Rollin au Festiventu 

A l'occasion du Festiventu, festival du vent organisé à Calvi en Corse, Rollin s'est occupé d'écrire quotidiennement un texte pour le journal officiel du festival. On peut trouver des scans de ce journal sur le site du festival, mais si l'on y voit bien les dessins, les textes y sont parfaitement illisibles. Epineux problème, auquel monsieur R himself, tel un Zorro mâtiné de Papa Noël, répond gracieusement en acceptant de nous envoyer les textes qu'il a pu récupérer, les quatre premiers.

L'édition 2001 du Festiventu
L'édition 1999 du Festiventu


Journal du Festiventu, édition 2001

LE 21.10.2001 - FESTIVAMOUR (int. - 16 ans)

N'en faisons pas mystère : les temps sont durs, les temps sont agités.

Pour ne pas entretenir la psychose, je n'écris pas les mots en entier, mais tout de même : il y a eu ces a. qui se sont écrasés sur les t.t. et sur le P., ou dans les environs de P., et puis il y a maintenant le bacille de l'a. qui arrive par courrier sous forme d'une p. blanche, et puis surtout il y a les bom. en A. , qui font trop de v. innocentes, au sein d'une pop. déjà très éprou. par des a. de gu. , et ce t.d.c. de B.L. qui continue à faire le malin, et ces cinglés de t. qui s'accrochent comme des m. ...bref , les temps sont durs.

C'est pourquoi il va falloir, pendant ces 8 jours du Festiventu, s'efforcer d'oublier un peu. Il y a trois façons d'oublier :

1. L'abus d'alcool. Il a des conséquences néfastes sur le foie et sur les prémolaires. Chacun fait ce qu'il veut, mais sachez qu'il n'y a pas de dentiste compétent à la Balagne. 

2. L'amnésie. C'est un moyen très radical pour oublier. Mais l'amnésie ne se décrète pas. Elle frappe quand elle veut. Et quand elle ne veut pas frapper , elle ne .. elle ne ... je ne sais plus ce qu'elle ne pas. Ce que qui ne pas? Je ne sais plus.

3. L'amour. C'est la technique que je préconise. Il est impérieux que, 8 jours durant, nous nous aimions. Tous. Intellectuellement émotionnellemnt, mais surtout physiquement, sans chichis, sans réserves, sans états d'âme. Chacun doit y mettre du sien, oublier pour quelques temps ses préférences, mettre ses goûts dans sa poche. Il faudra s'aimer à tort et à travers.

Untel aime les grandes femmes blondes de trente ans? Si c'est un petit homme brun de soixante ans qui s'offre à lui, il devra lui faire l'amour quand même, pour le principe, pour l'exemple, pour oublier.

Telleautre n'a d'attirance que pour les hommes mariés pudiques, mélomanes, chevelus, et chrétiens? Sur la plage du Festiventu, elle devra aimer jusqu'à l'extase, s'ils se présentent, trois célibataires avinés, sourds, chauves, et bouddhistes. Pour la beauté du geste, pour le triomphe de l'amour, pour la grandeur du Festiventu, pour le salut du monde.

Prenons-nous à l'endroit, à l'envers, embrassons-nous, touchons-nous, piétinons nos tabous, pelotons nous dans les coins, ou même au centre de la piste, hurlons-nous de torrides mots d'amour, fusionnons malgré les seaux d'eau qu'on nous jettera, abusons.

Est-ce que ça marche? Regardez voir : depuis deux minutes que vous me lisez, vous n'avez pas pensé une seconde à la rip. améric. aux agr. terror. !!

Gros Baisers
François ROLLIN


LE 22.10.2001 - TEST: Êtes-vous un vrai ventard ?

1. Selon vous, « Etre dans le vent », cela signifie :

A. Etre à la pointe de la mode
B. Etre à la mode de la pointe
C. Etre à la pointe du Raz
D. Pointer au raz des modes de l’être.

Si vous avez répondu A, marquez un point.
Si vous avez répondu B, marquez un mode.
Si vous avez répondu C ou D, retournez à la question 1 et retentez votre chance.

Si vous avez déjà retenté votre chance, allez vous faire enculer.

2. Parmi ces 4 propositions, une seule concerne vraiment le vent. Laquelle ?

A. Quand le vent est tiré, il faut le croire
B. Nous partîmes sans vent, mais par un prompt renfort, nous en avions un peu plus en arrivant au port.
C. La porte de derrière est fermée, passez donc par deux vents.
D. Hubert avait posé son dossier confidentiel sur le rebord de la fenêtre. Une heure plus tard, les trois premières pages du dossier avaient disparu. Hubert pensa qu’un voleur les lui avait dérobées. En réalité, après enquête, Hubert s’aperçut que c’était tout bêtement le vent qui avait fait s’envoler les feuilles, lesquelles d’ailleurs jonchaient le sol à six mètres cinquante de là. Votre réponse ne nous intéresse pas. Comptez vous 40 points dans tous les cas, et rangez les chaises en partant.

3. La vitesse du vent se mesure en…

A. Nœuds

Oui, c’est ça. Marquez 3 nœuds.

4 . Cherchez l’intrus :

Alizé. Autan. Mistral. Tramontane. Paillasson. Sirocco. Perdrix.

La bonne réponse est « tramontane », le seul mot comprenant plus de 7 lettres
( à part paillasson, qui n’est là que pour s’essuyer les pieds)

Comptez 13 points si vous avez déjà visité Grenade ; dans le cas contraire, allez visiter Grenade.

5. Combien coûte, en moyenne, un croque-monsieur ?

A. 11 francs
B. 22 francs
C. 33 Francs
D. 44 Francs
E. 55 Francs
F. 66 Francs
G. 77 Francs

Si vous avez répondu, retirez-vous 120 points. Vous auriez dû vous apercevoir que cette question appartenait au test «  Connaissez-vous le prix moyen des croque-monsieur ? », et n’avait donc pas sa place dans celui–ci.

6. Quelle heure est-il ?…

Non, mais sérieusement , quelle heure est-il ?… Je vous demande ça parce que j’ai eu une journée mouvementée, j’ai un petit coup de pompe, et je ne serais pas contre aller me coucher.

Si vous m’avez répondu l’heure qu’il est , comptez 2/3 point et buvez un verre sur mon compte.

Totalisez maintenant vos points. Si vous n’y arrivez pas, faites vous aider par quelqu’un qui sait totaliser. Si personne ne veut vous aider, allez vous faire enculer et repartez à la question 1.

Grobézés.
François ROLLIN


LE 23.10.2001 - AMIS FESTIVALIERS

Amis Festivaliers, je vous demande un peu d’ouverture d’esprit : ne soyons pas amoureux de la Corse QUE pour son vent. Il y a d’autres richesses dans cette île. Visitons par exemple un des plus fameux dictons corses, qui dit : 

«  Pà ghjuntu è piattaria un pichju, solu parchi tuttu chi aspetta » 

Quelle beauté !… et surtout quelle force dans ce dicton !

Evidemment, comme tous les dictons, celui-ci n’est pas facile à traduire. Deux interprétations en sont proposées. La première est signée Donald Hamel, un des grands spécialistes mondiaux du saucisson de brebis. Selon Donald, ce dicton signifie : 

« Quand un nuage rouge perlant de boue recommence de voile et revient vers se soustraire apuré par milliers en lune, alors je (nous) fume le fromage longiligne pour avec re-stabuler un viol collectif »

Et de fait, la chose se vérifie plus d’une fois sur trois, à condition bien sûr de prendre le mot « nuage» au sens de «tourbillon magique du printemps» plutôt qu’au sens primitif de «soupe à la bière». C’est la force des grands dictons.

