LES DIVAGATIONS DE SAVON LA VIEILLE BADERNE


Le paillasson
Le paillasson: complément d'enquête
Le paillasson: complément d'enquête (2)


En ce temps là, Saint Maclou dit à ses disciples : «  Que les paillas soient, et les paillas sont »

Préambule

Une coutume barbare sévit dans nos pays civilisés soi-disant "modernes" depuis des temps immémoriaux. C'est un scandale devant lequel personne ne peut rester insensible : je veux parler de l'exploitation du Paillasson.
Rappelons tout d'abord la définition qu'en donnait le  "Petit Larousse" (Edition 1980) :
Paillasson - n. m. Natte en fibre dures, qu'on place à la porte des appartements pour s'y essuyer les pieds.

Le fait que le paillasson soit un animal à part entière n'est nulle part évoqué. Une grande Conspiration qu'il est donc vital de démonter.

Aspect du paillasson

Car le paillasson est bien un animal. Il est petit de taille et de forme très souvent rectangulaire.
Son pelage est soyeux mais coupé court (pour éviter toute discussion sans doute ?).
Très serein, de caractère doux et affable, il se tient le plus souvent allongé, pouvant rester immobile des années entières.
L'expression populaire " être tapi " peut certainement être imputé au caractère étrange de cet animal.
De nos jours, le paillasson sauvage a pratiquement disparu de nos contrées et ce n'est que sous sa forme domestique que nous le connaissons.
Cependant, une particularité fait de lui un être hors du commun et unique dans la variété pourtant immense du règne animal : le paillasson ne possède en effet ni queue, ni tête !
D'éminents savant se sont penchés sur cette énigme confondante, mais aucun de ceux-ci n'a pu fournir une explication satisfaisante sur ce curieux phénomène(1).
D'autre part, ses organes vocaux semblent très limités, voire inexistants, et ce n'est que très rarement qu'on a pu en entendre aboyer. Serait-ce par fierté, suite à sa domestication, que le paillasson aurait décidé consciemment de se taire définitivement (2) ?
Sur certains d'entre eux, on peut trouver une petite excroissance, sous forme d'un rectangle de papier, où sont inscrits divers signes cabalistiques comme "Made in Taiwan".
Là encore, aucune explication tangible n'a pu être apportée quant à la signification du comment et de la finalité de la chose. Ces petits bouts de papier seraient-ils des secrétions internes pour transmettre un message à l'humanité entière ? Mystère …

Le paillasson : un être simple et affectueux

Les paillassons ne vivent jamais en bande, ce sont essentiellement des êtres solitaires, attachés fidèlement à leurs maîtres(3).
Qu'ils soient en pavillon ou en immeuble, ils se tiennent le plus souvent sur le pas de la porte, ne s'aventurant que très rarement dans les pièces principales. De caractère solitaire, il se choisit lui-même un résidence à laquelle il demeurera fidèle le plus souvent jusqu’au terme de son existence. 
Son mode de nourriture est resté longtemps inexpliqué, mais des études récentes, suite à de longues et minutieuses observations, ont pu lever un voile du mystère (4). Le paillasson procèderait de la manière suivante : toute personne arrivant à la porte d’entrée, où il se tient, frotte consciencieusement ses pieds sur le ventre de l’animal permettant à ce dernier d’ingérer les différentes miettes de pain, petits cailloux ou autres minuscules ingrédients se trouvant sous les chaussures.
A noter qu’il convient à intervalles réguliers de battre le paillasson. Cette opération, qui pourrait paraître cruelle, permet en fait d’évacuer toute la nourriture que l’animal n’a pu ingérer. Sans cette mesure, le paillasson dépérit vite, son poil devient terne, il n’est alors plus que l’ombre de lui-même. Aussi n’hésitez pas : si vous passez devant un paillasson à la mine souffreteuse, mettez sans état d’âme un terme à son existence ( 5) vous éviterez à cet animal de continuer à végéter sans espoir de jours meilleurs, la médecine est hélas encore impuissante à rendre au paillasson son lustre d’antan.

Le parapsychisme et le paillasson

On pourrait penser que le paillasson est un être frustre, végétatif et sans aucune conscience. Cependant, des études récentes ont pu démontrer qu’il n’en était rien et que le paillasson possédait un pouvoir « parapsychique » des plus surprenants.
Eh effet, se déplaçant très peu, le paillasson dépend totalement de personnes pouvant le nourrir. Mais la nature a bien prévu le coup, et une personne entrant dans l’appartement sans respecter le rite dit de « frottage de pieds », se voit alors immédiatement vertement tancer par la maîtresse des lieux, lui intimant l’ordre de respecter le rituel, non mais ! Si vous ne me croyez pas, faîtes l’expérience, vous verrez.
D’éminents chercheurs en parapsychologie qui se sont penchés sur le sujet (6) ont déterminé qu’en fait le paillasson mal nourri avait le pouvoir d’induire une aura maléfique autour de lui déclenchant sans coup férir l’ire de la maîtresse de maison, rappelant le rite « frottage de pied » au contrevenant.

