Les Grandes Civilisations : Les romains (1ère partie)
Où l'on voit l'auteur, dans cette première partie, passer un long moment à préparer un jeu de mot très discutable avant
que de se moquer des tenues de lopettes des romains avec leurs jupettes en cuir et leurs robes longues qui, il faut
quand même le dire, les feraient passer pour de sacrées tantouzes aujourd'hui alors qu'à l'époque, non.
Note de l'auteur : Les phrases en italique sont authentiques et ont pour but d'étaler mon érudition sur les Romains,
apprise chez les Bons Pères. Et tac.
En guise de préambule
Certes, la civilisation romaine est un sujet rebattu. Les historiens se sont quand même jetés dessus dès l'Antiquité romaine
, ce qui prouve qu'ils avaient du nez, les gaillards. Mais il n'est pas dit, au prétexte de l'existence d'un Strabon,
d'un Suétone et autres plumitifs contemporains de l'époque, qu'un honnête homme du XXIème siècle ne puisse utilement
apporter sa pierre à l'édifice en glosant sur le sujet avec science et rigueur. C'est tout le propos de cet Atelier
d'histoire improbable qui ne saurait tolérer l'approximation ou l'erreur, sous peine de coups de cocotte en fonte dans
la gueule, ou la faute de français, sous peine de se voir chatouiller le scrotum à la plante urticante par un individu
de surcroît taulier. Autrement dit, faut salement chiader son truc. L'autre problème à disserter sur nos amis
transalpins, c'est que Goscinny a quand même usé la trame jusqu'à la corde, en étant drôle. C'est, en fait, pour
l'historien professionnel que je suis, un faux problème : Uderzo, dès la mort de son compère, a rapidement montré que
l'on peut être mauvais (et très riche) au delà du possible avec les romains. Donc, en résumant : Goscinny mort et Strabon
enterré, on peut s'attaquer au sujet sans crainte : tout ce qui n'a pas été dit reste à l'être.
N'ayons pas peur des mots : depuis la Préhistoire, sujet de notre dernier cours magistral, des progrès fantastiques ont
été accomplis. Souvenons-nous en souriant de notre pauvre Wog et de ses amis, entassés dans des cavernes mal chauffées,
avec ses problèmes au bureau… Et bien les romains, pas du tout. L'habitat, l'art, le vêtement et les bêtes sauvages, tout
est bien mieux. Ils n'ont pas inventé l'automobile et la télévision, mais ils n'ont pas eu le temps. Sinon, croyez-moi,
ils auraient trouvé. Et oui. C'est à ce point. Et oui.
1. Le système politique et la res publica
Car oui, ils sont organisés ces bougres d’homme. Et bien encore. Ah, bien sûr, ça leur a pris du temps, Rome ne s’est pas
faite en un jour comme on dit encore (notez un peu la référence). Tout commence avec une meute de loup, c’est quand même
dire s’ils partent de loin. Transportez-vous dans les paysages immortels de l’Ombrie, de la Toscane… à une époque où pas
un touriste n’y venait et imaginez une meute de loups. Mais des gros, les descendants de ceux qui mettaient des claques
magistrales aux Néanderthals. Dans le lot de ces loups, il y a une louve qui se sent différente. Elle est douce et ne
mange que des concombres et des lait-fraises. Inutile de dire qu’elle est la risée de la meute et que pas un des mâles
n’en veut pour tirer sa crampe. Les loups, ils aiment pas les pédés, mais ils aiment pas les gouines non plus (un jour,
je vous ferai mon bestiaire, le loup et le col-vert y occupent une place de choix). Alors notre louve, là, elle la ramène
pas trop non plus. Elle bouffe ses concombres en cachette, avec une sauce allégée, et se cache pour ses lait-fraises.
