Les provocateurs de mes couilles

Les provocateurs: définition
L'affaire Laurent violet


    Les provocateurs provoquent. C'est même à ça qu'on les reconnaît. Ca me rappelle cette fameuse réplique d'Audiard: "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît". Si je me risquais à quelque audacieux syllogisme, je pourrais en conclure que les provocateur sont des cons, mais non, je ne permettrai jamais d'affirmer une chose pareille, car c'est bien connu, les provocateurs sont les piliers de la démocratie, la bouffée d'air frais du débat d'idées, l'Air-wick de langue de bois, la pastille Vichy du politiquement correct, le menthol du consensus mou, l'oxygène du flan-flan mondain, etc. 

Ou pas.

Si ça se trouve, les provocateurs sont des crétins irresponsables. 
Va savoir...

Pour commencer cette brillante démonstration, prenons le b.a.-ba de la provocation: l'exhibitionniste de village, qui se trimballe à oualpé sous une large gabardine, de laquelle il écarte violemment les pans dès qu'une bigote rabougrie se présente dans son champs de vision. Il cherche à provoquer l'indignation, et la plupart du temps, il réussit son coups. Mais s'il cherchait à provoquer le désir, alors il serait à coté de la plaque; la bigote ne mouille plus guère ses gaines que lorsque qu'on lui carre une hostie sous la langue. Et c'est précisément ce genre d'échec qui caractérise le provocateur en général. Il est à coté de la plaque, car il provoque tout sauf ce qu'il espère provoquer.

Un exemple? Tiens, au hasard, Guy Bedos. Guy Bedos aime dire qu'il dérange. Il aime provoquer la gêne. Et il la provoque, ça c'est certain, on est gêné à chaque fois qu'il écarte les plis boursouflés de sa grosse trogne de pruneau pour proférer un son. Mais il ne choque plus personne. Et si il est persuadé que les dents grincent à chacune de ses saillies verbales, c'est qu'il n'a pas encore compris que son public n'a plus de dents depuis longtemps. Les grincements qu'il entend sont ceux des gonds mal graissés des portes des théâtres dans lesquels il se produit quand les gens quittent la salle. Mais bon, là je vous vois venir, vous êtes mûrs pour me reprocher de m'en prendre une fois de plus à ce pauvre Bedos qui ne m'a rien fait et d'utiliser sa sénilité pour cautionner un propos sans arguments. Qu'a cela ne tienne, vous voulez des exemples, en voilà une série, et des plus éloquents. 

Jean-Pierre Mocky. Jean-Pierre Mocky provoque, là oui, là d'accord. Jean-Pierre Mocky provoque le déclin du cinéma français. Coluche. Coluche provoquait, certes, mais pas le bourgeois, contrairement à ce qu'il aurait souhaité. Le bourgeois riait autant que les autres de ses facéties. Coluche provoquait l'engouement injustifié, l'embrasement collectif, le consensus aveugle et bête. A coté de la plaque. Kohn-Bendit provoque, ça oui. Il provoque la lassitude et le désintéressement définitif de la jeunesse vis à vis de la politique. Encore à coté de la plaque. L'anarchiste provoque. Les bâillements. Encore raté. Les punks provoquent. Des maux de tête. Toujours raté.

Edouard Baer provoque. Quand Edouard Baer présente les Césars devant une assemblée d'encravatés lymphatiques, le cheveu en pétard, la cravate mal nouée en disant bonsoir toutes les quinze secondes, il provoque. Et il réussit son coup, tout simplement car on rit alors à gorge déployée. Alors que quand c'est Bedos, on ne rit pas du tout, on baille. Le photographe-publicitaire de chez de Benetton provoque. On ne rit pas, mais on ne baille pas pour autant. On s'énerve. Car le pire, c'est que le photographe de Benneton, avec sa barbe et sa grosse tronche, lui aussi, il réussit son coup. Alors que tant de facilité ne mérite pas tant d'attention. Photographier un malade du sida en phase terminale, on est pas très loin de l'opportunisme finalement. Dans quelques mois, les pubs Benettons placarderont des photos des jeunes loups de la nouvelle économie ruinés, à la rue, en train de faire la manche. Alors faites le maintenant, anticipez un peu, bientôt il sera trop tard. Enfin, j'ai comme l'impression qu'il est déjà trop tard. Se moquer d l'Ibizness, c'est en passe de devenir une mode. 

