Les aventures de Marcel Sassétou envoyé occire Ruquier la grosse enflure à coups de braquemart empoisonné

Prolégomènes    

    Le sketch collectif suivant est né par hasard dans le forum d'ou-pas.net au cours d'une discussion enflammée entre Marcel Sassétou et Marcel de Vélo, au sujet de l'émission télévisée "Trigger happy". Les deux gaziers, d'avis radicalement opposés, étaient sur le point d'en venir aux mains lorsque Marcel Piston se rallia inopinément à Marcel de Vélo, lui proposant tout simplement d'occire ce pauvre Sassétou. Marcel Monpatron, en mettant son destructeur jet de sperme à contribution de la réussite de l'entreprise, ne tarda pas à faire définitivement pencher la balance en défaveur de Sassétou, qui répondit à cette cabale par le premier message qui inaugure ce second sketch collectif. 

Contrairement au premier sketch collectif, les noms des intervenants ne sont pas spécifiés aux débuts des messages, car chacun interprète son propre rôle, et a donc signé ses propres contributions. Les passages prosaïques signés de la main d'Albuin de Tours ont été écrits par Marcel Sassétou. Ils s'alternent avec des discussions entre les divers protagonistes. L'ensemble s'enchaîne par de courts passages transitoires gracieusement fournis par le maître des lieux.

"[...] Il était de consistance solide. Trapu et rude, il inspirait la crainte à cent lieues à la ronde. En l'évoquant dans ses Chroniques, Jean Parlé du Rude Gars parla du rude Picard, bien que ses origines restent encore un grand mystère. Marcel du Braqué était également réputé pour ses grandes fêtes pendant lesquelles il défiait les plus grands buveurs du royaume. Il était toujours le dernier debout. Les témoins de l'époque disaient aussi de lui qu'il avait été ensorcelé par un groupe de ménestrels Normands, d'autres que son confesseur, Eric de Mayalle, exerçait sur lui une influence démoniaque ou que les lectures assidues des aventures du Comte de Rolle le dispensaient d'en rechercher d'autres. [...] Tous [...] cherchaient les raisons des sentiments sombres qui hantaient ce guerrier impitoyable. Un d'entre eux comprit mieux que quiconque l'intérêt qu'il pourrait avoir à s'associer à cette force brute. Celui-là s'appelait Etienne de Bareth mais on l'appelait mortier, étant donné que la richesse de sa famille était le fait de son grand-père qui avait eu l'idée de taxer l'usage du four et du mortier familial. Le fourbe Bareth chercha l'appui de Marcel du Braqué pour accomplir ses vils desseins. Il était d'une famille d'inventeurs et maniait la langue avec l'habileté de l'intriguant. Il n'eut aucun mal à convaincre le Picard d'accepter son hommage. Le serment qui les associa avait pour but l'élimination de leur ennemi commun : Marcel Sassétou. Ils reçurent pour cela l'appui du comte de Monbosse qui leur proposa sa divine semence.

Tous trois ourdissaient contre le gentilhomme Marcel Sassétou, dont le nom suscitait de nombreuses interrogations. L'intéressé répondait au curieux que son nom était en fait un jeu de mot qu'on décrypterait au XXème, voire plus tard pour certains. A cela les convives répondaient : "c'est quoi un siècle ?", car ils étaient très curieux."

Albuin de Tours, Vie des Marcels, vers 1203 environ.

Tapi dans l'ombre discrète d'un couloir du Palais de l'humour drôle, Marcel de Vélo, dans sa proverbiale sagesse, ramène Piston et Monpatron à la modération.

Marcel de Vélo:

Zélé Piston, retiens ton bras vengeur, et toi, fougeux Monpatron, réfrène tes ardeurs.

Sassétou a été par le passé un de nos meilleurs éléments, et donne derechef la mesure de son talent.

Nos rangs par trop clairsemés ne peuvent souffrir sa défection: plutôt que de l'occire, ramenons le à la raison.

Convoquez céans la Sainte Inquisition, et soumettez le déviant au supplice des soft cushions.

Marcel Piston:

A vos ordres mon beau sire, qu'il soit fait selon vos désirs

Toutefois et si vous me le permettez, l'élimination du rebelle était je pense une nécessité

Votre constante mansuétude est tout à votre honneur, aussi le guérirons-nous par le biais de la sainte douleur

Que Dieu préserve maître Bicyclette, car de tous les Marcels c'est bien lui le plus chouette.

