En février 2001, vous déclariez au Parisien que d'être étiqueté, " c'est sans doute ce qui pouvait m'arriver de mieux " et
vous poursuiviez : " Ce personnage, j'ai l'intention de le faire évoluer mais il y a encore beaucoup à exploiter ".
Presque trois ans après, pensez-vous que ce personnage ait encore de l'avenir ?
François Rollin: " Je maintiens ce que j'ai dit car, justement dans mon prochain spectacle, c'est toujours le même
personnage, François Rollin, comédien mythomane, naïf, un peu dragueur mais qui a évolué car il devient romantique.
D'ailleurs, le titre sera certainement romantique ; le personnage le devient parce que justement il vient de se prendre
un coup dans la gueule : sa copine vient de le quitter. Donc, par un retournement des choses, il a peut-être compris un
peu plus par rapport aux femmes, il est moins " rentre dedans ". Cela dit, c'est le même. C'est parce que l'on a eu le
mode d'emploi du premier que l'on va pouvoir rire encore plus du deuxième.
- Le fait de se faire remarquer, et plus particulièrement d'exister, semble important à vos yeux, d'autant plus à vos
débuts, vous connaissiez le succès en Angleterre mais, ne supportant pas d'être ignoré en France, vous avez choisi de
continuer votre carrière dans votre pays. Est-ce une simple reconnaissance ou un besoin d'amour ?
FR : C'est un besoin d'amour. C'est que moi quand j'étais petit,... quand on faisait les équipes de football avec les
copains, j'étais toujours le dernier choisi. Au baby-foot, c'était la même chose, quand on était quatre à occuper le
baby-foot, j'étais sans arrêt le cinquième ; toujours à côté à compter les points. Je me disais : "mais un jour on va
me regarder moi, j'ai envie que l'on m'aime pour au moins quelque chose", et donc voilà, c'est pour cela que je fais ce
métier !
Beaucoup de comédiens ont besoin d'amour... Ouais, d'amour !
- Vos premiers rôles étaient de l'ordre du (je vous cite) "soit beau et tais-toi" dans A nous les garçons, de Michel
Lang, comme dans la série Carnation Street. Vous tentez un nouveau film pour le cinéma dont le rôle ne semble pas
différent de ce que vous aviez déjà réalisé. Qu'en attendez-vous ?
FR : En fait, le rôle est différent de ce que j'ai fait au cinéma mais pas de ce que je fais sur scène. C'est-à-dire
qu'au cinéma, tout est en demi-teinte, tout est moins caricatural et c'est cela qui est plus difficile. C'est
intéressant de voir si ce personnage peut passer la barre qui sépare le one man show et le cinéma. Ceci dit, je ne le
ferai pas quinze fois ! Je l'ai aussi fait parce que c'est une femme qui le met en scène et donc forcément, elle va
prendre de ce personnage tout ce qu'elle exècre et aime. Si le film avait été réalisé par un homme, je n'aurais pas
accepté le rôle. Donc cela équilibre : quand je suis sur scène, c'est la vision du macho vu par moi seulement et là,
Marie-Anne Chazel va y mettre la tendresse que le personnage rend possible.
- Vous avez donc choisi ce rôle par rapport au personnage ?
FR : Oui, mais d'abord parce que le film me plaisait et ensuite parce que je savais que je pouvais jouer ce personnage
et que, mis en scène par une femme, il allait m'apporter quelque chose de plus.
- Après avoir été étiqueté, n'est-il pas difficile maintenant d'imposer une nouvelle image ? Le public n'a-t-il pas
envie de vous retrouver dans le rôle de comique, même s'il serait agréable de se laisser surprendre par un Dubosc plus
sérieux ?
FR : Dans le film, mon personnage est drôle. Pour l'instant, je ne sais pas comment j'opérerais le changement. Pour le
moment, je cherche à être le mieux possible dans ce que je sais faire. De plus, ce n'est pas que le macho dragueur et
tout ça, il y a aussi plein de sensibilité, de choses, c'est le côté naïf aussi que je vais exploiter et que j'ai
commencé à amener ; naïf et un peu perdant... J'aime cela aussi ! Peut-être que la bascule va se faire dans ce sens là :
je vais passer du mythomane au naïf et montrer d'autant plus le naïf, puis je reviendrai peut-être à autre chose ensuite.
Mais je crois qu'à chaque fois que l'on fait quelque chose, les gens attendent la suite. Vivons le moment présent !
- Théâtre, radio, téléfilm, cinéma... Qu'en est-il de la littérature ?
FR : C'est vrai que l'on m'a déjà demandé d'écrire des choses rigolotes mais j'ai refusé pour l'instant parce que c'est
beaucoup de travail. Mais j'ai commencé secrètement un roman que j'ai appelé "Le Petit garçon qui a cassé l'arrêt de
bus"... C'est la première fois que je le dis. Et c'est complètement autobiographique. Alors j'avance de temps en temps,
j'écris deux pages ou trois. Et la fin sera sûrement : " aujourd'hui je suis célèbre et je peux dire que j'ai cassé
l'arrêt de bus sans jamais oser l'avouer". Et pendant toute l'histoire, c'est moi, c'est ma vraie vie. Je suis les modes
comme on suit un enterrement, la tête baissée, un peu en retrait et sans oser y croire. A chaque fois, je fais quelque
chose sans y croire et si ça marche, j'y crois !
- C'est un trait caractéristique de votre personnalité que de ne pas croire à quelque chose avant que cela ne se réalise ?
FR : Voilà, c'est ça, enfin maintenant j'essaie d'y croire un maximum, mais j'ai remarqué que je réussissais toujours
mieux ce que je faisais sans vouloir y croire. Quand j'ai fait du one man show, je ne voulais pas en faire à l'origine.
Quand on vit les choses ainsi, il y a moins de pression.
- L'écriture d'un livre nécessite un don de soi important, n'est-il pas difficile de tout donner ?
FR : C'est agréable de donner de soi, on ne donne jamais tout. C'est une bonne thérapie de donner de soi, on confie des
choses que l'on ne dirait peut-être pas dans la vie ou dans une interview : le plaquer sur du papier, c'est voir que
tout cela n'est pas si grave.