce qu'un curieux d'aller voir cette pièce, je lui niquerais son plaisir, la réussite de l'oeuvre reposant en effet toute entière sur la façon dont elle est construite. Donc je préfère m'abstenir, quitte à rester un peu flou. Sachez simplement que gazier Fourcade connaît son affaire: le texte est serré, précis, pointu, fin et spirituel, pas un mot n'est de trop, pas une réplique mal venue, et surtout, et c'est à mon avis là que se cache la fière réussite de cette pièce: une lente et progressive montée du drame, d'abord larvée dans ce qui s'apparente à une comédie, puis qui s'assume en tant que drame, jusqu'à un final grandiose qui laisse le spectateur le cul plombé au fond de son siège. Tout ça, je le rappelle, grâce à trois acteurs qui doivent avoir mon âge, interprétant le texte d'un pilier du Point-Virgule, dans un théâtre grand comme mes chiottes.
Il y a quelque chose de surnaturel la dedans, que l'on ne mesure efficacement que lorsqu'on quitte le théâtre, après avoir copieusement applaudi, et que l'on retrouve la rue, les restaurateurs agaçants, les touristes, les jeunes, les sauvageons, les odeurs de graille, bref, que l'on renoue brutalement avec la civilisation bruyante, malodorante, irrespectueuse de mon intimité et tellement éloignée de l'imaginaire tour à tour drôle et noir avec lequel le gars Fourcade a nourri son texte. Là, et seulement là, on comprend à quel point il a réussi son coup. Ce qui au passage nous apporte un début de réponse convainquant à la question de départ.
Notez bien que cette analyse n'engage que moi. La preuve, au moment où je franchissais la porte de sortie du théâtre, la morue qui me précédait déclarait au nigaud qui l'accompagnait: "C'était sympa, hein?" Lequel de répondre par un hochement de tête approbateur tout en rebranchant son portable. Tas de mous.
Une dernière chose, et pas de la moindre importance: les mauvais esprits verront sans doute dans cette critique élogieuse un échange de bons procédés: je ne paye pas l'entrée, donc je m'en sens redevable, donc je dis du bien de la pièce. Je jure mes grands dieux que ce n'est pas le cas. D'ailleurs, j'invite tous ceux qui me lisent, du moins, tout ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu'au bout, à aller vérifier par eux même; et s'il y a des Marcels parmi eux, qu'ils sachent que des tarifs préférentiels leurs seront proposés. Si.
Théâtre de la Huchette
23, rue de la Huchette
75005 PARIS
M° Saint-Michel
Du lundi au vendredi à 21h00, samedi à 15h30.
Places de 26 à 13 euros. 50% de réduction du 11 au 28/09.
Réservations au 01 43 26 38 99 (de 17 h à 21 h)
L'avis de Marcel de Guérande
Samedi 14 décembre 2002, la mairie du sixième arrondissement de Paris invitait Gauthier Fourcade dans sa somptueuse salle des fêtes, pour qu'il y donne son spectacle "Si j'étais un arbre".
