L'éducation d'un enfant, c'est aussi lui inculquer le bon goût. Catéchisme, leçons de solfège, initiation au dessin et cours de gym n'auront servi à rien si parvenu à l'âge adulte, l'ex-enfant n'est pas foutu de distinguer le beau du laid, l'original du vulgaire, le captivant de l'affligeant. L'éducation d'un enfant, c'est donc lui apprendre à faire ces distinctions fondamentales, mais encore faut-il qu'il dispose d'un minimum de prédispositions.
Afin de tester si le bon goût est pour votre enfant une valeur qui a de l'avenir, voici un petit test très simple mais néanmoins particulièrement efficace, estimé à juste titre comme exercice de référence par les principales écoles de pédiatrie.
Placez votre enfant sur vos genoux,
et invitez le à s'imprégner des images suivantes, puis à répondre à la
question qui les accompagne.
Votre enfant choisit la réponse A:
Vous devez vous y résoudre: votre enfant n'a et n'aura jamais de personnalité. Où plutôt, il en aura une, mais conforme au moule dans lequel a été coulée celle de la majorité de ses contemporains. Vous vous en rendrez très vite compte: rapidement, il vous exaspèrera par sa mollesse d'esprit et son manque d'humour. Dans tous les domaines, il se montrera le moins imaginatif possible, s'arrêtant toujours à la facilité et refusant obstinément de sauter le moindre obstacle susceptible de barrer la route à son conformisme. Il refusera les livres, préfèrera la variété à la musique, abusera des jeux télévisés et boudera toute nourriture un peu audacieuse, n'acceptant guère plus que des hamburgers-frites jusqu'à la fin de ses jours. Le vin sera pour lui un plaisir interdit, et les fois où il consommera de l'alcool, ce sera toujours de l'alcool fort et bon marché, dans l'unique but de se mettre minable afin d'oublier sa vie de merde. Car votre enfant aura une vie de merde, il faut commencer à vous faire à cette idée: une vie de merde, avec un boulot de merde, une maison de merde, des vacances de merde, et de deux choses l'une: soit il coulera des jours paisibles en camouflant son désespoir sous les divers apparats de la norme sociale, soit il ne le supportera pas et finira mort dans les chiottes d'un bistro de pédé. C'est assez difficile à admettre, mais c'est la dure loi de la science.
Votre enfant choisit la réponse B:
Prenez bien garde à ce que vous comptez lui enseigner, car il excellera dans tous les domaines. Faites lui pratiquer le judo, et il fera passer David Douillet pour un lopette souffreteuse; initiez le à la cuisine, et le guide Michelin sera obligé de créer une quatrième étoile pour évoquer les plats qu'il inventera; mettez lui une guitare entre les mains, et Jimmy Hendrix sera déconsidéré à jamais par ses propres fans; donnez lui un papier et un stylo, et il relèguera Zola au rang de succédané de Christine Angot; inscrivez le au catéchisme, et Jean-Paul II, s'il tient d'ici là, aura enfin trouvé son remplaçant; initiez le à la politique, et la France sortira enfin de la crise.
Vous l'avez compris: votre fils est ce qu'il est convenu d'appeler un surdoué. Prenez bien soin de lui.
Votre enfant n'a pas d'avis tranché:
Il est plus qu'urgent de lui inculquer le sens de la distinction. Pour cela, exercez le à différencier des choses simples: une poire d'un chameau, une cathédrale d'un pétoncle, un rabot de sa grand-mère. Recommencez autant de fois qu'il sera nécessaire, sans jamais vous démotiver, ou vous en ferez un dangereux maniaque, qui finira ses jours dans un hôpital psychiatrique, voire dans une prison. Ce n'est pas des choses qu'il faut souhaiter à son enfant.