Le grand cycle de la lose - part 2 Minuit sonnait lugubrement au clocher de l'Eglise perchée sur son pic escarpé lorsque Fred arriva en gare d'Enghien, sa destination, alors qu'en fait non, pas de clocher, pas lugubre, pas de pic mais ça accroche l'attention. Seul - à part notre héros, donc - sur le quai, un homme. Grand. Noir. Costaud. "Que diable", se raisonne notre jeune protagoniste, "je ne suis pas de ceux qui ostracisent les gens de couleur, quand bien même ils seraient visiblement défoncés, raisonnablement plus barraqués que moi et ma seule compagnie sur un quai deserté et sinistre" - là, oui, c'est sinistre pour de vrai, promis. Arrivant à la hauteur du géant - en fait pas vraiment, là encore, mais un peu quand même, proportionnellement - Fred se fait alpaguer, mot qui vient d'une ancienne technique de strangulation tartare utilisant des étoffes rares. Or, s'il a effectivement les cigarettes qu'on lui demande, il réserve plutôt la fin de paquet qu'il lui reste à sa consommation personnelle, comprenez-le. Le temps qu'il trouve une formulation suffisamment claire, le bonhomme lui coince la tête dans un de ses gros bras tout en plongeant l'autre* dans la poche intérieure de sa veste en jeans. La tête ainsi coincé dans la position du bouchon de champagne sur le point d'être libéré, Fred voit toute sa vie défiler depuis sa dernière cuite - il y a une heure. Le processus est suffisamment long pour que le malandrin le relache, avant d'extirper une clope du paquet subtilisé - je vous l'accorde, le mot est assez inapproprié dans le cas présent - et de la redonner à son ancien propriétaire en expliquant que "Chuis pas comme ça". Puis, il s'enveloppe dans sa cape et disparaît dans l'obscurité- mais pas vraiment non plus, donc. Les mots viennent alors naturellement à la bouche de l'ex-bouchon: "Merci". * L'autre bras, pas l'autre tête
Éloge de l'a priori
Si vous relisez l'Apocalypse, vous serez frappé qu'à aucun moment ni Marcel Trois Gaules Dont Une En Fibre De Verre, ni Jean-Marie Bigard ni Yvan Le Bolloch ne sont mentionnés. Devant les preuves que je vais dévoiler, on ne peut penser à un simple oubli de la part de Saint-Jean. De fait, je prépare un pamphlet sur (et contre) la collusion mortifère des apôtres et des comiques de mes couilles, mais ce sujet n'est pas le mien aujourd'hui.
Je tiens tout de même à rassurer Papy Pas-d'jus, notre vénéré membre fondateur, "Les aventures de Nagui" ne sont pas encore disponibles en librairie. N'empêche. Caméra Café, on se doutait. Il y avait la série vaudevillo-lourdinguesque, le film, le jeu, il y a maintenant la bédé. On ne pourra pas dire à nos enfants "On ne savait pas", résultat, tout le monde prétendra avoir pris le maquis, classique. Bigard, pareil, le single, le film, la prédication chez Ardisson, les bouchons: tout ceci relève d'une mission systématique de destruction de la société, sous couvert de moralisme à grande gueule.
Et Desproges? Non content de chatouiller ses mânes toutes les cinq secondes... Attendez, je dois développer ici. Desproges étant mort, il ne fait plus chier personne; il pouvait donc devenir et est devenu une référence, une instution, que dis-je, il est surtout une sorte de totem, et donc de tabou. Toute fausse impertinence se doit de l'invoquer afin de pouvoir se faire couper les couilles, processus nécessaire même si pas tout à fait suffisant pour devenir diffusable, embauchable ou vendable. Voire, lors de l' "affaire" Dieudonné, ouvrez les guillemets et grimacez, de nombreux médiacrates se sont empressés d'affirmer que "dans le contexte actuel d'aujourd'hui", Desproges ne pourrait pas refaire ce qu'il a fait ; sous-entendu son sketch "on me dit que des juifs se sont glissés dans la salle". Le sujet a déja été évoqué maintes fois ici, je résume pour les plus jeunes d'entre vous : Desproges = drôle, Laurent Violet = pas drôle, Cauet = mes couilles.
