
Premier service: Bigard serait-il
devenu con?
Deuxième service: C'est maintenant une certitude, Bigard est devenu con.
Troisième service: Marcel Piston n'est
pas convaincu
Quatrième service: Qu'à cela ne tienne, j'ai
d'autres arguments dans ma besace
Cinquième service: Marcel Piston n'est toujours pas convaincu
Une fois n'est pas coutume, j'ai recopié, pour introduire le sujet qui nous intéresse ici, l'intégralité d'un article paru dans Télérama. Son rédacteur s'y indigne de la prestation de Jean-Marie Bigard dans l'émission Tout le monde en parle, animée par Thierry Ardisson, du 27 janvier 2001.
Gare à Bigard
On connaît la chanson: Télérama n'est qu'un journal de moralistes culs-serrés, de donneurs de leçons fâchés avec la joie de vivre. Tant pis. Car parfois, trop c'est trop. Comme dans Tout le monde en parle du samedi 27 janvier sur France 2, lors des interventions nauséabondes du blagueur de chambrée, Jean-Marie Bigard. Ca fait un bail que la confrérie du show-biz et télé veut nous convaincre que le très populaire homme qui n'hésite jamais "à mettre le paquet" est un mec épatant. Un gros tendre sévèrement burné qui, à coups de "bite" et de "couilles", parlerait le langage du coeur, et dont la vulgarité ne serait que la manifestation de sa sincérité. Seulement voilà, cet autoproclamé héritier de Coluche, -cadavre bien pratique pour cautionner un humour de "trous" et de "fions" et des sketchs peuplés de "salopes" et de "conasses"-, au nom d'un effarant parler vrai, commence sérieusement à déraper. Qu'il doute que le droit d'adoption accordé aux couples homosexuels soit une bonne chose est son droit de citoyen le plus strict. Mais qu'après avoir bien précisé qu'il avait des "amis pédés" (ah, l'alibi du bon copain noir ou juif...), il réduise l'homo (forcément mâle) à deux types qui se "bourrent le cul toute la journée" et ne parlerait que de ça à leurs enfants est assez écoeurant. En gros: je ne suis pas homophobe, mais le message n'est pas sans fondement (l'humour Bigard est contagieux). Et ce n'est pas tout. Encouragé par Ardisson, Bigard persiste et signe à propos de la peine de mort. Si, bien sûr, il est contre, dans le fond, il est un peu pour. Surtout s'il s'agit de terroristes et d'assassins d'enfants. Bref, un joli plaidoyer pour une terrifiante "justice du coeur", qu'on appelle aussi "autodéfense". Ajoutez à ça le refrain "tous des ordures et des pourris" à propos des politiques (à la suite du témoignage de la fille de Michel Noir) et l'on comprend que, derrière un esprit au ras des vespasiennes, qui peut parfois faire sourire, se cache le nouveau porte-drapeau beauf du poujadisme anticivique. Un bel Enfoiré, en somme. Mais pas forcément dans le sens où l'entendait le grand disparu qui, lui, n'a jamais flatté ainsi les plus bas instincts des spectateurs.
Hugo Cassavetti, Télérama numéro 2665, du 10 au 16 février 2001.
Voilà qui résume à merveille la pensée naissante qui depuis peu agite les certitudes que j'ai jusqu'alors nourries à l'égard du gars Bigard (merde, voilà que je fait du Devos). Je m'explique: pour avoir suivi sa carrière depuis son début, j'attendais beaucoup de son nouveau spectacle. Son avant-dernière prestation scénique laissait entrevoir quelque chose de nouveau, entre la grande rigolade populaire (au bon sens du terme) et la performance de théâtre, avec tout ce que cela implique d'écriture et de mise en scène. Depuis ses premiers sketchs, l'homme n'a jamais cessé d'évoluer en ce sens.
L'année
dernière, les murs de la ville se sont couverts de l'affiche, Ô combien
navrante, de "Bigard
met le paquet" (là, juste à gauche, inutile d'en faire le commentaire, le
poids des mots serait bien moins efficace que le choc de la photo). Grosse déception, suivant de peu une
non moindre déception: le film "L'âme soeur", écrit, réalisé et
interprété par Bigard, nanar mystique bouleversant de connerie naïve et
pathétique. S'en est suivie la promotion télé du spectacle, exclusivement
axée sur le sketch du "lâcher de salopes", drôle dix secondes,
consternant de beauferie vulgaire ensuite. A l'heure où je vous parle, je n'ai
pas vu le nouveau spectacle de Bigard, et n'y tiens pas. C'est peut-être une
erreur. Le lâcher de salopes masque probablement une oeuvre de qualité telle
qu'on était en droit de l'attendre. Mais l'envie est passée. La magie a
cessé. A mes yeux, Bigard n'incarne plus le titan de l'humour qu'il était sur
le point de devenir, mais juste un
animateur de camping, en baskets et chemises en jean, cumulant pour couronner le
tout les pires tares de monsieur blaireau, décrites avec lucidité par Hugo
Cassavetti dans l'article sus-recopié.
