Manuel simplifié d'utilisation de l'ortie fraîche appliquée à la défense de la langue française et de ses usages, à l'attention de l'homme de bon goût un poil soucieux du respect de ladite langue française et de ses usages.  
(par Marcel Piston)

 Préambule : du choix tout sauf anodin de l'instrument de travail et des nécessaires précautions à mettre en œuvre pour l'utiliser.

             L'ortie fraîche est par essence l'outil de prédilection utilisé par l'homme de bon goût pour ramener le charretier dans le droit chemin de la bienséance linguistique ou, à défaut, pour lui faire pleurer sa mère comme rarement il avait eu l'occasion de pleurer sa mère auparavant. D'où le caractère crucial du choix de ladite ortie fraîche. Sans tomber dans le travers du protectionnisme galopant, privilégiez l'ortie de provenance régionale, voire locale. Non, attendez, ne commencez pas bêtement à secouer la tête comme ça, d'une part vous êtes ridicule, et d'autre part ce conseil est frappé au coin du bon sens : quoi que puissent en dire les pontes de la logistique moderne, une ortie fraîche ne le reste objectivement qu'environ 30 minutes après sa cueillette. Donc, par un raisonnement tout bête, si l'homme de bon goût veut être sûr de l'état de fraîcheur de son arme favorite, il a le devoir de se fournir auprès d'un producteur se situant à moins de 20-25 minutes du lieu de la séance d'éducation, ou de rééducation (dans le meilleur des cas) du charretier. Oh, bien sûr, il est des margoulins qui viendront vous parler de techniques de pointe permettant de faire perdurer la fraîcheur de l'ortie pendant des mois, voire des années, car ces gens-là n'en sont pas à une énormité près, et vous permettant donc, souvent à moindre coût, de vous fournir auprès de puissances étrangères et probablement sataniques ; mais je vous en supplie, ne cédez pas au chant des sirènes avant-gardistes de mes couilles. Une ortie fraîche, c'est une ortie qui a été coupée il y a moins d'une demi-heure. Point. Fi de la congélation, la cryogénisation, la fixation au tritium ou autre hérésie technologique fantaisiste. Soyons bien, bien clairs sur ce point.

             Bien.

             Ce postulat étant posé, laissez-moi aborder un point important dans le maniement de l'ortie fraîche. L'ortie, a fortiori quand elle est fraîche (ce qui est toujours le cas quand elle est coupée de peu et jamais sinon, je préfère insister, quitte à passer pour un radoteur invétéré, ce qui n'est pas le débat qui nous occupe, vous seriez assez aimables de ne pas vous disperser), est une plante à très haut pouvoir urticant. Du reste, c'est un peu pour ça qu'il est préconisé à l'homme de bon goût de l'utiliser plutôt que, par exemple, la pâquerette ou la jonquille. Seulement, ça ne va pas sans poser un problème de taille : quand bien même seules les feuilles sont urticantes, il va fatalement arriver à l'homme de bon goût, lors de ses différents assauts, de se faire lui même atteindre par lesdites feuilles, en vertu du principe d'action-réaction que je ne développerai pas plus avant ici, au niveau de la main préhenseuse (dont je ne suis pas certain que ce ne soit pas un néologisme, du reste, Robert n'est pas très clair sur le sujet, mais c'est le seul adjectif qui me vient pour qualifier la sus-décrite main) et de l'avant-bras qui la surmonte logiquement. C'est à ce stade qu'il convient de faire un nécessaire distinguo entre l'homme de bon goût de base, ci-après dénommé "homme de bon goût de base", et le Marcel, ci-après dénommé "Marcel".

            Le Marcel, statutairement, est insensibilisé à la piqûre d'ortie fraîche. Oh, n'allez pas croire que c'est inné, loin s'en faut. Simplement, ça fait partie du cursus de base de tout aspirant Marcel, autrement appelé Emilienne : l'aspirant Marcel est jeté nu dans un champ d'orties dont la hauteur contrôlée ne peut être inférieure à 1 mètre 25 trois fois par jour, sept jours sur sept pendant quinze mois. L'exercice est certes un peu pénible au début mais devient rapidement, au bout de treize ou quatorze mois, une simple formalité. Inutile de vous expliciter, donc, que le problème de l'auto-flagellation involontaire n'en est pas un pour le Marcel.

            L'homme de bon goût de base, lui, n'a pas cette chance. Il peut lui arriver de flageller tant soit peu tout ou parties de l'épiderme de ses membres supérieurs et, partant, de se faire un peu pleurer sa mère devant le charretier qui, devant le tableau, partirait d'un éclat de rire qui lui ferait oublier sa propre douleur d'une part et la leçon enseignée d'autre part. Cette perspective est proprement intolérable. Aussi est-il intimé à l'homme de bon goût de base de porter, à l'occasion de toute flagellation de verge de charretier, une solide paire de gants épais, de ceux qui remontent généreusement le long des avant-bras. Il est à noter que les illustrations qui suivent mettent en scène un homme de bon goût de base dûment équipé de la sorte. Vous ne pourrez pas dire que la maison ne fait tout ce qui est en son pouvoir pour être un maximum pédagogue.