Mais au fond d’elle, une blessure la ronge, un amour secret la tue : elle est amoureuse contre nature, un peu comme si un
communiste se sentait de coupables affinités pour Alain Juppé. On voit bien que c’est impossible. Il faut dire que pour
une louve, être amoureuse d’un vison, c’est quand même chaud aussi (le fait, pas le vison). Un de ces jours de déprime où
elle a abusé du lait-fraise ; parce que pour un loup, le lait-fraise, c’est fort ; elle décide de tout plaquer et de
tenter de rejoindre son vison, qu’elle a laissé par delà les montagnes, dans une petite vallée à flanc de coteaux de la
Cisalpinie. Elle remonte donc mais, en chemin, depuis la région romaine où elle réside, elle tombe sur deux petits enfants,
Romulus et Rémus. Ils ont du bol aussi de tomber sur le seul loup dans tout le pays Etrusque à ne manger que des verdures,
mais ils ne le savent pas (d'aucuns accréditent la thèse qu’elle était myope, mais ce sont là de méchantes langues). Et la louve romaine
décide alors, oubliant son chagrin et son vison, de tout laisser tomber et de leur donner le lait pour qu’ils
vivent puis de les éduquer. Fondatrice de la Civilisation Antique par excellence, elle le sera également – et ça,
croyez-moi, vous pouvez le raconter autour de vous, personne ne le sait, moi-même, je ne l’ai appris qu’hier – du
pittoresque village français nommée après cette histoire « Vison-La-Romaine » (le temps a dénaturé la prononciation mais
les faits sont là).
Le mythe de la fondation de Rome, quelque peu remanié en ôtant notamment l'aspect concombre et lait-fraise qui faisait un
peu tapette, va animer toute la civilisation et de nombreuses décisions seront prises en se posant la question "Qu'aurait
fait la louve ?". D'où la politique de conquêtes permanentes dans la mesure où la seule réponse sensée à cette question
est quand même : elle les égorge, elle les traîne par-terre en grognant et elle les mange avec une pointe d'ail, parce
que ça donne bon goût. Toutefois, avant que d'en arriver à ce principe bien romain du "Nous, on est super fort et on va
aller leur bourrer leurs gueules aux barbares, ça va vouloir y aller", cette civilisation est passée par un stade de
dégénérescence qui surprendra toujours l'historien quand on connaît le reste, j'ai nommé la Démocratie. Et pas de
main-morte hein, la vraie, représentative et tout et tout : le Sénat, les Consuls, les Tribuns de la Plèbe, les Ecuyers,
Le Questeur, les Magistrats… tout ça élu pour des mandats pas trop longs histoire de garantir un renouvellement de la
classe politique. N'importe quoi donc. Je passe d'ailleurs assez vite sur cette période démocratique et républicaine (de
res publica, la chose publique - histoire quand même que vous appreniez au moins un truc) qui répugne à l'honnête homme
et indique simplement, et de tête parce que franchement je vais pas non plus faire des recherches : République romaine
dite classique comprise entre bataille d'Actium et Avènement d'Auguste. César, contrairement à ce que pense le vulgus, ne
sera jamais empereur ou quoi que ce soit (il fut nommé dictateur tout au plus) et est assassiné lors des Ides de mars
justement à cause de rumeurs concernant ses plans. Mais heureusement, arrive donc l'Empire avec Auguste. Mais là, je vous
renvoie à l'excellent livre de Suétone La vie des 12 Césars. Si vous ne l'avez pas lu, et d'une, ça ne m'
étonne pas et de deux, je ne vais pas vous le recopier ici. Il faut s'avoir s'incliner quand le travail a déjà été fait,
et bien fait, et apprendre à en tirer parti de façon à buller tranquille.
2. La vie romaine
Parce que bon, les romains, ils ne font pas que la guerre non plus, il faut bien qu'ils s'occupent entre deux conflits.
Et là, c'est crée un mode de vie tout en élégance, raffinement et massacres dans les arènes.