La seule chose avec laquelle je suis en désaccord total avec cet article concerne Coluche, à qui il accorde le fait ne n'avoir "jamais flatté les plus bas instincts des spectateurs". Car c'est avoir la mémoire courte que de ne pas avouer à quel point Coluche était devenu l'incarnation d'un poujadisme aujourd'hui si souvent incriminé. Rappelons nous Coluche 1 faux, sur Canal Plus. Rappelons nous ses ultimes apparitions radiophoniques. Et surtout, rappelons nous la manière outrageusement populiste, pour employer un autre terme très à la mode (petit frère de poujadiste), avec laquelle il lançait la première campagne des Restos du coeur, sur le thème de "puisque les politicards sont trop occupés à détourner l'argent public, j'vais faire le sale boulot à leur place". En ces temps de commémoration, il me semble que, de même que Gainsbourg a eu sa période Gainsbarre, que tout le monde s'accorde enfin à condamner, Coluche a eu sa période connard. Combien de temps faudra-t-il attendre pour se l'avouer?
Bigard est-il le nouveau coluche?
En tant que porte-parole de la
populace, Bigard est un peu le nouveau Coluche. Mais il n'a toutefois pas encore
réussi à se départir de l'image de la vulgarité, au contraire de Coluche,
qui s'en est si bien débarrassé en mourrant écrasé par un camion, probablement
mandaté par le gouvernement pour le faire taire comme je l'ai déjà entendu
dire. Et quand Coluche, un peu comme le football, plaisait à toutes les couches
de la société, Bigard ne parvient pas à séduire l'élite. Et il en souffre.
J'en veux pour preuve le texte de cette chanson, trouvé sur le net, écrite à
l'occasion de son dernier spectacle.
Je ne sais pas si Jean-Marie Bigard
est le
nouveau Coluche, mais une chose est sûre: il est le nouveau Patrick Sébastien.
Le même goût immodéré pour le pipi-caca (Le cul, c'est bien utile, surtout quand ça te
fait chier/ Alors faites comme moi, bordel, il faut évacuer), les mêmes
références vaines et maladroites (je réponds aux Tartuffe avec des cris
primaires), le même mépris des élites (On est tous faits pareil, mais faut faire
attention/ Si t'es pas vigilant, tu peux devenir très
con). Franchement, entre Bigard et son détracteur le moins objectif, je ne
sais pas qui est le plus con. L'élitisme snobinard de certains
pseudo-intellectuels des médias est lassant, je n'en disconviens pas. Mais si
l'on compare leurs arguments, dans le fond comme dans la forme, avec ceux que
développe Bigard dans sa chanson, la balance penche en leur faveur.
Tout ça pour dire que la déception est grande. Bigard avait toutes les cartes en main pour devenir le monstre de l'humour qui nous aurait enfin fait oublier Coluche et ses pires travers, mais il les brûle et emprunte sans se poser de questions le sillage de feu l'Enfoiré. Dans le cas de Bigard, on dira l'Enculé.
C'est maintenant une certitude: Bigard est devenu con.
C'est dommage, j'étais presque réconcilié avec Bigard. A la télé, chez Ardisson plus précisément, il y a quelques semaines de cela, j'ai vu un extrait de son nouveau spectacle, le fameux "Bigard met le paquet". Il y était question d'un sale gosse qui déchire des revues dans une salle d'attente. C'était efficace, interprété avec panache et décibels, bref, j'ai ri. Suivi de cet extrait, l'interview de l'humoriste. Nettement moins drôle. Pas du tout même, pour être honnête.
Après Ardisson, j'ai revu Bigard dans diverses émissions, et mon avis reste aussi constant que ne l'est le gars dans sa sottise. J'en étais resté à l'humoriste certes talentueux mais un peu trop beauf à mon goût, j'en suis maintenant au sale gros con détestable. Et je ne dis pas ça à la légère.
