Comment créer votre Rollinothèque?
Le terme "Rollinothèque" désigne les cassettes vidéos de François Rollin de votre vidéothèque. Il ne peut en aucun cas s'appliquer aux productions d'un autre artiste. Par exemple, il est hors de question de ranger vos vidéos "Les petites annonces d'Elie 1,2,3,...n" dans votre Rollinothèque. Il est même déconseillé de les ranger dans votre vidéothèque, leur meilleure place étant encore sur l'étal du vendeur de vidéocassettes, voire dans une poubelle.
Tout le monde n'est pas d'accord? Il y en a qui doutent? Oui? Toi? Tu aimes Elie Sémoun, tu collectionnes ses petites annonces, tu les attends avec une impatience chaque fois renouvelée?
Tu prends tes affaires et tu quittes ce site.
Non mais.
Plus qu'un signe de bon goût, posséder une Rollinothèque est un signe de différenciation sociale. Lorsqu'on vous invite à dîner, assurez vous de la présence d'une section Rollinothèque dans la vidéothèque de votre hôte. Si tel n'est pas pas le cas, tournez les talons, et quittez sans tarder ce havre d'inculture, même si vous n'avez pas encore dîné. On vous y servirait de toute façon de la mauvaise nourriture, très sûrement du gigot flageollet avec des chips, ou je ne sais quel met invraisemblable dont est coutumier l'homme qui n'aime pas Rollin.
Si vous ne possédez pas encore de Rollinothèque, voici les quelques pièces nécessaires à sa conception. Procurez vous les sans tarder, et n'hésitez pas à les ranger là où elles seront le mieux mises en valeur, de manière à impressionner le visiteur. Vous pouvez par exemple les disposer au beau milieu de votre bibliothèque, quitte à déplacer les trois pauvres volumes de la Pléïade et la dernière chierie de Christine Angot, que vous n'avez de toute façon jamais ouverts.
Rollinothèque de base
Il est très simple de commencer une Rollinothèque. Trois cassettes sont en vente, il vous suffit de les acheter. Ne soyez pas radins, trois cassettes à 150 balles ne représentent pas une si grosse dépense, et ne me faites pas le coup du smicard qui a du mal à boucler son mois, si vous êtes là, en train de me lire, c'est que vous possédez un ordinateur, un modem et un abonnement à Internet. Vous êtes donc un privilégié. On ne me la fait pas.
Peut-être connaissez vous une personne qui possède une vidéo de François Rollin. Vous pouvez éventuellement la lui emprunter. Mais à condition de lui rendre. Le problème est qu'une cassette de Rollin insérée dans un magnétoscope refuse obstinément d'en sortir; il vous faudra donc lui rendre la cassette et l'appareil, ce qui, tout bien pensé, est économiquement moins avantageux que de faire l'acquisition des trois cassettes en question. Ajoutons à cela le plaisir de savoir qu'une partie de vos deniers servira à alimenter la cave de l'artiste, et l'affaire est conclue.
Non? T'es pas convaincu? Tu penses qu'il vaut mieux utiliser cet argent pour aller voir le prochain spectacle de Ruquier?
Tu fais ton paquetage et tu manges la route.
Je poursuis.
Colères
La première des trois cassettes de
votre Rollinothèque de base est l'enregistrement
public de "Colères", dernier spectacle en date de
l'artiste, au théâtre Grévin. On la trouve dans les rayons humour des
marchands de vidéos, inexorablement coincée entre celles de Muriel Robin et
Laurent Ruquier. Drame de l'ordre alphabétique.
Pourtant, on ne voit qu'elle. Sur les jaquettes des autres vidéos du rayon, les comiques affichent des mines hilares, voulant forcer un rire qui ne viendra évidemment jamais, sauf chez les sots. Pour sa part, Rollin ne sourit pas. Il fait la gueule. Il est le seul à faire la gueule de tout le rayon. Un genre de moue dubitative, teintée d'un discret rictus de mépris. Ne m'achetez pas, semble-t-il vouloir nous dire, je ne suis pas un rigolo, ma cassette n'a rien de fun, on ne la regarde pas par petits bouts entre un coup de fil, un wasaaa et un morceau de pizza. Ne m'achetez pas, je ne vous aime pas, nous n'appartenons pas au même monde.
