Laurent
Ruquier
L'artiste
aux multiples facettes
Faire-valoir: On a volontiers tendance à oublier que Laurent Ruquier, le pape du divertissement radiophonique, a démarré sa carrière en tant que faire-valoir de Jacques Martin dans son émission " Ainsi font font font ". Ses biographes les plus fidèles pourront sûrement me rétorquer le nom d'un cabaret miteux et la fréquence d'une radio locale dans lesquels il aura fait ses armes bien avant qu'il n'apparaisse à la télé, mais c'est là le lot de tous les comiques de mes couilles, alors je passe outre, et j'en viens directement au moment où le grand public, et donc moi, commence à voir sa bobine disgracieuse: l'émission Ainsi font font font... un des shows comiques les plus pathétiques de toute l'histoire de la télévision aujourd'hui disparu des écrans, à coté duquel un télé-achat de Pierre Bellemarre pouvait sans trop d'efforts passer pour un éloge à la modernité. Inutile de faire le procès de cette émission, je pense que tout le monde est d'accord la dessus, les rollinophiles comme les rollinophobes, les Bedosophiles comme les gens de bon goût: Ainsi font font font, c'était vraiment de la grosse daube fumante. De la daube dans laquelle se sera vautré Laurent Ruquier pendant de longs mois en compagnie d’une ribambelle de professionnels de l'humour old-scool comme Pascal Bruner, Jacques Ramade, Virginie Lemoine, etc.
Tout ce petit monde a finalement délaissé les pompes du fat Martin (ça marche en français et en anglais), pour aller lécher celles de leur nouveau mécène: Laurent Ruquier. Ainsi est née Rien à Cirer, qui marqua en son temps le début de la popularité de Laurent Ruquier, devenu calife à la place du calife. Car aujourd’hui, Martin, Ruquier, même combat : deux magnats autosatisfaits aussi drôles l’un que l’autre.
Mère maquerelle: Au début de l’histoire, il y a donc Rien à cirer, qui aura au moins servi à dénoncer l'aberration du système promotionnel que sont devenu les médias radiotélévisés contemporains : contres les insultes et les humiliations de Ruquier et de sa bande, des célébrités venaient "vendre" leur actualité. Entre l’amour propre et le besoin de gagner sa croûte, le choix était vite fait, et Ruquier n’eut aucun mal pendant des années sur France Inter (et même à la télé pendant quelques temps) à renouveler ses proies. Aucune chance de sortir la tête haute face à une dizaine de chroniqueurs-humoristes puants qui préparent leurs textes à l'avance; les victimes sans défense et désorientées succombaient toujours aux piques acérées de Ruquier et de ses hyènes. Des piques pas si acérées que ça, plutôt même franchement arrondies, mais lancées avec une telle détermination hargneuse qu'elle finissaient toujours par faire mouche. Le principe était odieux, l’émission l’était tout autant. Mais mine de rien, le gars Ruquier commençait à prendre une ampleur considérable dans le petit monde de la radio.

Cocker mondain: Peu à peu, Ruquier se lasse de son rôle de bourreau et se prend de goût pour la discussion pseudo spirituelle entre gens de bonne compagnie. Ca commence sur France Inter dans l'émission "Les P'tit dèjs", ou quelque chose comme ça, dans laquelle on papote de la pluie et du beau temps autour d'un café, mais en prenant bien garde de ne jamais caresser les conventions dans le sens du poil et de ne jamais déroger aux lois du sacro-saint "politiquement incorrect". Une formule qui connaît aujourd’hui sa formule paroxysmique dans l’émission "On va se gêner " (l'après-midi sur Europe 1), dans laquelle on retrouve régulièrement Christine Bravo, Raphaël Mezzrahi, Yvan Le Bolloch... tu parles d’une brochette de tocards! Et effectivement, "on ne se gêne" pas pour être mauvais. Ce qui ne semble pas empêcher une quantité astronomique d'auditeurs de plébisciter quotidiennement Ruquier, et d'en faire le successeur incontesté de Philippe Bouvard au titre de roi de la radio de l'après-midi.
Epicier: Et puis il y a Laurent Ruquier tout seul, Laurent Ruquier qui mène sa barque en solitaire sur scène, dans des " livres " et même à la télé (en compagnie d’Ardisson, puis de Fogiel sur Canal Plus). La encore, le principe est odieux. Pour faire rire dans ses émission de radio, Ruquier met au point quotidiennement un certain nombre de " blagues ". Les meilleures d’entre elles finissent compilées dans des " spectacles ", et un ultime écrémage en sélectionne la quintessence dans des " livres ". Ruquier, à défaut d’être un bon humoriste, est un excellent épicier.
Si on récapitule, Ruquier est un faire valoir de Jacques Martin, une mère maquerelle, un cocker mondain, et un épicier. Tout ça dans la même personne. Et encore, je vous épargne son étonnante propension à l'autosatisfaction, et quantité d'autres défauts tous plus condamnables les uns que les autres. Le bilan n'est donc pas très glorieux.
Mais voici venir l’argument à priori imparable, l’argument contondant, qui va me faire taire ma gueule, me clouer le bec et m’enfuir sous mes couvertures pour pleurer ma honte: Ruquier fait un tabac. Des millions de gens écoutent et regardent ses émissions, assistent à ses " spectacles " et lisent ses " livres ". Des millions.
L’éternel argument. Quand on dit à Jean-Pierre Foucault " Vos émissions de variété, c’est vraiment de la grosse merde commerciale ", il répond " Ce n’est pas l’avis de la moitié de la France ". Et ben c’est pareil pour Ruquier, même si les supporters de Ruquier trouveront légitime d’appliquer l’argument aux émissions de Foucault et pas à celles de leur idole. Mais comme dirait l’autre : c’est pas parce que la majorité fait une connerie que c’est pas une connerie. Et ça s'applique aussi aux supporters de Ruquier.
Enfin moi c'que j'en dis...