Cependant, il y a eu une sacrée prise de bec à la Sorbonne d’Ajaccio à propos de cette notion de « viol collectif ». On a demandé à Donald Hamel quel mot corse il traduisait par «viol collectif», et il a répondu que c’était le mot «Pà». On ne l’a pas cru, on lui a demandé si tout ça n’était pas plutôt l’expression d’un fantasme personnel. Donald a rougi, il a fondu en larmes, il a fallu lui faire boire un peu de ratafia pour le réconforter, et finalement, il s’en est tiré en arguant qu’il ne s’agissait pas, dans son esprit, du viol collectif d’une belle brune longiligne, mais du viol collectif d’un chien en peluche, un vieux chien en peluche déjà à moitié déglingué.

Ça n’a trompé personne, mais on a eu de l’indulgence, on a reconduit Donald à son hôtel, on lui a fait monter une bière et une pute, et on lui a demandé de ne plus s’occuper des dictons corses. Plus jamais.

J’en viens à la seconde interprétation.
C’est celle de Daisy Hamel ( la femme de Donald ), qui traduit le dicton de la façon suivante :

«  Je descends de la montagne à cheval, et lorsque je me trouve à 75 mètres de la fameuse petite marche de l’escalier, alors je tricote, assise en tailleur, jusqu’à l’écœurement, entourée de caisses mystérieuses »

C’est très juste aussi. Enfin… « juste »n’est pas le mot. Disons que c’est « frais ». Non pas « frais » … « roboratif », plutôt.
Bon : pour ne rien vous cacher, cette traduction-là non plus n’a pas fait l’unanimité à l’université de Bastia. Quelqu’un s’est levé, et a crié à Daisy : «  Arrête les piquouses, gouinasse ! ». C’était violent, mais ça traduisait bien le sentiment général. Un jeune pharmacien de Corte a hurlé : « Retournes-y, dans ta montagne, nounouille ! ». On n’est pas passé loin du bain de sang. C’est un gros paysan de Calvi ( comme par hasard ) qui a mis tout le monde d’accord, en déclarant : «  Ci voli dighjà sbrogliu piscà »

Ensuite, on a payé des bières et des putes à tout le monde, et on s’est penché plutôt sur la question des droits de l’homme. C’était moins conflictuel, du coup. Mais on avait frisé l’apöchalypsu !

Amis festivaliers, passionnez-vous pour les dictons corses, À LA CONDITION EXPRESSE qu’ils soient DEJÀ traduits.

Gru Bizu à tuttu.
François Rollin


LE 24.10.200 - UNE FOIS N'EST PAS COUTUME

Une fois n’est pas coutume, je commence pour un truc sérieux (je vous mets les trucs sérieux en italiques, pour que ce soit bien clair), un conseil :allez voir, au bout de la plage, la troupe « Fun Fly »et son trapèze volant ! Je ne vous parle pas d’en faire, pourquoi pas, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire… je vous suggère surtout d’assister, de 10 H à 12H et de 14H à 16H, à l’initiation au trapèze, par cette joyeuse compagnie, des enfants des écoles ! ! ! Je me suis assis pour regarder, et j’ai vécu une heure de PUR BONHEUR ! ! ! ! ! !

Nom de Dieu, que c’est émouvant de voir la gentillesse infinie, la patience d’ange, la stupéfiante maîtrise, de ces belles et beaux trapézistes, guidant les petits bouts de chou dans leurs premiers pas en l’air.  
Que de délicatesse, que de générosité, que de précieux savoir-faire ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! 
Heureusement que j’avais mes lunettes de soleil, sinon tout le monde aurait vu que je pleurais à chaudes larmes, tellement c’est beau. 
Allez-y voir, … et si ça ne vous touche pas, ne venez plus rien me demander !

Des bêtises, maintenant, pour reprendre les bonnes habitudes. Cette folle vie en collectivité m’inspire deux expériences interactives audacieuses :

- LA PREMIERE

Au moment où vous me lisez, vous êtes au réfectoire, et vous prenez votre petit-déjeuner.
À mon signal, et à mon signal seulement, vous allez siffloter trois notes. Assez bruyamment, si possible. Ah ! Déjà, vous comprenez pourquoi vous avez, depuis dix minutes, entendu autour de vous d’insolites sifflotements sporadiques. Vous allez maintenant prendre part concrètement au complot. Vous vous régalerez de la mine ahurie de ceux qui n’ont pas encore lu le journal, et vous échangerez un clin d’œil complice avec ceux qui ont déjà sifflé…Prêt ?

Alors attention, allez-y, sifflez !

(…)
C’était sympa ? Oui ? Alors on enchaîne… 

- LA SECONDE

C’est un petit jeu concours. Vous trouverez ci-joint votre bulletin de participation, que vous irez déposer tout à l’heure à l’accueil, dans l’urne idoine. ( clôture à midi )

Remplissez d’abord lisiblement les mentions obligatoires, puis cochez un des 5 mots proposés, comme vous le sentez, à votre goût. Indiquez ensuite, dans les cases prévues à cet effet, le nombre total de bulletins sur lesquels le mot « VENT » aura été coché.

Le dépouillement sera assuré par moi-même, sous le contrôle de moi-même. La personne qui aura donné le chiffre le plus proche de la vérité gagnera un T-shirt « Festiventu » offert par moi-même, avec mes sous à moi-même. Dans le cas très improbable d’ex-æquo, le gagnant sera tiré au sort par moi même sous le contrôle de moi-même.

Amusez vous bien. Je vous embrasse tous comme si on se connaissait depuis toujours.

François Rollin

Prénom …………                                                          Nom………… 

PLAISIR
CAISSE
VENT
AMOUR
SAUCISSON
Nombre de « VENT »
Disponible à l’accueil


LE 25.10.2001 - AU SECOURS…

Oh les impatients que vous êtes ! Oh les gros pressés ! Vous attendez tous le résultat du jeu-concours d’hier ! N’est-ce pas que vous l’attendez tous ? Ben oui !… vous savez que ce jeu a été un ENORME succès, vous voulez connaître le nom du gagnant, car ce gagnant, c’est peut-être vous !

Et pourtant, non, chère lectrice, cher lecteur, je puis vous le dire dés à présent, vous n’êtes pas le gagnant, je vous le dis à coup certain, car il n’y a pas de gagnant parce qu’il n’y a pas eu de réponses. Il n’y en a pas eu 750, ni 400, ni 125, ni 60, ni 5, ni 2, ni 1…Il y en a eu zéro. Zéro réponse, zéro bulletin. Je vous demandais combien de fois le mot « VENT » apparaîtrait, parmi les centaines de bulletins-réponse, ou plutôt, je vous demandais d’être au plus près de ce nombre. Or ce nombre est égal à zéro, puisque le nombre de bulletins est égal à zéro. Si un seul d’entre vous avait joué, il aurait forcément gagné, même s’il avait répondu « 3715 »,  puisque 3715 est plus près de zéro que…l’absence de toute autre réponse. Mais personne n’a joué. Personne, personne, personne, personne per-sonne !