Marcel Monpatron:

Moi je disais ça, je disais rien...

"[...] Bien qu'il n'abandonnait pas ses sombres desseins, Etienne de Bareth accepta la proposition de son maître. S'apercevant que le sieur Sassétou comptait parmi les plus brillants prétendants, ce dernier proposa de le faire juger par ses pairs. Ainsi Sassétou échappait-il à la mort tout en reconnaissant ses maîtres, ceux à qui il doit d'être à la lumière. Averti par un émissaire, on prête au gentilhomme Marcel Sassétou cette réponse terrible :


"Il est dit que tôt ou tard
feront vite défection
Nos deux valeureux couards
que sont Picard et Piston

Vous refusez le combat
et proposez en échange
De me traîner dans la fange
qu'est votre lot ici-bas

Vous me parlez de raison
"Oui : il faut l'y ramener!"
Mais elle semble bien manquer
au seuil de vos deux maisons

Procès de circonstance
que rien ne justifie
Je me fous et fais fi
de toutes vos exigences

Entrons en lice ! Veuillez
faire honneur à votre rang
réglons cela dans le sang
Si tel est le cas : priez !"


Albuin de Tours, Vie des vils Picard et Piston, vers 1203

Il n'en fallait pas plus pour réveiller les penchants sadiques de Marcel Piston, qui, est-il besoin de le rappeler, officiait en tant que bourreau à la solde du comte de Metz avant de devenir l'homme lige de Marcel de Vélo. Voici le discours qu'il tint à ce dernier, au sujet du sort qu'il entendait réserver à Marcel Sassétou.

Seigneur de Vélo, mon maître vénéré
Voici que devant vous le monstre est présenté.
Capturer ce chacal ne fut pas chose facile
Car qu'il ne s'échappât, il s'en fallut d'un fil.
Grâce à Dieu cependant, et aussi grâce à vous
Nous pouvons officier : torturons Sassétou.

Voyez à cet effet quels outils j'ai choisis
Le fouet attend son heure et le fer rougit.
Mais outre ces babioles, bien d'autres raffinements
Feront que ce mariole souffrira fort longtemps.
Car j'ai cueilli dans l'heure moultes poignées d'orties
Propices à la douleur de son ridicule vit.

Si cela est trop peu, comptons sur Tamiton
Pour, du supplicié, bien ramoner le fion.
Gageons que pour le coup, meurtri dans son fondement
L'immonde Sassétou avouera promptement.
Et s'il faut pour cela accroître sa douleur
Comme dernier recours, les pinces, Monseigneur...

"[...] Contre toutes attentes, ce fut le sieur Sassétou qui frappa le premier. C'est pendant la nuit, pendant que les deux alliés contre nature dormaient dans leur campement de siège, qu'il investit leur tente. Certain de l'effet de surprise, Marcel Sassétou ne profita cependant pas de son avantage : il se contenta, suprême humiliation, de leur laisser à chacun un petit mot, signé Sassétou, prouvant sa présence pendant leur sommeil. "Merde à celui qui lira ça" pour Picard, "devine ce que tu as mâché pendant ton sommeil ?" pour Piston."


Albuin de Tours, Vie des Marcels, vers 01 H 57 du matin

"[...] Tel fut pris qui croyait prendre. Le sieur Sassétou ne s'était pas assez méfié ! C'est dans la bouche d'un ladre qu'il venait de chier, non dans celle de Bareth. Celui-ci, par ce tour de malin, l'avait capturé et le présenta à son maître : qu'adviendra-t-il désormais du gentilhomme. Le voilà en terre ennemie."

Albuin de Tours

Ligoté par une corde qui lui entaille les chairs, le facétieux Sassétou répond de ses provocations nocturnes devant Marcel de Vélo, qui tempère une fois de plus les ardeurs vengeresses du sadique Piston en proposant un marché audacieux au fautif.

Marcel Piston:

Sassétou, vil déviant, implore ton pardon
N'aie pas peur de pleurer, car de Vélo est bon.

Hâte-toi tout de même, le tison vire au blanc
Ton avenir s'obscurcit, parle il est plus que temps.

Grand maître Bicyclette, prends donc la parole
Et pose la Question à ce sinistre fol.

Marcel Sassétou:

C'est vrai je vous l'avoue me voilà capturé
Pieds et poings attachés, je m'en remets à vous !
En matière de coup bas et de fourbe tactique
Je manque de pratique, pas même le B-A-BA !