La première chose qui me désole chez Bigard, c'est son coté épicier. Oui, épicier, comme Ruquier, peut-être même pire que Ruquier. Car si Ruquier fait tout ce qu'il peut pour vendre, vendre et encore vendre ses blagues piteuses, reconnaissons lui au moins l'immense mérite de ne s'être jamais plaint de payer trop d'impôts. Du moins à ma connaissance. Ce n'est pas le cas de Bigard, qui n'éprouve visiblement aucune gène à fustiger le racket fiscal dont il affirme être victime, en songeant probablement à l'heure où j'écris ces lignes à s'installer à Monaco.
Comme le veut la logique, si Bigard paye autant d'impôts, c'est car il gagne énormément d'argent. Mais pas encore assez à son goût. Il lui en faut plus, toujours plus, encore un p'tit sou, le dernier p'tit sou, c'est pourquoi il se décrédibilise aujourd'hui en vendant les produits les plus indignes de son indiscutable talent que sont sa "chanson de l'été", La La La La, qui n'a rien à envier au petit bonhomme en mousse de Patrick Sébastien, et son "livre de l'été", recueil d'images truquées directement recyclées du site web dans lequel il s'autostatufie sans une once d'humilité, ne parlons même pas du pudeur. Epicier jusqu'au bout des ongles, Bigard va d'ailleurs jusqu'à proposer sur son site une rubrique "boutique", qui consiste en une énumération de ses divers vidéos, livres et disques, avec pour chaque produit, un lien vers le site de la FNAC, pour les acheter. Si c'est pas le roi des épiciers, je veux bien rentrer dans les ordres.
Mais ce n'est pas tout. Ben non tu penses, quitte à se comporter comme un con, autant y aller jusque bout. Si Bigard n'a aujourd'hui plus aucune gène à clamer son mépris de l'impôt, il a paradoxalement honte de gagner autant d'argent, et se lance donc, comme tant de vedettes surmédiatisées avant lui, dans l'oeuvre humanitaire. La sienne consiste à collecter des bouchons de bouteilles, les vendre à bon prix, et en tirer profit pour construire une école à?... à?.... à?.... Madagascar évidemment! Le tout en affirmant avec insistance: "Puisque ces messieurs les politiciens n'ont rien de mieux à faire que de se vautrer dans le luxe avec le fric qu'il m'ont piqué, je vais faire leur boulot à leur place".
Ce con n'a donc pas compris que grâce à l'impôt, probablement sur les grandes fortunes, auquel il était soumis, l'état va précisément pouvoir en construire, des écoles, pas à Madagascar, certes, mais des écoles quand même. Ou alors, il a compris, mais reste persuadé que l'état ne construit pas des écoles avec l'argent public, mais des rond-points inutiles, des routes reliées à rien, des piscines vides, comme le lui souffle son copain Jean-Pierre Pernaud dans son émission Combien ça coûte?, de laquelle il est du reste sur le point de devenir l'invité permanent tant son poujadisme latent s'y sent bien, l'humoriste et l'animateur s'adressant au même public de blaireaux.
Et quand bien même l'état ne construirait pas que des rond-points inutiles, mais aussi quelques écoles, il s'en fout Bigard, la sienne d'école, il la veut à Madagascar, là où il y a de vrais pauvres, pas les pauvres privilégiés de chez nous, non, les petits pauvres qu'on met à l'usine à huit ans pour fabriquer les Nike que Jean-Marie Bigard portera aux pieds quand il viendra leur annoncer qu'il les tire du pétrin avec ses bouchons de bouteille. Comme quoi, les adages disent parfois la vérité: le ridicule ne tue pas.

Jean-Pierre Pernaud et Jean-Marie
Bigard, les nouvelles icônes du poujadisme franchouillard
Je ne voudrais surtout pas avoir l'air de faire du militantisme, ce n'est vraiment pas mon propos, je trouve simplement sidérant le nombre d'artistes qui n'arrivent pas à assumer leurs appétits de fortunes. Prenons un gars comme Jean Yanne. Lui les assume. Il aime le pognon et ce qu'il lui apporte, il exècre les impôts et le fisc, mais ne se croit pas pour autant obligé de se donner bonne conscience en délestant sporadiquement sa bourse d'une poignée de deniers à l'intention du pauvre. Que l'on partage ou non son point de vue, force est d'admettre qu'il est honnête vis à vis de lui même. Il est du reste assez amusant de constater qu'on a tendance à mettre ce genre d'honnêteté sur le compte du cynisme. Ce n'est pas le cas de Bigard, dont on ressent pour le coup la malhonnêteté flagrante comme une manifestation de cynisme des plus effroyables. Ou de bêtise. Car je ne suis même pas persuadé qu'il s'en rende compte. Un gars qui prêche la méditation zen et nomme son spectacle "Bigard bourre Bercy" n'est en effet pas à un paradoxe près. Paradoxe qu'il poussera à son paroxysme en s'inscrivant à n'en pas douter sur la liste de soutien à Jospin pour les prochaines présidentielles, en compagnie des pontes habituels de la mafia du bon sentiment (Goldman, Robin, Palmade, Laroque et compagnie), car quand on est un artiste, on ne peut pas faire autrement qu'être de gauche, même quand on souscrit point par point aux idées de Madelin.
