Une scène de théâtre.
Arrive un homme, en collants, service trois pièce apparent ; il déclame avec emphase. Arrive un deuxième homme, pourvu d'une bosse encore plus importante, qui lui répond en vers pompeux. Enfin, vient le troisième, avec un chibre format concombre.
Dans un bar, vue du comptoir, avec le patron derrière et un pilier de bar à la limite du champ. Au centre, le Professeur Rollin en costume réglementaire. Il se tourne vers la caméra.
“L'Humour obéit à des règles bien précises. On peut certes les violer en connaissance de cause, mais on ne les ignore qu'au risque de faire rire à ses dépends. Or, de tous temps, l'homme a cherché à faire rire, sauf à ses dépends. Ou alors dans des buts stratégiques : ainsi François 1er à Pavie : 'tout est perdu fors l'honneur'. (Il pouffe, regarde autour de lui – indifférence- revient sur la caméra) « N'est-ce pas exquis? Non, mais parce que 'fors l'honneur', ça veut dire 'sauf l'honneur', 'à part l'honneur', quoi. Quand même, le type il vient de perdre contre des Italiens. Alors bon.
Tandis que dans « Souvent femme varie, bien fol est qui s'y fie », là, c'est le glissement lexical et phonétique, là (gloussements). Fol. Fol (avec le poignet cassé, façon Michel Serraut sous X), comme une tapette, quoi. Une pédale. Une jaquette. Une bonne grosse tantouze des familles. Alors que non, mais bon, justement, c'est ça qui est drôle, enfin !
Bref, dans la scène que nous venons de visionner, nous avons vu la mise en oeuvre de trois principes comiques. Tout d'abord, un thème : l'Humour Génital. Voilà un thème fort. De tous temps, l'homme a cherché à faire rire avec les bites. Sauf à ses dépends. D'ailleurs, les termes 'Zizi, zboub, zguègue, bistouquette ou zigounette' sont drôles, intrinsèquement drôles. Nous ne nous attarderons pas sur le sujet, bien qu'il y ait beaucoup à dire. Nous y reviendrons.
Deuxième principe à l'oeuvre: le groupe de trois, qui induit une progression forte, lisible et structurée. Prenons, par exemple, une histoire de Toto. Nous savons tous que cela se finira avec du caca, mais encore faut-il préparer le terrain pour ce caca, l'introduire, si je puis me permettre, et exposer le mécanisme comique dans sa redoutable efficacité. Si, et seulement si, on a préparé l'arrivée du caca, on a comme résultat 'caca=drôle'. Sinon, c'est de la merde en barre, de l'humour de récré à la con et c'est tout. Et alors là, croyez bien que je ne suis pas venu vous parler de ça, hein, j'ai autre chose à faire de mon temps que gâcher celui des autres.
Dernier principe : le décalage. Imaginons que les acteurs commencent à faire des remarques sur la tailles de leurs...(rires contenus) zigounettes : on tuera tout le principe comique de la scène, on trahira le tapis d'intentions sous-jacent... Retenez donc : on ne doit jamais trahir le tapis. Jamais.
Vous voyez, ça n'est pas très compliqué, de faire rire, mais ça demande une rigueur, une méthode, osons le mot : une discipline. Eh oui. Sachez-le, souvent, derrière le masque du clown, il y a un homme qui souffre sous le harnais, qui ploie sous le fardeau de la bonne humeur de ses concitoyens, un être angoissé à en avoir des coliques à répétition, tout ça pour une ou deux saynettes bien tournées, qui seront oubliées en cinq minutes, car les gens sont des ingrats. Mais peu importe, notre homme remettra sur le métier son ouvrage, et suera sang, eau, pus, foutre, vieillira seul et négligera sa santé, son alimentation et les règles les plus élémentaires de l'hygiène juste pour vous faire 'poiler' pendant cinq petites minutes, avant que vous retourniez vous plaindre de vos petites vies minables. Vous me faites gerber. (prend une rasade de bière)
Attention, c'est une erreur commune et grossière de penser qu'il y a un clown joyeux derrière le masque du clown triste. Non, bien sûr, dans ces cas-là, il y a (schèma à l'appui) soit un autre clown triste, soit un comptable sadique, qui aime probablement se faire enculer par des objets oblongs en cuivre le samedi soir en se faisant apeler 'Amanda', mais je préfère ne pas en parler.