La playmate d'octobre : le prof de tennis

Voilà. La playmate d'octobre c'est ça. Pas la jeune personne callipyge qui
ramasse négligemment une balle tombée de l'autre côté du filet, non, mais bien le bellâtre qui lui flatte la croupe de
son grand tamis en kevlar. La playmate d'octobre, c'est le prof de tennis.
Vous le connaissez tous, ce prof de tennis : le sourire éblouissant, le jarret affûté, le biceps nerveux, le pectoral
frétillant et la mèche impeccable. Celui qui explique à madame, avec force démonstrations en siamois, comment slicer sa
première balle ou comment lifter son attaque du coup droit. Sûr de lui et directif, il a l'art et la manière de prolonger
son cours particulier bien au delà des limites habituelles du terrain, entraînant son élève à jouer à la bête à deux dos
dans le lit conjugal, le lit qu'elle partage habituellement avec son cornard de mari, qu'est bien assez sot pour aller
trimer toute la journée, dans une ambassade ou ailleurs, pour essayer de gagner de quoi régler les émoluments,
astronomiques, de ce répétiteur trop compétent.
Il est de bon ton, dans la comédie classique (pas au sens grecque, au sens boulevardière), de rire du dit cornard,
victime à deux niveaux du prof de tennis, que l'on peut également retrouver sous les traits d'un représentant en
parapluies, d'un masseur-kinésithérapeute, d'un décorateur d'intérieur, ou que sais-je encore mais ne vous y trompez
pas, c'est toujours le prof de tennis qui se cache derrière, victime à deux niveaux, donc (le cornard), quand bien même il n'y a objectivement rien de risible là-dedans, faudra un jour qu'on m'explique.
Je tenais simplement, avec cette playmate, à me démarquer de cette discutable et moralement indéfendable coutume, et
pas seulement parce que j'ai un copain qui a joué le rôle du cornard, non, pas seulement, mais aussi parce que, tout
simplement, y en a marre que les profs de tennis nous piquent nos femmes.
A toi le prof de tennis, si tu lis ces lignes, ces mots te sont dédiés : gros con.
La playmate de décembre : Aldebert Bouchard
Par Marcel Kébir

