L’Atelier d’Histoire improbable
par Marcel Kébir



Aux origines de l’espèce : Le temps des cavernes
Où l’on voit l’auteur, après un préambule finalement assez spécieux, expliquer avec aplomb sa méthode scientifique qui peut se résumer à dire n’importe quoi avec l’aplomb de celui qui sait, s’autorisant ainsi à dire les pires âneries sur de pauvres hères qui, si d’aventure le rencontraient, en feraient de la chair à Mammouth.


En guise de préambule

L’Histoire, pour improbable qu’elle soit, appelle le plus souvent à la chronologie. C’est là une démarche scientifique à laquelle je ne saurai me soustraire si je veux répondre aux exigences de sérieux, d’érudition et de culture auxquelles toute production pour le site Ou-pas.net doit se plier sous peine de faire baisser le niveau de l’ensemble et de craindre une désaffection du public dont on connaît les goûts changeants, amenant une baisse des recettes publicitaires qui entraîneraient le ruine du taulier, ce qui me m’affligerait. Pauvret, il tire assez le diable par la queue, va. Autrement dit, l’Atelier d’Histoire improbable, défi lancé par un facétieux aux talents avérés, se doit d’attaquer l’Histoire par le bon bout et donc les débuts. C’est pourquoi cette première livraison entamera ses travaux par la Préhistoire (je ferai, en cas d’éventuelles demandes, une version catholique d’où toute la chienlit sur l’évolution et le Darwinisme sera gommée au profit d’une ouverture sur le Jardin d’Eden).



Le scientifique du passé, l’historien et même tout autre savant digne de ce nom se rend compte dès les débuts de ses recherches sur la préhistoire qu’il existe finalement peu de documents produits à cette époque voire pas du tout et qu’il est donc ardu de connaître exactement la vie à cette période méconnue mais passionnante où le monde naissait à l’Homme, et vice-versa. Le corpus étant maigre, l’Historien improbable est confronté à deux choix : soit il parle sans avoir la moindre idée de ce qu’il avance et compte, souvent à juste titre, sur l’ignorance encore plus crasse de son lectorat, soit il se lance dans de longues fouilles archéologiques dont le plus souvent rien de bien concret ne sort si ce n’est deux chameaux mal dessinés sur un mur de grotte ou bien un squelette dont il manque souvent pas mal de morceaux et qui reste assez silencieux sur son mode de vie (on le verra, ces gens étaient rudes et fiers mais peu portés sur la discussion). Il était donc logique, afin d’être au plus près d’une improbable réalité, que le choix de l’auteur se portât sur la première solution, tant il est vrai qu’elle est d’une part beaucoup plus facile et que deuxio, ceux qui veulent vraiment apprendre des trucs sur l’archéologie ou la préhistoire n’ont qu’à reprendre la fac ou aller creuser dans le jardin des fois qu’il y est un Néanderthal enfoui.

Or donc, la Préhistoire. Il faut tout d’abord imaginer qu’à cette période de l’humanité, l’homme était une grotesque ébauche de ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Il ignorait tout du métropolitain, des bains de siège, du Pouilly-Fumé ou encore du Curling. Ceci en faisait un être frustre, d’un abord peu civil, mal vêtu, à la dentition épouvantable, prompt à la torgnole et qui se perdrait pendant des heures à Châtelet, même pas à une heure de pointe en plus (sans compter la propreté ses oreilles, souvent douteuse). Donc pouah ! mais le scientifique ne peut pas s’arrêter à de telles considérations envers nos ancêtres et se doit de surmonter sa répugnance pour étudier ce crayonné humain.

