Les moments de honte, dans la vie de tous les jours (par Marcel Tov)
Dans cette rubrique, je vous propose de parler de ces fameux instants de la vie, qui viendront vous hanter votre vie durant. En fait, je parlerai beaucoup des miens et peu des vôtres, mais avec un peu de chance vous vous y reconnaîtrez.
A défaut, c’est autant de pognon que je n’aurais pas donné à un psychanalyste, pour qu’il écoute mes salades et remplisse sa cave à vin de mauvais bordeaux.
Je ne sais pas vous, mais moi, quand une de ces pensées troubles me vient à l’esprit, je suis pris de gêne comme au premier jour. Pour me sortir de ce type de rêve éveillé, je dois prendre sur moi, et dire « bon », en sursautant et ouvrant grand les paupières. Ou plutôt :
« -Bon ! »
Ou encore parfois :
« -Bon ! Bien !…»
Et je vous prie de croire que les points d’exclamations sont indispensables.
Comme j’utilise une de ces deux expressions au moins une fois par jour, je crois pouvoir remplir cette rubrique de façon assez régulière, selon l’humeur du moment.
Et pour commencer, une mise au point sur l’un des propos de forum.
Le
forum de ce site vient de connaître une mise au point quant à l’orthographe
du nom Poelvoorde. Marcel Monpatron avait bien raison , ce nom s’écrit bien
Poelvoorde, comme il doit être prononcé. Tenant de l’école inverse, et
quoique bien au courant des grandes règles qui président à la prononciation
du néerlandais, j’ai néanmoins dû, pour m'en persuader, aller le vérifier
par moi-même.
Mon
erreur persistante tient au fait que lorsque le personnage est apparu, et qu'il
m'a fallu retenir son nom, qui était régulièrement écorché, j'avais usé
d'un moyen mnémotechnique redoutable, mais à double tranchant : "les gens
inversent systématiquement".
Ce type de procédé, il y a
quelques années, me joua un bien vilain tour. Etant gamin, je pensais que
Laurent Voulzy s'appelait en fait Laurent Vouzly. Lorsque j'en étais arrivé à
l'âge où l'on apprend à lire, j'avais fait remarqué à mes parents que le
nom ne s'écrivait pas comme il se prononçait. Eux m'avaient détrompé, en
m'expliquant qu'en fait le nom se prononçait bien comme il s'écrivait mais que
c'était moi qui le prononçait mal.
Je pris part, un jour, au concours d'entrée de Louis Lumière. Une des épreuves était un QCM de type assez sournois, puisqu'il fallait faire attention à la façon dont les noms propres étaient orthographiés. Sachant cela, je m'appliquai à bien discerner les pièges sournois. Or, voilà que dans une des question, le nom de Laurent Voulzy apparut. Ayant été clairement averti, j'invalidai ce choix, au motif qu'évidemment, Voulzy s'écrit en fait Vouzly puisque je fais tout le temps l'erreur.
Cela aurait pu s'arrêter là, s'il n'y avait eu le déjeuner, durant lequel je discutais avec les autres concurrents. Pour cette question je leur expliquai, anecdote précédente à l'appui, que la réponse ne pouvait être valide, puisque chacun sait que cela s'écrit Voulzy et non pas Vouzly, puisque les gens prononcent Voulzy alors qu'ils devraient prononcer Vouzly alors que moi-même, qui étais dans l'erreur, je prononçais Vouzly au lieu de Vouzly, ou l'inverse. Cela semble un peu confus, mais je fus si convaincant que les autres en vinrent à dire: "ah! merde, je savais pas."
Rentrant chez moi, je racontai avec malice à ma mère, et un peu de fierté, comment j'avais, adroitement et seul, déjoué ce piège orthographique sournois. Ma mère, sur un ton lamenté, me reprit: "Non, Marcel. Tu fais encore erreur, cela ne s'écrit toujours pas Vouzly, mais De Brogli".
Aujourd’hui encore, il m’arrive de repenser à ce repas funeste. Je n’ai dû laisser à mes commensaux aucun souvenir précis, que celui d’un con grandiose et inoubliable.
Un jour prochain, je vous parlerai, du procédé mnémotechnique : « Les fonctionnements des couples Debreuil/De Brogli, et Vouzly/Voulzy sont vraiment très différents ».