PEUT-ON RIRE D'UNE VENTE DE SABLE ?

Difficulté  XXXXXX
Coût          XXXXXX 

Ne plaisante pas d'une vente de sable qui veut ! Je dirai même : "rit d'une vente de sable qui ne le veut pas !", signifiant que c'est totalement par hasard que m'est tombée dessus l'occasion de le faire – d'ailleurs c'était même pas moi – mais passons … Sur la route entre Verdun et Metz, il y a quelques années de cela, je roulais promptement vers la Fnac la plus proche – oui : veuillez cesser de vous plaindre d'habiter dans de grandes métropoles impersonnelles et bruyantes car bien vous en prend. J'étais alors accompagné d'une charmante personne que j'appellerai, dans un premier temps, "la spécialiste incontestée de l'humour de vente de sable non encore consciente de son état", et plus simplement, Claudine. Nous roulions, donc, promptement et traversâmes les villages de Maizeray, Harville, Labeuville et Hannonville-Suzémont, notamment et dans cette ordre précis, car – contrairement à ce qu'indiquaient les panneaux, sans doute pour envoyer les poids lourds sur une route plus sécurisante – nous empruntions toujours la D 903 qui est plus directe pour aller à Metz. Cela étant dit, je vais me permettre une petite digression – l'intérêt de mes textes étant surtout lié à mes digressions (pardon pour cette auto-analyse !) je ne vais pas m'en priver : eh oui, si j'en faisais pas, des digressions, ça serait torché en 15 lignes, mes textes ! – donc petite digression  :

Digression 

Oui : je me suis dit que je pourrais carrément mettre un titre "digression", comme ça tout le monde voit le procédé : "tiens là c'est la digression qu'il fait pour gagner du temps et faire plus long, sinon ce serait torché en 15 lignes, ses textes". Ainsi vous pouvez même ne pas la lire, la digression, si toutefois je mets le titre "Suite après digression" après la digression, ce qui n'est pas certain : alors gare !

Petite digression, donc

Oui : je me suis dit aussi qu'il ne fallait peut-être pas abuser du procédé – chiant comme du Savon (de) à la longue ! Donc voici la digression : en évoquant précédemment les quatre bleds de Lorraine que je traversais régulièrement pour aller à Metz, bleds qui existent bel et bien, il ne s'agissait en aucun cas de faire de l'humour dit "de localités". Soyons bien clair : Trifouillis-Les-Oies, c'est drôle si ce qui t'y arrive est drôle ! Trifouillis c'est pas drôle à cause de Trifouillis. De la même manière que la préfecture de Limoges n'est pas drôle sans l'anecdote qui s'y déroule : la preuve. L'humour à prétexte provincial est plus que galvaudé. Mais peut-être suis-je en train d'anticiper mes prochains textes ("Peut-on faire rire avec des noms de localités provinciales ?", "Peut-on rire avec les Deschiens ?") ? Poursuivons. 

Retour sur la D 903, à l'entrée d'Hannonville-Suzémont

C'est précisément dans ce village que se déroule notre intrigue, plus précisément au milieu d'un virage gauche à 90° - la troisième est conseillée, voire la deuxième pour une meilleure reprise. Au milieu, donc, est planté un panneau de facture artisanale avec la mention "VENTE DE SABLE", à l'exclusion des guillemets. Il indique cette vente à droite de ce même virage, de sorte que je n'y suis jamais allé car on s'éloigne un peu de la route de Metz. Il est impossible de louper ce panneau : d'abord parce qu'on roule lentement, en troisième au maximum – si on roule plus vite on le percute – et qu'ensuite il n'est situé que 200 mètres après le panneau indiquant l'entrée d'Hannonville-Suzémont. Au fait ! J'allais oublier : je n'évoque pas ce village pour un quelconque effet comique à caractère local : ça je l'ai déjà clairement souligné précédemment. Mais n'allez pas croire pour autant qu'il me donne l'occasion de passer en revue toute l'étendue de l'humour de type buccal, genre "Suzémont zob" (Patrick Sébastien) ou "Suzémont testicule" (Adolphe Hitler). Bien évidemment : non ! Et cette photo vous le prouve. Poursuivons. 

Un panneau faisant office de gag rattaché au genre "humour visuel et de répétition" 

Oui c'est un peu ça ! Je ne l'aurais pas mieux dit. En effet, ils nous est bien arrivé 20 fois, Claudine et moi, de passer par ce village. Or jamais, je dis bien jamais nous n'avions évoqué le caractère insolite et, finalement, comique de ce sympathique panneau indicateur. Et nous avions bien sûr, entre deux voyages jusque Metz, mille occasions d'oublier son existence. D'où à chaque fois une surprise renouvelée quand nous le revoyions, le même sourire intérieur mutuel quoique non partagé : "Tiens j'l'avais oublié celui-là !" (Claudine), "c'est lourd à la longue !" (Ma pomme) oui car à la longue, un truc redondant c'est chiant. Mais nous avions quand même affaire à de l'humour visuel répétitif de qualité, pratiqué par un panneau : l'énervement n'en était que plus fort en ce qui me concerne. Ben oui : quand c'est mon copain gardien de la paix qui me fait tourner en bourrique avec ce genre d'effet, ça m'énerve aussi, mais moins quand même. Mais peut-être ne vous ai-je jamais parlé de lui ? 