Bref, non content d'être piétiné régulièrement, le talentueux Cyclopède, et je tiens au passage à faire taire les rumeurs persistantes faisant état d'une perversion sexuelle incluant le cyclisme, de jeunes éphèbes et des shorts moulants, le talentueux Cyclopède, donc, est un joli puits de ressources fossiles. J'ai chez moi les Chroniques de la Haine Ordinaire, le Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis, l'Almanach, les textes des spectacles, les "Fonds de tiroir" (déja), Les étrangers sont nuls, Des femmes qui tombent, Vivons heureux en attendant la mort, L'indispensable minute de monsieur cyclopède, les VHS des deux spectacles mais pas les rééditions DVD, faut pas déconner non plus, le pas inintéressant mais commercialement scandaleux "La seule certitude que j'ai c'est d'être dans le doute", transcription d'une interview éditée au dixième "anniversaire" de sa mort, les quatre CD des Réquisitoires du Tribunal des flagrants délires, le volume 0 et le volume 5 aussi, les chroniques de l'Aurore; tout cela pour une carrière assez brève, rappelons-le: je suis un pigeon.
Tout de même. Avais-je besoin qu'on mette Desproges en image, fût-ce sous la plume (ou le pinceau) de dessinateurs qui furent drôle et talentueux, formule dont l'unique but est de rappeler que Gotlib a été ? C'est quoi, la prochaine étape?
C'est l'évidence même: la Fin du Monde.
Quant à Marcel 3G, c'est lui qui m'a fourni les deux-tiers des liens présents sur cette page. J'dis ça surtout pour éviter la confusion.
Le grand cycle de la lose
Le grand cycle de la lose commence, avec une histoire de notre ami
Jean-Jean, que je vais vous narrer sur le champ, ou presque.
Note: La "lose", l'art et la manière de perdre, à ne pas confondre avec
la "loose"*, probablement l'art et la manière de ne pas mettre de ceinture.
La soirée se passait bien, je parlais, la petite aquiescait, admirait,
riait. Faut dire qu'elle était pas équipée pour lutter, c'est l'avantage
avec les connes, on est un peu en roue libre, tout marche, si ça marche
pas elles comprennent pas et se disent qu'elles sont connes**. On
s'acheminait vers une conclusion à base de râles et de sueur, ce pour
quoi elle avait en revanche du matos... Les choses suivant leur cours,
on va chez elle, on commence à se tripoter, elle est hésitante mais de
moins en moins. Faut dire qu'on commence à être cuit tous les deux, et
finalement, après quelques attouchements sans équivoque, on se met à
pioncer, la bite sous le bras et la zézette insassouvie, mais le foie repu.
Le lendemain matin, remise à zéro : la donzelle ne tient compte de rien
qui ce soit passé avant ce matin, et revient la gêne qui existait avant
le début de la soirée de la veille. Elle est hésitante, toujours, non
pas par manque de désir, mais plus probablement parce que l'hésitation
est une sorte d'état naturel, elle doit s'y sentir chez elle***. Bref,
elle commence à se démener, y compris physiquement (je ne la contrains
en rien : elle trépigne vaguement et erre dans les largeurs tout en
cherchant ses mots dans les tiroirs), et finit par s'excuser pour aller
aux toilettes. De là, je l'entend téléphoner, outre le ridicule de la
chose, je comprends qu'elle se construit un alibi pour m'éjecter (admirez
tout de même la méthode). Je commence à rassembler mon bric et à me
demander où j'ai pu foutre ce putain de broc lorsqu'elle finit son affaire.
Elle ouvre la porte des toilettes et se tient dans le cadre , une douce
odeur de merde se répand dans l'appartement ; elle me dit: "J'ai un truc
à faire, cet après-midi, il y a un anniversaire et il faut que je
prépare un gâteau au chocolat."
Je suis parti, et en arrivant dans la rue en cette fin de matinée,
j'avais un sourire plus éclatant qu'après la meilleure des nuits d'amour.
* ça se prononce "ou", même avec un seul o. Un peu comme pour Steve et
"Steeve", qui en revanche n'existe pas, sauf dans quelques cerveaux
malades habitants des corps à l'appareil génital malheureusement
parfaitement fonctionnel
** ce qui est vrai
*** je me permets de vous rappeler qu'elle était quand même conne
Quand un Marcel rencontre un Marcel, de quoi parlent-ils, et surtout comment, ce qui est d'autant plus diablement intéressant si ce sont d'éminents Marcels, pas n'importe quel bleubite?
A propos du spectacle de Rollin (qui a encore quelque chose à dire, que j'avais déjà vu,
mais que je me proposais de revoir, donc):
Piston: Et puis tu l'as déjà vu.
Monpatron: Non.
Piston: Si.
Monpatron: Tu crois que je vais tomber dans ton piège grossier?
Piston: Ben si, quoi.
