Un duo mort-né
Duo entre Eric (?) et François Rollin
Auteur: François Rollin

Entrée d'Eric et François. Eric enthousiaste, "winner", alors que François semble un peu plus tiède, quoique souriant.  

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ERIC et FRANÇOIS: Bonsoir...

ERIC: Mesdames et Messieurs, ce n'est pas par erreur que nous figurons, François et moi, dans ce gala "spécial couples", c'est tout simplement parce que nous avons décidé tous les deux d'abandonner nos carrières en solo, pour former à partir de ce soir (emphatique)  ...le duo le plus drôle du monde !!

FRANÇOIS, timidement: Oui,  enfin, Eric, ça n'est pas tout à fait exact... toi, tu as décidé d'abandonner définitivement le solo... alors que moi, j'ai juste dit:"je tente l'expérience du duo", mais si ça ne marche pas...

ERIC, tranchant: Oui, bref, c'est un détail...

FRANÇOIS, insistant: Non, c'est pas un détail: moi je ne veux pas me retrouver au chômage si jamais...

ERIC, l'interrompant: Oui, disons que c'est notre petite cuisine, ça n'intéresse pas les gens...

FRANÇOIS, conciliant: OK, OK...

ERIC, de nouveau emphatique: Ce duo, mesdames et messieurs, sera...

FRANÇOIS, l'interrompant: Oui, excuse-moi, je veux faire un autre petit correctif: "le duo le plus drôle du monde", c'est peut-être un peu prétentieux... il faudrait d'abord le prouver...

ERIC, fâché: Bon ben vas-y, tant que t'y es, dis aux gens que c'est un duo minable avec des sketches débiles...

FRANÇOIS: Non, mais sans aller jusque là, on peut dire, je ne sais pas... "un nouveau duo comique", c'est quand même plus réaliste...

ERIC, excédé: Réaliste... mais le public s'en fout, du réalisme, mon pauvre vieux, le public, il veut du rêve!  Il veut des champions, le public, il veut des gagneurs...

FRANÇOIS, pour calmer le jeu: OK, OK, OK... Continue.

ERIC: Vous avez donc le privilège immense...

FRANÇOIS: (...)... (moue dubitative)

ERIC, qui l'a entrevu: Quoi?

FRANÇOIS, penaud: Rien, rien...

ERIC: ... le privilège immense d'assister au baptême du grand duo FINO et ZINZIN!

FRANÇOIS, très décidé: Attends, d'où ça sort, ce nom-là,  (appuyant sur les mots) FINO et ZINZIN?

ERIC, faussement surpris: Ah? Je t'en ai pas parlé? ... C'est à dire, comme on n'avait rien trouvé, j'ai réfléchi cette nuit, et j'ai trouvé ça, Fino et Zinzin... c'est vendeur, non?

FRANÇOIS: Je ne sais pas si c'est vendeur, je ne me rends pas bien compte... mais c'est pas tellement le problème...

ERIC, agacé: Alors c'est quoi le problème?

FRANÇOIS: Eh ben... dans ton esprit... lequel c'est FINO et lequel c'est ZINZIN?

ERIC: En toute logique, c'est moi FINO, et ...

FRANÇOIS: C'est peut-être logique que tu sois FINO, mais moi je ne tiens pas à entamer une carrière sous le nom de ZINZIN! Tu te rends compte, ZINZIN!! Moi j'ai une femme, j'ai des gosses, je suis connu dans mon quartier, je ne tiens pas à entendre tous les jours "salut Zinzin!"... avec tout l'immeuble en train de rigoler...

ERIC: Mais c'est le but, de faire rigoler, t'étais d'accord là-dessus!

FRANÇOIS: Je suis d'accord pour faire rigoler avec des bons sketches, je suis pas d'accord de passer pour l'idiot du village!

ERIC, excédé: Bon... alors disons "FINO et Monsieur Susceptible"

FRANÇOIS, tenace: Non, non, pas "Monsieur Susceptible"! C'est pas vrai! T'as qu'à t'appeler Zinzin, toi, après tout, puisque c'est tellement drôle?

ERIC: Je veux bien m'appeler Zinzin si ça peut te rassurer, mais toi, "FINO"... le public va pas comprendre...

FRANÇOIS: Pourquoi? J'ai une tête de con, c'est ça?

ERIC, pédagogue: Non, t'as pas une tête de con, mais disons que tu n'as pas le profil du personnage de FINO...