Le vulgum peccus n'insiste pas, et repart avec sa cassette d'Elie Sémoun. Mais l'homme de bon goût, forcément un peu misanthrope, est intrigué. Il prend la cassette, la repose. Il hésite. Finalement, il prendre le risque, et achète la cassette. Au moment de passer à la caisse, il ne le sait pas encore, mais sa vie de rieur est bouleversée.
Colères est un monument. Je conçois volontiers qu'en parcourant les pages de ce site, ceux qui ne connaissent pas Rollin puissent s'interroger sur les raisons d'un tel engouement. Car après tout, qu'est-ce qu'il a de si drôle, le bonhomme de chez Peugeot? Pourquoi voue-t-on un tel mythe au gars qu'on voit chez Clémence Arnaud? Il est drôle d'accord, mais qu'est-ce qu'il a de plus que les autres?
Colères. Voilà ce qu'il a de plus que les autres. Et on peut s'en rendre compte en regardant la vidéo. Néanmoins, n'oublions jamais le fait qu'un spectacle de théâtre ne se goûte pleinement que dans une salle, et plus encore dans le cas de Rollin et de ses Colères. Au premier rang, devant la chaise à tableaux, dans les décibels et les postillons, voilà la meilleure place. Précisons également que la version vidéo de Colères telle qu'on la trouve dans le commerce a été enregistrée au Théâtre Grévin. Le spectacle fut repris par la suite au Café de la Gare, dans une version beaucoup plus ciselée et aboutie, telle que nous ne la verrons malheureusement plus jamais. Ceux qui n'ont pas assisté à Colères en public doivent donc considérer cette vidéo comme un aperçu de ce qu'ils ont raté. Mais ne chipotons pas. J'envie jalousement celui qui, encore vierge de François Rollin, s'apprête à découvrir Colères, même par le biais de cet enregistrement. Quand je dis "encore vierge", c'est au sens figuré, je crois utile de le préciser pour les psychanalystes de marché, et ils sont nombreux.
Le professeur Rollin a encore et toujours quelque chose à dire
Dans le cadre de la page des sports de je ne sais plus quel journal télévisé, j'ai un jour entendu un footballeur affirmer: "Notre objectif était d'atteindre les quarts de finale, c'est fait, à partir de maintenant, le reste, c'est que du bonus". Avec Colères, c'est un peu pareil: on atteint le paroxysme de l'humour, et le reste, c'est que du bonus. Mais du bonus autrement plus réjouissant que n'importe quel match gagné par notre footballeur de peu d'audace dans la suite de sa compétition.
T'es pas convaincu? Tu aimes le foot? Tu as pleuré quand l'OM a remporté la coupe d'Europe? Tu étais sur les Champs-Elysées quand la France a gagné la coupe du monde en 1998?
Tu tires ta révérence et tu prends la fuite.
C'est bon? On est entre gens de bonne compagnie? Alors je continue.
Le bonus en question prend forme de
deux vidéos, intitulées "Le professeur Rollin a toujours quelque chose à
dire" (le premier volume), et "Le professeur Rollin a encore quelque
chose à dire" (le second volume).
Enregistrées en 1999, ces deux pièces
maîtresses de l'oeuvre rollinienne récussitent le personnage du professeur
Rollin, né dans la série télévisée Palace, diffusée pour la première fois
au début des années 90 sur la chaîne Canal Plus, et largement rediffusée
depuis. 
Le principe reste le même: celui de la démonstration absurde de faits dont tout le monde se fout dans une rigueur scientifique implacable. Mais dix ans après, le professeur a pris de la bouteille et de l'assurance. Des décors somptueux, une mise en scène inspirée (Jean-Michel Ribes), de réjouissantes séquences musicales de transition filmées dans la nature, une savante utilisation de la récurrence... bref, autant d'éléments qui font de ces deux cassettes des oeuvres à part entière, que l'on peut tout autant consommer d'une traite que par petits bouts. Très, très loin des petites annonces d'Elie.