Je m'en remets à vous car je suis prisonnier
Et que le tisonnier est un sérieux atout
C'est ce que vous croyez dans toute votre ignorance
Mais sachez qu'aux souffrances je saurai résister

Vous promettez l'ortie aux appâts qui m'habitent
Et concluez bien vite qu'ils sont assez petits
Songez que la mienne contrairement à la vôtre
Est comme tant d'autres : par delà la moyenne

Vous promettez enfin que le sieur Tamiton
Me remplira le fion avec beaucoup d'entrain
Voilà oeuvre bien pure mais sachez néanmoins
Que ne le faire point serait ma vraie torture

Matelot dérivant, au risque de déplaire,
C'est souvent de l'arrière que je préfère le vent
De sorte que menace qui n'est que promesse
Me rejouit la fesse et me laisse de glace

De plus vous et vous seul ne représentez rien
où est ce bon-à-rien, ce chenapan si veule
Qui se dit grand champion et n'en a la stature
Qu'en cas de biture ou de masturbation ?

Marcel de Vélo:

Le valeureux Piston a eu raison de toi,
Il a pu te réduire sans mener de combat.
En te faisant reluire il a su t'arrêter,
Et c'est encore du fion que tu pourras expier.

Je t'accorde en effet une rédemption nouvelle,
Que tu ne pourras atteindre qu'au prix de ta rondelle:
On la devine ouverte aux confins du béant,
Fléchie par les assauts de tes nombreux galants.

La Cause a grand besoin de ce gouffre muqueux:
Nous l'allons tartiner d'un poison venimeux,
Et t'envoyer séduire le grotesque Ruquier.
Qu'il y trempe son vit: il mourra, foudroyé.

Tu seras, quant à toi, complètement rédimé,
Affranchi, libéré, et par tous adulé,
Un dernier mot quand même, en guise de viatique:
Prends garde à la rigidité cadavérique.

Marcel Sassétou:

Il est vrai que l'anneau
Qui me sert de diaphragme
A fait bien du vacarme
Jusque dans Landerneau
Ô combien de marins
Combien de capitaines
Ont perdu leurs mitaines
Dans ce gouffre sans fin

On raconte que jadis,
Lors que j'étais bourré,
On y a inséré
Une bouteille de Pastis
Et que j'aurais contraint
Mes avinés compères
A se servir leur verre
Dans mon propre intestin

Quant à la mission
Que vous me confiez
De grace imaginez
Son imperfection :
Les pratiques exsangues
De ces gays polissons
Ferait que le poison
Viendrait à ma langue

Or, si j'ai bien suivi,
Le plan que vous avez
C'est de m'utiliser
En me gardant en vie
Aussi dois-je vous dire
que mon trou tartiné
Tuera sûr le Ruquier
En risquant de m'occire

Si tel n'est pas le but
De votre manigance
ayez l'élégance
D'épargner mon cul
Car sachez que l'envers
Peut bien se faire l'endroit,
Que peut devenir ma proie
Un rectum grand ouvert

Quitte à m'utiliser
Pour vous satisfaire
Faites l'inventaire
Des possibilités :
Sans contre-indications
J'accueille oui, mais je peux
De même être un gros pieu !
Une démonstration ?

Marcel Piston:

Grand maître de Vélo, mon bien aimé gourou
Permets je t'en conjure qu'en ton illustre nom
J'indique promptement au pleutre Sassétou
Ce qu'il devra remplir en guise de mission.

Prends note sur le champ, répugnant sodomite
Qu'il te sera utile, pour retrouver ton rang
De l'insipide Ruquier faire couler le sang
Grâce au mortel condom que vêtira ta bite.

Car c'est bien par ce biais qu'il te sera facile
De la méfiance du torve pouvoir te jouer.
Un approche fort simple, lubriquement tentée
D'un genre que tu connais : "Alors, chou, on s'enfile ?"

Pour le mortel outil, contacte Tamiton
Il te prêtera sur l'heure, sois-en donc assuré
La plus manifique pièce de sa collection
Qu'est sa célèbrissime capote à cran d'arrêt.

Sache que pour finir, ta mission t'est confiée
Avec une date-butoir pour son éxecution.
Si le vingt-deux au soir Ruquier n'est pas tombé
C'est ta dernière chance que nous t'enlèverons.