Bigard bourre Bercy justement, finissons avec ça. Le paroxysme de la vulgarité en trois petits mots. Mais à quoi bon faire lui faire ce procès, on connaît la réponse d'avance: "Je suis peut-être grossier, mais jamais vulgaire". Coluche disait ça aussi. Il a fini écrasé par un camion. Et si ça n'a rien à voir, c'est uniquement car je n'ai pas le permis poids-lourd.
Marcel Piston n'est pas convaincu...
A mon sens, le cas Bigard est plus
compliqué qu'il n'y paraît. Il y a, chez ce monsieur, un avant et un après
"L'âme soeur". Prenons les choses dans l'ordre.
Première phase. L'homme se fait connaître sur son humour le plus souvent bien
lourd - bien gras, au demeurant efficace, et sur sa vulgarité. Jusque là tout
va bien. Il prospère, monte deux ou trois spectacles qui font un carton à
chaque tournée. Bien.
Deuxième phase. L'homme essaie de se défaire de l'image qui a fait de lui une
vedette. Il écrit un spectacle moins orienté vulgaire, qui lorgne sur le
culturel. Là encore, c'est le succès. Très bien.
Troisième phase. Grisé par son récent succès et son espoir fou de se forger
une autre image, plus proche du gars gentil et profond sous une croûte de
rustre que du charretier mal luné et en rut, il commet l'impensable : "L'âme
soeur". Et là, bide total. A partir de là, remise en question complète
du personnage, doute affreux sur sa vocation et dépression évitée de
justesse.
Quatrième phase. Bigard met le paquet. Le public ne veut de moi que sous forme
de gros goujat vulgaire et démagogue ? Et ben j'vais leur en donner, moi,
putain de saloperie de merde à cul ! Et revoilà le gars Bigard avec des sales
mots plein la bouche, avec son activisme poujadiste qui frise l'indécence et
avec des sabots calibrés grosse bertha.
En un mot, et pour résumer ma pensée
qui est loin d'être claire à cette heure avancée de la nuit, je pense tout bêtement
que Bigard a pris le parti de faire ce qu'on attend de lui, quitte à exagérément
forcer le trait. Je le soupçonne même de faire preuve d'un certain cynisme à
l'égard de son public, à savoir qu'il pousse le bouchon toujours plus loin
histoire de voir jusqu'où il peut aller sans que les bonnes gens ne
s'offusquent. En
l'occurence, qui s'offusque ? Vous, Télérama, en un mot l'élite. Vu sous cet
angle, il est amusant de penser qu'il a berné tout le monde, aussi bien ses
fans que ses détracteurs.
Je ne développe pas cette théorie pour défendre le burné Bigard, mais simplement pour essayer d'expliquer son attitude. Et s'il s'avérait que j'ai raison, je dois dire que sa démarche n'est pas pour me déplaire : j'ai toujours voué une admiration sans borne aux personnages absolus. Si j'ai tort, putain quel gros con !
...qu'à cela ne tienne, j'ai d'autres arguments dans ma besace
Votre argumentation se tient, et j'y souscrirais volontiers si vous n'omettiez (volontairement?) un détail crucial: L'âme soeur est un des films les plus consternants de toute l'histoire du cinématographe. Vous vous contentez d'un modeste "impensable" pour le qualifier, et c'est insuffisant: ce film est d'une bêtise désolante, qu'on peut directement imputer à celle de son auteur.
Que Bigard se soit posé la question de savoir si le public ne voulait de lui que sous forme de gros goujat vulgaire et démagogue, ça ne fait aucun doute. Ce que vous oubliez de dire, c'est qu'il aurait également du se demander: "Et si mon film était une monumentale daube?". Avec un peu de lucidité de sa part, la quatrième phase aurait alors pu être: Bigard digère l'insuccès de son film avec courage, et reprend ses activités scéniques là où il les avait laissées. C'est-à-dire en perpétuant ce qu'il avait amorcé dans son troisième et meilleur spectacle: un comique à la fois singulier et efficace, à mi chemin entre le one-man show et l'oeuvre théâtrale, avec tout ce que cela implique de travail et d'audace.