Oui? Pardon? Tu n'arrives toujours pas à comprendre ce qui différencie les vidéos du professeur Rollin de celles d'Elie Sémoun? Il me semblait pourtant t'avoir invité à quitter ce site. Alors, je te le redis une dernière fois:
Tu chausses tes baskets et tu mets les gaz.
Et la prochaine fois, c'est mon pied dans le cul.
Rollinothèque élaborée: Plan ORSEC
En dehors des trois cassettes sus-évoqués, il existe de nombreux autres enregistrements télévisés de prestations inédites du professeur Rollin. Mais voilà, on ne les trouve pas dans le commerce. Et le drame est que je n'en possède pas moi-même, ou très peu. Je ne peux donc pas en parler, sinon substantiellement. Mais je connais leur existence. Et je sais de source sûre qu'il arrive qu'on les croise au hasard des programmations des chaînes de télévision exotiques. La présentation de la rollinothèque prend donc à partir de maintenant une autre tournure, et consiste en une liste, que j'espère exhaustive, de tous les enregistrements en question. Le but à terme est de tous parvenir à les enregistrer, les réunir et en dresser une compilation, échangée sous le manteau entre internautes rollinophiles de bon goûts. Ami internaute, si tu es abonnés aux câble, TPS, ou je ne sais quel autre fournisseur de contenu télévisuel, comme on dit, j'en appelle à ta vigilence, et à ta coopération.
Précisons enfin que François Rollin, dans sa grande bonté, a bien voulu m'envoyer les textes de certains des sketchs ici recensés. Inutile de préciser que leur lecture, pour aussi réjouissante qu'elle soit, laisse principalement une impression de frustration, car un texte n'est rien sans son interprète. Il faut donc faire un effort d'imagination en les lisant.
Spectacle
Hirondelles de saucisson: C'est le premier spectacle de François Rollin. Un enregistrement cannois en est sporadiquement diffusé sur les chaînes exotiques, compensant désaventageusement l'absence de sa version vidéo sur l'étal des épiciers, toujours plus intéressés par le profit démesuré de la vente d'une vidéo d'Elie Sémoun que par la satisfaction de subvenir aux exigences d'un public certes peu nombreux, mais fin connaisseur. Il ne faut surtout pas négliger ce spectacle, puisqu'on y assiste tout simplement, dans la confusion organisée d'une succession de scènes stupéfiantes, à la genèse de l'humour Rollin. Le futur professeur Rollin y côtoie celui qui deviendra plus tard le héros de Colères, au grand ahurissement du téléspectateur qui assiste passivement à la révolution humoristique sans toujours bien comprendre ce qu'il est en train de se passer.
Séries télévisées
Palace: C'est pour la série télévisée Palace qu'a été créé le personnage du professeur Rollin. Peut-être en possédez-vous quelques exemplaires, perdus au fin fond de votre vidéothèque, sans soupçonner les trésors qu'ils recèlent. Epoussetez les de ce pas, et régalez vous des séquences intitulées "Le professeur Rollin a toujours quelque chose à dire". Certaines ont vraisemblablement été écrites pour les besoins de l'émission, d'autres sont issues du premier spectacle de l'artiste, Hirondelles de saucisson. Elles sont un peu le brouillon des deux vidéos du "professeur Rollin a toujours quelques chose à dire", présentées un peu plus haut.
Merci Bernard: Une autre série télé, antérieure à Palace, dont je ne me souviens pas du tout, à part quelques scènes cultes sporadiquement rediffusées dans les émissions d'André Halimi (Desproges avec un poulpe sur la tête, pour la plus connue). On sait que François a participé à l'écriture de cette série. Mystère.
Sketchs inédits
-Vertige: Probablement le sketch le plus connu du professeur Rollin, Vertige, genre d'évangile selon Saint-François et b.a.-ba de l'humour rollinien, est tout au moins celui qui a contribué à la naissance du mythe. On le trouve dans Hirondelles de Saucisson, dans Palace, dans des versions inédites, et plusieurs versions du texte sur le net.
-Trois sketchs, dans le cadre d'un plateau d'artistes variés au Café de la
gare: Vertige, Parcland, Les profiteroles. J'ai eu l'immense surprise et
privilège d'assister à l'enregistrement de ces sketchs, dont je garde un
souvenir plus qu'ému, notamment pour ce qui concerne le sketch Parcland, sur
le thème du parc d'attraction. Il semble que ces sketchs aient déjà été
diffusés sur Paris Première.
