LE GRAND PLONGEOIR
Samedi dernier, le 19 juillet 2003, a été diffusée à 22 h 45 sur France 2 la première du "grand plongeoir", une émission conçue et animée par le duo Baer/Rollin, basée sur le thème du tout et du n'importe quoi avec des invités de prestige ou non, et surtout non, à l'instar du grand mezze que les deux mêmes animent déjà depuis la rentrée dernière un dimanche par mois au théâtre du Rond-Point, ceci explique cela. Le grand mezze, c'est quand même un tout petit peu devenu le truc à ne pas rater, le rendez-vous obligé, l'évènement incontournable, bref l'endroit où l'on est sûr de trouver du responsable des programmes de chaînes de télé à la pelle, et en l'occurrence celui de France 2 y est allé, et s'est dit comme ça, tiens, les gens ont l'air d'aimer, pourquoi on en ferait pas une émission? Ben oui, pourquoi? Pourquoi on ne lâcherait pas Baer et Rollin en freestyle après le tour de France cycliste, Nathalie Coré et Fort Boyard? Pour une raison toute bête: parce qu'il n'y a aucune raison pour que ça prenne, et d'autant plus que ce grand plongeoir répond avec générosité avec tout ce qu'on est en droit d'en espérer, et même un peu plus. Pas de décor criard, par de lumières abrutissantes, pas de salves d'applaudissements toute les 17 secondes, pas de pseudo-professionnalisme à la con, pas de prompteur, pas de présentatrice nigaude dont le QI égale le tour de hanches, encore que je subodore le QI de Rollin d'égaler le tour de ses hanches, car il est loin d'être sot, mais là n'est pas la question, enfin si, justement, la question est précisément là: en lieu et place d'Ardisson et des sempiternels mêmes VIP soporifiques qui l'accompagnent, c'est un pépère Rollin bedonnant et jovial qui s'en va faire coucou à un train de banlieue sur le bord d'une voix ferrée en prétendant saluer Madonna, qu'il appelle Mado, transpirant plus qu'à son tour car il fait un soleil de plomb, tout ça, je le rappelle, quelques minutes à peine après Fort Boyard, où Elodie Gossuen et Bruno Vandeli ont transpiré pour faire gagner des sous à une association qui s'occupe "d'apporter un peu de rêve aux enfants malades", c'est dire à quel point le directeur des programmes de France 2 ne va pas faire de vieux os. C'est dommage, car pour la première fois, on se dit que la redevance télé justifie sa fonction, en l'occurrence de permettre à des gens talentueux, imaginatifs et sympathiques de briser tous les moules de la télévision contemporaine, motivés par le seul désir de s'en payer une bonne tranche, et tant pis si ça ne "fédère" pas. Inutile de décortiquer l'émission, raconter des scènes, isoler des répliques, décrire des personnages, ça n'aurait aucun sens, le grand plongeoir est à prendre d'un bloc, une heure de bordel organisé (ou le contraire) sans prise de chou, avec des hauts et des bas mais où même les bas sont délectables, même les hésitations, les improvisations qui partent en couille et les transitions hasardeuses, justement car elles s'inscrivent résolument en rupture avec tout ce qui fait l'abomination de la télé d'aujourd'hui, j'ai nommé Delarue, son oreillette, ses fiches et son sous-main, voire Arthur et ses pathétiques "120 minutes de bonheur"; le grand plongeoir n'en propose que 60, mais j'aime autant de dire que c'est du bonheur un tantinet plus consistant, qui ne durera pas, bien entendu, c'est déjà un miracle s'il arrive à terminer l'été. Alors ne ratez pas la deuxième édition, ce sera peut-être la dernière. Moi, j'enregistre, pour plus tard, pour montrer aux générations futures à quoi elle aurait pu ressembler, la télé, si le monde n'avait pas été aux mains des ordures et des épiciers.