Mon ami Sellig
Un article un peu trop optimiste de Marcel Métrossin

J'ai revu Sellig. Avant-hier. A la télé. Il faisait du ski chez Christine Bravo. Parce que Sellig travaille, pardon, fait la pute pour Christine Bravo.

Sellig et moi, c'est une longue histoire. J'avais découvert son premier sketch, absolument consternant, aux Graines de Star de Laurent Boyer, période post-Jean Dujardin - Sandy Valentino - Poetic Lovers. Boyer avait besoin de nouvelles têtes pour remettre son émission debout après les succès relatifs de gens un chouia talentueux, encore que Collado m'énerve au plus haut point, et que Massot me fasse plus rire que la moyenne. Je suis peut-être le seul à rire devant un mec qui imite des phasmes, mais ça a au moins le mérite d'être plus original que la galerie de portrait au vitriol. Bref.
Boyer devait donc trouver des remplaçants à la Bande du Carré Blanc, partie excercer chez Sébastien. Sellig était de ceux-là.

J'avais pleuré, ce jour-là. Le pauvre était nul, désepérément nul, il n'y avait guère qu'un dénommé Nicolas Robin qui avait réussi à me plonger dans un tel abîme de désolation. Le sketch présentait un loubard en blouson clouté, Henri la Breloque ( eh oui ) qui vole les vieilles et qui n'arrive pas à garder son emploi dans une sandwicherie. Tout y était : personnage démodé, texte entendu mille fois, jeu excessif, chute pas drôle, costume merdique... Je haïssais Sellig.

Puis je n'ai plus jamais entendu parler de lui, pensant qu'il avait fait à juste titre un flop humiliant chez Boyer, et qu'il avait dû se reconvertir dans le sandwich, comme son trou du cul de personnage. Mais voila, un jour de zapping radio, Rire et Chansons m'informa qu'il était toujours vivant, et me fit écouter un autre de ces sketchs, intitulé : " on est tous des faux culs ". Dire que j'ai ri serait excessif, mais c'était déjà moins surjoué, deux-trois phrases valaient le coup, bref, j'avais souri. Je suis bon public.

S'en est suivi la visite du site web de Sellig. Comme l'a dit Guérande dans je ne sais quelle chronique, on a effectivement envie de tourner les talons en jurant dès la page d'accueil, ce que j'ai fait. Sellig n'était qu'un minable, pas drôle, condamné à l'anonymat le plus complet, et les deux ou trois bons mots qu'il y avait dans son sketch à faux culs, là, ne devaient sûrement pas être de lui, mais de son metteur en scène ou de son partenaire d'écriture, et d'ailleurs c'est qui, ces gens, ah bah tiens, son metteur en scène, c'est Anne Roumanoff, c'est normal, c'est une pro, pas une terrible, mais une pro quand même, qui vend des vidéos et tout, il est donc logique qu'elle aie parfois quelques bonnes idées.

Bref, Sellig, pour Métrossin, terminé, mort et enterré.

Jusqu'au jour où un ami eu l'idée saugrenue de m'offrir la cassette de son spectacle. Que j'ai hésitée à regarder, mais que j'ai fini par insérer dans mon magnétoscope. Dans l'ensemble, c'était assez mou, assez grossier, mais plutôt satisfaisant comparé à Maxime, Titoff ou autres Monsieur Canal +, et, si je n'avais pas ri, je n'avais au moins pas éprouvé le besoin de faire une pause dans le spectacle, et surtout, n'avais pas eu d'accès de colère. Mention passable, donc, mais passable, c'est marqué dessus, ça veut quand même dire que ça passe. Si on efface un jeu parfois bien poussif et de nombreux effets à deux balles, on retient quand même quelques moments intéressants, comme un sketch sur Ikea ou sur une lettre de motivation qui auraient leur place, une fois retravaillé, dans une oeuvre un peu plus digne.

Et puis, la vidéo finie, Sellig s'est pour moi évanoui. Je voyais chaque jour sa gueule sur mon étagère, mais c'était tout.
Jusqu'à samedi.

Ne me demandez pas pourquoi j'étais devant Christine Bravo, je ne m'en souviens même plus. Je ne sais plus du tout où j'étais. Pas chez moi, en tout cas. Ah, voila, ça me revient, je surveillais des gamins, apparement déjà addicted to Christine Bravo. Et j'ai vu Sellig sur un fauteuil de chroniqueur, tenant apparement le rôle du Lyonnais pure souche, qui nous parle de son pays avec humour et enthousiasme, qui nous fait des démonstrations de gadgets à la con et qui grimace, et qui blague, et qui rit aux traits d'esprit de Patrick Sébastien ou de Christine Bravo.
Quand Sellig part en reportage, le moins qu'on puisse dire est qu'il paye de sa personne. Il court, il crie, il gesticule, il grimace, eh oui, il grimace encore, Sellig, il adore grimacer, il kiffe la grimace-attitude, il peut pas s'en empêcher, faut qu'il torde sa gueule dans tout les sens, faut qu'il ait l'air moche. Et pourtant, sous ces aspects de gros con, je reste persuadé que Sellig possède deux ou trois qualités exploitables ( il a à mon avis un certain sens de la formule, mais voila, ce relou dissimule, que dis-je, ensevelit un gag valable sous des montagnes d'effets à chier ), à condition de le travailler pendant un bout de temps, et de l'éloigner du service public, où il côtoie quand même Bravo, Sébastien, Ruquier et tout leurs amis, ce qui ne favorise pas le développement humoristique.

Je donne rendez-vous dans 10 ans à Sellig. S'il suit le chemin qu'il semble se tracer, on le retrouvera sous un pont, du vomi plein la veste et pleurant à la lune, ou aux abonnés permanents de la bande à Ruquier, deux sorts peu enviables. Mais si il se décide à viser haut, il lui reste un infime espoir de devenir enfin drôle, j'ai foi en l'humanité, et bien coaché, Sellig peut devenir rigolo.

Je sais qu'on peut me reprocher que mon argumentation est fumeuse, puisqu'il semble évident qu'avec tout les comiques, 10 ans de travail et de collaboration avec des gens de talent, on fait des progrès, c'est humain. A ceux-là, je répondrais que " oui, à condition que le pli ne soit pas déjà pris ". Dubosc, par exemple, m'avait laissé, pareil, entrevoir quelques espoirs à ses débuts. Mais voila, Ruquier est passé par là, et pouf, Dubosc est devenu irrécupérable.
Peut-être que je commets une erreur, en pensant que Sellig est encore vierge de toute influence néfaste, et surtout qu'il possède un fond exploitable. Rien n'est moins sûr, je vous l'accorde. Mais sait-on jamais. Et si je le vois bien finir dans l'anonymat ou dans l'ombre de Ruquier, en futur sbire zélé, j'espère encore, par humanisme sans doute, qu'une bonne âme ait pitié de lui.