Lire le texte de Parcland
-Toujours au Café de la Gare, dans le cadre d'une soirée spéciale organisée pour fêter le trentième anniversaire de ce théâtre mythique (est-il besoin de rappeler que Rollin y a interprété ses Colères pendant plusieurs mois?), un sketch du professeur Rollin spécialement écrit pour l'occasion.
- Sketch en duo avec un dénommé Eric, sur le thème du duo comique irrémédiablement voué à l'échec
- Sketch en forme d'hommage à la vacuité de la télévision française
-Sketchs en trio avec deux inconnus notoires dans le cadre du festival de la performance d'acteurs à Cannes
Je cède maintenant la parole à mon excellent confrère Marcel Trois gaules, dont une en fibre de verre, qui se propose d'éclairer notre lanterne en décrivant et analysant trois sketchs inédits supplémentaires.
Note: Il paraîtra sans doute bizarre de lire Marcel Trois gaules parlant "de mémoire" de sketchs dont les textes intégraux sont proposés à la fin de chacune de ses analyses. Cela s'explique simplement par le fait que j'ai reçu les textes de ces trois sketchs ultérieurement à la publication sur cette page de l'argumentation de mon confrère.
***
Ce document tente de résumer trois sketches de François Rollin, dont il semble bien que je sois le seul à avoir vu (ne sont pas inclus dans ce document des descriptions de raretés telles que Les
profiteroles ou Parcland, bien documentées par ailleurs). Hélas, ce résumé ne peut être qu'imparfait, d'une part à cause d'une mémoire défaillante, et d'autre part de par mon inaptitude à retranscrire fidèlement le génie rollinien. Par ailleurs, et pour achever ce préambule, je signale que je ne possède à mon grand regret aucun exemplaire de ces sketches (même si je possède bien un enregistrement du spectacle du Café de la Gare comprenant
Les profiteroles et Parcland).
Le premier sketch que nous allons étudier est le plus courant. Il est assez souvent diffusé dans des collections du type "Juste pour rire : Festival de Montreux". Pour le voir, il faut traquer les interludes sur Comédie, outil de recherche principal pour les inédits de Rollin, mais aussi, et c'est là une chance exceptionnelle pour l'amateur de Rollin, une source plus commune, les best-of passant sur certaines
chaînes hertziennes, notamment en périodes de fête.
Il s'agit d'un duo avec Danyboon, où François Rollin, comique chevronné présente Danyboon, nouveau comique qui apparaît comme un peu simplet. Sous un prétexte futile, il écarte Danyboon de la scène et demande au public de faire bon accueil à son sketch. En effet, Danyboon est un garçon qui a subi beaucoup de traumatismes l'ayant profondément affecté. Rollin, homme bon et généreux l'a pris sous son aile et tente d'amortir les chocs d'une vie trop dure pour ce jeune homme frêle. Et si celui-ci veut être comique, et bien soit, même si Rollin ne l'en sent pas capable.
Au retour de Danyboon, Rollin s'éclipse. Danyboon explique qu'il est parfaitement au courant du manège de Rollin et que non il n'est pas simple d'esprit. Mais, Rollin, lui a été traumatisé par la perte de son fils (serait-il mort dans les chiottes d'un bistrot de pédés ? Lancinante question qui nous hante et à laquelle nous n'aurons pas de réponse). C'est pour cela qu'il s'est reporté sur Danyboon, occultant le fils initial pour lui substituer une
icône dont l'identité réelle importe peu.
Rollin revient des coulisses, Danyboon se remet dans son rôle de simplet. Il part en coulisses, laissant la place à Rollin qui déclare au public, que certes, Danyboon parvient à imiter la lucidité, mais que ce n'est qu'une façade.... S'ensuit une série de plus en plus vertigineuse de substitutions Rollin/Danyboon exécutées avec brio par deux comiques au sommet de leur art. Mais hélas, comme toutes les bonnes choses ont une fin, elle est conclue par une transition de Georges Beller vers le sketch suivant.