L'entrée
était libre. Heureuse initiative, se dit-on dans un premier temps, avant de
réaliser que la gratuité, dans un tel cas de figure, n'est pas forcément une
bonne chose. Car vous comprenez, quand les gens déboursent de l'argent, ils
sont attentifs à ce pour quoi ils ont payé. En l'occurrence, si c'est un droit
d'accès à un spectacle, ils déploient toute leur attention pour ne pas en
perdre une miette, histoire de rentrer dans leurs frais du mieux possible. Mais
s'ils ne payent rien, peu leur importe de rater des morceaux du spectacle, d'arriver en retard, très en retard pour certains, jusqu'à trois
quarts d'heure, je vous jure que c'est vrai, le plus bruyamment possible
bien entendu, en faisant bien claquer leurs pompes sur le carrelage et en
prenant autant soin d'y faire crisser les pieds des différentes chaises qu'ils testent
avant de se sentir enfin à l'aise. Pas très longtemps en réalité, puisque
évidemment, ils
repartent avant la fin, dans le même tintamarre, se moquant éperdument des
trésors de concentration que sont obligés de fournir les spectateurs
civilisés pour ne pas se laisser perturber par leur incorrection, et plus grave encore, se
contrefoutant du fait qu'un mec est en train de mouiller sa chemise sur
une scène pour leur plaisir. Je paye pas, donc je me comporte comme
un porc, voilà une face cachée de la société de consommation que je ne
connaissais pas encore, et qui me plonge un peu plus loin dans les profondeurs
de la misanthropie. Notez, ceux qui arrivent et repartent à l'heure ne valent
guère mieux. Ca papote, ça
discute, ça dépiotte des emballages de pastilles à la menthe sous mes
oreilles, hein grand-mère, tu m'as bien fait chier avec tes papiers
d'emballage, t'as bien du en sucer une dizaine, de bonbons. Je passe outre les mômes
affalés au pied de la scène, braillards et gesticulants, justement car ce sont
des mômes, ils ne se rendent pas compte, ils ne comprennent pas le dixième de
ce qui se raconte, alors ils s'ennuient, alors ils piaillent, c'est le propre du
môme, on ne peut pas lui reprocher ça, mais ça achève quand même de ruiner la bonne humeur du spectateur
honnête et discipliné, qui était heureusement majoritaire dans la salle, mais
c'est toujours pareil, il suffit d'une minorité de barbares pour gâcher le
plaisir de la société civilisée dans son ensemble. Il convient donc pour
commencer de tirer un fameux coup
de chapeau au sieur Fourcade pour avoir su garder suffisamment de calme et de
concentration pour passer outre l'incorrection de son public d'un jour, et ne pas
avoir dégainé son colt pour tirer dans le tas en proférant des mots que la
bienséance réprouve.
Quand je pense que Luccini, c'est devenu légendaire, a pour habitude de
fusiller du regard les gens qui osent tousser, voire se racler la gorge, pendant
ses lectures publiques, je me dis que j'aurais bien aimé le voir en prise avec
l'ambiance salon de l'agriculture à laquelle le pauvre Fourcade s'est trouvé
confronté ce samedi 14 décembre 2002, qui restera à jamais un jour maudit
pour le théâtre. Mais baste, laissons la vermine à son triste sort, et parlons un peu du spectacle. 
Sur l'affiche, l'artiste est présenté comme étant le petit-fils de Raymond Devos, ou quelques chose d'approchant. Il est vrai qu'il joue avec les mots un peu de la même manière, mais pas seulement. Car si Devos s'arrête aux mots, Fourcade y joint des situations, et c'est là une fameuse différence. D'abord, car il donne ainsi du corps à l'absurde qu'il créé, le rendant plus concret, et donc moins éphémère: à la différence de Devos, ou d'un gars comme Vincent Roca, Fourcade ne s'évertue pas à énumérer tous les jeux de mots possibles et imaginables sur un thème déterminé, mais en choisit un ou deux, auxquels il associe une situation de laquelle il va tirer tout le suc.
Par exemple, il entre en scène en prévenant le public qu'il est d'un naturel à "être ailleurs". Et qu'il ne sait pas où il est passé. Situation devossienne classique. Sauf que les Devos/Roca auraient poursuivi en jouant sur toutes les expressions comprenant le mot ailleurs recensées par le dictionnaire et auraient bricolé un sketch certes admirablement écrit et interprété avec les dites expressions, mais au final prévisible et se mordant la queue avant même d'être arrivé à son terme. Fourcade se montre pour sa part plus économe, et choisit de se cantonner à "Je suis ailleurs" et à deux ou trois situations approchantes. Il part alors à sa propre recherche, parcours la scène dans tous les sens, s'interroge, finit par s'asseoir, découragé, prévenant le public que le spectacle ne pourra pas commencer tant qu'il ne se sera pas retrouvé, mais ça ne devrait pas être trop long, parce qu'il est pas du genre à arriver en retard, il interpelle au passage une retardataire, pardon madame, vous n'êtes pas moi par hasard, non, bon, tant pis, en attendant, je vais vous interpréter un petit numéro de marionnettes, ça fera passer le temps, c'est un numéro que j'ai appris récemment dans un stage... etc. Vous saisissez la différence?