Mon son audace, il l'a manifestement rangée dans sa besace, pour effectivement faire ce qu'on attendait de lui. Vous voyez là une forme de cynisme, j'y vois pour ma part un refus inexcusable de se remettre en question. On ne peut donc pas parler de cynisme, mais d'aigreur. C'est un sentiment indéfendable.
Je trouve par ailleurs l'hypothèse du "il pousse le bouchon toujours plus loin histoire de voir jusqu'où il peut aller sans que les bonnes gens ne s'offusquent" un peu excessive. Car elle suggère l'idée que sa beauferie poujadiste n'est pas convaincue, mais provocatrice, ce dont je ne suis franchement pas persuadé. N'allez pas croire que je cherche à tout prix à m'acharner sur lui. Il m'a longtemps inspiré estime; je me désole donc d'autant plus de ce qu'il est en train de devenir.
Le débat reste ouvert.
Cinquième service: Marcel Piston n'est toujours pas convaincu
Il ne sera pas dit que je n'aurai rien fait pour redorer un peu le blason du pauvre gars Bigard, un peu trop véhémentement et injustement décrié en ces lieux , à mon sens.
A mon tour de réfuter votre spécieux argument. Vous nous dites en substance "Oui mais non, car son film c'est de la merde". Bien, et alors ? Selon vous, "Les visiteurs" et "La vérité si je mens", pour ne citer que ces deux-là, c'en est pas, de la merde ? Et pourtant ça s'est bien vendu, il me semble. Non, honnêtement, je ne vous comprends pas. A vous lire, on a l'impression que le public français goûte la qualité, et que si "L'âme sœur" n'a pas fonctionné, et ben c'est bien fait pour la grosse tronche à Bigard, il avait qu'à faire un bon film. Il ne faut quand même pas oublier que si Ruquier, par exemple, en est là aujourd'hui, c'est que le public le suit. Il ne faut pas oublier que le "Bébette show" a fait un carton en son temps. Il ne faut pas oublier qu'Elie Kakou nous est présenté un peu partout et par tous comme un génie de l'humour fauché en pleine gloire. Et il ne faut surtout pas oublier que quand on cause de François Rollin au quidam, celui-ci répond invariablement "parce que ça te fait rire, toi ?". En gros, il ne faut pas oublier que le public français, dans sa grande majorité, est un public de bœufs (ce n'est qu'une simple constatation, n'allez pas y voir un quelconque snobisme malvenu). Donc s'il n'est pas allé voir "L'âme sœur", ce n'est pas parce que c'est un film nul, c'est pour une autre raison.
Raisonnons froidement. Combien Bigard compte-t-il de fans en France ? Honnêtement, je serais bien incapable de le dire, mais au moins plusieurs centaines de milliers à mon avis. Combien de personnes sont-elles allées voir "L'âme sœur" ? Encore une fois, j'ai eu beau chercher ce chiffre sur l'internet, pas moyen de le trouver. Le film, bien souvent, n'apparaît même pas dans la filmo du bonhomme. Toutefois, le chiffre ne doit pas dépasser la poignée de dizaines de milliers. Une minorité des fans de Bigard s'est donc déplacée pour ce film. Pourquoi ? Parce qu'il est mauvais ? Non, on l'a montré tout à l'heure. Alors ? Hein ? Et bien parce que ce n'est pas du Bigard, voilà tout. Un fan de Bigard ne se déplacera pour voir son film que s'il dit "bite" et "couilles" tous les deux plans, avec bruitage de pets grasseyants en dolby surround et s'il y a des rots en stéréo prologic en bruit de fond, c'est pas plus mal. Or ce ne fut pas le cas, d'où complète désorientation d'un public hagard à qui l'on coupe tous ses repères et qui boude royalement en n'allant pas voir le film. Attention, je ne dis pas que "L'âme sœur" est un bon film, loin s'en faut. D'une part je ne l'ai pas vu, et d'autre part tout ce que j'en ai entendu me donne à penser le contraire. Je dis simplement que bon ou pas, ce film n'est pas du Bigard, et que c'est pour ça qu'il a fait un bide, et que c'est pour ça que "Bigard met le paquet". Et qu'il a raison, après tout.
Merci de votre attention. Bonne
nuit.
Marcel Piston.
A suivre...