Lire le texte de ce sketch
Deuxième sketch, en collaboration avec Philippe Khorsand (le directeur de l'hôtel Palace). Plus rare que le précédent, j'ai eu l'occasion de le voir à deux ou trois reprises sur Comédie. François Rollin y campe le rôle d'un riche bourgeois, probablement membre du Rotary. Il souhaite démontrer que la richesse a surtout des inconvénients et qu'être pauvre c'est bien. Il demande donc à un pauvre, Philippe Khorsand, (qu'il a payé 200 FF, apprendra-t-on plus tard) de venir dire à la salle qu'il est bien plus pratique d'être pauvre que riche. En effet, les congrès aux Seychelles avec champagne et foie gras, ça pèse sur l'estomac, et de toute façon les Seychelles, quand on les a vues une fois, on a plus spécialement envie d'y retourner... Philippe Khorsand semble de moins en moins convaincu de la chance qu'il a, et déclare d'une voix mal assurée qu'il aurait bien aimé les voir au moins une fois les Seychelles. S'ensuit alors un désaccord de plus en plus violent entre Rollin et Khorsand, Rollin s'estimant trahi une fois de plus par ces pauvres qui ne méritent pas leur bonheur et Khorsand par ces riches qui lui donnent des sommes ridicules pour raconter n'importe quoi.
Lire
le texte de ce sketch
Troisième et ultime sketch. Rarissime, je l'ai vu une fois à une heure tardive sur Comédie. Assurément le plus risqué. Autant les autres sketches sont basées sur des archétypes rolliniens parfaitement maîtrisés et donnent un résultat prévisiblement drôle, autant ici la manoeuvre est périlleuse. Rollin base son sketch sur un ressort comique exploité par des dizaines de comiques avant lui, et qui à ma connaissance avaient tous échoué jusqu'ici. Réussira-t-il ? Etudions cela de plus près.
François Rollin joue le rôle d'un énarque tout droit sorti de la préfecture de Limoges effectuant un discours sur l'exclusion et les SDF pendant l'été, un problème mal connu. Derrière lui, une jeune femme en tailleur strict avec lunettes strictes,
îcone de la jeune femme dédiée à son travail. Et comme c'est l'été, il fait très chaud. La jeune femme a donc chaud, s'évente, enlève ses lunettes et défait sa queue de cheval (contrairement à Rollin que les années d'expérience ont immunisé à tout trouble, qu'il soit d'ordre thermique ou d'une autre nature)...
Vous imaginez de suite le ressort potentiel : La jeune femme a tellement chaud qu'elle est contrainte de se dénuder entièrement. Un tel ressort comique (la promesse d'une belle femme entièrement nue) a été largement exploité par de nombreux comiques. Généralement, le comique a peur de tomber dans la vulgarité et tente de détourner l'attention du téléspectateur de la promesse via d'autres pirouettes comiques destinées à légitimer la non-tenue de ladite promesse.
Prévention très légitime du comique qui sait que contrairement à certaines idées reçues, érotisme ne va pas forcément de pair avec drôlerie et qu'il
convient donc de manier cela avec des pincettes. Ainsi, si Gotlib est très drôle associé à Goscinny dans les Dingodossiers, il l'est beaucoup moins lorsqu'il quitte Pilote et passe son temps à dessiner des cochonneries dans l'Echo des Savanes. Utiliser l'érotisme, c'est donc souvent suivre le chemin de la facilité, qui mène généralement à l'échec, sauf s'il est emprunté avec talent et précaution.
Dans le cas qui nous occupe, trois solutions s'offrent au comique :
1° Renoncer à son gag, eu égard aux dangers du sujet, qui entraînera à coup sûr soit frustration, soit vulgarité. Il y a bien d'autres ressorts comiques à exploiter. Rollin lui même n'utilise absolument pas cet artifice dans Colères. Cela montre bien que tenter cette manoeuvre est risqué et pas forcément utile
2° Comme décrit ci-dessus, maintenir ce gag et tenter de s'en sortir en esquivant le sujet. Pourquoi s'obstiner ?
3° Jouer d'audace et livrer au téléspectateur le quota de chair promis, au risque de tomber dans la vulgarité et de ne pas être forcément très drôle.