A dire vrai, je ne me faisais pas d’illusions. J’avais déjà envisagé le flop. Le flop, oui, mais le bide total, ça m’a quand même fait mal. Avec trois réponses, j’aurais été comblé. Mais zéro ! Zéro pouet pouet !!! Suis-je donc à l’état de poubelle pour être ainsi rejeté ? Faut-il que vous me haïssiez, que vous me méprisiez, que vous soyez dégoûtés par ma grosse tête d’ours… pour me laisser ainsi seul avec mon jeu-concours ??! Qu’on m’ignore un peu, je le conçois, mais qu’on me nie à ce point…c’est douloureux quand même ! Qu’ai-je donc fait de si laid pour que vous refusiez tous, avec une unanimité giflante, la moindre prise en compte ? A quelle infâme turpitude me suis-je donc abaissé pour qu’à mon appel vibrant et coloré (un T-shirt à gagner, pensez donc !), vous opposiez un si pesant silence ? Quand vous êtes vous concertés, quel est le meneur, qui vous a dicté les sentiments haineux dont sont emplis vos cœurs ?

Je vous le demande, mais je le sais.

C’est un dénommé Charles-Henri qui vous a montés contre moi. La nuit dernière, il est allé vous chercher un par un dans vos chambres, il vous a rassemblés sur la plage, et il vous a parlé en ces termes : « Amis, Rollin est une fiotte puante et sans envergure. Il vous propose un jeu-concours. Ignorez le ! Ne répondez pas ! Torchez vous avec ses bulletins-réponse ! Laissez-le crever dans son vomi ! S’il bouge encore, achevez le à coups de tatane ! METTEZ LE MINABB’ MES AMIS !! »

Ainsi s’est exprimé votre leader, Charles-Henri.

Vous auriez pu faire montre d’esprit critique, mais vous avez bu ses paroles comme du petit lait. Laissez moi à présent vous dire ceci : je ne suis pas une fiotte, Je ne pue pas. J’ai 1,97m d’envergure. Je ne vomis pas. J’ai accompli pas mal de choses dans ma chienne de vie. J’ai sauvé deux-trois gosses de la noyade. J’ai donné du fric pour les écoles de Madagascar. J’ai visité une petite vieille à l’hôpital juste avant qu’elle meure. J’ai milité pour la libération de Christian Ranucci. J’ai recueilli un chat malade et qui sentait mauvais.

Bref, j’ai fait le bien, discrètement, patiemment. Alors n’écoutez plus le félon hystérique qui vous « führe ». Aimez-moi. Aidez-moi. Repêchez-moi. Déposez quelque chose à l’accueil ; n’importe quoi, ce que vous voudrez : un caillou, un bout de papier, un mégot, une crotte de lapin. Dites juste que c’est pour moi.

N’importe quoi gagnera ce qui vous fera plaisir. Ca  va  comme ça ?

François Rollin


LE 26-10-2001 - VOUS N'ETES PAS DES CŒURS SECS

Vous ne m’avez  pas abandonné à mon triste sort. Vous avez répondu à mon appel d’hier, et répondu de la plus belle manière : par centaines. Vous avez déposé, pour moi, à l’accueil, des tombereaux de doux dons. Je ne peux pas les citer tous, mais j’ai reçu :

De la part de Catherine, une mandarine,
De la  part de Gaston, une boîte de thon,
De la part de Xavier, trois p’tits graviers,
De la part de Gérard, un objet rare,
De la part d’Hélène, un brin de laine,
De la part de Timothée, un sachet de thé,
De la part de Dorothée, la même chose,
De la part de Théodule, une pendule,
De la part de Théodore, un tas d’or,
De la part de Théophile, du coton,

Et puis des cadeaux groupés, dans la série des fromages, par exemple,

De la part d’Hubert, un camembert,
De la part de Caro, un livarot,
De la part d’Henri, une Vache qui rit,
De la part de sa sœur, une Vache qui pleure,
Et au chapitre des photos,
De la part de Sacha, une photo de son chat,
De la part de Lucien, une photo du sien,
De la part de Firmin, une photo de sa main,
De la part de René, une photo de son nez,
De la part de Lulu, une photo ratée,
De la part de Serge, une photo floue,
De la part d’Alex, une photo complexe,

Et encore, dans ce bric-à-brac généreux,

De la part de Joëlle, une carte de Noël,
De la part de Noëlle, un cadeau de son père,
De la part d’Hercule, une poupée gonflable,
Et de la part de Robert, un poème de Prévert.

Tous ces dons, toutes ces pensées affectueuses, toutes ces mains tendues, tous ces gros seins pointant vers moi comme des obus, m’ont redonné une patate d’enfer (une tetapa ferdent). Me voici de nouveau prêt à vous arroser de trésors de saine poilade, à vous inonder de tourbillons de rire convivial, à vous offrir des cascades de cascaderies cascadantes les yeux bandés et sans chaussettes, et prenez même la poupée gonflable, j’ai bon espoir de n’en avoir plus l’usage. Allez, ouvrez le ban !

D’abord une devinette, que j’ai inventée vers midi et demi : « Quelle est la différence entre un homme et une femme ? »

Réponse : Ohlala, il y a pas mal de différences. Déjà, sur le plan anatomique, ils ne sont pas faits pareils, et puis les femmes portent les enfants dans leur ventre, ce qui n’est pas le cas des hommes, et puis les hommes ne font pas beaucoup le ménage, et les femmes s’intéressent moins aux bagnoles, et puis les hommes ont des prénoms comme Raymond ou Jean-Jacques, alors que les femmes s’appellent plutôt Barbara ou Clémentine, enfin bon, c’est vraiment très différent, on pourrait presque dire que c’est le jour et la nuit.

Vous aviez trouvé ? Malins que vous êtes… Voici maintenant une charade tordante…

Mon premier souffle en mer
Mon deuxième fait sonner la trompette
Mon troisième est l’objet de ce festival
Mon quatrième peut s’appeler zéphyr,
Mon cinquième est une menace très explicite
Mon tout est ce que dit un directeur des ventes au vendeur stagiaire.

Réponse : Vends, vends, vends, vends, ou je te fous à la porte avec un coup de pompe dans le cul !

Vous aviez trouvi ? trouvu ? trouvaté ? trouvitionné ?

Décidément, vous êtes incollables, un peu comme le riz incollable (rires).
Vous êtes bien boute-en-train, pour des gens qui prennent l’avion (rires).
Avec vous on ne s’ennuie pas… rasol (rires).
Vous êtes vraiment festiv-fous-aliers (rires ????).
Ca va fort, comme disait Alamo (rires ???????????).

Bon. Je crois que je ne suis pas tout à fait remis. Re-déposez moi des mots d’amour et des détritus à l’accueil, on fera le point demain. (Poil aux mains ????? Sourires gênés ????)

Je vous baise.
François ROLLIN


LE 27-10-2001 - L'ARCHIDUC EST SEC

C’est toujours la même chose : le septième jour, je ne sais plus quoi créer. Chaque fois que je participe à un festival (et je dois en être à mon 4825ème festival à peu près), chaque fois je me retrouve sec le septième jour. Ca n’a pas loupé ici : depuis Samedi dernier, je me suis à peu près correctement acquitté de ma mission… hier soir, jeudi, j’étais encore relativement performant, c’était le sixième jour… et ce soir, sec ! C’est le septième…

Il y a bien sûr quelques parades, à cette sorte de sécheresse ; mais je les ai déjà toutes utilisées. En 1962, par exemple, au festival  de Granville sur Eure, j’avais répété, six cent lignes durant, « je suis sec », « je suis sec », etc. , et j’avais conclu, au bas de la page 4 : « Tiens, il pleut ». Et personne n’avait repéré le subterfuge.

En 1951,  au festival de Paleochora, en Crète, j’avais remplacé mon septième article par une photo en quadrichromie du désert de Gobi. Et comme c’était un festival de l’EAU, tout le monde avait trouvé le symbole vachement pointu, et on ne s’était pas douté que j’étais sec comme un vieux coup de trique.