Tout le monde le connaît, ce bon vieux Aldebert. C'est le copain un peu
paumé d'un copain qui, lui même, n'est pas toujours dans l'axe. A tel point qu'on se dit que parfois, c'est dommage
qu'on ne l'ait pas perdu de vue après la fac. Mais on l'a croisé dans la rue, il avait l'air normal, malgré son costume
croisé lie-de-vin, sa chemise noire, ses pompes de chez Eram et sa cravate d'informaticien. Et, comme un con parce qu'il
n'y a pas d'autre mot, on l'a invité pour le 31 quand on a appris qu'il était seul. Enfin, voilà, on a préparé un
réveillon sympa, les bouteilles de Pauillac décantent doucement dans les carafes en cristal de Bohème (pauvre mamie,
elle aurait bien aimé être des nôtres encore cette année tiens), dehors il neige, la cheminée flambe faisant rêgner une
chaleur douce dans votre grande maison encore décorée d'un beau sapin. Les enfants sont calmes et vont bientôt aller se
coucher après leur prière du soir (en araméen parce que, maintenant, tout le monde fait du latin), vous avez préparé un
filet de barbue à la Dugléré (et c'est pas facile, deux jours que vous êtes dessus), madame a dressé une belle table
d'apparat, les premiers amis sont arrivés et sirotent une coupe de Cristal Roederer en attendant que tout le monde soit
arrivé tandis que le trio à cordes opus 99 de Schubert confirme à l'assistance la justesse de vos goûts et à l'élégance
raffinée de la soirée qui s'annonce. C'est alors que l'horreur se produit. Vous voyez d'abord les phares dans le parc et
reconnaissez la forme d'une Renault Fuego, avec du tuning dessus. Puis le klaxon kitté genre "la cucaracha" qui, tel
un tocsin, sonne la mort du bon goût. Et de la Fuego, Il descend. En short adidas, un collier de fleurs autour du cou.
Et une guitare achetée 100 francs chez Emmaüs sous le bras. Abasourdi, vous vous retournez vers votre épouse. Ce n'est
pas la peine, déjà, vos invités se sont précipités vers elle pour lui faire respirer des sels et elle commence déjà à
reprendre ses esprits avec, dans le regard, cette épouvante si caractéristique de ceux qui ont vu la Bête. Il entre,
mais, poli, essuie ses baskets sur le Hereke en soie ("j'veux pas vous saloper vos carrelages, dit-il en désignant
les tommettes XVIIIème"). Après avoir salué à la cantonnade d'un "salut mes couilles", provoquant des sourires
gênés dans l'assistance, il précise : "j'ai bien fait de m'habiller comme ça, j'eum doutais qu'ça s'raïe déguisé mais
je me les gêle". Puis il va devant l'âtre et, sans façon, remonte son - déjà court - short et se réchauffe l'appareil
génital.
A partir de là, on si dit que rien ne peut arriver de pire. En fait si, outre le fait qu'il préfère la Kro au Champagne
et qu'il mette de l'eau dans le Pauillac, il mange le barbue à la main en précisant, complice, "c'est eul' meilleur,
autour des arêtes". Puis, alors que chacun tente d'oublier sa présence en s'enfonçant, à l'heure du café, dans une
douce torpeur, il regarde sa montre à quartz coréenne, hurle "bientôt minuit", et commence à embrasser tout le monde,
hommes et femmes, les parfumant d'un fumet de poisson qui, s'il est délicieux à table, n'est pas top comme after-shave.
Et, concluant cette soirée apocalyptique, il se décide à prendre sa guitare et, avec deux accords et chantant faux, il
entonne les plus grands tubes de Guy Béart et Renaud, sans que l'on sache quoi attribuer à qui. Vos amis vous quittent
en vous assurant qu'ils reviendront mais non, non, pas la peine d'appeler, nous t'appelerons ; votre femme est en larme
en vous reprochant vos fréquentations et votre connerie parce que, franchement, Eudes, pour inviter un con pareil,
vous en êtes un aussi sans compter que ce soir, nouvel an ou pas, ceinture ; et vos enfants, réveillés par le vacarme,
vous accablent de regards lourds de sens et précisent qu'ils prieront pour vous et une mort rapide et sans douleur.
Votre vie professionnelle est foutue, votre mariage est à l'eau, vos enfants attendent déjà l'héritage (à 6 et 8 ans)
et votre XJS rayée tout du long par la Fuego. Vous êtes un con. Il ne vous reste plus qu'à partir dans la cuisine,
passer un survêt' bleu électrique, prendre votre Takamine et allez vous foutre au fond de l'étang en hurlant comme un
maudit "L'eau vive".
La playmate de février : ta femme

Ben voilà, vieux. Je ne sais pas trop quoi te dire...
En même temps, t'as signé, hein, rappelle-toi : le maire, les marches, les confettis, le rosé tiède, la
Ford Capri, celle du cousin Brian, décorée pour l'occasion... Personne ne t'a forcé. Je sais, ça ne console pas.
Courage, vieux. Courage.
Allez, vieux, faut pas rester là. Faut t'en aller, maintenant.
La playmate d'août : Serge, le militant débonnaire
Par Marcel Egalay-Tirailleur
Amateur de tripaille et de convivialité, Serge n'engendre pas la mélancolie. "C'qu'y a d'meilleur, c'est les bas morceaux" nous confie-t-il, l'oeil luisant et le verre tendu vers le ciel tel une statue, déclamant une ode au Peuple. Puis, nous laissant, il s'en va de son pas de géant, trinquer avec la république. (© FuckMyBoss 2004) Dis camion-camion-pouet pouet !
Serge, la politique, c'est son truc. Pas celle qu'on voit tous les jours à la télé. Ah ça non. Rien à voir. Serge, il est sur le terrain, dans toutes les salles des fêtes, les centres aérés, les bars à putes un peu louches et autres endroits cosy pour croiser ces hommes de pouvoir qui font et défont le destin de son pays. Une bonne Kro à la main, en pleine possession de ses moyens, il joue des coudes et sait passer tout en finesse au travers des mailles des cordons de sécurité, grâce à sa fameuse technique du marteau-pilon furtif, peaufinée avec méthode dans un camp d'entraînement ouzbek pendant sa jeunesse. Après quelques plaquages infructueux imposés par ces tantouzes du service d'ordre et plusieurs dizaines de mandales distribuées, Serge parvient toujours à pénétrer dans le saint des saints, pour finalement poser fièrement avec ces êtres supérieurs au charisme infini, tout en ajoutant sa petite touche personnelle à la postérité.