De l'importance du choix de la cocotte en fonte dans le but d'en faire le meilleur usage en fonction la situation
par Marcel Kébir



Ce modeste addendum à la mémorable et si utile méthode d’utilisation de la cocotte en fonte à l’usage du guerrier de l’humour pas drôle a pour but d’aider le guerrier de l’humour pas drôle à choisir son arme tant il est vrai qu’en matière de cocotte, autant chaque pot à son couvercle, autant chaque Marcel a sa cocotte. Cette courte revue n’est évidemment pas exhaustive mais permettra à chacun, en fonction de ses triceps, quadriceps et quinticeps, de maîtriser l’ensemble des coups connus car il n’est pas juste que certains, au motif d’une frêle constitution ou de prothèses de hanches, ne puissent savourer le plaisir de faire pleurer leurs mères à des cuistres et autres héraults de l’humour pas drôle.

1. L’entrée de gamme



Sobre, de bon ton, elle séduira par son côté rustique et bien en main. Entrée de gamme, elle est un excellent compromis pour l’Emilienne (j’en ai d’ailleurs une) qui débute ou pour l’entraînement sur propriétaire avare ou syndic d’immeuble pénible. Le poids qu’elle affiche en fait également une cocotte maniable, qui pénètre parfaitement dans l’air et les couilles des charretiers. On pourra lui objecter la couleur mais cela lui donne un petit air printannier et provençal, qui apporte une touche de gaîté lors du combat qui en devient alors quasi primesautier. On regrettera en revanche l’absence de picots dessous ce qui n’ajoute guère aux saignements du récipiendaire de la dite cocotte. Mais c’est la seule fausse note de cette cocotte qui pourra vous accompagner longtemps.

Notes :
Poids : 17/20
Préhension : 17,75/20
Esthétique : 13/20
Dommages causés : 9/20
Prix : 16/20
Note moyenne : 14,55/20

2. La classique



« Sans fioritures ni adornements outranciers,
Ainsi de la célèbre cocotte Le Creuset »

Tout est dit dans le célèbre distique en alexandrin attribué à Voltaire qui corrigeait d’importance un Sieur de Ruquier (aucun rapport. Ou pas). L’éternelle cocotte Le Creuset a de tous temps offert aux Marcels et hommes de bon goût sa qualité constante. Les atouts de cette merveilleuse machine à faire pleurer sa mère aux pénibles sont connus : préhension parfaite, poids idyllique, répartition de masse assurant un équilibre en main suprême, picots dessous… Bref, une cocotte qui ravira les amateurs d’efficacité qui recherchent également une tradition et une sobriété de bon aloi. Le modèle présenté (photo non contractuelle) est équipé de l’option ambidextre qui permet également une utilisation du couvercle pour des coups peu connus mais terriblement efficaces comme le double smash lifté qui permet d’enfoncer la tête comme un smash mais également, grace au couvercle parfaitement en main décrivant une élégante arabesque remontante au niveau de l’entrecuisse, de remonter les couilles dans la gorge, ce qui donne une valeur accrue aux trophées dans la mesure où l’on récupère les oreilles et la queue. Serais-je jeune que je m’écrirai : « Déjà culte ». Mais je ne me suis pas fait chier à faire un distique en alexandrin pour me vautrer dans la sous-culture branchouille, de mes couilles.

Notes :
Poids : 18/20
Préhension : 19,75/20
Esthétique : 16/20
Dommages causés : 16/20
Prix : 15/20
Note moyenne : 16,95/20

3. La Jennifer
Comme son nom l’indique, la Jennifer se distingue par son mauvais goût et un net penchant à la vulgarité. Autant la fonte peut-être un objet sensuel voire même sexuel, autant la parer de ses atours de mauvaise fâme la font passer pour une authentique putain. Non, mais a-t-on jamais vu quelque chose de plus ignoble ? Oui, mais là n’est pas le problème, je ne faisais cette question que réthoriquement. L’homme de goût ou le Marcel ne saurait utiliser cet instrument pour châtier les imposteurs de l’humour, ils seraient foutus de penser que c’est drôle et donc tout effet serait anéanti, entraînant l’homme de goût dans les affres du pleurage de sa mère. Elle pourrait à l’extrême limite être utilisée par un éventuel service d’ordre intérieur à la Confrérie des Marcels qui remettrait alors la Jennifer à un Marcel ayant failli mais c’est là un châtiment suprême qui ne devrait être réservé qu’aux fautes les plus graves, comme par exemple d’avoir ri a un trait (de labour) du Grand Mafflu.

Ma note : 2/20 (c’est quand même de la fonte, on ne peut pas les accabler non plus, il faut savoir se montrer magnanime avec les gougnafiers).


4. La suprême



« A moi, Ô cocotte suprême, et que ça dérouille
Prenez garde, barbons, jeunes cons et vieilles souches
Je smashe, je lifte, revers croisé et dans les couilles
C’était couru, à la fin de l’envoi, je touche »