FRANÇOIS: Eh ben alors on revient à la première idée, on s'appelle Eric et François...

ERIC, ironique: Ah oui, ça c'est jeune! Ca va cartonner, Eric et François, chez les 60-70 ans, ça va faire un malheur... Sans compter qu'on va passer pour des pédés...

FRANÇOIS, stupéfait: Pourquoi ça? Et Fino et Zinzin, ça fait pas pédé, alors? C'est pareil!

ERIC: Non! Fino et Zinzin, c'est drôle. Eric et François, ça fait... (mimique équivoque)

FRANÇOIS: Là je vois pas du tout... avant qu'on fasse le duo, les gens disaient "voilà Eric et François", ils disaient pas "voilà les deux pédés"...

ERIC: Bon. On reparlera de ça plus tard... si tu veux bien, on va attaquer le sketch, parce que là, le public, il se demande un peu où il est tombé...

FRANÇOIS, tout bas: Il est pas le seul...

ERIC, agessif: Comment?

FRANÇOIS: Non, non, rien.

ERIC: Bon. J'imagine que je n'annonce pas le titre du sketch?

FRANÇOIS: Qui est?...

ERIC, gêné: Ben... "Fino et Zinzin font du kayak"...

FRANÇOIS: Non, tu l'annonces pas... On y va.

Ils se mettent dos à dos, de profil par rapport au public, Eric devant, et commencent à pagayer en cadence...

Quand ils jouent le texte du sketch, ils parlent beaucoup plus fort, comme les mauvais acteurs.

FRANÇOIS, pagayant toujours et soufflant comme un phoque:  Ah dis donc! C'est dur le kayak!

ERIC, marquant l'effet comique: Ah oui! Surtout dans les côtes!!!

François prend, dans le dos de Eric, une mine consternée...

ERIC, avec retard, lui jette un regard noir.

ERIC, impatient: Alors...

FRANÇOIS, enchaînant à contre coeur: Ca fait quand même 5 jours qu'on rame, et on voit toujours le camping...

ERIC: Ca doit être un grand camping...

FRANÇOIS: Ben ouais... un grand camping (il a manifestement un trou)  

ERIC: Alors?

FRANÇOIS: Je sais plus le texte !

ERIC: Ah ben bravo! Bon début!

FRANÇOIS: Il faut dire que ça aide pas à se concentrer, la mise en scène de ton frère!

ERIC: Ah! Alors maintenant, c'est la mise en scène qui ne convient pas à Monsieur...

FRANÇOIS: Ecoute... franchement! 15 000 francs pour nous donner "l'idée" de ramer...

ERIC: C'est ça! Mon frère va travailler gratos, maintenant!

FRANÇOIS: Mais arrête ton char! C'est moi qui ai payé! T'as rien donné, toi!

ERIC: Evidemment! Je vais quand même pas payer mon frère!

FRANÇOIS: Peut-être, mais pour 15000 balles, je connais des metteurs en scène qui ont un peu plus d'imagination!

ERIC: C'est parce que c'est mon frère, que tu l'attaques ! C'est bien ta femme qui nous fait les costumes, j'en fais pas une affaire!

FRANÇOIS: Evidemment!  on la paye pas!

ERIC, sentencieux: Ah parce que tu crois qu'on a les moyens de se payer une costumière?! alors qu'on n'a même pas fait notre premier gala?

FRANÇOIS: Allez! Fais pas ton numéro, on nous regarde. C'est quoi mon texte? Enfin... je dis "mon texte"... c'est le texte que je suis censé dire, parce que sinon, j'aime autant que tout le monde le sache, c'est TON texte...

ERIC, menaçant: Et il te plaît pas, mon texte?

FRANÇOIS, méprisant: Si si. Alors? C'est quoi, ce texte?

ERIC: Non, j'ai compris, laisse tomber! On n'y arrivera pas! Ca fait 5 minutes qu'on rame, et on voit toujours pas le public rigoler!

FRANÇOIS: Ca doit être un grand public... Bon! Tu sais quoi? On fait demi-tour discrètement, et on repart dans le sens du courant!...

ERIC: Oui, je crois que ça vaut mieux...

Ils font demi-tour, et rament vers la sortie. Ils finissent de régler leurs comptes en sortant.

FRANÇOIS: Je te rappelle que j'ai dit "je tente l'expérience du duo..."

ERIC: Tu partais battu, t'y a jamais cru!

FRANÇOIS: C'est pas le problème, c'est la mise en scène...

Etc.