Encyclopédie perfectible de l'humour
anglo-saxon Par Marcel Monpatron
Henry Rollins (1961-)
Henry Rollins, François Rollin : une ressemblance étonnante.
Il faut bien l'avouer, ce qui frappe de prime abord chez Henry Rollins, ça n'est pas le poète, c'est
plus la brute tout en muscle et mâchoires serrées couvertes de tatoutages. Mais ce garçon hyperactif
est surprenant, et on ne peut commencer à porter un jugement que quand on en a observé les différentes
facettes et exploré les paradoxes. Ou alors non, mais ça serait bête, quand même. Ben oui, en France,
on colle des petites étiquettes sur les gens. C'est typiquement françis. Vous voulez savoir, je les
appelle les " étiquetteurs ". C'est bien fait. Que voulez-vous, les gens sont jaloux.
Né Henry Garfield, elevé par une mère névrosée jusqu'à l'os et loin d'un père fascisant, bourré de
Ritalin, ce garçon trouve son équilibre dans la musique, l'écriture de poèmes trash sur la mort rêvée
de son père et le cassage de gueule d'autres paumés, en gros. Et quelque part entre le road-movie et
le conte de fée, Rollins va se transformer en ce que le rock-critic de mes burnes appellera une icône
alternative ("aging alternative icon whith tatoos that fade" dit lui-même le monsieur).
Il faut le savoir, jeune, il avait l'air d'une tantouze.
Mais baste, quelles sont donc ces facettes, hmmm?
Monsieur Rollins est musicien. Enfin, il braille sur de la musique énervée en prenant toutes les postures
de Cro-magnon à Neandertal (du punk -Black Flag- au rock ultra-efficace mais pas franchement original , en
passant par une fusion dont la simple évocation suffit à me procurer une généreuse demi-molle, le tout
étalé sur deux décennies, raaah Melvin Gibbs, raaah Chris Haskett, Raahahahh Sim Cain, aahhhaahhhhh).
Ce qui frappe chez
Henry Rollins...
Monsieur Rollins est écrivain-« poète », et là le fan que je suis doit bien reconnaître que c'est du sous-Selby.
«C'est déjà pas mal» diront certains.
Monsieur Rollins est éditeur (Nick Cave, Exene Cervenka, Iggy Pop, Henry Miller, Hubert Selby, Alan Vega, Ross Halfin),
recyclant ainsi l'argent de mauvais films. Disney qui via Touchstone participe finalement à éditer l'autobio d'Iggy Pop
, je ne sais pas vous, mais moi j'aime.
Monsieur Rollins est acteur. Il fait très bien les gens qui ont pas l'air commode, parfois avec bonheur ("The Chase",
"Jack Frost" - la scène du bonhomme chiant verbalement sur l'équipe de marmots hockeyeurs qu'il est censé entraîner
est fort divertissante), souvent avec moins de bonheur (a priori "Bad Boys 2", en salle au moment où j'écris ce truc,
"Johnny Mnemonic"), ou même des fois il apparaît à peine ("Heat" où il se fait tabasser par Pacino, Lost Highway: 2
secondes à l'écran).
Il fait aussi plein d'autres trucs. Mais Monsieur Rollins, à part cette quasi-homophonie avec le Très-Saint, est aussi
un "stand-up comedian" de premier ordre, un jour il faudra bien faire un cours magistral avec Carlin, Bruce et Hicks,
dès qu'on m'aura offert l'intégrale de ces gens. Bref, l'auto-dérision et la mauvaise foi assumée, servie par une
interprétation de premier ordre, forcément en décalage avec la première impression qu'on a du bonhomme ("il va me tuer
et violer ma femme" à 92%, d'après un sondage récent).
Hommage à Elie Seimoun: «Bonjour, c'est Mickelineuh».
Ca consiste à raconter avec plus ou moins de talent des anecdotes personnelles et y mêler de grand sujets de société,
on raconte ce qu'on voit autour de soi, tu vois? Oui mais bon, l'existence d'un bonhomme qui passe deux bons tiers de
l'année sur la route (c'est une image, c'est surtout de l'avion) est plus riche en anecdotes et enseignements que
celle de Monsieur Elie S., par exemple. C'est un exemple.
Des enseignements nombreux, comme "ne jette pas de cailloux depuis le sommet de la montagne australienne en pensant
qu'il n'y a personne", "mieux vaut engluer la chevelure de cette traînée pas foutue de me finir, quitte à le regretter
après", "comment tuer un millier de rats", "Il vaut mieux ne pas lever son genou et baisser sa tête simultanément
en concert devant quelques dizaines de millier de personnes, sous peine de passer pour un attardé", "Que faire quand
un fan prétend avoir son brevet de pilotage et vous emmène dans un biplan en balsa" et de nombreuses autres
joyeusetés.
Que dire de plus? Le tout est disponible sur le site du bonhomme, dont certains uniquement par ce biais. Le tout est
évidemment en anglais, en NTSC quand c'est de la vidéo. Sur les enregistrement post-92, le son est généralement très
correct, le bonhomme articule bien. Ah, oui, aussi, des salves de moralisation sont parfois à déplorer, mais rien de
dramatique.
Discographie Sélective, a.k.a "The Rollins Digest, a beginner's guide to Spoken Words according to Fuckmyboss"
Eric the Pilot, 2.13.61, 1999 - Exceptionnel, mais une seule longue histoire, manque donc de variété pour débuter
A Rollins in the Wry, 2.13.61 2000
The Boxed Life, 2.13.61/imago, 2 CD 1992 - Très bon pour commencer. Très bon tout court, en fait.
Think Tank, Dreamworks 1998 2 CD - Très bon choix, monsieur
Live at McCabe's, 2.13.61/Quarterstick/Touch and go 1990 - Grandiose.
Big Ugly Mouth, 2.13.61/Quarterstick/Touch and go, 1987-1988
Human Butt,2.13.61/Quarterstick/Touch and go, 2 CD, 1989-1990 et Butt veut aussi dire "mégot", bande de nazes.
Contient les bijoux "Adventures of an asshole", 40 mineurs de bonne hutte, et "Decoration"
Sweatbox, 2.13.61/Quarterstick/Touch and go, 2 CD, 1987-1988
Deep Throat, coffret regroupant les 4 titres précédents, qui vaut carrément le coup en occasion à 200 balles, faut bien
le dire.
VHS "You saw me up there", Dreamworks, 1998
De nombreux Bootlegs d'excellente qualité sont également disponibles sur le Net, ce sont souvent des versions
différentes de spectacle connus. A noter que je n'ai pas inclus les dernières sorties, faute de thune, mais que la
description des adieux à la scène de Kiss de Rollins sont absolument mémorables.