"[...] Vingt jours. Il avait donc vingt jours pour accomplir sa mission. Je parle bien de mission car, même s'il y était contraint, il la trouvait lui-même de la plus haute importance. Le plus difficile dans sa quête serait de retrouver l'infame Ruquier : à Paris, près de sa cour ? A Caen, auprès de cette famille toujours honteuse de l'avoir engendré ? Plus loin encore, à la recherche d'un calembour de plus ? Nul ne le sait. D'exil, il n'est pas question : le gentilhomme Sassétou est désormais en route pour vaincre la bête immonde !"

Albuin de Tours

De retour du front avec ses troupes, au terme d’une guerre sanglante menée contre les forces bedossophiles, Son Altesse Sérénissime Marcel de Guérande, roi des terres d’Ou-pas.net, ne manqua pas de réagir promptement à la périlleuse mission de son ministre Sassétou, en dépêchant à son renfort une troupe de vigoureux guerriers. Il célébra leur départ des vers suivants :

Fidèles guerriers et amis
Dans la cuisante humiliation
Que vient de subir l’ennemi
Vous avez brillé de vos dons

Mais vous n’aurez guère le temps
De cicatriser vos blessures
Car je dépêche vos talents
Vers de nouvelles aventures

Le fidèle Marcel Sassétou
Est parti seul, et de son gré
Trucider de son vaillant bout
A tous notre ennemi juré

Sellez vos chevaux dans l’instant
Et sans relâchement, galopez
Vers le pays des vils normands
Au palais du maître-épicier

Une fois rendu à son logis
Décapitez gardes et sbires
D’un seul préservez la vie:
Laurent Ruquier le triste sire

Ainsi, Sassétou le vaillant
D’un seul coup de son épais gland
N’aura qu’à porter l’estocade
A l’ennemi de la poilade

Galvanisés par les paroles de leur roi, les troupes de l’ordre rollinophile partirent sur le champ, le baume au cœur et l’épée chatouilleuse, brandissant bien haut l’étendard du Saint Paper-Board.

Outré par cette assistance inattendue, Marcel Piston jura plus qu'à son tour, et entreprit d'exposer à son roi dans quelles circonstances Marcel Sassétou fut envoyé occire Laurent Ruquier; mais Marcel de Vélo l'en dissuada, craignant que le magnanime Marcel de Guérande, ne s'offusque; en ces temps de guerre totale contre l'humour pas drôle, les complots internes n'étaient pas les bienvenus. 

Sur la période d'attente angoissée qui suivit le départ de Sassétou, nombreux furent les ménestrels à écrire et composer sur l'espoir de lendemains souriants au royaume de la Poilade. Malheureusement, la feu qui dévasta la bibliothèque du Palais ou-pas.net en 1885 n'a pas permis à leurs écrits de traverser les âges, à l'exception de la suivante ode, à laquelle les spécialistes accordent paternité à la sémillante Astérie Bareth.

En ces temps difficiles pour notre confrérie
D'hégémonie croissante des comiques pas drôles
L'espoir presqu'insensé d'une victoire nous frôle
Lors que pour Sassétou cela sent l'écurie.

Tous les Marcels, debouts, les yeux sur l'horizon
Attendent leur confrère de retour de mission.
Qu'apportera-t-il donc en guise de nouvelle ?
Le trépas de Ruquier ? La vie serait si belle.

Chacun espère encore, mais personne n'ose y croire.
Un Marcel esseulé en pleine terre ennemie
Pouvait-il réellement, au péril de sa vie,
Tuer d'un coup de bite la Bête à l'âme si noire ?

Toujours personne en vue, aura-t-il réussi ?
Les premiers doutes s'installent, et si il avait fui ?
"N'y songez donc même pas, je connais le lascar
Et pour ribaud qu'il soit, il est tout sauf un couard."

Le seigneur de Vélo, par ces bonnes paroles
Remit du beaume au coeur au comité d'accueil.
"Chantons, dansons, rions et même si c'est une folle
Revêtons pour lui plaire ces costumes d'écureuils !"

C'est Jacques Boncoeur, tanneur itinérant, qui le premier rapporta la nouvelle du retour de Sassétou à la cour.

Il est là ! Il est revenu ! Il n'est qu'à quelques lieues maintenant : il était hier à la taverne de Nouillons les vignes, où il a passé la nuit. Il a de grandes, de très grandes nouvelles pour nous. Il a commencé de les répandre en chemin. Gloire au Saint Paper-Board ! Gloire à Sassétou !

