Dans la série "Commentons l'humour contemporain, et surveillons ses dérives":
Faut-il cesser de simuler des explosions de petits chiens de salon?
Bien évidemment. La question ne mériterait même pas d'être posée, s'il ne
s'agissait de rappeler les tenants et les aboutissants de cette vilaine pratique
aux plus distraits d'entre vous.
Pour ce faire, nous allons tout d'abord décrire ce qu'est la simulation d'explosion de petits chiens de salon, puis formuler quelques hypothèses à propos des principes comiques sous-jacents, afin de pouvoir établir une typologie du public auprès duquel ce spectacle a du succès. A l'issue de ce bref exposé, vous en arriverez très logiquement à la conclusion suivante: oui, il faut cesser de simuler des explosions de petits chiens de salons, parce que c'est bon, on l'a assez vu, on a peut-être un peu souri la première fois, par indulgence, mais maintenant ça va là, hein, faudrait songer à se renouveler chez Canal +, même si ça implique de faire tomber quelques têtes au passage, de toutes façons on les a assez vues aussi, depuis le temps qu'on nous bassine avec cette histoire d'impertinence, impertinence mon cul oui, ça tient plus de la gentille petite culture d'entreprise bien formalisée dans un rapport rédigé par la cellule "jeunes" du service marketing, revu et corrigé par une vingtaine de voleurs de poules du service communication, avalisé, signé, contresigné, et dûment tamponné par 3 ou 4 cocaïnomanes de la direction au cours de je sais quelle réunion hebdomadaire de je ne sais quel comité des mes couilles, pour résumer.
Et si vous n'en arrivez pas à cette conclusion, c'est que vous avez choisi délibérément d'avoir tort. Pourquoi pas. C'est un choix de vie comme un autre.
1- Qu'est-ce qu'une simulation d'explosion de petit chien de salon?
Très clairement, il s'agit ici de simuler une explosion de petit chien de salon. Pour y voir encore plus clair, il peut être utile de se référer aux définitions suivantes:
Si la définition des termes génériques suffit à comprendre globalement de quoi il retourne, il convient en outre de décrire plus précisément le sens que prennent les mots "petit", "chien", et "salon" lorsqu'ils sont réunis dans la locution "petit chien de salon". Dont acte:
Notons au passage que le "petit chien de salon" est aussi appelé "petit chien à sa mémère" par certains. Bien que d'apparence anecdotique, cette précision nous sera utile plus tard, quand il s'agira de déterminer pourquoi il ne faut pas rire aux simulations d'explosions de petits chiens de salon.
Ces quelques définitions nous permettent d'une part de nous faire une idée assez précise de ce dont on cause, mais aussi d'affirmer que le petit chien de salon est définitivement vilain, qu'on ne l'aime pas, parce qu'en plus de ses tares inhérentes pour la plupart à son emploi de dame de compagnie, il ne présente aucun des traits qui rendent le chien sympathique, qui sont, rappelons-le en vrac: la placidité, la bonne humeur, la queue remuante, le bon appétit, l'oeil vif, la majesté, la mastardise, la mafflutesse, et la truffe humide.
2- Comment simule t'on une explosion de petit chien de salon?
Pour réaliser une simulation d'explosion de petit chien de salon, il nous faut:
La préparation de la simulation d'explosion de petit chien de salon se déroule en 2 étapes. Dans un premier temps, il s'agit de planter le décor et de le "coucher sur pellicule". Ensuite, et ça devient plus compliqué, il faut installer les explosifs, et faire sauter tout le bazar.
Plantons donc le décor:
Nous pouvons dorénavant libérer le petit chien de salon, et le renvoyer à ses activités d'une petite tape sur l'arrière-train, doucement quand même, c'est fragile.
Maintenant, il faut préparer le dispositif qui nous permettra de provoquer une impressionnante explosion:
C'est dans la boîte, elle est bonne on la garde. Merci les enfants, on remballe. Admettez qu'il s'agit d'une préparation assez simple, pour peu que l'on soit patient avec les petits chiens de salon, et que l'on aime manipuler des explosifs.
Il vous restera bien évidemment à réaliser le montage, en prenant garde que la peluche n'apparaisse qu'un très bref instant avant l'explosion, sans quoi le spectateur devinerait la supercherie, et la magie de la télévision n'opérerait pas. On vous prendrait pour un sale con d'amateur, et il en serait fini de votre carrière dans l'audiovisuel, ça serait dommage.
3- Les principes comiques
Deux principes comiques sont censés opérer durant une simulation d'explosion de petit chien de salon.
Le premier est évident, c'est le principe dit de "l'explosion de peluche avec projection de bourre en tous sens". Il s'agit en fait d'une variante du principe fondamental de comique de geste, habilement fusionnée avec une lointaine cousine du comique de situation. Le geste, c'est l'explosion, du moins la main taquine qui allume la mèche, et la situation, c'est la bourre qui vole partout, tout ça gigote en tous sens, ça flambe et ça fait du bruit, on se croirait au cabaret. Du coup, submergés par cette cataracte d'évènements, les plus lents d'entre vous perdent leur self et poussent des gémissements désorientés que l'on peut assimiler à un rire sot.