En 1937, au festival de l’Ecrevisse à la nage (des aquarellistes viennent du monde entier pour peindre des natures mortes représentant des écrevisses à la nage), j’avais repris intégralement, le septième jour, mon texte du quatrième jour du festival du Nichon Farci de Palerme (des aquarellistes viennent du monde entier pour essayer de peindre des natures mortes représentant des nichons farcis, mais ils ne parviennent pas à se représenter ce qu’on pourrait appeler un Nichon Farci, ils réfléchissent pendant dix jours, ils ne trouvent pas, et ils se quittent les larmes aux yeux en se donnant rendez-vous l’année d’après. C’est un de mes festivals préférés).

En 1912, au festival du Poivre, à Setchouan, j’avais tout simplement, le septième jour, simulé une fracture de l’humérus droit. Au cours du dîner, j’avais fait péter sous la table un sac en papier, et je m’étais, aussitôt après, roulé par terre en criant « Mon humérus ! Oh putain, c’est l’humérus qui a pété ! Je m’ai pété l’humérus, les copains ! ». Et le directeur du festival, qui était pourtant acupuncteur spécialiste de l’avant-bras, n’y avait vu que du feu.

En 1896, au festival des Chercheurs de Thèmes de Festival, j’avais mis le feu aux installations, au matin du septième jour, et la directrice du festival, qui était pourtant pompière bénévole, n’y avait vu que feu, et s’était fait griller des saucisses sur les braises (c’est d’ailleurs ce qui lui avait donné l’idée de créer l’année suivante le festival de la Saucisse sur Braise Naturelle, une belle manifestation qui rassemble chaque année des millions d’aquarellistes en panne d’idées de trucs à peindre mais très friands de saucisses grillées).

En 1863, au festival du Pignouf Caramélisé (un chouette festival, où se retrouvent des milliards de pignoufs désireux de se faire caraméliser publiquement, et il y a des milliers de cuves à caramel de la taille d’un pignouf, et tous les pignoufs s’y plongent avec délices,  et c’est chouette !)… eh bien là-bas, j’avais énuméré, dans mon septième article, toutes les parades à la sécheresse, et c’était passé comme une lettre à la poste.

Et nous voilà ce soir. Je pourrais bien sûr écrire que j’ai déjà fait, dans le passé, la liste des mille et une manières de dissimuler la sécheresse, mais je l’ai déjà fait en 1576, au festival du Chouguine-Gari à la Fraise-Doumdoum, un festival qui n’a connu qu’une édition parce que les Chouguines-Garis ont été très vite interdits par la gendarmerie, et pourtant on s’y amusait bien,  on croisait quelqu’un, on lui donnait un chouguine, il vous l’échangeait contre un gari, et puis quand on avait 17 garis, on gagnait un doumdoum, pendant ce temps-là l’autre avait gagné une fraise, il venait vous l’échanger, et quand il avait 17 doumdoums, il gagnait un chouguine, et on recommençait jusqu’à la tombée de la nuit, et quand la nuit était tombée, on attendait qu’elle détombe, et on recommençait à échanger des bazars et des bouzins, beaucoup de gens sont morts à ce festival-là, mais ils ne sont pas morts pour rien, puisque ç’a été le détonateur pour la gendarmerie, qui a compris très vite que c’était dangereux, et qui a prononcé l’interdiction, au motif que « ça prenait le chou et que ça rendait tout le monde un peu zinzin du cabernot ».

Ah, bien sûr, il me reste une cartouche, une belle cartouchette de derrière les fagotinots, mais j'ai l'intention de l'utiliser au septième jour du festival de la Cartouche de derrière les fagots, qui commence Lundi prochain à l'hôpital de Scoubidou-Lariflette-Pupuce, dans le département du Choupignon-Pilaf-Toto-la-Balayette-aux-anchois.

C'est pourquoi ce soir, toute honte bue, je passe. J'aurais pu créer l'homme, mais j'ai peur que ça fasse des histoires. Alors je passe. Et vous embrasse en passant.

François ROLLIN


LE 28-10-2001 - FLEURS BLEUES

Mes bons amis, l’heure du bilan a sonné. Restez calmes et groupés, et revenons une semaine en arrière… Dimanche dernier, je vous exhortais, dans ce même jourrenalle, à vous aimer toute la semaine, dans tous les sens, à tort et à travers, par babord et par tribord, en blanc ou en couleurs, à deux ou à dix, en plein air ou sous abri, par plaisir ou par principe… tout cela pour vous (nous) permettre d’oublier, le temps d’un temps, l’horreur du monde. Sept jours ont passé, et j’ai le regret de vous dire que les résultats sont très médiocres. Soldates, soldats, je ne suis pas content de vous. Vous n’avez pas fait beaucoup d’efforts, et si toutefois vous en avez faits, ils n’ont guère porté de fruits. Le vent a soufflé plus fort que l’amour, le soleil a chauffé plus brûlant que l’amour, la pluie a mouillé plus souvent que vos lèvres… bref, la nature a été bien plus généreuse que la nature.

Raison de plus pour chanter la louange des quelques uns d’entre vous qui, ayant sauvé l’honneur, méritent de figurer au tableau du même nom,  re-raison de re-plus pour rendre hommage à celles et ceux qui, ayant aimé autrement qu’à la force du poignet, ont permis au ying de prendre sur la yang un avantage consistant.

Voici donc le palmarès, déroulé, comme il se doit, dans l’ordre croissant du mérite.

En 5ème position, félicitons Martine et Jérôme. Il se sont parlé Lundi midi à la cantine, ils ont visité ensemble la citadelle dans l’après-midi, ils ont dîné le soir en tête à tête dans un restaurant du port (c’est là qu’ils ont échangé leurs idées sur Klee et Mondrian, ils n’étaient pas tout à fait d’accord, mais ils se comprenaient comme de vieux amis), ils sont rentrés à la Balagne à pied, en parlant des richesses gastronomiques du Jura, ils ont laissé leurs pas les guider sur la plage, se sont assis sur le sable « à quelques pas de l’onde frémissante » (c’est la formule que Martine, exaltée, avait inventée pour la circonstance), et là, tout à trac, Jérôme a dit à Martine : « Je vais te mettre un bon coup de queue, ça va bien te détendre… et moi aussi ». Martine s’est levée d’un bond, elle a reculé de cinq pas, et elle a dit à Jérôme : « Ca va pas la tête ? T’es complètement givré, mon pauvre lapin ! allez, fous moi le camp, tu me dégoûtes ! ». Jérôme a fondu en larmes, il s’est excusé à plat ventre, il a dit « Je ne sais pas ce qui m’a pris », il a pleuré encore pendant un quart d’heure en se prosternant, tant et si bien que Martine, remuée par cette mortification pathétique, a fini par donner à Jérôme un chaste petit baiser sur le front, en lui disant : « Allez, rentre te coucher, tu me fais pitié… ». C’est ce petit baiser qui vaut à Martine et Jérôme la cinquième place de notre classement.

Au 4ème rang figurent Bernard et André. Mardi, vers 10 heures du matin, ils se sont donné une belle accolade sensuelle, les paumes des mains frappant symétriquement les omoplates, et s’accompagnant de grognements gutturaux rappelant étrangement le brame du cerf enroué. On me dit qu’ils venaient de conclure un marché juteux, portant sur la construction de 8000 m2 de bureaux sur le littoral corse. Faute de preuves, je préfère croire qu’ils s’aimaient sans fard ni arrières-pensées, et les confirmer dans leur quatrième place.