Pour rester dans la catégorie faiseurs d'images, François Ozon provoque (La Plage, Sitcom, etc...). Il a même fait de ses films le catalogue officiel de la provocation moderne: homosexualité sauvage, inceste, crime... et il ne provoque que l'ennui. Yann Kounen (Dobermann) provoque. Bouh! le vilain petit provocateur! il fait panpan avec ses pistolets, et fait se torcher Romain Duris avec une page de Télérama. Rendez-vous compte: Romain Duris qui se torche avec Télérama: c'est le niveau zéro de la provocation, l'éloge de la facilité, le triomphe du zéro talent créatif, et du zéro talent tout court. C'est tellement facile de descendre Télérama, ils le méritent tellement, il y a tant d'arguments, y a qu'à prendre son caddie et se servir. Et bien, non, encore raté. Les jeunes cinéastes sont plus mous et moins provocants que ma grand-mère. Car dans l'histoire, entre un film de jeune axé sur le cul et la bastos, et un journal qui publie une critique dithyrambique du film "Sleep" d'Andy Warol, qui consiste, je le rappelle, à filmer un gars qui dort pendant sept heures, à votre avis, il est où le provocateur diplômé? 

Octave provoque. Ah ça oui, en voilà un vrai prococateur. Octave, c'est un chien de ma connaissance. Il pue, c'est inconcevable. Parfois, il lache une louise, et là, on peut le dire, il provoque la désolation la plus totale. 

Bon, ceci dit, il arrive quand même que le provocateur-humoriste atteigne sa cible. Car le provocteur-humoriste aime l'humour noir. Il aime les sales histoires, il aime se moquer des handicapés, il n'a pas peur d'évoquer la pédophilie dans ses sketchs. Alors ma foi, oui, il réussi son coup. Quand des parents entendent un sketch sur la pédophilie, il sont gênés, il ont des gosses, il se font du mouron pour eux, alors fatalement, ils y pensent, ils gambergent, quel con ce provocateur. Mais il est content le provocateur, car il a atteint son objectif: il a provoqué la gêne. Un jour, on lui proposera de faire son spectacle dans une maison de retraite, alors il fera un sketch sur la mort. Le provocateur tombe dans la facilité. Le provocateur est un sale con irresponsable.  

Mais le pire, chez le provocateur, c'est sa manie de la théorisation. L'entarteur par exemple. Balancer une tarte à la crème à la tronche de BHL, je dis oui, mille fois oui, à condition que ça s'arrête là. Mais voilà, l'homme théorise, il ne se contente pas d'entarter, il dénonce, il accuse, c'est un combattant (un très piètre combattant, y a qu'à le voir ployer sous les coups de sacs d'Arielle Dombasle pour juger de sa valeur au combat), un guerrier, un pur un vrai, un anar. Car il finit toujours pas lâcher le mot: anar. Les provocateur sont des anars. Ils le sont jusqu'à ce qu'ils fassent fortunes. Ensuite, comme tout un chacun, ils s'embourgeoisent et ne lèvent plus guère leur gros culs de rentiers pour tenter de faire interdire la retour d'Hari-Kiri, alors qu'ils en furent les rédacteurs de jadis.

Tiens et puisqu'on parle d'Hara-Kiri... rappelons nous le professeur Choron. Le voilà l'archétype du provocateur vain et pathétique. Le voilà l'exemple parfaitement adapté à mon propos. Il provoque quoi, Choron, à part la compassion des membres de sa famille et la ruine du bistrotier de son quartier qui a eu la mauvaise idée de lui accorder une ardoise? Nib. 

Total, beaucoup se disent provocateurs, mais personne ne l'est vraiment. Les deux seuls vrais provocateurs du moment, c'est Edouard Baer et le chien Octave. Epicémare. Mais j'ai bien peur que les provocateurs aient malgré tout un large public. Les dérapages télévisés de Gainsobourg sont tout de même anormalement populaires. Quand il dit dans une émission de Drucker à Witney Houston "I want to fuck you" tout le monde se marre. Pourquoi? Pourquoi les gens rient quand un vieux poivrot cradingue dit "I want to fuck you" à une jeune fille charmante qui ne lui a rien fait? Parce que c'est Gainsbourg, et on ne touche pas à Gainsbourg sous peine de s'attirer les foudres de l'inquisition populaire, de passer pour un emmerdeur, un rabat-joie sans humour, un pisse-vinaigre qui se force à dire du mal pour se donner un genre. Mais si ce sale poivrot n'était pas Gainsbourg, mais un de ces milliers d'alcooliques anonymes qui lèvent quotidiennement le coude derrière les zincs de notre beau pays, alors la même inquisition populaire retournerait sa flamme contre lui.

