Le Sassétron

L'équipe du labo Poilade est heureuse de vous présenter sa dernière invention: le Sassétron. Un projet d'envergure, auquel se sont attelées toutes les équipes du labo pendant des mois en parallèle de leurs travaux respectifs. Beaucoup de temps et d'efforts, un déluge d'argent, aujourd'hui largement amortis par la réussite incontestable de l'opération.

Bien avant le docteur Antinori et la secte raélienne, le labo Poilade s'est intéressé au clonage humain. Notre premier clone sortait des éprouvettes en avril 1997, et mis à part ses divers cancers, sa leucémie, son asthme, sa débilité profonde et ses pieds plats, il va très bien, merci pour lui. Des petites anomalies du reste corrigées depuis, puisque les dix derniers clones produits par notre labo sont en parfaite santé.

Le clonage humain est donc pour le Labo Poilade un jeu d'enfant, un exercice d'échauffement pour des expériences plus audacieuses. Et c'est justement le fruit de l'une d'entre elles que nous vous présentons aujourd'hui avec émotion: le premier HGM, pour homme génétiquement modifié. Nous devrions plutôt dire MGM, pour Marcel génétiquement modifié, car c'est à partir du matériel génétique de deux Marcels qu'a été conçu l'embryon du futur bébé. Le mélange centrifugé des ADN de Sassétou et Monpatron a en effet donné naissance avec succès au Sassétron, être hybride réunissant en un seul homme les caractéristiques fondamentales de ses deux géniteurs indirects.

Nous n'aborderons pas ici dans le détail le processus de création du Sassétron, d'une part car vous n'y entraveriez zgougou, d'autre part car quand bien même auriez vous quelques connaissances en génomique, vous ne pensez tout de même pas qu'on va fanfaronner le secret d'une découverte qui vaut une fortune, et donc susceptible de nous faire des couilles en or, et pas que les couilles d'ailleurs, le service trois-pièces au grand complet, poils inclus, en diamants, les poils. Donc, passons outre la méthode et venons en directement au résultat. 

Le Sassétron allie la rage rebelle et provocatrice du punk Monpatron à l'exhibitionnisme déviant de la tante Sassétou. Aucune de ces deux caractéristiques fondamentales n'ayant réussi à prendre le pas sur l'autre, le Sassétron est un croisement parfait entre punk viril et tarlouze exhibo, c'est dire l'importance de la découverte. D'autant plus importante que notre programme d'éducation accéléré lui a rapidement permis de trouver sa voie: la scène. 

Tour à tour bassiste, chanteur, showman et strip-teaseuse, le Sassétron est un artiste en puissance, comme en témoigne son premier spectacle, pour le moment encore secrètement gardé derrières les murs du Labo Poilade. En voici néanmoins quelques photos, prises pendant une représentation privée, l'unique qu'il ait donné à ce jour, à l'intention des producteurs qui seraient tentés de l'acheter. 


Vue d'ensemble du Sassétron. Le corps est svelte et musclé, la pose à la fois guerrière et langoureuse. Les chippendales peuvent aller se rhabiller.


Vue de dos. La fesse, mince et ferme, apporte un subtil contrepoids de sensualité à la brutalité barbare du tatouage rituel qui pare de solides épaules. 


Vue de face. Le sexe, ici au repos mais déjà de belle facture, laisse augurer d'une érection puissante, que le public est invité à vérifier par lui même à la fin du show, au moment où le Sassétron se masturbe en répandant abondamment sa semence sur les premiers rangs, où l'on se bouscule gaillardement pour avoir le privilège d'en récolter une ou deux gouttes. 


Vue de face. Cette photo est sans doute la plus représentative du Sassétron Show: après une reprise survitaminée du "God save the Queen" des Sex Pistols, le Sassétron, à la manière de Vincent Roca, s'amuse à jouer avec les mots et se lance dans une interprétation de "Queen suck the god", abandonnant momentanément les cordes de sa basse pour tailler une pipe à son micro en couinant lascivement.

Le prix de ce spectacle est d'un million d'euros (par représentation). Il paraîtra excessif à certains, mais qu'ils sachent qu'il se justifie d'une part par l'investissement colossal en temps et en argent qu'a nécessité la création du Sassétron, d'autre part par l'extraordinaire potentiel lucratif du Sassétron show. Comme le laissent supposer les quelques photos précédentes, c'est tout simplement du jamais vu. Du reste, les rares heureux présents à cette représentation ont tous témoigné du plus grand enthousiasme. La preuve: le Sassétron show a déjà été vendu a des producteurs belges, saoudiens et guatémaltèques, et ce n'est qu'un début. Bientôt, il envahira la planète entière, brûlant les planches de chaque théâtre dans lequel on voudra bien le convier. Il ne connaît pas la fatigue, veut en découdre avec le monde entier, car sa soif de célébrité est à l'égal de son vice. L'investissement est donc judicieux, et si vous voulez mon avis, il serait ballot de passer à coté d'un pactole garanti mahousse.  

Pour conclure, je pense utile de signaler aux éventuelles brutes employées par d'hypothétiques mafias pour nous dérober le rapport écrit de la méthode de fabrication du Sassétron que ce dernier est caché dans le coffre-fort du Labo Poilade, lui même assidûment surveillé par trois douzaines de pistbulls, une autre de nos inventions, croisement entre Piston et un pitbull, c'est-à-dire un molosse sanguinaire doté d'intelligence et d'un tempérament sadique et joueur. Autant dire que quels soient vos faits de guerre, je ne donne pas cher de vos roubignolles après que la meute ait décidé de les utiliser comme quatre-heures. Et même si par je ne sais quel miracle vous parveniez à franchir ce premier obstacle, vous ne résisteriez pas au second: Marcel de Vélo, dont la réserve personnelle de Gigondas a été enfermée dans le même coffre. Quiconque autre que lui tenterait d'y fourrer son nez s'exposerait donc à un ouragan à faire passer l'Apocalypse pour un éternuement de pucelle anorexique.

Nous restons bien entendu à votre entière disposition pour de plus amples renseignements.