LES ANIMAUX SONT-ILS DRÔLES ? 

Difficulté    XXXXXX            
Coût            XXXXXX    
   
          

Toute analyse digne de ce nom doit commencer par celle de son titre : J’ai préféré ce dernier à « les animaux rient-ils ? » qui est complètement hors de propos dans une rubrique censée nous donner des trucs pour faire rire. De plus : oui ! certains animaux rient, mais je ne m’étendrai pas là dessus. Tu me diras « rien de drôle » et là je te dirai, d’abord que je ne suis pas censé l’être et qu’il est peut-être un peu tôt pour m’interrompre : c’est ta rubrique mais c’est moi qui cause. J’ai exclu également le titre « les animaux ont-ils de l’humour ? », question qui ne mérite qu’une analyse rapide tant la réponse est immédiate : non. Les animaux n’ont pas d’humour puisqu’ils sont bêtes et que nous les mangeons : il ne peuvent être que des objets, dans le sens objet de notre appétit ou de notre dérision. Enfin, si je n’ai pas choisi le titre « peut-on faire rire avec des animaux ? » c’est parce que ce dernier traduit exactement  l’esprit du titre que j’ai finalement choisi, à savoir « les animaux sont-ils drôles ? » : je te demanderai donc, désormais, de n’en retenir que ce sens strict.  

Peut-on faire rire avec des animaux ?  

Tu me diras « pourquoi, dès lors, ne pas avoir choisi ce titre tout de suite ? », mais là je réponds pas. Peut-on faire rire avec des animaux ? Là je réponds oui, trois fois oui ! A condition de respecter quelques règles de base. Je m’invite d’ailleurs à vous en donner quelques exemples : 

Le bêtisier animalier ou « mes animaux ont la parole »

Deux grands classiques dont la drôlerie n’est pas à prouver ! Dans le premier cas les animaux sont confrontés à des situations cocasses qui nous font rire : c’est bien là le but. Le tout est souvent agrémenté de commentaires, de bruitages loonytunesques et de rires, car les animaux ont tout de même beaucoup de mal à nous faire rire pour eux-mêmes, et encore plus par eux-mêmes. Ces situations auxquelles ils sont confrontés sont proprement « humaines » et c’est pour cela qu’elles sont irrésistibles. Le téléspectateur peut ainsi s’identifier aux « personnages » du divertissement : « moi, à la place de ce lion, je n’aurais pas essayé de couvrir ce gnou ! » ; « quel con ce singe ! On la voyait pourtant bien cette peau de banane ! » etc … Finalement, psychologiquement parlant, c’est très sain. Dans le second cas il s’agit de faire parler les animaux : Patrick Bouchitey fit en cela un travail remarquable en postsynchronisant des images d’animaux avec sa propre voix. Il avait bien évidemment compris qu’un animal poussant son propre cri n’avait rien de drôle : la preuve. Donc : même conclusion pour les deux exemples et première règle élémentaire, à savoir qu’on ne peut faire rire avec des animaux sans les mettre en situations proprement humaines, sans les doter de caractères proprement humains ; première conclusion qui ne se démentira pas par la suite. Poursuivons. 

Les déguisements d’animaux

Je ne m’appuierai, pour parler de l’humour basé sur les déguisements d’animaux, que sur des références indiscutables : il ne sera donc nullement question ici d’écureuils géants car je ne veux pas me fâcher avec un de mes illustres confrères. Le premier gag qui me servira d’exemple est tiré de l’œuvre des Monty Python’s. C’est un gag visuel à triple effet, à l’instar d’un bonbon qui n’a pas encore été inventé, mais cela ne saurait tarder : et il le faudra effectivement ! Au moins pour que les publicités qui en vanteront les mérites puissent s’échanger sur le Net entre les étudiants de l’EDHEC – qui les trouvent « trop génial » - et les collègues professionnels de Marcel de Vélo, mon illustre collègue non-professionnel. Mais je m’égare … Donc, revenons au fameux gag. Effet comique numéro 1 : un explorateur est aux prises avec un lion. C’est déjà drôle : sous couvert d’un lion à quatre pattes, on devine un comédien essayant, dans un costume approximatif de lion, d’imiter un lion se battant comme un lion ! Effet comique numéro 2 : les choses semblent s’être envenimées entre l’acteur jouant l’explorateur et celui jouant le lion. Ils en viennent donc aux mains, tous deux sur leurs deux jambes : c’est tellement drôle que mon estomac commence à être douloureux ! Effet comique numéro 3 : l’explorateur sort un couteau et tourne autour de l’acteur/lion qui lui, brandit un … tabouret ! Personne n’a pu me dire aux Urgences si le gag avait un effet comique numéro 4 … Dans le même ordre d’idée j’évoquerai cet autre sketch des Monty où des (faux) chevaux se poursuivent en voiture, en tandem, en pousse-pousse, à cheval. 

Les déguisements d’animaux (2)

Le second gag qui me servira d’exemple est tiré du Centre de Visionnage avec Edouard Baer : Gilles-Gaston Dreyffus habillé en vrai-faux Bartabas tente un numéro de dressage de cheval. Ce costume de cheval est d’un approximatif saisissant. Au point qu’Edouard ne manque pas de le faire remarquer à Gilles d’un sentencieux : « clairement ce cheval est un faux. Y’a quelqu’un à l’intérieur ». C’est drôle et personne ne le démentira. De la même manière quand, dans un autre sketch du CDV, François Rollin fait face à un acteur affublé d’un masque de poisson et dit : « Il est très bien ce jeune homme, mais il va y avoir un petit problème : il a une tête de poisson », on reste dans le même esprit, et ça reste indiscutablement drôle, dans le même esprit à cette nuance près que, ici, la tête de poisson n’est pas considérée comme un masque mais comme un attribut génétique, mais là je chipote.