Que fait alors le comique ? Souvent, il écarte la solution 1°, étant trop paresseux pour inventer un nouveau gag, et aussi souvent, il écarte la solution 3°, étant peu audacieux et ayant peur de tomber dans le vulgaire et de ne pas être forcément très drôle. Il choisit donc la solution 2°, et développe son gag
bancal en lui apportant des modifications destinées à éviter l'écueil de la vulgarité, mais donc l'effet principal est de faire sombrer le sketch dans la médiocrité
Au bout du compte, le téléspectateur est surtout amer de s'être vu privé de la chair qui lui était due et trouvera systématiquement le gag de substitution nullissime, ce que ne comprend pas le comique qui se dit que ça marchait pourtant très bien aux répétitions. A la décharge du comique, étant dépravé, il a généralement couché, probablement dans une partouze avec le dernier metteur en scène roumain à la mode, avec la jeune fille qu'il avait promise à la foule. Il n'est donc pas frustré.
Prenons quelques exemples. On a déjà ailleurs sur ce site évoqué le cas Clémence Arnaud qui lors d'une émission avait promis de montrer ses "seins" au public s'il restait jusqu'à la fin de l'émission, mais s'en était sortie en montrant ses "saints". Encore heureux qu'elle n'ait pas oublié la promesse en cours de route, ce qui arrive très souvent lorsqu'on utilise ce ressort. Au bout du compte, le public est frustré, se dit qu'on ne l'y reprendra plus et ne regarde plus jamais l'émission, en conséquence baisse vertigineuse de l'audimat et suppression de l'émission à la rentrée suivante. François Rollin peut faire tous les efforts qu'il veut dans l'émission, il ne peut pas convaincre de rester des téléspectateurs déjà partis. Même si Jimmy Lévy avait décidé d'adjoindre à Clémence Arnaud pour les émissions suivantes Sophie Thalmann et Julie Snyder et de leur faire présenter l'émission intégralement nues, le sort de l'émission était scellé.
Tomber dans ce piège arrive même aux meilleurs. Je me souviens d'un centre de visionnage où Edouard Baer avait annoncé en ouverture qu'une jeune fille ayant malencontreusement oublié ses vêtements viendrait danser nue sur le plateau. Il n'en fut plus jamais question et le téléspectateur qui a vu cette séquence en ressent encore aujourd'hui une certaine amertume.
Qu'allait donc faire Rollin. Tenter ce qu'aucun autre n'avait tenté avant lui ? Prendre le risque d'être vulgaire, ce qui, vous en conviendrez, est nettement moins grave que de n'être pas drôle ? Eh bien oui, il tente. La jeune femme, réalise donc, magnifique surprise, le strip-tease intégral que tout le monde espérait, sans y croire, tellement le public avait été échaudé par les utilisations frauduleuses de cette
technique par tant d'autres comiques.
Mais ce n'est pas tout, et c'est là qu'on voit que François Rollin est le comique de qualité supérieure par excellence. Non seulement, le public a droit à un effeuillage inattendu et de qualité, mais la maison Rollin offre de surcroît, non pas à côté, mais en s'appuyant sur ce qui se passe en arrière-plan, un texte de grande classe comique. Résultat, un texte excellent parfaitement mis en scène et comme corollaire, un public charmé par un sketch qui offre beaucoup plus que ce qu'on pouvait en espérer.
Rollin au sommet de son art innove et parvient à faire oublier la vulgarité de la manoeuvre et montre la voie à tous les comiques qui s'étaient fourvoyés dans des chemins de traverse sans comprendre que le développement idéal du gag était le plus simple.
A n'en pas douter, des dizaines de comiques imiteront (mal) ce sketch de Rollin et ce type de gag deviendra usé et simplement grivois et sexiste, sans aucune finesse humoristique. Rollin demeurera à jamais le grand innovateur, capable de franchir les pires obstacles barrant la voie menant au contentement du public.
A noter: Le sketch des trois graines, dont l'origine faisait débat il y a quelques temps dans la rubrique courrier de ce site, n'est pas un sketch inédit, mais un extrait du spectacle "Hirondelles de saucisson".