A cette nouvelle, Marcel de Guérande réunit ses ministres et chefs de guerre autour d'un fastueux banquet, afin que tous profitent dans la liesse du récit de l'aventure de Marcel Sassétou. Mais la fête attendue n'eut pas lieu.

Marcel Sassétou:

Me voici ! Me voici ! Mes amis, mes confrères
Fatigué mais serein, revenant de l'enfer
Pour vous j'ai parcouru à pieds et à cheval
Ce périlleux chemin de nul autre l'égal

J'ai cherché sans répit aux confins du royaume
Et j'ai trouvé l'infâme, le repoussant bonhaumme
Que Satan même fou, que satan même tord
N'aurait pu concevoir autrement qu'en veau d'or

C'est à la gloire d'un dieu que j'ai guerroyé
Toi le Comte de Rolle pour ne pas te citer
Mais malgré ton soutien et toute ta confiance
Je n'ai pas accompli ce que tous ici pensent !

Laissez-moi ! Laissez-moi ! Mes amis impatients
Vous conter en détail le pourquoi, le comment
De mon terrible échec - à vos yeux si cruel -
Mais aux miens bien plus doux et comme tombé du ciel !

Je partis pour un dieu comme je l'ai déjà dit
Mais un autre à jamais me maintiendra en vie
C'est vers lui désormais que voleront mes louanges
Aussi gardez pour vous vos comiques d'échange

Car pour tuer à coup sûr l'animal Ruquier
Il me fallut tout faire, ce pour l'amadouer !
Ainsi contraint dès lors de vivre auprès de lui
C'est une bénédiction qui frappa à mon huis

L'homme que vous méprisiez - et j'étais de ceux-la -
est bien plus important que nos tristes débats
honnête travailleur, fidèle en amitié,
Nous le disons nabot mais en sommes la moitié !

Il me parut si drôle à moi qui n'étais rien
Que je dus lui avouer mon terrible dessein
Que croyez-vous qu'il fit ? Grande mansétude :
Il dit : "t'inquiète pas petit : j'ai l'habitude

De ces petits frustrés qui ont la dent dure.
Eux en croyant défendre une cause si pure
Ils se sont condamnés à ne voir leur grand maître
que trois petites fois l'année, quatre peut-être."

Aussi si je suis là en cette diurnale heure
Ce n'est pas en ennemi mais en prédicateur :
Qu'avez-vous à présent de drôle à me montrer ?
Que de l'intermittent ou bien du réchauffé !

Vous vénérez le Rolle votre grand préféré
Mais il est le symbole de l'humour différé :
Son humour intello, certes de bon aloi
Ne faire guère marrer dès la première fois

Certes le saltimbanque que j'ai vraiment aimé
N'est pas à exclure, encore moins à blâmer.
Mais il ne nous fait rire - et c'est là bien un tort -
Qu'autour de l'humour et de tous ses ressorts.

Les comiques troupiers n'ont pas vos suffrages
Dans votre château ils font bien des ravages !
Mais ils sont l'expression de ces petites gens
Sur qui vous exerçez votre vieu droit de ban

Ils sentent le bouc, le vin et la populace
Qu'ont-ils fait, saint Ruquier, pour ne mériter place !
Que leur proposez-vous pour leur distraction :
Une bande d'Anglais qu'on appelle les Pythons !

Ceux-la même qui jadis lors que j'étais ado
Et même un peu plus vieux, me laissaient sur le dos
Tant je riais de joie à toutes leurs émissions
Aujourd'hui ils me plongent dans un sommeil profond

Aux hommes de bon goût que vous représentez
Je dis "sachez brûler ce que vous adoriez !"
Espérant que chacun de vous quoi qu'il advienne
Verra Laurent briller lors de sa quotidienne.

Je ne l'ai pas tué, je ne l'ai pas occi
Mais c'est pourtant de vous que j'attends le "merci !"
Car je viens de sauver - le saurez-vous un jour ? -
Celui qui plus que "l'autre" inventera l'humour.

Marcel Piston:

Sassétou mon ami, que je tenais pour frère
En qui était placé l'espoir de tous tes pairs
Tu reviens corrompu au dernier des degrés
Comme tu es tombé bas ! j'en suis estomaqué.

Par quelle vilenie, voire quel maléfice,
es-tu de ce Ruqier devenu presque fils ?
Je n'ose envisager la sombre théorie
Que c'est volontairement que tu t'es avili.

Parti assassiner de l'humour pas drôle
Le pape incontesté, le chef emblématique
Tu nous reviens guilleret en endossant le rôle
Quasi contre nature de prophète hérétique.