La reproduction du paillasson : l’expérience fondatrice

La science est une belle chose, la science peut beaucoup, mais la science ne peut tout. Car elle est encore impuissante aujourd’hui à expliquer la reproduction du paillasson, ce qui sera, n’en doutons pas, l’enjeu majeur pour le troisième millénaire (7).
Pourtant, de nombreuses tentatives ont déjà eu lieu, citons en particulier la plus fameuse, connue sous le nom «  expérience 9-B – code 253C » de Décembre 1972.
Rappelons cette expérience  : Maurice Chapougnot, alors stagiaire chez Félix Potin, utilise la cage d’escalier de son lieu de résidence ( 9-B rue des poques - code 253C ) pour tenter d’accoupler deux paillassons de la plus belle espèce. Surveillant sans relâche sa cage d’escalier en interdisant à quiconque l’accès afin de ne pas perturber son expérience, il doit se rendre à la police ainsi qu’à l’évidence au bout de trois mois : deux paillassons il y avait, deux paillassons il restait, et aucun paillassonnet. Peut-être le couple était-il du même sexe (8) ?
Les six mois qui suivirent sont profitables à Maurice Chapougnot car il lance sa seconde expérience l’année suivante, utilisant les vingt six paillassons qu’il a réussi à sortir en catimini de la prison de la Santé. « Avec vingt-six paillassons, ce serait le diable s’il n’y en avait pas deux de sexes opposés ! » se dit-il dans sa barbe. Il empile alors les animaux dans sa cave, et les surveille sans relâche, prenant bien soin de respecter quotidiennement le rituel du frottage de pied.
Au bout d’un mois, aucun résultat tangent ne s’étant produit, Maurice Chapougnot ajoute les cinquante paillassons de l’immeuble. Son expérience sera malheureusement interrompue par l’arrivée impromptue d’une ambulance, appelée par le conseil syndical de l’immeuble, inquiet de l’attitude bizarre d’un locataire passant ses journées et ses nuits à l’entrée de sa cave emplie de paillassons. 

Migration et religion du paillasson

Si le Paillasson reste très attaché à sa porte (9), il arrive qu’il disparaisse brusquement sans laisser de traces. Inutile de donner de faux espoirs au propriétaire de la bête : le paillasson ne revient jamais sur les lieux qu’il a quittés – ce qui traduit la fierté de son caractère. car comme dit le proverbe :
« Oncques ne vit réapparaître paillasson
Emigré sans regret, par un soir de moisson. »

Là encore, la Science reste muette sur ce phénomène.
L’hypothèse la plus probable est que le paillasson émigre en un lieu inconnu, à l’appel de ses congénères, sûrement en vue de se reproduire.

Enfin, un mot sur le sens religieux du Paillasson qui est assez développé et exceptionnel dans le monde animal. Si des variantes ont pu être constaté sur les rites religieux en fonction des différentes nationalités, ils font tous d’obédience Macloutesques, du grand prophète Maclou dont l’histoire se perd dans la nuit des temps.
Pour en savoir plus, nous ne saurons trop vous conseiller d’assister aux grands rassemblements religieux dont le plus célèbre, le « Mondial Moquette » où vous pourrez voir la plus grande variété de paillassons, venus du monde entier, cohabitant en toute fraternité malgré leurs différences. Certainement une leçon à retenir pour l’humanité toute entière.


(1)  Pour le lecteur intéressé, se reporter à l'excellent ouvrage du professeur Gluckenmacher : « Le sens caché du Paillasson »

(2)  Il est d'ailleurs à noter, pour être exact, que toutes les observations évoquant l'aboiement du paillasson, notaient aussi la présence d'un chien sur celui-ci, rendant ces témoignages assez suspects.

(3)  L'histoire du paillasson aboyant à la mort - voir aussi la note 2 - et se laissant mourir de faim sur la tombe de son maître n'est que du domaine de la légende, malgré une croyance ancestrale.

(4)  Voir le passionnant documentaire du professeur Gluckenmacher «  Mes dix années de traque du Paillasson en milieu urbain »

(5)  Ce geste est actuellement répréhensible par la loi mais une proposition de loi permettant l’euthanasie du paillasson en fin de vie est à l’étude ( dixit Maurice Chapougnot ). 

(6)  Le sujet : le paillasson bien sûr !

(7)  A coté de l’introduction du Ou-pas dans les dictionnaires, bien sûr !

(8)  On ne sait pas aujourd’hui déterminer le sexe du paillasson. La théorie qui prévaut actuellement est qu’il serait hermaphrodite.

(9)  Au figuré bien sûr : aucun besoin d’attacher physiquement son paillasson à la porte. Ce serait d’ailleurs une mesure assez cruelle, car cela empêcherait le paillasson d’émigrer : même si cela peut être triste de le voir disparaître, doit on pour cela attenter à sa liberté, le privant de retrouver ses congénères ?.