Aujourd'hui, le vrai provocateur, c'est celui qui clame haut et fort que Gainsbourg était un sale con alcoolique. Et le provocateur toc, c'est celui qui fait mouche auprès des sots.

C.Q.F.D.


Et pour approfondir le sujet: La provocation sur le Web, sur le site d'Edwood.


L'affaire Laurent Violet

L'affaire Laurent Violet est une assez bonne illustration du dérapage pathétique et inutile.

Ca se passe en novembre 2000, dans l'émission "Le fou du roi", diffusée le midi sur France Inter, animée par Stéphane Bern et une poignée de retraités de l'humour temporairement sortis de leurs verveines et mots croisés, dont Laurent Violet.

A l'époque de l'incident, l'actualité internationale est marquée par les affrontements au Proche-Orient, les élections américaines et l'incendie d'un funiculaire en Autriche. C'est sur le thème de ce dernier fait-divers que Laurent Violet choisit d'écrire et de clamer à la radio le plus mauvais jeu de mot de toute sa carrière. Je ne me souviens plus du texte exact, mais dans l'esprit, ça donne ça: "En réouvrant les chambres à gaz, l'Autriche à remplacé l'étoile jaune par la carte orange".

Tollé général. Stéphane Freiss, l'invité du jour, est choqué. A la fin de l'émission, Stéphane Bern déclare "se désolidariser de son camarade" (c'est une habitude chez lui). Le vendredi suivant, MOF revient sur l'affaire dans son émission "On ne peut pas plaire à tout le monde", et donne notamment la parole à Jean-Luc Hess, directeur des programmes de France Inter. Il est choqué. Non, on ne peut pas rire de tout, affirme-t-il, je n'ai jamais été d'accord avec ça.

Bien sûr que si, on peut rire de tout. Desproges déclarait à ce propos: "On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". Et justement:

  On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle? 
  Vous pouvez rester. N'empêche que.
  On ne m'ôtera pas de l'idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi.
  Il est vrai que les allemands, de leur coté, cachaient mal une certaine antipathie à l'égard des juifs.
  Ce n'était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu'on n'est pas n'importe qui, qu'on est le peuple élu, et pourquoi j'irais pas pointer au vélodrome d'hiver, et qu'est-ce que c'est que ce wagon sans banquette, et j'irai aux douches si je veux...
  Quelle suffisance!
  Je n'ai personnellement aucune animosité particulière contre ces gens-là.
  Bien au contraire. Je suis fier d'être citoyen de ce beau pays de France où les juifs courent toujours.
  Etc...

C'est drôle. Indéniablement drôle. Et on serait une fameuse tête de noeud si on affirmait que Desproges était antisémite. "Ils ont remplacé l'étoile jaune par la carte orange", c'est beaucoup moins drôle. Mais on n'en serait pas pour autant moins une tête de noeud si on l'on affirmait la même chose de Laurent Violet. 

On peut rire de tout, mais à condition de le faire avec talent. Et c'est l'ultime reproche qu'on puisse faire à Laurent Violet.

Je l'imagine pondant difficilement sa blague, la langue pendante et la sueur sur les tempes. J'imagine son hésitation avant de l'intégrer définitivement au texte qu'il lira quelques heures plus tard à ce qu'il reste d'auditeurs à France Inter. Une hésitation qui l'aura poursuivi jusqu'au dernier moment, jusqu'à l'heure fatidique à laquelle, lâché dans l'arène de je ne sais quel studio de la maison de la radio, d'une traite et en croisant les doigts l'air de dire "Ca passe ou ça casse", il a déclamé son texte. Mais voilà, ça n'est pas passé, car Laurent Violet n'est pas Desproges, car Stéphane Freiss est un hypocrite, et car Stéphane Bern est un couard.

Jean-Luc Hess, lui, pense donc qu'on ne peut pas rire de tout. Il est choqué à l'idée qu'on puisse rire des juifs et de la shoah (non pas rire des, mais rire sur le thème de). Pourtant, j'ai comme l'impression que si on lui citait le texte de Desproges sus-reproduit, il rirait volontiers, crierait au génie, et clamerait haut et fort qu'il possède l'intégrale des oeuvre écrite de Desproges dans sa bibliothèque, éparpillée ça et là entre un Bukowski jauni par la fumée de gitane maïs et un Kerouac tâché de mauvais vin rouge. Mais voilà, Laurent Violet n'est pas Desproges, et surtout, Laurent Violet est indirectement l'employé de Jean-Luc Hess. Il fallait donc calmer le jeu.