Un autre exemple. A un moment, soucieux de prendre en main son avenir, Fourcade rappelle à sa mémoire le célèbre adage: "L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt". Partant de ça, les artilleurs du jeu de mot sus évoqués auraient sans nul doute démonté la phrase syllabe par syllabe, avant de les mélanger et de les reconstituer dans une fastidieuse série de combinaisons bancales, qui font sourire dix secondes, arrachent des bâillements au bout de vingt et anesthésient définitivement l'attention du spectateur au bout de trente. Fourcade se dit au contraire: puisque l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, et bien levons nous plus tôt. S'en suit alors une longue succession de courtes scènes, correspondant à autant de jours au terme desquels le héros, qui s'est levé à chaque fois plus tôt, nous explique pourquoi ça n'a pas marché. Il joue certes avec les mots, mais aussi avec des notions, celles du temps, de la réussite... pour finalement en arriver à la conclusion que pour conquérir l'avenir en se levant tôt, faut se lever de bonne heure. Et là, on rit autrement plus fort qu'on ne le ferait au terme d'une bête énumération de bons mots, aussi bien trouvés soient-ils. Enfin, on rit, non, on rirait si mamie gravat n'était pas en train d'attaquer son quarantième bonbon à la menthe dans des bruits d'accouchement.
Il me semble donc plus juste d'affilier Gauthier Fourcade à ce qu'il est convenu d'appeler l'humour absurde, que d'aucuns, et pas des moins estimables, ont pratiqué avant lui. Et le sketch dit de la chaussure ne me contredira d'autant moins sur ce point qu'il semble directement sorti des laboratoires du professeur Rollin. En résumé: le gars démontre, au terme d'une série de déductions fumeuses mais néanmoins d'une logique irréprochable, qu'il n'y a aucune différence entre ses chaussures et Dieu. Avec un paper-board et un peu moins de cheveux, on s'y croirait presque. Et je ne vous parle même pas du sketch où un père découvre, au fil de l'éducation de son fils, que ce dernier, bien que né en France de parents français, est américain, et qu'il agit donc en américain, citant avec enthousiasme la Tour Eiffel et le Moulin Rouge lorsqu'on lui parle de la capitale de son pays, etc. Les gens rient beaucoup, assez fort pour certains, tellement fort qu'ils réussissent presque à couvrir la sonnerie du téléphone portable qu'une ordure a évidemment oublié de couper, ben oui, tu penses, un tel public de charretiers, il fallait bien qu'il y en ait un pour faire sonner son portable, c'était logique, prévisible, écrit dans le marbre, ça devait se produire, Elisabeth Tessier l'avait écrit dans son livre "Mes prévisions pour 2002", si, à la page 56, je cite: "Le samedi 14 décembre 2002, aux alentours de 16 heures, un enculé fera sonner son portable pendant une représentation du spectacle de Gauthier Fourcade; alors, un bel éphèbe à l'oeil sombre quittera son siège pour lui coller un ramponneau".
Bref, quand les gens sans éducation, les mômes braillards, les vieilles qui sucent des bonbons et les messagers de la fatalité sont silencieux cinq minutes, on suit sans se faire prier Fourcade dans un délire savamment maîtrisé, qui suscite un rire aux antipodes du hoquet forcé qu'il convient d'émettre "quand on a compris le jeu de mot" dans les spectacles de l'école devossienne stricto sensu (sur le sujet, lire le désopilant torrent de fiel déversé par mon excellent confrère de Vélo dans sa critique du spectacle de Vincent Roca), mais un rire naturel et authentique, qui vient des profondeurs, parfois accompagné de relents de brandade de morue, que l'on tente d'atténuer en vain en suçant des bonbons à la menthe, mais ça, je vous en ai déjà parlé.
L'honnêteté me pousse tout de même à formuler une critique, et pas des moindres, à l'adresse du gars Fourcade, mais comme le dit l'adage, qui aime bien châtie bien: quel dommage que ce spectacle soit une série de sketchs, certes habilement enchaînés, mais des sketchs tout de même, et non un long monologue au service d'une histoire écrite et pensée comme telle, pourquoi pas dans un décor digne de ce nom, bref, d'une véritable oeuvre de théâtre. Pour rester dans les comparaisons, Roca a passé le cap avec réussite dans "Mots et usage de mots"; je pense que si Fourcade avait le courage de le passer à son tour, le résultat pourrait être détonnant. Encore plus que Roca d'ailleurs, car il a une imagination autrement plus créative et foisonnante, susceptible de séduire un public plus large qu'on serait tenté de le penser. Un peu d'ambition, que diable, le jeu en vaut la chandelle.