Si on s'arrêtait à cette analyse superficielle, on pourrait passer outre. Mais il y a là un deuxième principe comique, ou supposé tel, dissimulé, maquillé, tapi sous la trame conventionnelle de l'humour d'explosion de peluche avec projection de bourre en tous sens: il s'agit du principe dit de "mépris des vieilles dames esseulées possédant un petit chien de salon".
C'est un très vilain principe, qui n'a évidemment pas été validé par les laboratoires Rollin. Il est issu de la très vaste et très navrante famille des principes de l'humour de sale con de jeune, et y est rattaché aux catégories suivantes:
Comme si ça ne suffisait pas, le principe comique de répétition est venu se greffer aux autres au fil du temps, formant somme toute un beau merdier de principes comiques très disparates. Car en effet, les simulations d'explosions de petits chiens de salon ont été diffusées et rediffusées jusqu'à l'écœurement. Au moins trois fois à ma connaissance. C'est tout de même un peu fort de café.
4- Résumons et concluons
Reste à conclure, ce qui ne va pas sans un résumé que nous allons établir à partir des quelques tableaux de synthèse suivants:
a) Le coût du dispositif
| Une caméra, et un machin qui enregistre, avec tout le bordel numérique adapté, et les bonnets à longs poils dont on emmaillote les micros | 149.000 |
| Un morceau de salon Note: Il n'est pas envisageable d'acheter un "morceau de salon", donc nous comptons ici le prix d'une maison complète, mais pas non plus la maison préfabriquée hein, la bonne maison solide avec plusieurs salons, au cas ou. Le prix comprend le terrain, tous les frais notariaux, les meubles et les émoluments de la décoratrice d'intérieur, soit 78% du total. |
3.788.478 |
| Un coussin Note: A l'inverse, on se rattrape un peu sur le prix de ce qui précède. C'est du petit coussin bon marché. |
15 |
| Un Yorkshire, avec pedigree, carnet de vaccination à jour, et frais de toilettage | 13.500 |
| Une peluche représentant le susdit Note: C'est un peu cher, mais faut la faire réaliser à façon, pour que ça ressemble à l'original. On aura donc recours aux services d'Edmond Foissard, le fameux concepteur de peluches de Yorkshire des stars, alors c'est pas donné, mais c'est du bon boulot. |
37.549 |
| 5 pétards de 12 Note: Les pétards coûtent 20 francs dans l'affaire, mais il faut aussi prévoir une petite gratification pour s'assurer de la bienveillance du préfet de police local, car comme on le sait, les pétards de 12 sont interdits à la vente. |
50.020 |
| 3 mètre de mèche de 5 | 47,90 |
| Un évidoir en inox Note: on suppose ici que vous en possédez déjà un, tout le monde se doit d'avoir un évidoir. |
0 |
| Ruban adhésif | 13 |
| Total | 4.038.622,90 |
b) Les principes comiques mis en jeu
| Principe | Cause |
| L'humour d'explosion de peluche avec projection de bourre en tous sens | L'explosion de la peluche |
| L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante du "kitsch" | Le Yorkshire |
| L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante de la génération X opprimée par ses aînés | Le Yorkshire, en tant que petit chien à sa mémère |
| L'humour de répétition | La répétition |
c) Le succès rencontré par principe comique et catégorie de spectateur
Note: le succès est mesuré en degrés de poilade, sur une échelle de -4.457.103,7 à 124.478
| Principe comique | L'humour d'explosion de peluche avec projection de bourre en tous sens | L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante du "kitsch" | L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante de la génération X opprimée par ses aînés | L'humour de répétition (dans ce contexte) |
| Catégorie de spectateur | ||||
| Les jeunes | 124.478 | 145 | 12.360 | 2 |
| Les vieilles dames esseulées | 1,3 | 0 | -4 | 0 |
| Les amateurs de Michel Leeb | 124.478 | 0 | 0 | 12,47 |
| Ma pomme | 7 | -4.457.103,7 | -4.457.103,7 | -4.457.103,7 |
d) Le succès global rencontré
Note: pour déterminer une note globale, on attribue un coefficient d'intérêt à chaque catégorie de spectateur, puis à chaque principe comique, et on touille.
| Les jeunes | -7 |
| Les vieilles dames esseulées | 0 |
| Les amateurs de Michel Leeb | 0 |
| Ma pomme | 140 |
| L'humour d'explosion de peluche avec projection de bourre en tous sens | 15 |
| L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante du "kitsch" | -12 |
| L'humour de sale con de jeune de glorification bruyante de la génération X opprimée par ses aînés | -740 |
| L'humour de répétition | 10.780 |
Au total, on constate une note globale très inférieure à 27.
e) Conclusion
Les chiffres parlent d'eux mêmes: une note très inférieure à 27 pour un investissement de plus de 4 millions de francs, c'est à se demander où les dirigeants de Canal + ont fait leurs études.
Marcel de Vélo