As-tu imaginé ne serait ce qu'un instant
Le profond désarroi dans lequel tu nous plonges ?
Qu'allons nous faire de toi, doit-on réellement
Supporter cette effroi ? Le malaise nous ronge.

La légitime question que l'on doit se poser :
"Et une guérison, peut-on l'envisager ?"
J'ai moi-même sur ce point bien plus qu'un doute affreux
La sainte flagellation, cela sera trop peu.

Que reste-t-il dès lors ? L'exorcisme peut-être ?
La mesure est vouée à l'échec certain.
Car tous ici présents ne savons que trop bien
Que de cette emprise aucun ne se dépêtre.

Tout bien considéré, et même si c'est triste
Nous devons libérer, d'un mouvement altruiste,
Notre frère bien aimé en proie à l'hérésie :
Pour notre Sassétou, je prône l'euthanasie.

Un long silence suivit ces paroles. Piston et Sassétou se toisaient impitoyablement, attendant que l'un ou l'autre de leurs confrères prenne partie. Mais nul n'osa rompre le silence. D'un geste, Marcel de Guérande annula les festivités, quitta la salle commune au comble de la perplexité quant aux décisions qu'il devait prendre.  

Trois semaines plus tard, au terme d'une attente pour tous angoissante, le roi Guérande décida finalement que dans la mesure où il n'avait participé à ce sketch collectif que symboliquement, ce n'était pas son rôle de se faire suer le chibre à essayer de raisonner la félonne Sassétou. 

Il fit donc réunir Piston et Sassétou, et délégua à Marcel de Vélo, réputé dans tout le royaume pour sa sagesse proverbiale, la responsabilité d'arbitrer le litige. 

Marcel Piston:

Cette fois il suffit, franchement je n'en puis plus
Suis-je de la confrérie le seul membre couillu ?
Car plus de trois semaines se sont écoulées
Depuis qu'à nos consciences le mal fut révélé.

Le cas de Sassétou, notre frère de cœur
N'inquiéterait réellement que ma sinistre pomme ?
"Regardons-le souffrir", voilà donc ce qu'en somme
Semblerait vouloir dire ce silence moqueur.

Où sont-ils donc passés, ces pleutres chefaillons
Qui pour quelque broutille haussent aisément le ton
Mais qui lorsque le cas dépasse le futile
Brillent par leur absence et frôlent l'inutile ?

Comme il est confortable de n'être chef de bande
Que lorsqu' aucun tracas ne trouble l'habitude !
Toute la confrérie adule de Guérande
Et de Pépère Marmotte respecte la quiétude.

Qu'un malheur nous frappe, et il n'y a plus personne
Les deux pères tranquilles plongent dans le mutisme
Et rien n'y fait alors, qu'on appelle ou qu'on sonne
On n'a que couardise où il faut du charisme.

En de telles circonstances, il est plus qu'évident
Qu'un moins lâche que d'autres prenne le mors aux dents.
C'est pourquoi aujourd'hui, vu l'ampleur des dégâts,
De soulager mon frère je m'arroge le droit.

La seule solution, je le disais tantôt
Pour de Sassétou faire s'enfuir le mal
Est donc l'euthanasie : agissons au plus tôt
Et faisons-lui subir le supplice du pal.

Il peut sembler cruel, de la part d'un frère
De faire trépasser dans d'atroces souffrances
Celui qui, finalement, de ses hérétiques transes
N'est nullement responsable, ou à tout le moins guère.

Aux sceptiques, aux sensibles, je répondrai ainsi :
"Ce moyen de mourir sera pour notre ami
D'une double utilité : l'indicible douleur
Occultera son trouble et sa sombre torpeur.

Et en plus de cela, quel moyen plus propice
Nous permettrait si bien de punir le vice
Qui le caractérise, et même qui l'habite ?
Par où il a pêché mourra le sodomite".

J'ai effilé le pieu et l'ai fiché en terre.
Notre déviant ami, les deux jambes en l'air
Grâce à une poulie est maintenant suspendu
Et la pointe du pal déjà cherche son cul.

Un tour de manivelle : c'est de deux centimètres
Que la mortelle lance pénètre notre ami.
"Vénères-tu encore ton vil nouveau maître
Alors que le bâton rédempteur t'envahit ?"

Marcel de Vélo:

Attention, Piston, vos propos sont séditieux
Et votre but est trouble, vos intérêts douteux:
Ce pieu que vous chantez, ne serait-ce votre dard,
Dont vous souhaitez emplir les entrailles du soudard?