Et puis faudra me revoir les rappels aussi. C'est n'importe quoi les rappels. Le coup du gars qui fait la promotion de son site web, dont tous les internautes savent pourtant bien qu'il est laissé à l'abandon, en proie aux bugs et aux dysfonctionnements les plus exotiques, ça fait pas très sérieux. En revanche, le première partie était excellente. Franchement, le coup de l'employée de mairie qu'on a forcé à venir présenter l'artiste, et qui le fait donc timidement en balbutiant le dossier de presse, oubliant un mot sur deux, ça faisait longtemps que je n'avais pas autant ri.
Enfin, pardonnez moi de conclure sur une note un peu sombre, mais je ne peux pas taire ce dernier détail, qui donne à mon avis tout son sens au tableau. A la fin du spectacle, quand les lumières se sont rallumées, une dame assise près de moi m'a confié: "Il est bien ce petit gars, dommage qu'on n'en voit pas plus souvent, des petits gars comme ça". Je lui ai alors expliqué que le petit gars, ça doit bien faire dix ans qu'il est dans le métier, d'ailleurs, si on le regarde de près, on voit qu'il a des cheveux blancs, que le spectacle qu'on vient de voir n'est pas son premier, mais que pour le savoir, il faut fréquenter les cafés-théâtres. Ce à quoi elle m'a répondu qu'elle avait le café-théâtre en horreur, qu'elle n'y allait jamais, et que le spectacle auquel elle venait d'assister s'apparentait à tout sauf à du café-théâtre. J'ai abondé dans son sens, et nous avons conclu d'un commun accord que l'étiquette café-théâtre, involontairement donnée aux artistes par le seul fait qu'il se produisent dans des lieux ainsi nommés, était à la fois nécessaire pour qualifier les comiques de mes couilles et nous épargner d'aller voir leurs spectacles, mais en contrepartie néfaste aux rares talents à qui il arrive d'éclore sur ce tas de fumier. Et ça, on ne peut rien y faire. Cruel constat.
L'avis de Marcel Métrossin
C'est sur invitation du Maître himself que je me suis
rendu, en compagnie de mon éminent confrère Marcel " Bouche Cousue "
Trois Gaules, Dont Une En Fibre De Verre à la représentation de " Si J'étais
Un Arbre ", le spectacle du gars Fourcade, donc. Je ne sais pas si vous
avez déjà été invité à un spectacle de Gauthier Fourcade, mais sachez
qu'on est bien reçu : on arrive ( en retard de 10 minutes sur l'horaire prévu,
d'ailleurs, parce que se garer à Clamart n'est pas chose aisée aux environs du
théâtre, il y a notamment un rond-point bien traître à la sortie de l'avenue
Vaillant-Couturier ), on dit " bonjour monsieur, je suis invité par
Gauthier Fourcade ", et là, le caissier prend des allures gratifiantes de
valet soumis et vous dit : " Mais tout à fait, Monsieur Métrossin, voici
votre place. Laissez-moi donc votre manteau, je vais le suspendre ici, Solange
fume souvent dans le vestiaire, et ce serait dommage que vos vêtements sentent
la fumée. Oh, j'oubliais, Monsieur Métrossin, les deux demoiselles ici présentes
ont été engagées pour répondre à la moindre de vos exigences. Vous pouvez
en disposer comme bon vous semblera, et notez qu'on a pas lésiné sur les
nichons. Bon spectacle, Monsieur Métrossin. Mes respects, Monsieur Métrossin.
"
Ainsi nanti, et toujours en compagnie de mon confrère,
qui lui aussi s'est démerdé pour avoir une place gratuite en la fauchant à un
bonhomme barbu, et n'a donc pas eu droit à l'agréable numéro d'obséquiosité
du caissier, je me suis rendu dans la salle, pour me retrouver assis à côté
du bonhomme barbu susnommé, qui m'a bassiné avec sa copine qui n'avait pas pu
venir, et qu'il avait été obligé de refiler la place gratuitement, non
mais rendez-vous compte, gratuitement, à un jeune type un peu godiche
avec une petite sacoche. Trois Gaules se promène constamment avec une petite
sacoche, on se demande d'ailleurs ce qu'il met dedans, il ne l'ouvre jamais, la
trimballe en tout lieu et couine quand on y touche. C'est très curieux.