Au 3ème rang, vous vous réjouirez de retrouver notre grand gourou Serge Orru, et son épouse Karina. Ils nous ont donné un beau témoignage d’amour, lorsque Karina, en larmes, est venue dire à Serge, dans la langue vernaculaire : « Excusu-me, Sergio, j’ai oubliou d’allu te cherchu des cigarettus ». Serge, se remémorant mes exhortations dominicales, a répondu avec flegme : « C’est pas gravu, j’iru moi-mêmu ». Et il a retenu la gifle qui lui picotait la main. Pour cette belle retenue d’amour, Serge prend la 3ème place.

Au second rang, je place sans hésitation Jacky et Annabelle. Ils se sont plu tout de suite. Un regard, une vibration, ont suffi, ils se sont rués sur la plage, où ils ont baisés comme des dingos. Je leur dis bravo, et merci. Jacky est un labrador de 3 ans, Annabelle un setter irlandais de 2 ans. L’amour se soucie peu des différences d’âge.

Au premier rang, et quitte à me révéler immodeste, j’ai le plaisir de nommer Sophie et moi. C’était ce matin. Sophie m’a regardé droit dans les yeux, et elle m’a dit : « Tu vois, François… si j’avais vingt ans de plus, si mon mari n’était pas là, si je te trouvais spirituel, si tu ne sentais pas des pieds,  si tu t’habillais correctement, et si tu avais accepté de me dépanner de trente mille balles, je me serais volontiers offerte à toi ». Ce qu’ayant dit, Sophie a effleuré sensuellement ma main avec la sienne, en me murmurant d’une voix suave : « Casse-toi, maintenant, tu me prends le chou ». Vous vous rendez compte : elle a accepté que je lui prenne le chou. Est-ce que ça n’est pas infiniment plus fort qu’une vulgaire nuit d’amour charnel et transpirant ? Est-ce que ça ne mérite pas la première marche du podium ?

Il vous reste toute la journée de Dimanche pour me griller sur le fil.

Je vous embrasse sportivement.
François ROLLIN


Journal du Festiventu, édition 1999

24-10-1999 DIEU DANS L'ORTIE

Vous allez voir qu'on peut trouver Dieu dans une ortie... (vous ne tarderez pas à voir que "Dieu" est un peu excessif, et "ortie" très exagéré, mais on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre).

Ca s'est passé ce matin, ce matin Dimanche, donc. Hier, pour ceux qui nous lisent Lundi. Je prenais mon petit déjeuner à côté d'un garçon dont j'aime autant préserver l'anonymat, puisque je ne l'ai pas prévenu que j'allais parler de lui, - d'ailleurs moi-même je n'imaginais pas au moment des événements que je serais amené à les relater-, je me garderai donc bien de révéler l'identité de mon commensal, tout ce que je peux dire, c'est qu'il est le frère du gars qui est un peu le patron du Festiventu, et que, en tant que frère et également en vertu de ses compétences, l'oiseau s'occupe plus particulièrement du petit journal que vous êtes en train de lire. Son prénom est Jean-Claude, ça n'engage à rien de le dire, nous connaissons tous des ribambelles de Jeans-Claudes; son nom de famille commence par un O, c'est assez commun, je ne trahis aucun secret en le disant; ce nom se termine, comme il a commencé, par une voyelle, qui n'est cependant pas la même que la voyelle initiale; et ce fameux nom, bien mystérieux comme il se doit, comporte au total 4 lettres, dont une (la consonne qui est entre les deux voyelles) figure en double exemplaire. 

Je partageais donc, au petit déjeuner de ce Dimanche 24 Octobre 1999, la table de notre rédacteur en chef Jean-Claude "O-(double consonne)-autre voyelle". Nous mangions des biscottes et buvions du café, mais ceci n'a pas la moindre importance. Ce qu'il faut savoir, c'est que, dehors, il faisait un temps bien pourri. Un temps vilain, un temps inexcusable, un de ces temps qui font dire au commun, et donc à moi: "Nom d'une pipe, quel temps pourri!". On dit cela en baissant la tête, abattu, le visage ravagé par un pathétique rictus d'impuissance, et avec dans la voix ce petit grincement sui generis qui signifie que la journée est épouvantablement compromise à bien des égards, sinon à la totalité des égards. 

Alors Jean-Claude parlit. (Je sais qu'il serait plus convenable de dire "Jean-Claude parla", mais ce qu'il va dire dans quelques lignes est si édifiant qu'il serait dommage de ne pas préparer le terrain par un audacieux contrepied grammatical). Ainsi, Jean-Claude parlit. Il disat: "J'aime bien ce temps-là... ce ciel, comme ça, un peu africain...". Puis il se taisit.
Dans les premiers dixièmes de seconde, l'importance de ce qu'il venait de dire ne me sauta pas à la comprenette. J'eus même le temps de me dire qu'il avait proféré une platitude. Mais, dès la première seconde révolue, je réalisai que ce diable d'homme venait, en quelques mots simples et à peine articulés, de transformer la sombre perspective d'une journée minable sinistrée par une météo malveillante... en douce promesse d'un Dimanche de paradis au coeur de la savane luxuriante, avec le hurlement des hyènes, mais au loin, ce qui est très supportable.. 

Le ciel était gris, définitivement gris, cafardeux, strié, pisseux... Lui, J.C. O., l'avait appelé "africain". Et, instantanément, nous n'étions plus deux imbéciles coincés dans un réfectoire à Calvi par une météo contraire... nous étions, surtout lui, deux aventuriers ayant bien roulé leurs bosses comme deux bons bourlingueurs, qui, en se restaurant frugalement sous une case en paille, se félicitaient de pouvoir jouir, encore une fois, de ce ciel étrange et envoûtant si profondément typique de l'Afrique éternelle. 

Et, par ricochet, ce petit homme chevelu qui n'avait l'air de rien quelques minutes plus tôt, rayonnait à présent avec la splendeur d'un demi-Dieu, 
Une lueur sortait de son cimier polaire, 
Les monstres expiraient partout sous sa colère
Le sort de tout un peuple au sien semblait lié.
Bon. 
Je crois que tout le monde a compris. 

A présent, en prévision de tous les petits déjeuners qui nous restent à vivre, voyons le côté pratique de la chose. Accrochons à notre vocabulaire quelques épithètes de rêve, qui sentent le voyage, l'aventure, l'exotisme, la noix de coco, les alcools frelatés, les princesses à plateaux et les filles faciles des faubourgs. "Africain" n'est qu'un exemple. Il y en a d'autres. "Indochinois" est un peu nostalgique, mais peut fonctionner aussi. "Breton", bien qu'attendu, donne envie. "Polaire", un peu kitsch, ouvre la porte à de belles sensations. "Australien", très facile d'emploi, contient bien sa part de mystère. "Norvégien", peu utilisé, n'en est pas moins excitant. Bref, tous les synonymes planétaires de "gris pourri" sont bienvenus. Bienvenus, et disponibles. 
Alors faites comme J.C.O.: d'un mot, changez la vie. 

Merci patron.
François Rollin 

PS: Changez la vie si c'est pour aller du moins bien vers le mieux. Dans l'autre sens, ne touchez à rien. Nous y reviendrons.



25-10-1999 C'EST DES NAINS...

C'est parce que c'est des cons... J'emploie le mot avec sa pleine connotation affectueuse, mais je le dis quand même: ils ont fait ça parce que c'est des cons...