J'en viens à me défier de votre engagement
Et vous soupçonne l'un et l'autre d'entente illicite:
Vous voulez assouvir vos penchants sodomites
Sous couvert du mandat du maître de céans!

Allez, bas les masques, et cessez cette comédie,
Avouez le motif de cette pseudo querelle:
Votre vit turgescent a mis le feu à son anale rondelle.
Et ça n'est pas de la poésie.

Marcel Sassétou:

Ô traître, Ô fossoyeur ! Tu n'étais donc caché
Que pour réapparaître et vouloir me tester !
En terminant, Picard, par ces vers assassins
Tu me mets en demeure de choisir mon chemin

Parc' que si je m'étouffe, si je me liquéfie
Par un rire bien franc au propos que tu fis
Sera prouvé alors aux yeux de l'assistance
Que le comte de Rolle garde ma déférence !

Or je n'veux pas mourir (de rire) à l'écoute
D'un bon mot de celui qui souvent nous envoûte !
Qu'attends-tu donc Piston : "Etienne, tiens le bien !
Fais-moi vite trépasser par ton pointu rondin !"

Je sens monter en moi une envie d'éclater
Ne venant pas du fion mais de l'autre côté
"Mets-moi donc ce bouleau qui travestit ta verge
Ou je m'en vais répandre le rire qui me submerge !"

Marcel Piston:

Vous semblez vous hâter, mon brave de Vélo
De mettre à mon crédit des propos séditieux.
Puis-je vous faire remarquer, sans paraître falot
Que l'anathème jeté est tout sauf valeureux ?

Car quoi, enfin, c'est moi qui suis devenu cible
De votre tardive ire pour le moins déplacée ?
Il a suffit d'une phrase qui n'a rien de terrible
Pour d'une suspecte rage vous voir vous animer.

Qu'aurais-je donc dit là qui ne soit vérifié ?
Votre silence coupable en de telles circonstances
Ne vous honora point ; est-ce vraiment blasphémer
Que de ce simple fait énoncer l'évidence ?

Oser m'accuser moi, de loin le plus fervent
Des partisans nombreux de votre noble cause
D'occulte collusion avec ce grave déviant !
Il s'en faut de fort peu que ma rage n'explose.

Mais qu'entends-je tout à coup ? Serait-ce là l'amorce
D'un surprenant aveu de notre supplicié ?
Il semblerait que oui, même s'il nie avec force :
Peu à peu se défait l'emprise de Ruquier.

Tout s'éclaire soudain, dans mon esprit vaincu.
Cette fielleuse diatribe avait pour unique but
De tendre au possédé une perche secourable
Qui est en l'occurrence ce verset mémorable.

Ces fausses accusations, ces propos mensongers
Vous ne me les servîtes que pour mieux libérer
D'un trait désopilant de notre roi Rollin
L'âme prise en otage de notre ami commun.

Pauvre fou que j'étais d'avoir seulement douté
De votre loyauté, Ô chef incontesté.
Je ne puis qu'à nouveau faire acte d'allégeance.
Vous êtes quasi divin, quoique les autres en pensent.

Quant à toi Sassétou, laisse-toi enfin aller
A ce rire salvateur que tu veux réprimer.
Ne méprise pas la chance qui t'est ainsi offerte
D'éviter de ta vie l'irréversible perte.

Marcel de Vélo:

Faites excuse, fier Piston, vous n'êtes en rien fautif.
Comme vous l'avez compris, je m'en prenais à vous
Uniquement dans le but de distraire Sassétou,
Et pouvoir initier le rituel curatif.

Car je crois fermement que sa vile trahison,
N'est que le fruit d'un sort du malfaisant Ruquier.
Vos tortures ne le feront donc jamais expier,
Nous ne pourrons l'aider que d'une conjuration.

L'exorcisme Ruquiéen n'est pas chose facile,
L'abbé Gilles de Mopstuv, docteur en la question,
Exhorte dans ses pages aux plus grandes précautions,
Et prévient le lecteur de ses nombreux périls.

Le traitement est basé sur la déclamation
Des vers les plus fameux de l'oeuvre de Rollin.
Il faut toutefois prendre garde d'initier les soins
A doses très réduites, en faisant diversion.

Ainsi, vous l'avez vu, j'ai moi-même travesti
Une célèbre sentence du fameux Professeur,
Pour toucher Sassétou à travers sa torpeur,
En trompant la méfiance du démon qui y gît.