Monpatron: (Fallait répondre: "oui")
Piston: J'étais là, je m'en souviens.
Monpatron: (et moi: "non")
Piston: Non.
Monpatron: Ah si.
Piston: Ah, tu vois.
Monpatron: Ben, non.
Piston: Si.
Monpatron: Non.
Piston: Si.
Monpatron: Non.
Piston: Si.
Monpatron:
Piston: Si.
Monpatron: (grillé)
Monpatron: Non
Piston: Si.
Monpatron: *non*
Piston: Si.
Monpatron: Attend....
Monpatron: Non.
Piston: Si.
Monpatron: Mais non!
Piston: Si.
Monpatron: *soupir*
Monpatron: Non.
Piston: Si.
Monpatron: Non, pas à Vincennes. Ou Versailles, je sais plus.
Piston: Ah oui, non.
Monpatron: Voilà.
Monpatron: Si?
Piston: Non.
Monpatron: Sûr?
Piston: Sûr.
Monpatron: Bon.
Monpatron: L'ère de la communication, bonhomme, l'ère de la communication.
Replaçons vite le voile du mystère sur cet échange, que dis-je, cette fusion de deux lumières de notre temps.
Et continuez à nous faire rêver, les gars.
Les nouvelles aventures de Marcel Monpatron: épisode 1 - Auto-humiliation. (histoire vraie)
La nuit naissante enveloppait tout dans ces ruelles, et j'allais d'une tache lumineuse à l'autre. Je suivais ces balises, chargé comme un baudet et nimbé d'un léger halo, suivant les bandes blanches bien parallèles de ces passages qu'on dit cloutés; preuve que le langage évolue quand il veut et comme il veut, mais aussi que "passage bandé" ça fait con.
La voiture, au premier abord, n'a pas ralenti
mais acceleré. Ca ne m'a guère impressionné, vu que de toute façon j'étais
au milieu du passage avec ma charge, véritable sisyphe des faubourgs, je n'ai
pu et voulu que tourner la tête vers le véhicule qui me charge, puis ralentit
et enfin pile une poignée de centimètres avant de me faire ouille.
J'ai donc continué ma route en fixant la conductrice d'un regard que je suppose
menaçant - j'étais inhabituellement tendu. Celle-ci, reprenant sa route, fais
baisser sa vitre au passager - attention charmante, je m'en serais voulu de
manquer la suite - afin de m'adresser la parole: "Tu m'a bien vu, eh,
connard?". Sa mission remplie, elle s'empresse de se dépêcher en se hâtant
d'accélérer; mes chances de répondre de manière brillante et cinglante dépendent
directement de mon sens de la répartie (légendaire dans certaines contrées),
nourri de Blanche, Allais, Wilde, les Monty Python et Desproges.
Je hurle donc: "Oh, eh, toi-même, eh, connasse"
Les nouvelles aventures de Marcel Monpatron: épisode 2 - Les Monty Python sur les planches.
Les Monty Python joués sur scène par des français?
Des semaines qu'on voit les affiches, des semaines que j'ai peur. J'en ai vu un
bout récemment dans ma petite boîte à images; c'est assez facile à décrire.
Fermez les yeux (c'est une métaphore (si vous êtes con et prenez tout au pied
de la lettre, faites-vous lire la suite du texte par un acolyte, en supposant
que vous êtes con ET tricheur, puisque vous devriez encore avoir les yeux fermés)):
imaginez les meilleurs sketches des Monty Python. Remettez-vous dans l'oreille
leurs accents et personnages, leur rythme, leur phlegme absolu (Cette
concentration! Remettez-vous bien les conditions de tournage en tête: un budget
de £100, un crédit de jambon-beurres avec cette moutarde sucrée dégeulasse
qui a déja provoqué au moins deux guerres, trois tutus et un chapeau rigolo;
deux semaines pour tourner une saison).
Bon.
Maintenant, imaginez une bonne troupe de boulevard qui joue tout ça.
Voilà, c'est exactement ça, ça ressemble à un curry à la merde: malgré le
raffinement de la plupart des ingrédient, c'est pas apétissant pour deux sous;
c'est même un poil gerbant.
En accord avec le CdON (comité des opérations noires) de Ou-Pas, la seule
solution semble l'élimination physique systématique. Je suis déja dans les
rangs du groupement d'intervention (GPOP, également appelé "Sasséteam"
dans la maison). Engagez-vous, vous verrez du pays!

La Sasseteam veille au grain.
Sans oublier les archives du billet d'humeur de Monpatron.