Est-il besoin de rappeler les faits? Hier, j'écris, comme ça, sans faire d'histoires, un petit texte pour le petit journal. Je l'imprime, et je le pose sur le petit bureau du petit grand patron. Et puis, petitement, je prends le petit ascenseur qui monte à ma petite chambre, pour aller dormir dans mon petit lit. Pendant ce temps-là, qu'est ce qu'ils font, les autres pingouins, les Crochet, les Bridenne, les JY, les Tignous? (je ne veux même pas savoir qui c'est exactement, ils sont tous complices, ils sont tous frères !) Qu'est ce qu'ils font? Ils essayent de dessiner des trucs rigolos? Ils s'appliquent à leur travail? Non. Ils entreprennent de saboter le mien: ils introduisent des insanités dans mon texte, les mêmes insanités, comme quoi ils ont de la suite dans les idées, mais à deux endroits différents. Ils écrivent, vous l'avez lu comme moi: "Tandis que je besognais la bougresse, laquelle ahanait sous mes coups de boutoir". Rien de plus, rien de moins. Ils écrivent ça dans mon texte, et ils reprennent une bière, j'imagine. Ils ont dû bien rigoler. Ils ont dû bien s'exciter, avec ce truc-là. Je les vois d'ici, cette bande de nazes, "vas-y, mets lui du fluide glacial sur sa chaise... mais non, t'es con... mais si, c'est toi qu'es con, vas-y, mets-en, on va se marrer... ben ouais, bordel, il a raison, c'est hyper-marrant, vas-y, mets toute la fiole... ah la vache, on est cons, les mecs... ouais, mais on se marre bien, putain!".

Ils dorment tous là-dessus (mal, j'espère).

Et ce matin, au petit-déjeuner, frétillants comme des collégiens le jour du bizutage, ils me disent: "T'as vu, il y a un bogue dans ton texte... c'est un virus informatique... c'est le virus de l'an 2000". Et ils se retiennent pour ne pas pouffer. Ils en bavent leurs tartines. Je les ai crûs pendant 30 secondes. Du reste, techniquement, c'est possible: un virus qui pollue le texte, ça s'est déjà vu. Mais là, ils sont tellement agités, cette bande de zozos, que je comprends que c'est une super bonne farce dont on attend qu'à mon tour je rigole bien joyeusement. Mais j'ai compris: ce n'est pas un virus... et puis si! c'est un virus, mais pas un virus informatique, c'est le virus de leur envahissante libido de gros frustrés, voilà ce que c'est comme virus, et ça ne date pas de l'an 2000. Alors j'ai dit, affectueusement, car ils sont mes amis et ont beaucoup de talent, mais j'ai quand même dit: "Vous êtes bien une bande de cons..."

J'ai dit ça parce que je trouvais la blague nulle. Nu-nulle, plutôt. Pauvrette. Cucul la praline. Bref, ça m'a pas plu. Pas tant parce que ça s'est fait dans mon dos; pas tant parce que c'est de mauvais goût. Mais surtout parce que c'est faux. Je n'ai jamais besogné une bougresse. Jamais. J'ai connu des femmes, j'ai fait plein de truc avec plein de femmes que j'ai connues, mais je n'ai jamais "besogné une bougresse". Trop difficile pour moi. Et jamais une femme n'a "ahané sous mes coups de boutoir". Même pas un petit peu. Mon sexe n'a rien d'un boutoir: ni la forme, ni la matière, ni surtout la fonction. Et les femmes, avec moi, ne ahanent pas: elles respirent fort, éventuellement, ou bien elles disent des choses, secrètes, formidables, mais elles ne ahanent pas. Elle ne ahanent pas parce qu'elles ne sont pas des bougresses et aussi parce que je ne les besogne pas à coups de boutoir. Tout est faux. Tout est diffamatoire. C'est parce que c'est des cons...

Une seule question subsiste. Pourquoi ont-ils fait ça? Ni l'alcool, ni la drogue, ni l'hystérie collective, pourtant tous trois très présents dans le bureau de presse, ne fournissent une explication satisfaisante. En réalité, ils ont fait ça par jalousie, afin de me faire passer pour un blaireau. Par jalousie, par malveillance, pour que se cristallisent sur moi les soupçons de blaireauterie qui les menacent tous. C'est pour ça qu'ils ont fait ça, ces cons-là... 

Par exemple, il y a, en ce moment, à la Balagne, une fille qui me plaît beaucoup, je ne vous dirai pas laquelle, son prénom comporte entre 6 et 8 lettres, et j'espère qu'elle se reconnaîtra. Ce matin, cette fille a sûrement lu le petit journal. Au début, elle s'est dit "il a l'air sympa, ce gars...". Et puis elle est arrivée à la ligne 43, là où figure la première tache de "bougresse besognée". Et elle s'est dit: "Quel blaireau libidineux, ce mec !". Et quand je vais aller lui parler, si j'ose, elle me sourira poliment, car elle est sûrement très polie, et elle se dira: "Flûte, v'là l'autre blaireau avec son prétendu boutoir... je vais lui dire que je suis occupée". Tout ne sera pas perdu. Je lui expliquerai toute l'histoire, et, à la fin, avec un sourire bienveillant, je lui dirai: "Je les adore, mais c'est des nains...".

En espérant qu'elle n'a pas un frère, un grand-père, ou un cousin nain. Sinon je perdrai encore 24 heures...
François ROLLIN


26-10-1999 CORS ET AME...

Je vous tiens d'abord informés de ce qui vous intéresse le moins: elle ne s'est pas reconnue (cf numéro précédent). Pourtant, les prénoms de sept lettres, ça ne court pas la Balagne. Mais elle ne s'est pas reconnue. Peut-être ne lit-elle pas le journal, mais ça m'étonnerait. Ou alors, -ce serait le cas le plus grave- elle s'est reconnue, mais elle s'en fout tellement de me plaire qu'elle a fait comme si elle ne s'était pas reconnue. Elle ne s'intéresse pas à moi parce que je ne fais pas ahaner les bougresses sous les coups de boutoir, et que j'ai eu la faiblesse de l'avouer... pire: la folie de le revendiquer. J'aurais dû laisser les copains truffer mes textes d'allusions salaces, et elle serait venue vers moi. Au lieu de ça, je les ai blâmés, ces camarades qui ne voulaient que mon bien, je les ai vilipendés, j'ai fait mon coquet, et me voilà seul comme un bélier avec mon boutoir sous le bras. C'est bien fait pour moi. Je suis une misérable fiotte. Je mérite ce qui m'arrive. Parlons d'autre chose.

Parlons des Briançonneurs. Ils jouaient tout à l'heure à la sortie de l'école primaire. Six beaux gaillards au faciès buriné par les embruns de la montagne, soufflant dans six admirables cor des Alpes qu'ils ont façonné eux-mêmes dans des troncs de sapin des Alpes. Eh bien les Briançonneurs ont eu les honneurs de la télévision. Une équipe de télé (oui, vous avez bien lu: une vraie équipe de la vraie télévision qui fait des images qui bougent pour les gens qui regardent la télévision) est venue pour les filmer. Pendant trois longues minutes, le cameraman a tout filmé. Il a collé longuement son objectif à l'embouchure des cors, en faisant précisément le point sur les poils du nez des sonneurs. Il a filmé les cors en plongée, en contre-plongée panoramique, il a fait cinq doubles travellings en apnée collé aux tubes... et puis, pour faire bon poids, il a soigneusement filmé l'intérieur des cors; il essayait d'y introduire au maximum sa caméra. Pour un peu, il serait rentré dans l'instrument avec tout son bazar... Même, avec quelques encouragements, il y aurait entraîné toute son équipe, avec le dossier de presse, les lampes à arc, et les batteries de rechange, à la recherche de la vérité.

