Peut-on dire du mal de Coluche la grosse poufiasse?

Bon. Hum...Avant toute chose, je ne conteste pas le talent comique de Coluche. Je ris volontiers, et même grassement, à la plupart de ses sketchs. J'aimerais parler ici du personnage médiatique, surtout celui qu'il a incarné à la fin de sa vie, à l'époque où il officiait sur Canal Plus et Europe 1.
De nos jours, un gars qui tient des propos manichéens et démagogues sur la politique sans s'y connaître pour deux sous, en appelant les politicens des "politicards", en dénigrant la presse écrite, le tout dans une prose que Jean-Marie Gouriot n'oserait même pas utiliser pour ses brêves de comptoir, on appelle ça un "poujadiste". Je dis bien "on", car pour ma part j'abomine ce mot, d'autant plus lorsqu'on l'emploie pour qualifier une personne qui ne cautionne pas la dernière grotesquerie conceptuelle en vogue dans l'art contemporain, et je ne dis pas ça que pour Guillaume Durand, mais là n'est pas la question. Encore que. Car entre la tartufferie élitiste et le sempiternel bon sens populaire, il y a quand même un juste milieu. La question est donc: Coluche était-il "poujadiste" dans le sens où on l'entend aujourd'hui?
Coluche est un héros du peuple. Pour beaucoup, sa mort n'est pas un accident, mais une décision gouvernementale consécutive à sa présentation aux élections présidentielles. Ne riez pas, je l'ai déjà entendu dire. Selon l'avis de bon nombre de personnes, il dérangeait (réussissant à son insu ce à quoi Guy Bedos a toujours aspiré sans jamais y arriver). Au fil de son oeuvre, Coluche est donc devenu une icone populaire, avant toute chose car il faisait rire tout le monde (y compris moi, je le répète), ensuite car le peuple a fini par s'identifier à lui. D'ou le succès phénoménal de sa candidature aux élections présidentielles. La création des restos du coeur ont achevé de le consacrer.
Alors d'accord, je ne consteste rien de tout ça: Coluche était drôle, sympathique, généreux, grande gueule, il était sûrement le pote idéal, le gars qu'on aime avoir à sa table, qui vous égaye un dîner sans vin, etc... Mais voilà, qu'est devenu Coluche à la fin de sa carrière, notemment lorsqu'il officiait sur Europe 1 et sur Canal Plus? Le peuple. Entendez le dans le sens péjoratif du terme. Dans le sens pilier de bar du terme. Il était devenu le peuple, gras, lourd, réactionnaire, "poujadiste", conservateur, de droite à force de vouloir être de gauche, le peuple qui regarde le JT de Jean-Pierre Pernot, celui qui crache sur les fonctionnaires, les impôts, celui qui n'est pas dupe, à qui on ne la fait pas, le partisan du "tous pourris", le peuple qui a la science infuse, surtout à partir du troisième verre, un genre de Bernard Tapie sympathique et bedonnant. Ses dernières apparitions sur Canal Plus étaient carrément vulgaires. Mais attention, pas du vulgaire drôle à la Bigard, du vulgaire pas drôle. Si si, soyons un peu objectif, à la fin de sa vie, Coluche était lourd.
Coluche a été drôle, très drôle. Artistiquement, il a marqué son époque. Il a été un des rares humoristes, et peut-être le seul, a pouvoir faire rire à partir de sujets d'actualités. Il a été copié, jamais égalé, est encore copié aujourd'hui, n'est toujours pas égalé, et ne le sera sûrement jamais.
Mais il a aussi été con.
J'ai l'impression que tout le monde s'est un peu empressé de l'oublier.