Laurent
Ruquier
La
vérité sort de la gueule des chiens
Le dimanche 26 mars 2000, aux alentours de 19 h 30 sur la chaîne France 2, Michel Drucker et ses trois faire-valoir recevaient Laurent Ruquier.
Choc des titans.
Fébrilement, j'ai attendu l'heure fatidique, nous avons tous attendu l'heure fatidique, nous courageux rollinophiles vigilants et prêts à combattre de front l'humour pas drôle partout où il livre sa bataille crapuleuse. Ce jour, nous le savions, serait un jour de plus à graver sur la stèle de l'humour et du bon goût rollinien. Un jour de plus à ajouter sur le cahier des doléances qui finira bien un jour ou l'autre par déployer ses feuilles à la face du monde.
A 19 h 30, le dimanche 26 mars 2000 sur la chaîne France 2, car c'était inexorable, car c'était écrit sur le marbre des journaux télévisés depuis plusieurs jours, Laurent Ruquier se retrouvait face à ses trois potes, Gérard Miller, Tomate et Philippe Guelluck dans l'émission "Vivement dimanche prochain", animée par Michel Drucker.
L'émission commençait.
Le combat continuait.
Ami rollinophiles, nous ne sommes plus seuls
dorénavant. Nous avons un allié de choix, un allié précieux, l'homme qui a
symboliquement avoué ce dimanche 26 mars son ralliement à la noble cause pour
laquelle nous combattons tous: Michel Drucker. Oui, aussi bizarre que cela
puisse paraître, Michel Drucker, l'animateur le plus falot de la télévision
française, le Frédéric François des présentateurs télé, l'ami de Laurent
Gerra, l'éternel jeune premier et son brushing préhistorique, Michel Drucker,
monument de la télévision française, dinosaure du PAF, a fait tomber Laurent
Ruquier de son piédestal. De
la manière la plus imparable qui soit, la plus glorieuse, et la plus humiliante
aussi: avec un chien. Avec son chien.
Un brave chien, avec une bonne gueule de chien.
Oui, Michel Drucker a présenté son émission ce dimanche 26 mars en compagnie de son chien. Drôle d'idée, se dit-on, jusqu'à ce qu'on comprenne à quel point la machination est machiavélique et le piège impitoyable.
Donc, l'émission commence. Les trois zozos y vont de leur panégyrique, ca discute, ca s'auto-félicite, c'est odieux. Le chien est jovial, il se fait caresser ça et là, bref, il vie sa vie de chien. Laurent Ruquier, gonflé à bloc par les compliments qu'on lui distribue sans compter, prend la parole pour faire sa blague. Une blague piteuse, mettant en scène le pape, et devant se conclure par quelque chose comme "on se serait cru à Fort Boyard". Du Ruquier pur jus.
Le chien se calme et s'assoit posément à coté de son maître, l'air de dire: "et bien vas-y Ruquier, on t'écoute".
L'empereur de l'humour pas drôle se lance donc. C'est long, c'est chiant, on attend désespérément une chute qui ne vient pas, et dont on sait d'avance qu'elle sera consternante.
Le chien baille.
Le cadreur, qui est dans le coup, propose un plan judicieux montrant Ruquier en premier plan, hilare, trépignant d'impatience à l'idée de la salve d'applaudissement qui conclura sans conteste sa mauvaise blague. En second plan, le chien, avec sa bonne grosse gueule de chien grande ouverte. Il baille à s'en décrocher la mâchoire.
Laurent Ruquier, l'homme qui fait bailler les chiens.
L'émission suit son cours, nouvelle couche d'autocomplaisance. Ruquier est aux anges, il est avec ses amis, il est aimé, il est la star, le pape de l'humour et de la pertinence, l'homme qui relègue à lui seul Pierre Desproges, François Rollin et Edouard Baer au rang d'amuseurs de fins de banquets. Personne ne viendra lui contester cette autorité. Il est chez lui, en sécurité, tel un roi dans son palais. Heureux, insouciant, tel le bébé dans le ventre de sa mère. A ce moment précis, Ruquier est Dieu.
Dieu reprend la parole pour y aller de sa deuxième blague.
Le silence se fait parmi l'assistance, on s'apprête à boire religieusement les paroles du maître. Prosterne toi, téléspectateur, Laurent Ruquier va te raconter le voyage de Chirac en Amérique latine.
Le chien se redresse, l'air de s'interroger sur ce silence subit. Il comprend. Il s'allonge.
Ruquier raconte sa blague. Ca dure. Ca s'éternise. Plus lent qu'un film de Sergio Léone, plus fastidieux que l'ascension de l'Everest, plus lourd qu'un kilo de pudding. Le pape de l'humour donne sa messe. L'heure est grave.
Pour nous, pauvres rollinophiles à la solde du malin, la scène est insupportable. Pris de vertige, éblouis tel le vampire par la lumière ennemie, nous luttons pour ne pas zapper.
Nous tenons bon...
Providence.
Le cadreur nous propose à nouveau Ruquier et le chien sur le même plan.
Le chien ne baille plus: il dort. Assommé par la blague de Laurent Ruquier, le chien dort. Paisible, placide, rêvant à un os providentiel, un partenaire sexuel, ou je ne sais quel rêve de chien. Il pionce à coté de son maître, qui derrière un visage amusé mesure déjà le succès de sa machination.
Ruquier, l'homme qui endort les chiens.
Ruquier, pris au piège.
Le dimanche 26 mars 2000, Ruquier s'est fait moucher par un chien.
Chien de Michel Drucker, nous, humbles rollinophiles, te déifions. Michel Drucker, habile comploteur, nous t'acceptons en nos rangs.