1. L’Habitat et la vie domestique
Soyons clairs, c’était quand même salement basique. Le confortable, seul réel apport à la civilisation de nos chers ennemis anglais, n’existait pas. Même pas un peu. Rien, nada, mes gouèbes. Pour s’asseoir, point de Chesterfield moëlleux (quoi qu’on soit quand même en fait assez mal dedans, mais c’est beau), pas de Bergère ou de Voltaire, et je passe sur les fauteils à la Reine dont l’évocation même aurait pu déclencher d’homériques coups de massue de la part du Cro-Magnon moyen, même de bonne composition. Pour s’assoir, des troncs d’arbres ou des rochers. Donc, notre homme, que nous appelerons Wog, vit en fait souvent dans une caverne. Parfois dans une hutte s’il est vraiment gêné au niveau des sous, mais quand même, souvent dans une caverne. Vous voyez tous le problème principal d’une caverne : c’est inchauffable en hiver. Sans compter l’humidité. Alors que par exemple, même dans les banlieues rouges, la plupart des gens ont le chauffage. C’est donc une preuve de leur cruel manque d’intelligence, aux Cro-Magnons, parce que pour être plus con qu’un communiste banlieusard, on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut un peu aussi quand même le vouloir, hein, quand même. Pour pallier les problèmes de chauffage, Wog a bien le feu mais sans cheminée, à nouveau, c’est peu pratique, sans compter la suie sur les murs, un vrai calvaire à nettoyer. Ses cavernes, ou grottes comme l’on dit mais je ne veux pas non plus vous assomer avec du jargon scientifique, présentaient aussi très souvent l’inconvénient d’être habitée. Et par des bêtes sauvages comme les ours, les lions, les loups ou encore les canards (concernant ces derniers, d’ailleurs, miracle de l’évolution, las de se faire bourrer leur gueule par les hommes préhistoriques, ils ont doucement pris l’habitude de se barrer au soleil pendant l’hiver, période durant laquelle le Cro-Magnon, poussé par le froid et sa daronne, recherchait avec avidité les susmentionnées cavernes). Or, si l’homme des cavernes (appelé ainsi car il vivait dans les cavernes, rien n’arrive par hasard en Histoire) arrivait encore assez facilement à venir à bout de deux ou trois col-verts, il en allait autrement des ours, lions et tutti-quanti. Surtout qu’en hiver, les ours, ils dorment, et bon ben on peut les comprendre aussi, on est tous un peu énervé quand on vous réveille en pleine nuit. Enfin, quand même, parfois, l’homme qui aspirait à devenir des cavernes arrivait à en trouver une vide ou alors sortait vainqueur du pugilat avec l’ours, le lion et tout le bazar en trichant un peu avec des coups pas réglos-réglos mais il se les gelait grave aussi, et s’installait avec sa petite famille dans son logis troglodyte (cherchez pas, c’est un vrai mot). Mais là, niveau confort, c’est vrai que c’était spartiate. En plus, outre les problèmes de mobilier, d’isolation, de chauffage... il était aussi confronté aux squatteurs. Figurez-vous que ses copains moins chanceux, ses collègues de bureau dans la dèche ou qui s’étaient pris une bonne branlée par les bestioles, et bien ils débarquaient chez lui et lui disaient quelque chose du style (les experts divergent et les querelles philologiques – oui, oui, ça existe aussi – sont légions) : « Groamf », ce qui signifie à peu près : « Bon, ben bon vieux Wog, désolé de débarquer comme ça avec Madame et les 19 enfants, mais je me suis pris une taulée magistrale par le grand machin poilu et si je reste dehors par ce temps, je suis bon pour 15 jours d’arrêt maladie et vu que je suis charrette au bureau, c’est pas trop le moment. Merci, vraiment merci, bon ben j’prends le mur du fond ». Et ça pouvait se renouveller pour peu que les collègues, amis, copains d’école… de Wog soient un peu des tarlouzes pas foutus d’en secouer une bien définitive à un ours. Et ben le Wog, il était confronté à un mal que l’on croyait pourtant contemporain : la surpopulation et la promiscuité. Et oui, déjà à l’époque. Et oui. Cela dit, quand j’ai fait cette découverte, j’ai bien senti le scepticisme chez les collègues. Mais c’est un tas de jaloux à lunettes et manches de lustrine alors c’est pas grave non plus. Bon, et bien voilà pour l’habitat, toujours ça qui ne sera plus à faire comme on dit.