Sur ces fascinantes péripéties, les lumières se
sont éteintes, et Gauthier Fourcade m'est apparu. J'avoue que je l'imaginais
différemment, ou, tout du moins, comme sur son affiche. Il faut bien se rendre
à l'évidence : l'affiche n'est pas spécialement récente, et Gauthier
Fourcade n'a plus l'air aujourd'hui d'un chanteur pop, mais plutôt d'un savant
fou, à mi-chemin entre Einstein et Gustave Parking. Voyez ? Après avoir mis le
premier pied sur scène, Gauthier Fourcade commence ensuite à parler, à
commencer son spectacle, donc, mais j'aime à préciser qu'il parle, car
Fourcade possède une voix, des intonations et une élocution des plus agréables.
J'ai assisté dans ma vie à quelques one-man-shows, et il n'y a pas beaucoup de
gens qui peuvent se vanter d'avoir une voix de la classe, de la chaleur et de la
simplicité de Gauthier Fourcade. Ajoutons à cela que le bougre sait s'en
servir, ne multiplie pas inutilement les effets, ne crie que très rarement,
parle doucement tout en étant parfaitement audible, bref, la voix de ce gars-là,
c'est du miel, c'est du soleil, c'est bon comme là-bas, dis.
Le spectacle en lui-même démarre doucement, avec
donc ce sketch dont parlait Guérande, sur l'éparpillement. Gauthier Fourcade
se cherche, perd ses pieds, perd sa tête, s'attend, enfin, c'est assez joyeux,
et on rit de la même manière qu'a Gauthier de parler, c'est à dire de manière
feutrée et douce. Je ne me suis jamais senti aussi bien dans un spectacle, au
bout d'un moment, on a vraiment l'impression d'être dans son salon avec un
copain qui vous fait la conversation. Suivent des sketchs plus poétiques, comme
celui où Fourcade perd ses parents, ou celui où il remonte son arbre généalogique,
et des sketchs franchement drôles, comme le superbe " Mon Fils est Anglais
". Sans oublier d'autres morceaux de roi, où sont remis en question les prévisions
de Paco Rabanne, les proverbes à la con qui vous font vous lever aux aurores
pour conquérir le monde, et encore où l'on découvre qu'il n'y a aucune différence
entre Dieu et une paire de groles.
L'ensemble est brillant.
Bril-lant.
D'autant qu'il ne faut pas oublier, que parallèlement,
moi, j'ai toujours mes deux gonzesses qui m'apportent des rafraîchissements et
me donnent à manger des grappes de raisin, ce qui rend la soirée encore plus
agréable. Seule ombre au tableau, le barbu ne rit pas, il regarde son portable,
sa copine ne viendra décidément jamais, elle a dû le plaquer, et résultat,
il fait la gueule depuis une heure et demie, alors que putain, tu ferais mieux
d'écouter le gars sur scène au lieu de faire joujou avec ton téléphone, tu
sais pas ce que tu rates, ou plutôt, si, tu le sais, mais t'en as rien à
foutre, tu t'en cognes du chant des oiseaux, du moyen de se faire des couilles
en or, des gens prisonniers de la cellule primitive, des fermes de campagne et
des oranges ! Pauvre imbécile... Crois-moi, elle a eu raison de te larguer. Le
spectacle touche à sa fin, et tu n'as rien vu, c'est déjà les rappels, et tu
continues à t'en foutre, t'es là à composer des messages, tranquille...
Tant qu'on parle des rappels, tiens, un petit
reproche, quand même, qui rejoint celui qu'avait formulé Guérande : c'est un
peu juste, de revenir uniquement pour parler du Forum de l'Absurde, on reste un
peu sur sa faim, c'est dommage, on aimerait en avoir pour son pognon, encore
qu'en ce qui me concerne, j'ai déjà été bien gâté.