Ce n'était pas agaçant, c'était pathétique. Avec sa pauvre caméra, il essayait de saisir ce que justement la télévision ne saisira jamais: l'âme des choses. Des siècles de tradition, des gars de chair et de sang qui soufflent dans leurs sapins, des instruments si majestueux qu'on n'ose pas les toucher, des harmonies profondes, des graves à vous tirer des larmes, l'appel de la montagne, le chant des troupeaux, des fragrances de résine et d'herbages, toutes ces choses qui ne rentreront jamais dans une caméra... ni même dans cent mille caméras, ... et c'est ça que le pauvre garçon consciencieux tentait, en s'approchant au plus près, de capter. Au plus près. 
Plus près, encore plus près... Comme ce fou qui, pour percer le secret de la femme aimée, lui fracasse le crâne, puis contemple tout penaud les débris de la cervelle. Et n'y trouve rien, évidemment.

Demain matin, la télévision essayera de filmer le vent. Soyez indulgents: ne riez pas François ROLLIN


Journal de bord du mousse Rollin. Mercredi 27 Octobre.

Quelle belle journée calvaise bien remplie!...
8h30: je prends mon petit-déjeuner à la cantine, seul à ma table, car je sens le pâté. Je m'aperçois que les drogués de la Grosse Bise ont encore glissé des idioties dans mon texte. Manifestement, ils ne sont pas guéris. Dossier médical à suivre.
9h15: Jacky Nercessian me rejoint. C'est mon ami. Patrick Robine aussi (aussi me rejoint, et aussi est mon ami)
10h00: Sur la terrasse, Jean-Jacques Duffour de France 2 (j'espère que je n'abîme pas son nom), réagissant à mon édito de la veille, vient plaider la cause de ceux qui, quoique travaillant pour la télévision, font leur job avec honnêteté, clairvoyance, et courage. Je lui dis que je sais qu'ils existent, mais qu'ils sont très minoritaires, et qu'on ne peut éviter, chaque fois qu'on exerce son sens critique sur un système humain, d'éclabousser un peu des gars qui n'ont pas mérité de l'être. Il en est d'accord. Finalement, nous ne nous battons pas en duel.
11h00: Le soleil est de plus en plus chaud: ça annonce sûrement quelque chose. Mais quoi?
12h30: Je mange avec l'équipe du journal. On rigole bien, cars ils se sont tous bien chargés à l'apéro, et ils sont très gais. Bridenne nous raconte l'histoire de son copain qui est conseiller en fraude fiscale, et nous pleurons de rire (surtout Bridenne).
14h15: J'assiste au spectacle des "Contes de la Chaise à porteur". C'est formidable.
16h30: Je dis à Tignous que l'espace Pietra est trop bordélique pendant les concerts du soir. Tignous est d'accord, mais il n'y peut rien.
16h40: Je parle à JY des gros égoïstes qui font du tapage sous nos fenêtres toute la nuit. JY est d'accord, mais il n'y peut rien.
16h50: Je ne dis rien à Blachon. Blachon est d'accord, mais il n'y peut rien.
17h30: Place de l'Eglise, je vois la Compagnie l'Excuse: c'est formidable.
20h07: Le dîner ressemble au déjeûner, car l'apéro du soir a ressemblé à l'apéro de midi. Bridenne nous ressert son conseiller en fraude fiscale, et nous le mangeons comme si de rien n'était, en riant très fort, car Bridenne ne va pas très bien en ce moment, il a besoin qu'on l'écoute.
21h33: Je ne vais pas à Prodige Namor, car la fille au charme secret et aux sept lettres qui m'a tant plu s'est enfin reconnue. Elle m'a accordé un rendez-vous. Nous sommes allés nous promener sur la plage, nous avons beaucoup parlé, je lui ai pris la main vers 22h20, c'était super. Vers 23h15, je l'ai embrassée très fort en caressant un petit peu ses seins, elle sentait bon, c'était génial. A 23h30, je l'ai quittée, à 0h05, j'ai atterri. Je suis allé au bureau écrire mon papier, et puis je suis allé me coucher, radieux.

Quelle belle journée calvaise bien parfumée !... 
François ROLLIN

PS: En réalité, j'ai quitté la Balagne à midi, et je suis rentré à Paris-tout-gris par l'avion de 13h30. Mais quand le rêve est plus doux que la réalité, on a le droit de choisir le rêve. C'est marqué dans le Code Civil.


Jeudi 28 Octobre

Chères amies et chers amis, chers lecteurs et chère lectrice,
Jeudi soir. La nuit vient de tomber avec un bruit sec sur la première journée que j'ai passée sans vous. Je vous ai quittés le cœur tout barbouillé, et il eût fallu, pour me débarbouiller, que ce Jeudi parisien prît des allures de miracle, ce dont il s'est montré résolument incapable. De mon exil, je vous vois pourtant encore, relié que je suis à la Balagne par un fil ténu, mais d'une solidité exemplaire, ce fil me sert d'espion, et ce fil a un nom, que je peux bien révéler maintenant, puisque les gendarmes ne nous lisent pas: il s'appelle Patrick Robine, et c'est mon frère. 

Il est facile à repérer, grâce à son panache blanc, grâce au nez qu'il a important, et surtout parce que c'est celui qui est toujours avec les dessinateurs mais qui ne dessine jamais. 

Vous l'avez identifié? Observez-le, maintenant, à la dérobée. Il semble déjeuner? En réalité, il vous espionne, et me tiendra informé tout à l'heure de vos moindres faits et gestes. Il me dira: "le Monsieur qui est souvent mal rasé et qui a une petite fille blonde en pyjama bleu a repris deux fois des corn flakes". Je lui demanderai des nouvelles des trois jeunes italiennes qui sont toujours ensemble. Il me dira qu'elles ont ri très fort quand le charpentier de marine a renversé son thé. 

Un peu plus tard, sur la terrasse, mon "contact" semble prendre un café: en réalité, il épie les pingouins et me préviendra s'ils arrêtent de tourner dans le tube. 

Le voici à la plage. Il ne prend pas le soleil, malgré les apparences: il l'espionne. Il ne se baigne pas: il mesure les vagues, pour moi. 

A midi, il note, discrètement, que Bridenne a raconté pour la sixième fois son histoire de conseiller en fraude fiscale, et il m'en fait part un peu plus tard. Je lui dis d'être indulgent avec Bridenne, car Bridenne a un peu lâché le guidon ces derniers temps.

A 16 heures, on pense que Patrick sieste. Que non point: il écoute tomber les aiguilles de pin, il les compte, et il me fera son rapport tout à l'heure.

Plus tard encore, à la grande soirée sur le bateau, il feint la nonchalance, arbore des mines distraites. Mais, tous les quarts d'heure, voyez-le s'éclipser pour me téléphoner son compte rendu: Karina ne boit que du jus d'ananas. Damien raconte à Tania la perte de son cerf-volant. Tignous s'est brûlé avec la cigarette de Nathalie. Sylvie parle bien des couleurs de la montgolfière, mais Bertrand ne l'écoute pas, car il chipe des cacahuètes. Jean-Pierre a un drôle d'air, il se peut qu'il soit amoureux. La mer est d'huile, l'ambiance est de feu. Patrick ne me cache rien.