2. Le travail
Le Wog, désormais installé dans sa caverne, il faut quand même qu’il fasse bouillir la marmite. Enfin, c’est une façon de parler hein, parce que les marmites, à l’époque, vous pensez bien. Les hommes préhistoriques étaient essentiellement des chasseurs et des cueilleurs. Donc, si vous suivez le raisonnement, le plus gros de leur temps était passé à chasser et à cueillir (j’aime bien faire participer un peu le public à la réflexion, ça permet de mieux faire passer l’aridité scientifique de l’ensemble). Assez rapidement, ils se sont rendus compte que seul face à un Mammouth, le combat était inégal et souvent perdu d’avance ou alors, il fallait vraiment une moule d’enfer ou tomber sur un Mammouth placide voire atteint d’un bon rhume ou d’une maladie du style voire même et débonnaire et avec un gros coryza. Le cas du Mammouth placide et grippé étant finalement très rare, les plus brillants des hommes préhistoriques (la plupart ont été retrouvés en Auvergne d’ailleurs, sans que l’on se s’explique) fondèrent alors des genres de Sociétés de Chasse dans lesquels les employés travaillaient ensemble à percer les Mammouths de lances et à leur jeter des gros cailloux sur la tête. Ce genre d’emploi présentait quand même de nombreux risques et les primes étaient plus attrayantes que chez les cueilleurs, ce qui explique l’engouement du Cro-Magnon pour ce style de métier alors que les cueilleurs étaient en fait souvent des cueilleuses, ça faisait un petit appoint à la fin du mois et puis ça les occupait aussi un peu au lieu de cancanner dans les bistrots ou de jouer au jeu de paume avec des Néanderthals en guise de professeur (la paume est l’ancêtre du tennis). Il est d’ailleurs amusant de noter ce clin d’oeil de l’histoire qui fait qu’aujourd’hui c’est la femme qui va au Mammouth alors que l’homme le dégraisse, travail par le passé réservé aux femmes le soir, à la veillée (pour les occuper un peu après leur journée à cueillir, ce qui n’est pas épuisant non plus, alors que jeter des grosses pierres sur un Mammouth, si). Certains Cro-Magnons, mais une petite minorité il faut le dire, choisissaient des emplois plus artistiques ou se lancaient dans l’artisanat – ils étaient nécessaires mais quand même assez mal vus de leur correlégionnaire qui se moquaient assez cruellement d’eux, car les Cro-Magnons étaient des sortes d’espèces de grands enfants et on sait bien que les enfants sont cruels. Enfin, pas de la même façon hein, ils se mangent pas non plus entre eux, mais le parallèle m’a séduit.

3. L’art et l’artisanat
C’est toutefois grâce à cette minorité méprisée (les « Bmfhgr » en langue cro-magnonne, qui signifie à peu près « tantouzes ») que l’on connaît un peu mieux la culture et les modes de vie des hommes préhistoriques. Oh, bien sûr, les peintures rupestres, c’est pas non plus du Botticelli, ça manque de perspective, les lignes directrices sont souvent maladroites, la peinture n’est pas toujours de bonne qualité et les proportions sont aléatoires (ou alors, théorie peu répandue, le Mammouth était en fait de la taille d’un teckel – c’est peu probable et les quelques scientifiques qui l’ont avancé se sont vus traités de Bmfhgr par leurs collègues du Collège de France qui leur ont jeté des gros cailloux sur la tête en riant bien) mais bon, il y a des tentatives. Et puis qui a vu le musée Miro à Barcelone ne peut pas non plus accabler l’homme préhistorique, il tente de dessiner, lui. L’art cro-magnon présentait également cette incongruïté d’être gratuit. On croit rêver, les mecs faisaient ça pour le plaisir. Et ceux qui les avaient ne s’en servaient pas comme placement. Ah, les barbares, non mais pourquoi pas peindre pour la recherche du beau quand on peut vendre une toile toute verte peinte au rouleau des millions à la FIAC si on l’intitule gazon bleu. Heureusement, nous avons évolué, et dans le bon sens. Ouf, on l’a échappé belle tiens. Mais je m’égare. En ce qui concerne l’artisanat, n’ayons pas peur des mots : c’est maigre. D’une part, les techniques de production étaient assez peu évoluées, d’autre part, le public était essentiellement tourné vers les objets pratiques. Les arts ménagers, par exemple, nul, deux, caca. En revanche, en ce qui concerne les pointes de lance en silex, les pointes de flèches en silex, les couteaux en silex, les tours de Pise en silex, alors là, pardon, excusez du peu mais alors là, imbattables les Cro-Magnons. Bon celà dit, une tour de Pise, même en silex, si on n’a pas la télé pour la poser dessus, je me demande quand même un peu si c’est bien utile. Mais bon, en même temps, les goûts et les couleurs hein. Il n’a quand même pas du s’en fabriquer beaucoup vu qu’on en retrouver aucune. Alors que des pointes de flèches, si, pas mal quand même, merci.

A suivre…