Notre ami l'académicien

Au détour d'une conversation avec mon cher collègue Marcel Tov, une question des plus importantes sur la mentalité des membres de l'académie française s'est faite jour. D'apparence anodine, cette interrogation recèle des trésors de philosophie. L'académicien est-il l'anti-charretier par excellence ? quelle confiance devons-nous apporter à son dictionnaire ? Fait-il pipi sous lui ? En bref, il nous faut répondre à cette question fondamentale : L'académicien est il un petit-bourgeois réactionnaire ?

Quelques prélèvements et études ethnologiques sont arrivés sur la paillasse, nettoyée à l'alcool modifié à 70°, et voici ce que révèle leur analyse.

Mœurs de l'académicien

L'académicien, de prime abord, est un être débonnaire, tout habillé de vert avec des feuilles dorées, et se reconnaît par ses attributs, bicorne et épée de tafiole, dont nous reparlerons dans une section ultérieure. C'est un animal social qui vit par troupeau d'une quarantaine, et dont le rite journalier est immuable. Tentons une approche chronologique.

Note : toutes les heures sont données relativement au temps TMG (Temps du Méridien de Greenwich) fixé par l'Office International des Poids et Mesures, 17 rue Bricouillu, Paris 7ème, frappez avant d'entrer vous serez bien urbain.

8h30 : Le regard bouffi et le teint hépatique sont de mise en ce début de journée. Le rituel dit de la première verveine commence. Sur trois tasses de cette potion tribale, deux en moyenne finiront sur le sol, l'appareil de coordination motrice n'étant guère opérationnel.

9h17 : Mise en place de la tenue de parade nuptiale, à l'aspect légèrement réactionnaire.

9h40 : rituel dit de la deuxième verveine, en compagnie d'un ou plusieurs congénères. On sent poindre, sous l'austère vernis de l'académicien, un petit-bourgeois en puissance.

De 10h00 à 12h00 : Aimables discussions sur la sauvegarde de la langue française, ponctuées de moult tasses de verveine. Les propriétés diurétiques de cette potion réactionnaire ne tardent pas à faire effet.

Sur le coup de midi, les discussions tendent à s'envenimer (voir photo ci-dessous). Il est temps de faire une pause pour se restaurer petit-bourgeoisement.


Cette brute sanguinaire est sous l'empire de la verveine.

A 13h16, vient l'heure de la sieste, jusqu'à 15h30. L'académicien commence, juste avant la sieste, à tisser un cocon, pour préparer sa mue. Première révélation ! Nous étions innocemment en train d'étudier la forme larvaire de la créature ! Quelles surprises ne nous attendaient pas ensuite !

15h30 : Déception ! le cocon s'avère être un ensemble de linge de maison dénommé édredon. Aucune métamorphose n'a eu lieu. Le conservatisme éhonté de ce comportement nous amène bien à croire que l'académicien à un indéniable côté petit-bourgeois. La suite des évènements allait nous donner raison.

16h00 à 18h30 : Aimables discussions sur la sauvegarde de la langue française, ponctuées de moult tasses de verveine, dans un bruit de succion des plus écœurants. Les propriétés dopantes de cette potion tardent à faire effet. On évoque cependant un ou deux sujets qui fâchent (voir plus avant), seuls moments d'intérêt de cette morne journée. Quelle attitude réactionnaire, décidément.

19h00 : un bouillon, une verveine, et au lit. Espèce de petit-bourgeois !

Selon les premiers résultats, notre ami académicien est un réactionnaire doublé d'un petit-bourgeois, amateur de verveine. L'histoire nous montre qu'il s'agit de l'aboutissement d'un lent processus de dégénérescence.

Les sujets qui fâchent

Cette évocation de sujets sensibles apparaît être une tradition historique, transmise et hélas déformée de génération en génération au sein de la tribu des académiciens. Au XVIIIème siècle, On procédait, simultanément à ces débats virils et copieusement arrosés à la gnôle de contrebande, à des exécutions publiques de charretiers, ah ça, ça avait de la gueule, nom de dieu. Bien peu nombreux étaient ceux qui osaient défier le pouvoir de ces hommes d'exception, qui héritaient du privilège du port de l'épée de part leur affiliation directe au roi. Il va sans dire que le permis d'occire pour des raisons totalement subjectives, donc bonnes, leur était octroyé. Chacun des académiciens avait droit de vie, de mort et de cuissage en regard d'un élément particulier de la "langue françoise" (voir photo ci-dessous), dont il était le défenseur attitré. Et ça étripait, ça décapitait, ça violait dans la bonne humeur, sans se départir d'une ambiance légère et joyeuse. Et ça sentait pas la verveine, j'aime autant vous le dire.

 
Pierre-Henry Le Grailleux (1703-1782) était particulièrement tatillon sur l'imparfait du subjonctif, ainsi que sur le port du string. (illustration M Sassétou)

Alors, que penser de l'époque actuelle ? C'est certain, les académiciens d'aujourd'hui seraient bien incapables d'atteindre le niveau de leurs illustres prédécesseurs. Ce sont donc de bien tristes petit-bourgeois. A part, peut-être, Fulbert Le Grailleux, responsable des verbes 'oindre' et 'absoudre', et jamais économe d'un bon mot pour éduquer le charretier (voir photo ci-dessous).

 


Fulbert Le Grailleux (1965-?), "Viens te faire oindre si tu veux que je t'absolve, lopette".

Le matériel de l'académicien

L'épée, symbole révolu de la fidélité au royaume, n'est plus aujourd'hui qu'un accessoire d'apparat, servant occasionnellement de coupe-papier, de cure dents ou de soutien ambulatoire selon l'humeur et la forme de leurs possesseurs. Il est bien clair qu'il s'agit d'une tentative désespérée de se raccrocher a un passé glorieux, ripailleur et bienveillant. A part Fulbert, qui a compris tout le bénéfice des technologies actuelles pour le bien du charretier, on ne peut guère interpréter le port de cette arme que comme un acte réactionnaire, petit-bourgeois et mesquin. 


De bien fières épées (collection personnelle M Piston)

La conclusion de cette étude est donc incontestable : François Rollin est sensiblement plus drôle que Guy Bedos.