Le lundi suivant, Laurent Violet s'excuse publiquement à l'antenne. Il a déconné, il regrette, il pensait pas à mal, il tient à sa place, logique, personne ne lui reprochera ça. Et l'affaire est classée. Jean-Luc Hess s'éponge le front, Stéphane Bern a déjà oublié, et Laurent Violet purge quelques jours de silence punitif. Tout cela est pathétique et sordide.

Dans quelques mois, Laurent Violet, ou un autre, dérapera à nouveau. Et Stéphane Bern n'aura pas l'occasion de se désolidariser, car Stéphane Bern ne tiendra plus les rennes de l'émission "Le fou du roi", qu'il aura laissées dans les mains boudinées de Carlos, oui Carlos, Big Bisoux, Rosalie Rosalie, Turlupinpon sur le Chihuahua.

Après Stéphane Bern, William Lemeyrgie, Albert Algould et tant d'autres, Jean-Luc Hess a embauché Carlos à France Inter. Moi, ça me choque autrement plus que les vannes foireuses de Laurent Violet. A l'heure ou Guy Carlier (un des chroniqueurs de l'émission Le fou du roi) milite pour le retour de Pascal Sevran sur France 2 au nom du sauvetage du service public, je trouve ça un peu fort de café. 

Mais là, personne ne dit rien. Personne pour être choqué, personne pour se désolidariser de son employeur, personne pour s'excuser publiquement.

L'affaire Laurent Violet: l'avis de Marcel Tamiton

Cher Marcel,
 
Pour le coup, là, je ne suis pas d'accord avec ton opinion sur l'affaire Violet.
 
Par un hasard malheureux, j'étais en train de poser des pavés (du nord), dans la cour de ma ferme (flamande), en écoutant France-Inter. L'heure du déjeuner approchant, Stéphane Bern est venu ajouter des aigreurs aux borborygmes que m'inflige toujours l'appel de l'andouillette (de Cambrai) en ces heures. C'est alors que l'aut'connard dont tu m'apprends le nom entame son supposé drolatique portrait de Stéphane Freiss.
 
S'il n'y avait eu que la laborieuse saillie étoile jaune-carte orange, là je dis pas, éventuellement aurait-il pu mériter mon indifférence (d'autant qu'il y a longtemps que la carte orange se vend à la place de l'étoile).
 
Mais il s'est escrimé à émailler un discours sans objet d'évocations sans détours de l'accident de funiculaire, de la noirceur des corps calcinés faisant ton sur ton avec les chemises noires. Moquant au premier degré la mort d'une centaine d'adolescents et le deuil d'un pays sans le moindre pretexte, objet, alibi humoristique. Il n'a pas fait d'humour, même mauvais sur cet accident. Il s'en est moqué. C'est l'accident qui est drôle selon lui. Il n'est certes pas antisémite, bien au contraire, un adolescent autrichien, c'est de la graîne de nazillon, donc, pour lui, un bon combustible.
 
Etant là pour être drôle, Violet exonère le fond et à la forme de son discours de tout caractère humoristique même mauvais, croyant hériter cette vertu de sa simple position de chroniqueur rigolo. Là où un Desproges, en dépit de son nom, se fendait quand même d'euphémismes et d'ironie, Violet dit "AH AH AH des bôches tout cramés ! Bien fait !"
 Voilà la différence entre un humoriste et ce que je crois être un provocateur de mes couilles, c'est à dire payé bien cher pour faire de la provocation gratuite.
 
Pour continuer à me déplaire, il use d'un mode d'expression particulièrement non-drôle proche de celui des Robin des bois, celui de la fausse connivence pseudo-surréaliste : n'ayant rien trouvé de drôle, il feint un humour au nième degré "que si vous ne le comprenez pas vous êtes cons",  en sachant très bien, l'hypocrite, qu'il n'y a rien de drôle à quelque degré que ce soit. Il nous vend du baclé pour du non-sens, du mal torché pour du subtil et il revient la queue entre les pattes s'excuser parce que flûte, ça s'est vu.
 
Pour continuer à me facher avec toi, j'évoquerais la seule fois où j'ai adhéré à une répartie de Bedos. Le lendemain de la mort de Jacqueline Maillan, Karl Zero avait tenté un sketch évoquant gratuitement et sans la moindre chance d'être drôle l'embonpoint de l'actrice. Bedos, interrogé par Gildas sur K Zero s'est déclaré choqué pour J Maillan et ses proches.
Gildas lui a demandé s'il y avait donc des limites à l'humour, Bedos a répondu du tac au tac : "il y a des limites à la connerie". J'ai trouvé cela très juste, en l'occurence, même si Bedos s'est depuis évertué à repousser lesdites.
 