Ensuite, pour peu que vous ayez eu le soin de prendre
rendez-vous, la star vous reçoit en privé après le spectacle, pour parler de
la profession d'homme de théâtre, vous avez bien compris, j'ai interviewé
Gauthier Fourcade, on peut dire que je bosse pour vous, les mecs, mais alors
c'est très con, j'avais laissé mon sac à dos dans mon coffre de voiture ( je
vous ai dit, je me suis planté en me garant, le rond-point est traître ), résultat,
je n'ai rien pu noter, et donc je vais devoir vous résumer très brièvement
cette entrevue pourtant passionnante. Alors en gros, le métier de Gauthier
Fourcade est très bien, mais alors faut cravacher, parce qu'on ne réussit pas
en claquant des doigts, mais maintenant, ça va, il a une belle voiture et il
est heureux. Voila. Bien sûr, d'autres points ont été abordés, mais je ne
saurais vous les retranscrire fidèlement. Je recommencerais cette interview une
autre fois. Faut aussi dire que Trois Gaules ne m'a pas franchement aidé, il
est resté muet comme un muet, ce que ne s'est pas privé de me faire remarquer
notre ami Gauthier un peu plus tard, d'un lapidaire : " Il est pas bavard,
Trois Gaules ". Eh bien non, il n'est pas bavard. Résultat, mon interview
est niquée.
Bravo.
Ah, dernière précision, en sortant du théâtre, il
faut prendre à gauche, parce que nous, on a pris à droite, on s'est paumés,
et en bons minables qu'on était, on a mis pas loin d'une heure à faire un
trajet qui dure normalement dix minutes. Donc, n'oubliez pas, à Clamart, en
sortant de l'avenue Paul Vaillant Couturier, il faut prendre à droite, au
rond-point, puis direction Paris, avant de rebiquer sur le périphérique.
Sinon, on se retrouve bloqués dans les petites rue de Meudon, et c'est très
chiant d'en sortir, parce que c'est bourré de sens interdits. Enfin, de toute
façon, vous n'aurez en théorie pas besoin de ces conseils, puisque je crois
que le prochain Fourcade-Show est à Montpellier, et je ne connais pas bien
Montpellier, voire même pas du tout, je m'y suis arrêté une fois, pour manger
des frites. En revanche, c'est appliquable pour le prochain spectacle que vous
verrez à Clamart.
L'avis de Marcel Piston
Gauthier
Fourcade est un copain. C'est fâcheux. Non pas qu'être le copain de Gauthier
Fourcade soit fâcheux en soi, pas plus que ne l'est le fait que Gauthier
Fourcade soit votre copain, la question n'est pas là, le gars est charmant, y a
pas à dire, et le côté fâcheux est ailleurs. Ce qui est fâcheux, c'est que
non content d'être un copain, le bonhomme se produit sur scène, en qualité
d'humoriste par dessus le marché. Alors encore une fois, copain et humoriste,
rien de rédhibitoire là-dedans, personne n'est parfait, après tout. Non, ce
qui est fâcheux, c'est que Gauthier Fourcade est un copain, qu'il est
humoriste, que je suis allé voir son spectacle, intitulé "Si j'étais un
arbre" et, surtout, que je dois, que dis-je, que je suis obligé,
parfaitement, o-bli-gé, d'en écrire une critique, rapport au récent mail du
taulier me signifiant, en substance, "si t'écris pas une critique du
spectacle de Fourcade, je te radie de la confrérie, y en a marre de ces Marcels
qui se la pètent et qui ne branlent rien depuis des lustres. Te v'là prévenu".
Textuellement.
Vous
le sentez, là, le côté fâcheux, non ? Admettons que le spectacle de Gauthier
Fourcade soit une innommable daube, que faire ? Sachant que c'est un copain,
c'est délicat de le descendre en flammes, entre copains ce n'est pas des choses
qui se font. D'un autre côté, encenser une innommable daube, sans aller jusqu'à
parler de cas de conscience, c'est voué à ce que ma crédibilité, et plus que
ça la crédibilité du site, en prenne un vieux coup pour son grade. Les gens
iraient imaginer que les Marcels sont partiaux, adeptes du plus abject des népotismes,
franchement, bouffer de la bande passante pour ça, y a quand même mieux à
faire sur internet, connards. Et ce serait reparti pour une salve de "tels
quels" dans la rubrique du même nom du gars Timarassio. Cornélien, donc,
le choix.
