Le "one
meuf show" d'Axelle Laffont
L'avis de Marcel Trois
gaules, dont une en fibre de verre

Sur l'affiche du sepctacle d'Axelle Laffont, il y a les logos de Fun Radio et de Comédie. En remarquant cela, pendant que j'observais ladite affiche devant le Palais des Glaces, je me suis demandé si c'était un label de qualité ou de médiocrité. Mon naturel optimiste m'empêchait de statuer, mais je convenais néanmoins que le spectacle serait probablement différent d'un spectacle labellisé Radio Classique et Télérama. La suite ne devait pas me donner tort.
Car autant vous le dire tout de suite, Axelle Laffont est un Jean-Marie Bigard féminin. Ca va même au delà. Car là ou Jean-Marie Bigard se contente de vous débiter son quota de 150 vulgarités à l'heure, Axelle Laffont débite elle aussi ses 150 vulgarités à l'heure, mais rajoute par dessus toute une gestuelle de mise en scène sensuelle de son corps.
Ce spectacle n'aurait donc pas pu être fait par Jean-Marie Bigard. Et encore moins par Françoise Giroud (photo Françoise Giroud ?). Ce constat va m'amener à évoquer de manière plus large le jeu d'Axelle Laffont. Axelle Laffont joue plutôt mal. Ses personnages sont surjoués, tellement que parfois, on ne comprend pas ce qu'elle veut signifier. Du moins ce fût mon impression pendant les premières minutes de spectacle. Puis elle introduit une nouvelle dimension d'autoparodie. "Je suis une comique professionelle. Mon métier c'est la comédie je peux jouer n'importe quoi, la preuve regardez comment j'imite bien mon copain... Regardez, comment j'arrive à mimer le fait que la scène se passe sur un lit alors que je suis simplement assise sur la scène... etc.". On peut interpréter cela de deux manières. Axelle Laffont sait bien jouer mais fait exprès de mal jouer et de s'autoparodier. Ou bien elle sait mal jouer, le sait et a trouvé cette manière élégante de le masquer. Reste une question. Cette autoparodie n'aurait-elle pas un arrière-goût de fatuité ? Je lui laisse le bénéfice du doute.
Le problème se pose à peu près dans les mêmes termes concernant son rapport avec son corps. Physiquement elle se donne à fond, et de manière efficace. Mais elle joue de manière flagrante de sa beauté, alors qu'elle adresse force clins d'oeil au public à base de "Regardez comme je suis naine... Regardez comme j'ai de petits seins... Regardez comme je me caresse de manière totalement grotesque (car oui lecteur pervers, Axelle Laffont se caresse sur scène, et plutôt deux fois qu'une)...". On est très proche des limites de la dérision.
Enfin dernier problème le texte en lui-même. Elle joue toujours le même personnage, qui est plus ou moins elle-même. Mais les transitions entre les différentes séquences de la vie de ce personnage sont assez artificielles. Il aurait peut-être fallu une continuité totale ou bien, mieux les travailler. De plus certains gags tombent à plat (le sketch de la cigarette par exemple, est nul. Quoique peut etre pour un fumeur il est drôle). Et il y a très peu de ces éclats de génie qui laissent leur trace dans le souvenir des gens. Ce qui fait qu'une fois sorti du spectacle, son souvenir ressemble à une bouillie d'ou n'émerge pas grand chose de marquant.
Cependant si j'ai consacré une large part de cette critique aux aspects négatifs de ce spectacle, je n'en ai pas moins une opinion plutôt positive. Mais pourquoi.
D'une part, il n'y a peut etre pas beaucoup de trouvailles de génie dans le spectacle, mais il y en a au moins une, c'est le final. Et c'est quand même bien pratique pour un artiste de réussir son final parce que conclure en beauté ça marque, voire ça force le critique à conclure lui aussi plutôt positivement.
Ensuite toute la débauche d'énergie qu'elle met dans sa prestation finit par payer et sa bonne humeur est réellement communicative. Ca a beau être rempli de clins d'oeil plus ou moins appuyés, on est à cent lieues de Arthur présentant "120 minutes de bonheur" ou sa prestation se résume à "Vous allez être heureux bordel puisque je vous dis d'être heureux". D'ailleurs il y arrive assez bien puisqu'on est très heureux en quittant son émission en changeant de chaine ou en éteignant le poste.
Elle se dépense donc sans compter et exploite très largement l'éventail des possibilités scéniques, avec pour tous accessoires une chaise, un sac en papier kraft et un blouson, une sobriété qu'il faut noter. Au final l'effort de mise en scène paie. Et même si ça doit surement être bien préparé, elle joue avec le public, notamment en cas de sonnerie de portables, et avec un aplomb remarquable. Quant à ses effets comiques, ils sont généralement d'une vulgarité consternante, mais leur empilement sans temps mort finit par déclencher un rire peut être plus mécanique que cérébral mais un rire tout de même. Ca n'est peut être pas très élégamment construit mais c'est efficace. Pour donner une référence objective, je n'ai pas regardé ma montre de tout le spectacle, ce qui est chez moi suffisamment rare durant un spectacle pour être noté.
Au bout du compte, on a donc un spectacle qui n'est peut être pas de très haute volée, mais qui se laisse voir sans déplaisir. Pas incontournable, encore moins impérissable, mais une bonne idée de sortie.
Note : 13/20