Cette approche fut, hélas, encore trop radicale:
Sassétou a repris brièvement conscience,
Mais l'incube qui le hante a su me déjouer,
Il s'en prend même à moi, il menace, il me tance,
J'invoque "Phlébite!", et parviens à l'écarter.
On n'est pas passés loin du merdier intégral.

[...] "Qu'il est bon d'ouir le doux chant des sirènes de l'humour drôle" se disait Sassétou. Pendu à sa poulie, à cheval sur son pieu, le gentilhomme songeait à Ulysse attaché à son mât. Ils se devait de résister à la tentation, comme l'illustre héros. Picard et Piston redoublaient de ruse pour le faire expier : le premier multipliait les allusions à l'oeuvre de son ancien dieu ; le second brandissait le Saint Paper Board orné du blason qu'il avait vénéré : "ne réfrenne ce rire qui te submerge ! Ris mon bon ! Reconnaîs par cet acte ton hérésie !". Quant à la manivelle qui controlait la descente du supplicié, elle échut à un figurant occasionnel. Marc Joinelle courait les castings médiocres depuis plus de 10 ans. Il fût "poilu" dans 3 films sortis pendant la commémoration du 80ème anniversaire de l'armistice : il avait la barbe du rôle. On l'aperçois derrière Sammy Frey dans "les Acteurs" : il dit "15, 12, 38, 3557, 2...568" à un arrêt de bus à une vieille dame, Madeleine Tanbas, figurante collectionneuse d'autographe. Je pense qu'il a fait aussi une apparition dans "Amélie Poulain" (ça reste à vérifier cependant). Bien sûr Marc Joinelle aurait voulu devenir Alain Delon, mais - comme dit l'autre - "c'est pas toi qui y'est, c'est pas toi qu'est beau !" [...].

Albuin de Tours, ça sent la fin, vers 1203 et quelques semaines vigneron.

Marcel Sassétou:

Qu'il est bon d'ouir le doux chant des sirènes
De l'humour drôle ! Me disais-je sous la Pou-
Lie, à cheval sur mon pieu. Dure est ma peine
En ce jour incertain, mais brisons le tabou !

Oui je craque et dois me fendre d'un bon rire !
Je cède et vous concède cette poilade !
J'avoue j'en ai bavé, pas vous ? Le malade
N'a d'autre solution que ne rien retenir,

Ne rien garder en lui qu'il ne saurait cacher ...
Ces belles réferences qu'on me met en pâture
Pour mieux lever le voile sur ma fausse imposture,
Je n'ai qu'à rire d'elles pour être détaché.

Et bien je le fais de vive voix (Ah ! Ah ! Ah !)
Car comment résister mes amis (Hi ! Hi ! Hi !)
A la description de ce petit (Hi ! Hi ! Hi ! Hi !)
Raté, figurant de cinéma (Ah ! Ah ! Ah !)

Tu la voyais pas comme ça ta vie, pas d'atta-
ché-case quand t'étais p'tit. On va tous pareil : moy-
En moyen, la grande aventure : tintin ! Et moi
Aussi j'en ai rêvé des cornemuses ! Bah !

Mais Marc Joinelle n'est ni Delon ni Doinel !
Antoine Doinel ! Antoine Doinel ! Antoine Doinel !
Antoine Doinel ! Antoine Doinel ! Antoine Doinel !
Antoine Doinel ! Antoine Doinel ! Antoine Doinel !

Marc Joinelle est un modeste

Epilogue

[...] On raconte que Monseigneur Sassétou répéta 3 jours et 3 nuits cet Alexandrin parfait, composé de 3 Antoine Doinel - prononcer Antoin' Doinel - et entrecoupé toutes les 3 heures d'un "Marc Joinelle est un modeste". Il le cria plus qu'il ne le déclama. Il prit soin de n'en jamais travestir le rythme initial : dès qu'il dérapait et disait plus de trois fois "Nelan Toinedoi" il disait "pouf-pouf", se raclait la gorge et reprenait la contine diabolique. On raconte aussi qu'il proposa à ses collègues Marcels d'arrêter à temps cette histoire à chier, que ce n'était qu'une proposition mais qu'il y tenait particulièrement, tant tout cela me gave grave, et que quitte à terminer sans chute, autant finir sur ces deux dernières interventions ineptes. Enfin, moi, j'dis ça ...

Albuin de Tours