 Les coups qui font pleurer sa mère.

 

La posture d'intimidation

La posture d'intimidation n'est pas à proprement parler un coup. Tout au plus pourrait-on l'assimiler à un coup de semonce. Elle est destinée à laisser une dernière chance au charretier potentiellement repentant avant de porter définitivement atteinte à son intégrité physique. Elle est efficace avec le charretier disposant d'un minium de jugeote. La position, tout en souplesse et désinvolture, permet un large dégagement du service trois pièces de l'homme de bon goût, signifiant implicitement au charretier que le sien, de service trois pièces, va déguster comme jamais. Le charretier un poil sensé pleure automatiquement sa mère tout seul, et ce dans les plus brefs délais.

Le fouetté de base

 Le fouetté de base est le coup classique de la flagellation de verge avec poignée d'orties fraîches. Il doit être porté négligemment, mais avec assurance, sur la verge du charretier, et uniquement sur la verge. C'est en ça que réside la seule difficulté de ce coup par ailleurs accessible à tout homme de bon goût, même peu entraîné, et garantissant une efficacité jamais prise en défaut avec le temps.

Coup de finition : si le fouetté de base est bien porté, le charretier doit normalement se mettre à sautiller sur place en se tenant fortement la verge ; il convient alors de le finir en jouant "la danse des canards" à l'harmonica diatonique. Inutile de préciser que, dans ces conditions, le charretier n'a pas fini de pleurer sa mère.

 

Le revers fouetté ascendant

 C'est le coup tout indiqué lorsque l'homme de bon goût a affaire à un charretier fanfaron, de ceux qui dansent devant lui en agitant ostensiblement leur verge d'un air de dire "viens, lopette, tu m'fais pas peur". Le revers fouetté ascendant doit être porté encore plus négligemment que le fouetté de base, en ne daignant même pas porter un regard sur le provocateur, et en affectant un mutisme disert. Bien porté, ce coup permet d'atteindre la face antérieure des boules et de la verge du charretier fanfaron ainsi que l'intégralité de son visage.

Coup de finition : en cas de réussite, le charretier fanfaron doit tenter de se protéger le service trois pièces et le visage simultanément, mais de façon désordonnée, avec les deux mains ; il convient alors de le finir en jouant "la macarena" au hautbois baryton. Le charretier fanfaron en a alors pour des semaines à pleurer sa mère.

 

Le fouetté en extension

 Ce coup exige une certaine souplesse de la part de l'homme de bon goût, ainsi qu'un caleçon solide et confortable. C'est le coup tout indiqué lorsque l'homme de bon goût a affaire à un charretier pleutre qui tente désespérément de prendre la fuite. Il s'assimile au fouetté de base, mais l'extension maximale de tout le corps de l'homme de bon goût permet à ce dernier d'autoriser le fol espoir au charretier pleutre de s'en sortir en lui laissant le loisir de commencer à s'enfuir, et donc d'asseoir encore un peu plus l'implacable suprématie de l'homme de bon goût quand le coup porte finalement.

Coup de finition : à la suite de ce coup, le charretier continue à s'enfuir mais en sautant de tous côtés pour éviter un éventuel deuxième assaut ; il convient alors de le finir en jouant "la chevauchée des Walkyries" aux grandes orgues. Le charretier pleutre est parti à pleurer sa mère jusqu'à la fin de ses jours.

Le fouetté acrobatique

  Le fouetté acrobatique est un coup un peu à part dans la panoplie des coups de l'homme de bon goût. C'est le seul qui exige plusieurs années d'entraînement et une condition physique exemplaire. Il n'est que rarement appliqué par l'homme de bon goût de base, et reste même interdit à quelques Marcels pas assez aptes physiquement (je pense notamment à Marcel Savon (de), qui s'est déboîté les deux prothèses de hanche lors d'une tentative infructueuse). La difficulté extrême de ce coup rend sa réussite éclatante et garantit à son auteur une gloire quasi éternelle dans le milieu fermé des hommes de bon goût. Le coup, à n'utiliser que lorsque l'homme de bon goût veut faire un exemple avec le charretier visé, consiste à se glisser rapidement sous le service trois pièces du charretier et lui appliquer un fouetté à bout portant sur toute la surface de ses testicules et de sa verge. Bien porté, ce coup laisse le charretier sur le carreau, hurlant à la mort dans un premier temps, puis à l'agonie dans un second temps.

Coup de finition : l'homme de bon goût, après la réussite de ce coup, danse un flamenco de son choix en s'accompagnant au bandonéon, et, à la fin du morceau, applique le coup de talon final sur les génitoires du charretier agonisant. Ce dernier aimerait alors pleurer sa mère mais il n'en aura plus jamais l'occasion.