Heureusement,
Gauthier Fourcade est un véritable copain. Il a songé à son pote Marcel qui
aura forcément une critique à écrire, et du coup il a tout prévu pour ne pas
le mettre dans une situation fâcheuse : son spectacle est tout sauf une
innommable daube. On en est même très loin. Pour vous dire, c'est presque trop
facile d'en faire l'éloge, tant d'une part on a l'impression qu'on ne peut pas
faire autrement, quand bien même on le voudrait, et tant d'autre part on a
l'impression, en cherchant un peu dans la presse, que tout a déjà été dit,
et bien dit, sur le sujet.
Le
fait que son spectacle, conçu comme un bloc à part entière malgré le découpage
sous forme de sketches, est intelligent et fin, ça a déjà été dit. Le fait
que le gars joue avec les mots avec une habileté à la Devos, ça a aussi été
dit. Le fait que ces jeux de mots ne sont pas une fin mais un moyen, je vous le
donne en mille, ça a évidemment déjà été dit. Le fait que l'on passe un
peu par toutes les émotions au cours du spectacle, sans jamais tomber soit dans
le rire gras ou, à l'opposé, dans l'apitoiement vil et larmoyant, ça a sans
doute déjà été dit aussi, encore que je n'ai pas cherché, pour le coup,
mais sûrement, y a pas de raison. Le fait que, au bout du compte, c'est drôle,
ça c'est la première chose qui a été dite. Et le fait que son spectacle est
empreint d'une grande profondeur, je ne m'y attarde pas, ça a déjà plusieurs
fois fait la une.
Que
dire d'autre, donc ? Ce qui n'a jamais été dit jusque-là. Que Gauthier
Fourcade possède un réel don de comédien, en plus du don d'auteur qui lui est
reconnu, qu'il vous emmène où il veut sans jamais vous brusquer, vous donnant
l'impression de vous faire partager en temps réel ses émotions propres. Que
c'est un incroyable professionnel, capable de jouer de façon égale devant cinq
cents ou trente spectateurs, ce qui lui arrive parfois, malheureusement, eu égard
au fait que sa notoriété actuelle n'est pas à la hauteur de son talent, le
mot est lâché, fallait bien que ça arrive mais faut être honnête, c'est
bien de talent qu'on est en train de causer. Et que c'est le seul ingénieur
diplômé, vous avez bien lu, d'une école d'informatique qui n'y connaisse
rien, mais alors vraiment rien, en informatique, c'en est presque gênant.
La
conclusion, s'il en faut une, et si je prends la peine d'en rédiger une c'est
qu'il en faut une, suivez un peu, ce serait dommage d'être arrivés jusque-là
pour finalement se quitter fâchés, c'est que si vous en avez l'occasion, ne
ratez pas Gauthier Fourcade. Allez le voir, c'est quelque chose que d'une part
vous n'avez jamais vu et ne reverrez jamais ailleurs et que d'autre part vous ne
regretterez pas.
L'avis de Marcel Monpatron
Les consignes étaient strictes: Ne pas sortir la bite, ni les couilles et ne pas fumer
chez Piston. Eh oui, car le gars Piston m'a hebergé pour aller voir le spectacle de Gauthier Fourcade à l'autre bout de
la Terre, ou pas loin, puisqu'il s'agit du riant Luxembourg.
Ah oui, l'autre consigne c'était: "Evite de parler d'autre chose que du spectacle, ça me gonfle, même quand c'est b
ien fait". Flûte.
Bon.
C'est ennuyeux, notez, car Piston est un copain. C'est pas ennuyeux en soi, c'est même plutôt gratifiant niveau
mirabelle, mais bon, hein, je suis quand même obligé d'en parler. Notez que, comme il a déja été signalé ici, le
spectacle en lui même est digne de louanges. Mais court. Mais digne de louange. Et puis les coupures sont un peu
artifielles, il est vrai. Mais digne de louanges.
Bref, écriture, mise en scène, fond, forme, tout ça a déja été dit. Je ne peux qu'abonder et insister lourdement, en
soulignant rageusement la montée éclair vers la gloire de tacherons du style Maxime ou Titoff alors que merde, Fourcade,
quoi. Et en relisant les critiques de mes confrères, je ne peux que rappeler l'attrait possible pour le grand public,
qui s'en contrefout pour l'instant, mais il n'a qu'à bien se tenir. "Si j'étais un arbre", c'est de la balle. De la
bombe de balle, même, toi-même tu sais.