Quand il a tout raconté, il me parle enfin de mon charmant rêve à sept lettres. Il me dit qu'elle est jolie comme une fleur et qu'elle va bien: je souris. Patrick l'entend, il le note, il le fixe. 

Ce Vendredi matin, lorsque vous verrez sourire mon frère au panache blanc, vous saurez que c'est mon sourire de la veille qu'il vous transmet; qu'il ne peut vous embrasser tous, mais que le coeur y est. 
François ROLLIN


Vendredi 29 Octobre, 21 heures, Rueil-Malmaison.

Festivalières et -aliers,
Il a dû y avoir un gros orage aujourd'hui sur les Alpes, parce que, dès ce matin, les liaisons téléphoniques avec mon "contact" au Festiventu étaient déplorables. Je ne comprenais qu'un mot sur dix environ de nos conversations. 

Ainsi, lorsqu'il m'a dit: "... déjeuner... Bridenne... fiscale... -ation...", je n'ai pas pu savoir si Michel Bridenne avait de nouveau raconté au petit-déjeuner son histoire de conseiller en fraude fiscale, plongeant tout le monde dans la constern-ation, ou si, au contraire, le déjeuner avait été très agréable parce que Bridenne avait enfin renoncé à raconter son histoire de conseiller en fraude fiscale, ce qui constituait une forme inespérée de libér-ation. 

De la même façon, le message "... Blachon... chaussures... perdu... retrouvé..." ne me permettait pas de savoir si Blachon avait perdu ses chaussures sur la plage, puis les avait retrouvées, ce qui est à la fois palpitant et miraculeux, ou si les chaussures de Blachon avaient réussi à retrouver le fameux pingouin perdu avant-hier, ce qui aurait tendu à prouver que les chaussures de Blachon sont plus dégourdies que Blachon lui-même. Ce n'est pas exclu.

Donc, je vous recevais mal. Il m'a donc fallu me résoudre à me téléporter parmi vous. Je n'aime pas me téléporter. Ca me donne un peu le mal de mer, je supporte difficilement les écarts de température, et de surcroît, j'ai toujours peur de me tromper de destination, et surtout d'époque. Je l'ai fait quand même, tant mon désir était fort de vous revoir.
A 11h07, j'ai atterri dans la tête de Tignous. Il y a un bordel incroyable là-dedans. Très difficile de s'y faire une place. Je me suis beaucoup agité, c'est ça qui a dû agacer Tignous, c'est pour ça probablement qu'il s'est pris de bec avec Jean-Claude, c'est pour ça qu'il a boycotté le repas de midi au "Bout du Monde", ce qui m'a privé du plaisir de contempler l'agneau de lait qui était au menu. J'en ai eu une petite idée quand même, lorsque JY, bon camarade, a raconté à Tignous dans l'après-midi quel régal c'était.
Depuis le lobe frontal de Tignous, j'ai pu constater que vous avez toujours beau temps, et j'ai assisté à quelques spectacles (pas assez, car Tignous est plus souvent allongé sur son lit qu'assis au spectacle. Heureusement, pendant ces longues siestes, sa femme Rose n'était pas dans la chambre, ce qui m'a évité d'entendre ou de voir des choses que je ne devais pas entendre ni voir).

Toujours blotti dans la tête de Tignous, (où j'ai d'ailleurs, par commodité, fait le ménage en milieu d'après-midi... ne vous étonnez pas s'il a les idées plus claires demain), je vous ai observés ce soir à la cantine. Vous aviez l'air morose de ceux qui savent que le séjour commence à avoir des vélléités de ne pas tarder à toucher à sa fin. Consolez-vous en vous disant que, pour certains, c'est déjà fini depuis longtemps. Et que pour d'autres, ça n'a tout simplement jamais commencé. Bref, consolez-vous les uns les autres.

Et puis, - vous vous doutiez que j'allais y revenir-, au travers des lunettes de Tignous, j'ai vu à trois reprises la jolie fille qui me plaît. Je la préfère vue par mes yeux, car Tignous ne nettoie pas souvent ses lunettes. Je voulais lui parler, pour lui reprocher (avec douceur) de ne m'avoir pas fait signe, mais j'ai craint que la langue de Tignous trahisse mon message et se mette à proférer ces sordides histoires de bougresses ahanantes qui m'ont déjà coûté si cher. Si vous la croisez, les amis, priez-la de ne pas m'oublier. Ah oui! c'est moi qui oubliais: vous ne savez pas qui c'est. Alors ne lui dites rien. Contentez-vous de distribuer méthodiquement le journal à toutes les femmes de la Balagne. Ca ne changera peut-être rien à mon histoire, mais sur le plan marketing, c'est tout bénéfice. 

A 22 heures, je suis rentré de téléportation. Le vent étant favorable, ç'a été très rapide. Il n'est pas impossible que je revienne demain. Dormez bien, Mademoiselle.
François ROLLIN


Samedi 30 Octobre 1999. Avec le temps, va, tout revient...

Inutile, mes amis, de se voiler la face: le Festiventu 99 touche à sa fin. Dans une poignées d'heures, vous ne serez déjà plus dans le Festival, et vous commencerez de vivre dans le souvenir du Festival. Mais ce n'est pas, contrairement aux apparences, une mauvaise nouvelle: car le souvenir a ceci de rare et de précieux qu'il embellit tout. Je vous en parle en connaissance de cause, moi qui suis parti depuis bientôt quatre jours. En quatre jours, ma mémoire a déjà eu le temps d'effectuer un travail d'embellissement remarquable. 

Ainsi, il me semble à présent que le vin de la cantine de la Balagne était buvable. Dans un mois, il me semblera qu'il était assez bon. Dans six mois, je m'en souviendrai comme d'un délicieux nectar. 

De même, le souvenir aidant, j'ai l'impression aujourd'hui que Tignous dessinait correctement dans la Grosse Bise. Dans quelques temps, je jurerai qu'il dessinait bien. Ca vous semble dément, et pourtant c'est ainsi. La mémoire est un semi-conducteur positif, dont vous goûterez bientôt, vous aussi, les enivrants bénéfices.

Dans trois semaines, vous aurez le sentiment que la mer n'était pas si froide. En Mars prochain, on ne vous ôtera plus de l'idée qu'elle était délicieusement chaude. Dans deux semaines, miracle!... vous vous souviendrez qu'on mangeait convenablement au réfectoire du Festiventu. Fin Juin 2000, vous attribuerez deux toques au cuisinier. Le temps passant, il vous semblera que l'histoire du conseiller en fraude fiscale de Bridenne était digne d'intérêt, que l'acoustique de la bulle était bonne, que le soleil était permanent, que JY articulait quand il parle, que les frères Orru mesuraient 1,88 mètre, que les nuits étaient calmes, que Crochet était un modèle d'élégance, que le café du bar était savoureux, que mes éditos étaient drôles et passionnants. Et que dire des histoires d'amour: cailloux, le souvenir les fera pépites; pépites, le souvenir les rendra inestimables; inestimables... mais il suffit: j'ai assez parlé de mon ange eptalettrique, et je sens que je vous lasse.

Revenons à l'essentiel: sans même que vous ayez à vous fatiguer, vos mémoires trieront l'herbe du Festiventu, pour éliminer l'ivraie (rare) et ne garder que le bon grain (abondant). 
Dans 350 jours, le paradis vous apparaîtra bien terne et bien maussade comparé au Festiventu. C'est ainsi que vous vous ré-inscrirez, c'est ainsi que vous y reviendrez, et c'est ainsi qu'à la grâce des vents je vous y retrouverai. 
J'ai hâte d'y être. 

François ROLLIN