Le grand mezze

Ratage
Ce dimanche 23 février 2003 avait lieu au théâtre du Rond-Point la sixième édition du "grand mezze", cette fameuse scène ouverte animée par le tandem Baer/Rollin, au sujet de laquelle toute la presse parisienne se gargarise. Déjà cinq éditions passées, et toujours pas une ligne dans ou-pas.net. C'était intolérable, je réservais donc mon dimanche afin de combler ce manque, non sans passer la semaine à me réjouir à l'idée d'assister, pour la première fois sur une scène, à une performance du duo le plus alléchant de toute l'histoire du théâtre, puisque constitué des deux talents comiques de loin les plus inspirés de ce nouveau millénaire.
Dimanche 23 février au matin, je téléphone au théâtre du Rond-Point pour réserver une paire de places, et là, la standardiste me répond: "C'est complet monsieur". Et ajoute, face au désarroi que je ne prends pas la peine de dissimuler "Pour le grand mezze, vous avez intérêt à vous y prendre longtemps à l'avance."
Un peu connement, je lui prie de transmettre à monsieur Ribes que je chie sur les quatorze générations à venir de sa descendance, et l'invite pour sa part à aller consulter au plus vite un gynécologue pour soigner l'herpès vaginal purulent dont les effluves pestilentielles se diffusent jusque dans mon combiné téléphonique. Un peu connement, je n'en disconviens pas.
Riigolax a été voir le Grand Mezze et donne son avis
Le Grand Mezze, c'est bien. Pour ceux qui
attendait avec impatience le retour de Riigolax ça calme. En une seule phrase,
il a torché sa critique du Grand Mezze. Trêve de plaisanterie, c'est pas la période,
et développons notre propos. Pour les ignards de ce site, ceux qui passent
juste sans même dire bonjour dans le forum, le Grand Mezze (prononcez Mezzé
sinon vous êtes ridicule quand vous appelez pour réserver vos places), est un
spectacle qui a lieu une fois par mois, on peut donc le qualifier de mensuel
mais là je m'avance un peu et le débat reste ouvert, présenté par Edouard
Baer et François Rollin et qui a lieu au théâtre du Rond Point. Comment définir
le Grand Mezze ? Difficile en quelques lignes. Déjà, qu'est ce qu'un Grand
Mezze ? Pour moi, je pensais que mezze voulait dire bordel en tadjik ce qui se
confirme à la vue du spectacle car il s'agit vraiment d'un bon bordel (sans les
putes évidemment). En fait, je me trompais lourdement car comme l'affirme le
programme, un mezze est un ensemble de hors d'ouvre différents pouvant
aller de six plats (petit mezze) à plus de cents (grand mezze) déposés sur la
table et dans lesquels les gens se servent en s'aidant de la pita libanaise. Il
s'agit bien sûr d'une métaphore, je paye pour aller voire des gens bouffer,
pour signifier que le Grand Mezze est une sorte de radio crochet sans lots à la
fin et qui ne se limite pas au domaine de la chanson. Le grand mezze c'est un
peu portenawak comme l'a soufflé hier mon voisin de derrière, un jeune qui a
des choses à dire et qui n'a pas peur de le faire.
Il faut pas se le cacher : si les gens se déplacent en nombre (par groupes de
deux, trois, quatre voire même de groupes à composante unique comme votre
serviteur) pour aller voir le spectacle un dimanche soir à une heure où la
majorité des gens attendent la météo pour connaître les prévisions de la
semaine et se pignoler devant Evelyne Dhéliat, c'est avant tout pour voir
Edouard Baer. La majorité de la population est jeune ou bourgeoise voire même
bourgeoise et jeune et qu'on peut qualifier de bo-punk. En fait, sur scène,
Edouard Baer et François Rollin sont indissociables. Ils forment un véritable
duo. Les réparties fusent. On sent une complicité même si, et c'est là mon
seul regret, on a l'impression que tout est écrit. Rares sont les véritables
improvisations. En quelque sorte, vous êtes venus voir du Baer et bien vous
aurez du Baer. Ne vous attendez pas à autre chose. La seule vraie improvisation
concernait l'illustre Gilles Gaston-Dreyfus qui a raté de façon minable son
entrée et qui s'y est repris plusieurs fois pour tout de suite déguerpir.
Sinon, tout est bien cadré, tout est bien ordonné comme le témoigne l'omniprésence
(et c'est peu dire vu sa corpulence) de Jean- Michel Ribes. C'est ô
combien du Baer classique mais qu'est que cela fait du bien. Baer et Rollin
jouent les présentateurs. Ils annoncent les différents spectacles qui vont
avoir lieu. Ils se permettent quelques digressions notamment à propos de la
promotion du spectacle de Rollin lequel nous parle, notamment, de son rêve où
il se trouve sur un quai de la gare de Linz. Rollin nous a gratifié dès le début
du spectacle d'un magnifique ou-pas auquel j'ai difficilement résisté prêt à
me jeter sur scêne ou à beugler le nom de Savon, notre fameux théoricien. A
part ça, Rollin est sobre. Il nous démontre également quelques qualités
physiques que je ne lui connaissais pas en faisant de magnifiques pas chassés
sur scène. Bref, le Grand Mezze c'est avant tout un duo comique.
Mais, le Grand Mezze c'est également une galerie de personnages plus ou moins
loufoques. Certains possèdent du talent, d'autres un peu moins, voire pas du
tout. Certains nous font un peu pitié, d'autres nous font rire aux larmes.
Certains sont connus ou l'ont été, d'autres pas du tout. En gros, comme disait
mon grand-père Octave, il y a à boire et à manger. Difficiles de raconter la
diversité des intervenants sur scêne. On a eu le droit à de la fausse variété
française à texte, à une championne de mime, à des faux comédiens de soap
opéras, à un vampire qui ne fait plus peur. Bref, quasiment tous les arts
visuels et comiques sont représentés : de la chanson, du mime, de la récitation.
Petite mention spéciale pour le spectacle d'hier soir à Zouzou Pitchoun,
chanteur au talent incommensurable. Autre mention spéciale au commissaire
Nicolas de Leffe, commissaire du huitième arrondissement, qui a permis à
Edouard Baer et François Rollin de se lancer dans une joute oratoire sur les
divergences d'esprit entre la police et les amateurs de théâtre dans le huitième
arrondissement, même si comme l'affirme Baer les policiers peuvent être également
amateurs de théâtre. Bref, le Grand Mezze ça ne se raconte pas. Ca se voit.
D'autant plus que chaque spectacle est unique. Les artistes changent chaque mois
en fonction du casting ainsi que les invités ( hier soir c'était Jackie
Berroyer, Gérard Hernandez et Thierry Beccaro, que des stars !). Bref, entre
mater les sourcils d'Emmanuel Chain et se poiler au Grand Mezze, y a pas photo.