Que pouvons-nous donc en conclure, qui pourrait constituer notre deuxième règle élémentaire ? D’abord que le caractère proprement humain de la mise en scène animalière n’est pas démentie dans ces deux exemples (c’est-à-dire la règle élémentaire numéro 1). Elle en diffère seulement en ce sens qu’elle consiste en une dénonciation du caractère factice/génétique du déguisement (« ceci n’est pas vraiment un animal », « ça sent le faux », « il a une tête de poisson ») ; ensuite nous pouvons dire qu’on ne peut faire rire avec des animaux ou des imitations plus ou moins réussies, plus ou moins volontaires, de ceux-ci sans les mettre en situations proprement drôles, sans les doter des caractères propres à l’humour drôle et à ses principes. Bref : si tu n’es pas drôle, tu touche pas aux animaux, tu touche à rien d’ailleurs ! Tu te contentes de faire des grimaces en disant « les gens ont besoin de moi». Poursuivons.

 L’humour à base de pingouins

Toute analyse se doit d’aborder quelques exceptions à la règle, en l’occurrence une : le manchot royal. Oui : je parlerai du manchot royal que le Français appelle « pingouin ». J’ai, pour ma part, utilisé le mot « pingouin » dans mon titre pour être plus racoleur. Sachez, pour en finir avec cette digression sémantique, que le vrai pingouin est un petit manchot royal qui fait cui-cui et qui vole, très près de nos latitudes d’ailleurs. Autre précision importante : l’humour du manchot ne déroge pas à la règle élémentaire numéro 1. On rit de lui pour ce qu’il a de profondément humain quand il tombe, marche, glisse sur une peau de banane, vit. Il constitue toutefois une exception dans la mesure où, contrairement aux animaux des bêtisiers habituels, aucun commentaire-bruitage-rire-préenregistré ne lui est nécessaire. Il se caractérise en nous faisant indéniablement rire dans des situations simples, situations moins drôles quand elles sont jouées par des hommes. Attention : cela ne veut nullement dire qu’un homme déguisé en pingouin ne peut être drôle, bien au contraire. Par exemple Sami Frey qui glisse sur une peau de banane pendant la cérémonie des Césars, c’est très amusant. Tiens, à ce propos, je me souviens d’un excellent gag dans un film de Woody Allen (mais si c’est possible !) qui s’appelle « Woody et les robots » : le héros, plongé dans une sorte de monde futuriste, entre dans un potager géant. Ils y croisent des tomates géantes, des potirons géants, des pommes géantes et finit par glisser sur une peau de banane géante : c’est très efficace. C’est en tout cas ce qu’en disait un de mes camarades de chambrée, aux Urgences, qui m’a aussi avoué qu’il avait moins apprécié la blague du fou qui repeint son plafond avec un pinceau géant. Oui là tu me diras – et tu auras raison – « quel rapport avec les pingouins ? ». Aucun : j’annonçais simplement mes interventions futures (« Rions avec Woody Allen », « Peut-on faire rire avec des blagues éculées ? »).

Donc, troisième règle élémentaire, à savoir qu’on peut faire rire avec des animaux si ces derniers sont des pingouins filmés dans le cadre d’un documentaire animalier qui n’a aucune prétention humoristique; ça c’est toujours valable : la preuve. La suite s’il vous plaît. Ca vient ! 

Peut-on rire de tout avec les animaux ?

Alors là je dis : « attention terrain glissant ! ». Mais je dis également non, on ne peut pas rire de tout avec les animaux. Je pense notamment au drame que constitue le génocide des phoques, sur lequel je n’ai jamais osé plaisanter, ou alors en l’absence de tout phoque. Là, le mieux que tu puisses faire c’est de laisser les phoques rire d’eux-mêmes et de leurs malheurs. Après tout ils sont quand même les mieux placés pour ça. Et puis « l’humour phoque » est à juste titre fort réputé (je te renvoie, notamment, à l’excellent « Woody et les robots »). Mais, cela étant dit, et à l’instar du regretté Desproges, je te dirai aussi que tu ne dois pas t’interdire de rire des phoques et qu’aucun humour ne doit être l’apanage exclusif d’une espèce animale. Mais, dans ce cas, tu veilleras à respecter cette dernière règle élémentaire, à savoir qu’on peut rire avec les phoques, des phoques, comme avec tout et de tout, à condition d’être drôle et de ne pas le faire avec n’importe quel animal.


LA FICHE 

Matériel : magnétoscope, ciseaux, papier, peau de banane, scotch, tous les moyens modernes de montage vidéo et son, chaîne équipée karaoké, couturière professionnelle, principes de l’humour drôle, kippa, pinceau géant. 

Activités possibles : visionner un documentaire animalier sans prétention humoristique sur les pingouins ; postsynchroniser avec des voix humaines les images (avec la fonction karaoké) de documentaires animaliers sans prétention humoristique avec des prétentions humoristiques ; postsynchroniser les images d’un documentaire sur la remise des Césars avec des cris d’animaux (le même exercice est possible avec un compte-rendu filmé d’une séance de la Knesseth) ; demander à une couturière professionnelle de faire un costume d’écureuil géant (pour un gars d’1m75, 73 kg) et me l’envoyer ; penser au 1er avril ; se procurer l’extrait de « Woody et les robots » et (avec tous les moyens modernes de montage vidéo et son) remplacer Woody Allen par un pingouin ou Sami Frey ; poser des lapins.