L'habit romain, qu'on le veuille ou non, c'est quand même la toge. La toge, si vous voulez, c'est comme une espèce de
compromis entre la robe longue de chez Azzédine Alaïa, le drap housse et la djellaba. Tout ça, sans fermeture éclair,
boutons pressions et autres passementeries et accessoires qui font la joie des mercières et l'énervement des amants
pressés. Tout au plus un genre de poignée de porte petit modèle qui retient l'ensemble on ne sait trop comment :
la fibule. Si la toge, c'est très seyant en soirée ou pour recevoir chez soi son amant ou sa maîtresse (c'est quand
même dans l'esprit assez négligé bien que recherché), imaginez dès qu'il s'agit de courir dans des manifs ou de danser
le twist : on s'empêtre et on tombe. La répression des attroupements par les forces de l'ordre perdaient en efficacité
ce qu'elle gagnait en élégance. Mais imaginez tout ces pauvres CRS (Compagnies Romaines de Sécurité), avec leur pilum et
leur matraque en bois, en train de courir comme des danseuses après des gauchistes qui hurlaient des slogans contre la
guerre chez les Mèdes. Ca tombait comme à Gravelotte et les gauchistes riaient biens (ils étaient courts vêtus ces
salopards là) alors que les CRS pleuraient leurs mères (c'est d'ailleurs, et contrairement à ce qu'avancent certains
révisionnistes catholiques sur une sombre histoire de douleur de Marie sur la croix de Jésus, de là que vient
l'expression si connue "Stabat Mater Dolorosa", alors hein bon, messieurs). Et, pour ne pas lasser le lecteur, je ne
vous traduirai pas la description - pourtant très vivante - d'un contemporain qui s'était rendu, alors jeune dans les
années 60 (av. JC), à une surboum où l'on jouait des twists et des jerks endiablés : une hécatombe, tout simplement.
Donc, résumons-nous : la toge, c'est bien, mais pour s'agiter, c'est pas top.
Les activités sociales des romains sont nombreuses et variées mais la place m’est comptée alors j’évoquerai seulement la
plus connue (sachez toutefois qu’ils ont inventé le curling, jeu d’esclave à l’origine où les joueurs se recrutaient
parmis les meilleurs balayeurs du Cirque Maxime). Puisque je parle du cirque, je vais y rester (je sais que la transition
est forte, mais j’écris toutes les transitions du journal de France 2, alors forcément, j’ai l’habitude). Les jeux du
Cirque sont au coeur des réjouissances du Romain, jeune ou pas, tant il est vrai qu’on rit à tout âge du cirque. Il faut
dire que ce devait suffisement rigolo pour qu’aujourd’hui encore, la plupart des Etats les utilise, sous le nom de
football dans notre hémisphère, mais c’est encore un coup des anglais. Les jeux du cirque, au contraire des corridas
contemporaines, mettaient la bête fauve au centre du spectacle. Contrairement à l’époque du Cro-Magnon où celui-ci était
bien obligé de se tartiner la gueule avec un ours, un lion ou encore un orang-outang afin de pouvoir survivre, l’esclave
romain, lui, ne recherchait pas spécialement l’affrontement ; disons-le, le plus souvent, il y était carrément contraint.
En même temps, il n’avait qu’à pas être esclave. Non mais éh, c’est quand même un peu vrai, hein. Les patriciens étaient
rares dans l’arêne, alors on va pas pleurer non plus trop. Certains animaux devenaient de véritables stars et certains
Empereurs n’hésitaient pas à leur conférer des titres, comme Caligula qui nomma Incitatus, son cheval qui gagnait tous
les tiercés, Consul. Dans l’ensemble, les hommes gagnant très rarement (couvrez-vous de miel, violez son ourse, et
essayez de tenir 5 rounds contre un Grizzly tiens, vous m’en direz des nouvelles), le public se lassa et on trouva alors
une nouvelle variante, les hommes entre eux. Esclaves toujours, hein, on va quand même pas exagérer. Et puis, la démesure
aidant, on se mit à reconstituer des batailles célèbres au cours desquels on tuait quelques milliers de personne histoire
de s’en payer une bonne tranche. Avec le catholicisme et l’avènement de l’Empire Chrétien, on cessa. C’est regrettable
mais c’est comme ça.
Fin de la première partie.