Manuscrit trouvé dans une salle de bain

Dans son expérience actuellement en cours sur les mœurs des tapis de bain, Maurice Chapougnot a exhumé un manuscrit précieux qui semble dater des débuts de l’humanité.
Nous vous livrons tel quel ce texte qu'il m'a retransmis. Sous réserve d'une authentification ultérieure, que nous n'avons pu effectuer faute de temps, nous vous livrons ce texte en l'état.


«  …

En ce temps là, Saint Maclou dit à ses disciples : «  Il y eut le cinquième jour et il y eut le Paillasson, et Dieu vit que cela était bon »

Au début, il y eut la terre, il y eut la mer, et Dieu vit que cela était bon.
Mais Dieu Se dit que si on passait de l’eau à la terre on mouillait celle-ci, et que si on faisait l’inverse, on salissait l’eau.
Qu’Il Se dit …

... Dieu.
Alors, Il imagina un intermédiaire, et Dieu dit :
«  Que le Paillasson soit ! »
Et le Pailla fut (1).
Et Dieu vit que cela était bon.
Puis Il créa l’Homme.
Et c’est là que ça a commencé à ne plus aller.
D’abord, l’Homme, au début, il a pas tout compris.
Forcément, lui, il débarque.
Au début.
Forcément.
L’Homme, il voyait pas tellement l’intérêt du Paillasson là où Dieu l’avait mis, vu que lui, l’eau, il l’évitait plutôt. Mais enfin, c’était Lui le Chef, alors …
Puis, au bout d’un moment, l’Homme, il en a eu marre. Faut dire que, quand il y avait des marées, c’était pas Dieu qui Se trimbalait le Paillasson pour qu’il soit bien à la limite de la terre et de l’eau ; c’était lui.
Alors il a pris le Paillasson et l’a mis devant chez lui.
Enfin, devant chez lui, c’est un bien grand mot … Disons à l’entrée de sa caverne. Ca le protégeait des bêtes sauvages. Elles le suivaient à la trace, mais arrivé devant sa grotte, il s’essuyait les pieds, et après, hop ! Plus de traces. Les bêtes, elles comprenaient pas, mais après tout, c’est pour ça qu’elles étaient des bêtes, hein !

Dieu, Il faisait quand même pas que des conneries !

  … » 


(1)     A noter que dans son exégèse sur le Paillasson, Saint Maclou emploie la formule «  Que les paillas soient, et les paillas sont »


Manuscrit trouvé dans une baignoire, parabole édifiante transmise par le prophète Maurice Chapougnot

Préambule
En ces temps là, le prophète Maurice Chapougnot s’était retiré du monde, prenant retraite dans la baignoire de Madame Michu afin d’approfondir le karma profond du Paillasson.

C’est plongé dans une crise profonde de mysticisme que le Saint-esprit lui envoya un jour une parabole édifiante, à l’usage de l’Humanité entière, et que nous reproduisons donc ci-dessous.

De la véridique histoire de la descente de lit
En vérité, en vérité, je vous le dis : les descentes de lit sont un abus de langage.
Oyez, oyez donc leur véritable histoire …

«  Dans la famille Cotton (d'origine américaine), il y avait deux frères jumeaux et de lait, dont l'un avait mal tourné et était devenu serial killer (serial killer : ah ! c'est bien la preuve qu'il était d'origine américaine). 
Mais ce mauvais sujet défrayait la chronique.
La police était donc sur les dents, un peu drôle pour des poulets quand on sait que le jour où les poules en auraient ...  Mais là n'était pas le problème. 
Bref.
Mal renseignée, la police avait confondu les deux frères, ce qui faisait qu'elle filait un mauvais Cotton. 
Ayant donc repéré le susnommé dans un hôtel miteux, elle décida d'intervenir.
Elle le fit.
Brutalement. 
Surgissant hors de la nuit,
Courant vers l'aventure au galop,
Signant son nom à la pointe de l'épée, 
D'un Z qui voulait dire ... 
Qui voulait dire ... 
Euh ... qui voulait dire ... 
Bon, on ne savait plus trop ce qu'elle voulait dire, mais toujours est-il que les policiers surgirent dans la chambre et sans crier gare (ou en sourdine pour ne pas se faire repérer) mitraillèrent le lit à tour de bras( ?). 
Cotton ne résista pas, trépassant sur le coup. 
Le lit non plus, rendant l'âme dans un dernier soupir baveux - car c'était une vraie bavure.

Laurent R, par hasard en tournée dans le coin (et remettez nous ça, patron !) et qui occupait la chambre voisine avait tout vu. 
Il ne put s'empêcher de dire, en grand professionnel qu'il était : 
" La descente de police se transforme en descente de lit ! Hi, hi, hi ... " 
Le mot est resté.

Et quand on veut se moquer de la police, on parle désormais de " descente de lit, " pour évoquer cette lamentable histoire. »   


PS  Ah, ça me revient : d'un Z qui veut dire Zorro.