Laurent
Ruquier
Revue
de presse
Daniel Schneidermann se paye Laurent Ruquier
La
concasseuse Ruquier
Par Daniel Schneidermann
Article tiré de l'édition des 9/10 décembre 2001 du
Monde Télévision
Delarue
face à Ruquier, un soir de week-end, sur France 2. Une rencontre au sommet. Une
sorte de Yalta de l'audience. A moi l'émotion et les larmes, à toi le rire. On
est entre perfectionnistes. Quoi de plus parfait que « Ça se discute », ou «
On a tout essayé » ? Donc, deux machines à audience du service public à la
française se taquinent et se jaugent. Une machine à produire de l'émotion de
qualité moyenne supérieure, une machine à faire rire en access
prime tirne. Deux Extractor, deux forçats de luxe, qui exploitent chacun sa
veine, et se mesurent à présent du regard. Ce soir, c'est la machine Delarue
qui a produit un reportage documentaire sur une journée de fonctionnement de la
machine Ruquier. Laquelle journée commence à 5 heures du matin par un
transfert pédestre de l'engin, de son domicile aux studios, encore déserts,
d'Europe 1. Le bras de la machine se prolonge alors
d'un Stabilo rosé, à l'aide duquel elle extrait méthodiquement le suc de
la presse du matin. Dans le même temps - c'est une machine hyper-sophistiquée
-,
elle transforme cette actualité en calembours et en paradoxes, et
effectue un tri sélectif de ces produits semi-finis entre ceux qui seront
radiodiffusés dans l'éditorial du matin, dans l'émission de l'après-midi, et
ceux qui seront télévisés au cours de l'émission du soir. Les produits
raffinés sont ensuite rassemblés dans un livre, titré, sauf erreur, Mon best of, dont on devine qu'il contient la quintessence de la
production ruquiérienne. Parmi les autres appendices dont se dote la machine au
fil de la journée, on note une voiture de sport, des collaborateurs admiratifs
- autrement dénommés « la bande à
Ruquier » - et un gros manteau pour protéger la machine des courants d'air
lors des transferts nocturnes. La journée se termine par la promotion du
produit raffiné sur le plateau de «Tout le monde en parle » (France 2),
devant cette autre machine qu'est Ardisson, par ailleurs coexploitant de la
machine « On a tout essayé » (France 2).
Sur
la frêle et impressionnante usine qui lui fait face, donc, Delarue porte un
regard froid, clinique, sans d'abord qu'on puisse y lire crainte, perfidie ou
jalousie. Il s'essaie là à un exercice inhabituel pour lui : interviewer un
homologue. Non, pas une boulimique pathétique, un multirécidiviste repenti,
une mère de trisomique lumineuse, une voisine de palier illuminée, sa matière
première habituelle, mais un homologue. On guette l'incident, évidemment,
l'incompatibilité de fonctionnement. Et il arrive. Ruquier confesse qu'il ne
supporte pas les critiques injustes. Il a même, récemment, décroché son téléphone
pour rectifier une chroniqueuse, qui avait confondu ses revenus personnels à
lui, Ruquier, et le budget de son émission. Alors Delarue, goguenard : « Oh
! Laurent! Ça vous a énervé, ça
! » Et de rappeler toutes les plaisanteries commises par Ruquier sur son
argent à lui,
Delarue.
Et
accueillies par lui, Delarue, dans la plus parfaite sérénité. Ruquier:
«La différence entre vous et moi,
c'est que pour moi, c'était vraiment
injuste. »
Ce qui fascine, dans l'observation attentive de ka concasseuse Ruquier, c'est cette certitude inébranlable que la seconde suivante sera forcément porteuse d'une astuce ou d'un calembour. Peu importe que l'actualité soit tragique, ennuyeuse, hermétique ou absurde : elle sera toujours ruquiérisable. Il faut regarder, quand il parle, la commissure des lèvres de Laurent Ruquier. Elle est toujours préposi-tionnée pour le sourire. Même quand il ne dit rien de drôle, du genre « les critiques ne me dérangent pas, sauf quand ils disent des choses fausses sur moi, par exemple quand ils confondent mon salaire et le budget de mon émission », eh bien, même à cet instant, les coins de la bouche sont relevés, déjà prêts à sourire franchement de la blague suivante. Que pourrait-il bien arriver à cette machine ? Rien. Tout au plus peut-on imaginer, une fois par siècle environ, que l'actualité résiste à la concasseuse. La dernière fois, c'était le 11 septembre. La concasseuse s'est arrêtée net. Panne sèche. Le 12, elle était encore à la révision. Elle a repris le 13. On est tranquille pour un siècle.
Alain Rémond se paye Laurent Ruquier
Dans un numéro de Télérama, et dans le cadre de sa rubrique "Mon oeil", Alain Rémond écrit à propos de Laurent Ruquier les choses suivantes.
(...) Avec le jeune Laurent Ruquier, c'est exactement l'inverse. Toujours sur France 3, le lendemain, le voici qui inaugure une nouvelle série (de divertissement, of course), sorte de carte blanche donnée, pendant tout l'été, à une flopée d'humoristes: On en rit encore. Un titre en forme de manifeste, de proclamation: on vous le jure, on vous l'assure, rigolade et déconnade à tous les étages. voici donc Laurent Ruquier, premier à se lancer donc cet auto-portrait d'un pro de la poilade. Il va nous montrer, nous annonce-t-il, grâce à une série d'extraits judicieusement choisis, combien il a été super drôle chaque fois qu'il est passé à la télé. Si si, je vous jure, vous allez voir! approchez, mesdames et messieurs, ouvrez grand vos yeux, regardez l'impertinence, l'insolence, la pétulance incarnées dans une même personne: l'irrésistible Laurent Ruquier! Evidemment, avec une telle bande-annonce, on a intérêt à être à la hauteur. Sinon, c'est le retour du boomerang direct dans les lunettes. Eh bien, comment dire... euh... hem... La faute à pas de chance, peut-être... Des extraits mal choisis... un mauvais montage... Enfin bref: boomerang. Et même: sacré retour de boomerang. Ruquier à la télé, c'est lourd, c'est besogneux, c'est apprêté. C'est tout ce que vous voulez. Sauf drôle. Ce qui est un peu bête, pour un humoriste. (...)
Et en bas de l'article, une image de Laurent Ruquier et Jacques Martin tirée de l'émission incriminée, légendée comme suit:
Laurent Ruquier, faisant le bonimenteur pour son "maître" Jacques Martin. titre de l'émission: On en rit encore. On n'avait pas commencé.