Laurent Ruquier
Et son pote Lemoine


 
Evidemment, Jean-Luc Lemoine en monstre de Frankenstein, ça peut paraître curieux. D'autant que mon dessin est fait d'après de vagues souvenirs de Jean-Luc Lemoine, et est donc vraisemblablement assez éloigné de son modèle d'origine. Ce qui n'est après tout pas bien grave, puisque Jean-Luc Lemoine est l'incarnation humaine du mot " vague ". Malgré sa présence presque systématique au sein de On A Tout Essayé, son manque évident de charisme et de personnalité réduit à néant toute sa volonté de marquer les esprits. Dans une récente mise à jour, on tapait sur la tête de Michel Drucker, et c'était très drôle, d'ailleurs, il n'y avait rien à redire, sauf que je pense que Jean-Luc Lemoine mérite cent fois plus le qualificatif de bibelot que son aîné.
 
Jean-Luc Lemoine n'est qu'un objet. Il a été assemblé de toutes pièces par Laurent Ruquier, dans un laboratoire poussiéreux, décoré façon série B à grand renfort de bocaux de formol entreposés sur des planches de bois vermoulues et de filtres en verre, où bouillonnent des poisons et des préparations maléfiques. Ruquier oeuvrait dans ce lieu à la création de son monstre...
 
Il a récupéré un peu tout ce qu'il a pu : les jambes d'un golfeur cancéreux, le torse d'un végétarien asthmatique, les bras d'un joueur de triangle, la tête d'un pigiste de Télé 7 Jours, et une perruque volée sur un établi de coiffeur. Le cerveau, récupéré d'un ancien humoriste des années 30, mort lapidé par son propre public alors qu'il se produisait au Don Camillo, a été partagé entre lui et Jean-François Dérec.
 
Trois boulons, du fil et une aiguille suffirent pour assembler la chose, et une légère impulsion électrique réussit à l'animer. Jean-Luc Lemoine était né.
 
Voila pour le côté Frankestein, que notre héros ne renie pas lui même, d'ailleurs, puisqu'il se plait à s'exposer la gueule colorié en vert sur les affiches de son spectacle " Jean-Luc Lemoine est inquiétant ". Comme quoi...
 
Le côté " vague souvenir ", maintenant. Il peut paraître paradoxal qu'un type créé de toutes pièces laisse aussi peu d'empreintes dans l'inconscient, puisqu'il s'agit quand même d'un prodige technologique. Et pourtant, c'est vrai. Quand on demande à un quidam lambda de citer six membres de la bande à Ruquier, il va sauter sur Steevy, Miller, Sarraute, Mezrahi, Derec et Alonso. Mergault, Gelluck ou Maxime se disputeront les places d'honneur, mais Lemoine, je l'ai souvent constaté, est systématiquement oublié. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si il a été, ce me semble, mis de côté pour La Presse Est Unanime.
 
Voila donc pourquoi j'ai laissé mon imagination prendre le relais, et que j'ai renoncé à me documenter sur le personnage. Ca n'en valait pas la peine. Jean-Luc Lemoine est une plante verte, un élément de décor, une poupée gonflable, encore qu'à mon avis, bien peu de filles fantasment sur l'individu, qui doit avoir un zgègue à l'image du reste, blanc/vert, flappi, et mou.
 
Marcel Métrossin