Ce célèbre quatrain en alexandrin fut improvisé par Edmond Rostand à l’issue de la première de Cyrano alors qu’il expliquait aimablement et avec force coups de cocotte dans la gueule à un critique dubitatif que sa pièce était bien et de toute façon meilleure que du Sully Prudhomme. C’est en référence à cette improvisation du grand dramaturge que l’on appela par la suite le modèle dont il se servait pour démontrer la justesse de ses propos « la suprême ». C’est donc un petit morceau de la grande Histoire que l’on tient dans ses mains lorsque l’on fait l’acquisition de cette belle pièce. Oh, bien sûr, les esprits chagrins objecteront que depuis le temps, la cocotte a connu bien des progrès, que la conquête de l’espace est passée par là, les matériaux, la pénétration dans l’air et même les techniques d’utilisation ont évolué, et ils auront raison d’un certain sens. La préhension est très médiocre pour nos standards actuels, le poids rend le smash hasardeux si l’on n’est pas monté comme Schwarzenegger ou François Rollin et les picots du dessous sont tellement fins qu’ils ne saurait rien ajouter à la douleur de l’impudent entrant en collision avec ledit fond. Mais baste ! et la tradition bordel ! C’est une cocotte historique, mythique même, on a vendu à Drouot pour 36.000 euros celle qui servit à Berthe Sylva pour corriger le pétomane. Il faut dire que la Berthe, fallait pas non plus trop la faire chier et qu’elle était sacrément costaude en dépit d’un répertoire discutable. Donc, pour les adeptes de la technologie et de l’efficacité, ce n’est pas la cocotte à acheter. Mais pour les amoureux de l’art, de l’histoire et de l’anecdote, c’est la référence qui permet de dire lorsque l’on taquine les lombaires d’un Mafflu : « Tiens, de la part de Berthe Sylva », ce qui ajoute indubitablement à sa confusion – sinon à ses contusions.

Notes :
Poids : 14/20
Préhension : 13/20
Esthétique : 19,75/20
Dommages causés : 15/20
Prix : 2/20
Aspect historique et collection : 20/20
Note moyenne : 13,95/20

5. La Grand Chambord



L’objection que l’on ne manquera pas de me faire est évidente et j’entends répondre primo ante à mes détracteurs. Donc, « mais elle n"est pas en fonte ta cocotte, connard ». Tout d’abord, ce n’est pas parce que je prends quelques libertés qu’il faut m’insulter, et d’une. Ensuite, je ne suis pas plus idiot que vous, je fais parfaitement la différence entre le cuivre émaillé et la fonte brute. Mais je crois que l’on ne puisse se passer, malgré tout, d’une référence à la grand chambord lorsque l’on souhaite un minimum parcourir l’histoire de la cocotte dans la gueule à travers les âges. Non mais regardez quand même : la classe, le raffinement, l’élégance imperturbable de cette cocotte. Tiens, on dirait munificence que ce ne serait même pas usurpé, alors c’est dire. Alliant la légèreté altière à la robustesse intemporelle, la cocotte en cuivre est destinée aux esthètes du bourrage de gueule ; pas de sang qui gicle, d’os qui se broient, de dents qui rompent ou d’exorbitations oculaires lorsque les coups sont assénés sur l’occiput. Rien de tout cela. Au contraire, des contusions intérieures, des hématomes de bons goûts, des hémorragies internes, des ruptures hépatiques, des implosions pancréatiques… Ce que la Grand Chambord fait à l’extérieur ne se voit qu’à l’intérieur. Imaginez la mine ravie du médecin légiste face à votre labeur patient et subtil lorsqu’il ouvre son mafflu dans sa blafarde morgue. Lui aussi a droit à son petit rayon de soleil. Et bien ça, seule la Grand Chambord peut le lui donner. Alors venez pas me casser avec le fait qu’elle ne soit pas en fonte hein, faudrait quand même que ça cesse tout ça.

Notes :
Poids : 19/20
Préhension : 14/20
Esthétique : 19/20
Dommages causés : 18/20
Prix : 6/20
Note moyenne : 15,20/20

6. L’ultime



L’appelation ultime n’est venue que récemment à cette pièce extraordinaire qui bouleversa toutes les techniques de bourrage de gueule à la cocotte. Baptisé à l’origine « Requiem », elle devînt par la suite « l'extrême-onction » lorsque les sauvages de la troisième République et certains prêtres conjurés décidèrent de franciser les messes et les Saintes-Ecritures. Au début du siècle, Alphonse Allais l’utilisa contre Léon Daudet lors d’une discussion animée sur l’humour – auquel l’infâme Daudet était à peu près aussi imperméable qu’à l’intelligence – et lui lanca une extrême-onction en travers de sa gueule de tafiole en s’écriant « Tiens, prends-ça, connard, c'est 'eul tea-time » (signalons qu’Allais, anglophobe, considérait tout mot dans la langue de Chekspire comme une insulte). La translittération en français ou la mauvaise audition des spectateurs de la scène fit entrer l’extrême-onction dans la légende sous le nom de « l'ultime », le mot tea étant absorbé dans les moustaches, que l’on portait longues et fournies en ce temps. Que dire de l’ultime qui n’a pas été écrit. Souvenons-nous des vers du poète célèbre qui écrivait « c'est l'heure ultime ». Certes, son utilisation, de nos jours où la vie au grand air qui amène une saine constitution n’est plus possible, est problématique. L’homme de goût ou le Marcel qui en fait l’acquisition partagera utilement son investissement avec quelques amis animés du même esprit afin de pouvoir s’en servir en groupe. Mais, une fois le délicat maniement de l’ultime maîtrisé, que de plaisirs ! L’efficacité est redoutable et les combinaisons qu’elle offre sont innombrables. On pourra juste lui reprocher son prix, mais c’est aussi celui de la qualité et de la solidité. Une pièce de légende, donc, mais réservée à l’élite.

Notes :
Poids : 1/20
Préhension : 1/20
Esthétique : 20/20
Dommages causés : 20/20
Prix : non applicable
Note moyenne : 10,5/20 (c’est le poids surtout qui plombe la note, ne vous y fiez pas trop non plus).