Mon copain gardien de la paix 

Je précise qu'il était mon copain avant d'être "de la grande maison" : sans faire de l'humour à caractère "jeune révolté", je dois quand même dire que je ne pourrais pas sympathiser avec un flic ayant déjà passé son concours. Mon copain, donc, est un personnage que je considère comme mon maître en matière d'humour visuel, catégorie amateur. Il lui est déjà arrivé de me taquiner avec une mirabelle pendant toute une soirée : son jeu consistait à planquer la même mirabelle (le fruit, pas la bouteille !) dans des endroits divers qu'il savait – ou supposait – que je visiterais. Dans la louche suspendue (rapport à la soupe à servir aux hôtes), dans la casserole encore vide (rapport aux pâtes à faire cuire), dans le placard à épices (toujours rapport aux pâtes), sur la lunette des chiottes ou dans le cylindre axial d'un rouleau de p-cul (rapport à la soupe et aux épices), etc … A la douzième apparition prunesque, après douze fous rires des convives complices ou simples spectateurs, ça devient pénible : on rit cependant de bon cœur jusqu'à la onzième fois. Bien que n'étant pas doué pour le procédé, j'ai quand même essayé de lui rendre la pareille en planquant ladite mirabelle dans un endroit que je savais qu'il ne manquerait pas de visiter : deux mois plus tard, j'ai retrouvé une mirabelle pourrie dans le sac de couchage que je lui avais prêté à l'occasion de cette soirée. Cette mirabelle noire et desséchée sembla me narguer à l'occasion de cette 13ème apparition : "laisse tomber le visuel, l'autre bestiau est trop fort". Et finalement, à y bien réfléchir, tout comme le silence après Beethoven est, dit-on, "encore de Beethoven", je dirais que cette 13ème apparition, que je croyais ne devoir qu'à ma propre maladresse, était encore indirectement à mettre à l'actif de mon copain gardien de la paix.

Et bien le panneau , c'est pareil  !

Eh oui ! Toi qui penses que cet interlude policier est incongru, détrompe-toi : il est au contraire fort à propos pour traduire l'effet que n'a pas manqué de produire sur moi le fameux panneau. Mais venons-en au fait : un jour que j'allais à Metz pour la 8ème fois de l'année, le village en question m'apparut bien différent par rapport aux sept autres fois. Une fois passé le panneau "vente de sable", ma co-voiturière et moi-même nous aperçûmes qu'il y avait, contrairement à d'habitude, beaucoup de monde sur les trottoirs du dit village. Et quand je dis "du monde", ça veut dire plus que d'âmes pouvant y être décemment hébergées. Tous ces braves gens étaient également répartis des deux côtés de la route et tous prenaient la direction inverse de la nôtre. Pour prendre une image plus parlante, imaginez le passage de Germinal où les mineurs en colère, avec femme et enfants, avancent vers la mine où les attend une rangée de militaires armés. Mais si : "ils sont fâchés/ils ne sont pas contents/ils viennent cracher/leur mécontentement/ils sont nombreux/l'ombre dans les yeux/sombres et orageux/les gueux !" (Dick Annegarn, chanteur génial et – presque – inconnu). Et ben là c'était pareil ! Sauf que mes braves gens à moi n'avançaient pas de front mais sur deux colonnes séparées par la route, avec une voiture dessus, et Claudine et moi dedans. Plaît-il ? Oui Riigolax : c'est pas non plus des mineurs et y a ni mine ni militaire à Suzémont, merci Riigolax … D'ailleurs ils n'étaient pas non plus en colère, mes braves gens à moi. Poursuivons.

La chute 

Et là, alors que nous n'avions échangé aucun mot depuis Labeuville, je lâchais à ma compagne sans même la regarder et sans plus d'étonnement que ça : "Vache ! Y a du monde aujourd'hui à Suzémont …". Elle me répondit laconiquement sans me regarder davantage, avec ce ton qu'ont ces dames foudroyées par la grâce des dieux de l'humour : "doit y avoir une vente de sable …".


LA FICHE  

Matériel : Ciseaux, papier, carton, marqueur (noir), bois, clous, marteau, pansements, mirabelle, Claudine ou équivalent, mirabelle (bouteille), compil "Bruxelles" de Dick Annegarn chez Polydor, panneau d'Hannonville-Suzémont, sopalin, chapeaux (deux).

Activités possibles : faire le même parcours plusieurs fois en prenant soin d'oublier mon histoire (le panneau est toujours dans le virage) ; faire le panneau s'il n'y est plus ; faire un autre parcours avec le panneau que vous aurez arraché à Suzémont (vous ne léserez en rien le vendeur de sable car il est fort à parier que le panneau en question a été mis là par mon copain gardien de la paix) ; refaire le coup de la mirabelle à vos amis sans oublier d'y écrire "vente de sable" avec le marqueur noir ; découper tous les mots de la rubrique "Matériel" et les mettre dans un chapeau puis faire la même chose dans un autre chapeau avec quelques verbes dit "d'action" (comme "coller", "faire", "clouer", etc …) puis tirer 15 papiers en alternant les chapeaux et, enfin, effectuer l'activité inédite ainsi obtenue ; Essuyer ses mains noires avec le sopalin ; Coller Claudine sur Mozart : facile elle n'aime que Beethoven ; gueuler "il est beau mon sable" à la piscine de Triffouillis-Les-Oies ; Mettre la bande à Ruquier sur deux colonnes à Hannonville-Suzémont et, en bon militaire, tirer dans ce tas de gueux.