L'humour noir sans humour, c'est de la noirceur. Soit on est capable d'écrire "Bal tragique à Colombey", soit on ferme sa gueule.
 
Heil Hitler,
 
Marcel Tamiton

L'affaire Laurent Violet: Je réponds à mon camarade Tamiton

Alors bien sûr, présenté comme ça, ça change tout. Ayant pris l'émission en cours, je n'ai pas entendu l'intervention de notre ami Violet, et n'ai eu vent de l'affaire que par le pseudo-malaise de la fin de l'émission. C'est en réalité de la bouche fielleuse de MOF que j'ai appris l'objet du litige.

J'adhère d'autant plus à ton opinion qu'il se trouve qu'elle rejoint un des mes grands combats: la lutte contre le racisme légitime. Je m'explique. S'il existe en France un racisme illégitime, contre lequel on lutte activement et on a bien raison, il existe également un racisme légitime, contre lequel personne ne s'offusque et qu'on a même tendance à encourager. L'illustration parfaite de ce que j'avance est cachée dans le film Taxi 2, que je n'ai pas vu, mais à propos duquel on m'a rapporté la chose suivante: Dans Taxi 2, on démarre une voiture dotée d'un système de navigation de bord à reconnaissance vocale en criant "Konitchowa" (je ne connais pas l'orthographe exacte, mais ça veut dire bonjour en japonais), et on l'arrête en criant "Niaqwé". Si l'on traduit ces deux termes en arabe, on démarre sa voiture en criant "Salamalekoum", et on l'arrête en criant "bougnoule". Personellement, je trouve ça tout aussi raciste et fangeux en arabe qu'en japonais. Mais voilà, on peut en France légitimement se moquer du japonais. Taxi 2 n'est pas un film raciste, tu penses, son héros (Sami Nacéri) est un jeune beur qui brandit un tee-shirt de l'équipe de France de football à longueur de film. On ne peut donc rien dire. 

L'affaire Violet est apparemment une nouvelle illustration de ce racisme légitime. Et j'ai moi-même pu vérifier que cette tendance à assimiler les gens de l'est, car ça ne concerne pas que les autrichiens, à des nazis, était très répandue. Pas plus tard que la semaine dernière, une dame doté d'un fort accent alsacien participait à un jeu radiophonique. Le présenteur, s'amusant de son accent, ne lui a rien épargné: Achso, Nous affons les moyens de fous faire parler, etc... Là encore, personne pour crier son indignation. 

Mais je pense quand même que c'est le caractère indirectement antisémite du mauvais jeu de mot de Laurent Violet qui a déclenché cette mini tempête médiatique. L'affaire a d'ailleurs été admirablement résumée dans le 20H20 du 30 novembre, sous forme d'un sketch dans lequel l'humoriste star de la présipauté de Grosland se fait virer de la radio dans laquelle il travaille pour avoir prononcé le mot juif. Et c'est vrai qu'on en est presque là. On ne peut pas dire "étoile jaune", mais "niaqwé", tant que tu veux, c'est pas grave, c'est du jaune.

Au nom du principe de précaution, je précise que je ne suis pas sympathisant du front national, et que j'aurais même voté Delanoë aux municipales parisiennes si ce dernier n'était pas aller se compromettre lamentablement dans l'émission télé de Ruquier. 

L'affaire Laurent Violet: EDB égratigne gentiment mon inculture crasse, et il a bien raison.

    On se connaît un peu et j'aime votre site. cependant, je suis exaspéré par le fait que l'on attribue, et ce depuis des années, à Pierre Desproges une phrase dont il n'est pas - et je le regrette- véritablement l'auteur. Cela n'a, au fond, aucune importance, mais lorsqu'on l'entend sans cesse dans des bouches moins amicales et rigolotes que les vôtres ça  frise le colapsus voire la crise de manque de côte Roannaise. 

C'est La Bruyère qui a dit, il y a bien longtemps dans un de ses receuils de Maximes " l'on ne peut rire qu'avec des gens de coeur, d'intelligence ou -s'ils n'ont ni l'un ni l'autre - de bonne éducation. Ainsi, vous le voyez ,  l'on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui !"

Voilà, nous qui voulons châtier, soyons moins approximatifs que les autres et rendons à Toto ce qui est à lui.