Dans la série "Commentons l'humour contemporain, et surveillons ses dérives"

Gourmandons le créatif

 

Certes, le titre semble abstrus. Mais si on prend le temps et la méthode de le décomposer calmement, on voit tout de suite de quoi il retourne. Constatez, ça nous donne même prétexte à une introduction, là, ci-après.

Introduction

Gourmandons:

Du verbe gourmander:  gronder, morigéner, réprimander, tancer, nous dit Robert. On peut difficilement plus explicite. Ou alors en changeant de registre, si vraiment t'as pas 2 sous de lettres à ton actif. "Ca va être ta fête, créatif!", par exemple, pourrait être plus clair, mais ne permet pas d'établir assez de distance avec le sujet, et Dieu sait s'il en faut avec ces gars là. Toutes les variantes proches souffrent malheureusement du même défaut, il a donc fallu écarter "Tu vas entendre parler du pays, créatif!", et "Tu vas tâter de mon ceinturon, celui avec une grosse boucle, créatif!". On avait bien pensé à des formulations un peu alambiquées propres à évoquer des documents scientifiques, et notamment à "De la solubilité du créatif dans le marc de Viandox", mais on s'est vite rendu compte que ça n'était guère plus compréhensible, et que surtout on commençait à flirter avec l'humour de sale con de jeune tel que décrit par De Guérande, De Vélo, et al. in "Aspects et manifestations de l'humour de sale con de jeune du troisième millénaire" (2000, éditions du sexe au gland épais, violacé, et odorant en fin de journée, et même déjà sur le coup de de 11h-11h30 pour peu qu'il fasse un peu chaud). Alors on a abandonné cette voie. Ah ça, on n'était pas fiers ce jour là. Le président a ajourné le séance, et tout le monde est rentré bien vite chez soi, sans même prendre le temps d'une rincette au bar de la marine, des amis, du sport, et du commerce réunis. La situation s'est débloquée lors de la réunion suivante du comité, durant laquelle quelqu'un a proposé "Châtions le créatif". La forme concise a immédiatement emporté l'unanimité des suffrages, mais le verbe n'a recueilli que 46% des voix, ce qui est insuffisant dans ce contexte (il convient en effet de rappeler que tous les mots qui composent les documents émis par le comité de surveillance de l'humour contemporain doivent être avalisés par au moins deux tiers des membres, à l'exception des articles, des conjonctions, des jurons et de l'ordure usuelle, pour lesquels la majorité simple suffit, sans ça on n'en sortirait pas). Un bon dictionnaire des synonymes et un quart d'heure plus tard, "gourmander" remportait haut la main un fier 94% d'avis favorables. Il semble maintenant s'imposer comme une évidence: ses 3 syllabes s'équilibrent harmonieusement avec les suivantes, sa forme bonhomme permet de ne pas rebuter immédiatement le lecteur, et surtout sa racine "gourmande" plante parfaitement le décor: on va parler produits du terroir, beaux flacons, légumes de saison, agriculture bio, gueuletons, petits plats, bâfrages, junk food, calories en excès, régime minceur, eau minérale, culpabilité, cardio-fitness, appareils à masser du lard, bref: on va parler consommation éhontée et tentation par le rire, car voilà bien la fange purulente dans laquelle le créatif a creusé les fondations de son empire, pour autant qu'un empire soit monté sur fondations, drame de l'image.

Alors t'auras beau geindre, faudra bien que tu t'y fasses, à "gourmandons".

 
Le:

Si tu crois que je vais me laisser prendre à ce petit jeu de la définition systématique, c'est bien mal connaître Marcel. Qu'est-ce que tu veux qu'on te dise, exactement? Que c'est le masculin de "la"? Eh ben voilà, c'est fait. Alors? Tu te sens un peu plus accompli là? Non hein.

Alors d'accord, on peut éventuellement envisager une définition à la Jeopardy. Souvenez vous, il s'agit de ce jeu télévisé inepte au cours duquel les candidats devaient trouver les questions à des réponses, et pas le naturel contraire. C'est-à-dire, l'animateur lançait un mot, mettons "girafe", et alors les candidats devaient trouver une question à laquelle ce mot pouvait faire office de réponse, par exemple ici "quel est le nom de la femelle du basset artésien?", si on veut un exemple de mauvaise réponse. C'est un jeu complètement con, mais comme il me semble complètement con d'essayer de définir "le", le cadre est idéal.

Or donc, allons-y définissons "le": il s'agit de la question de Jeopardy pour laquelle la réponse est: "qu'est-ce que ça fait?"

- "Qu'est ce que ça fait?"
- "Le"

Ca l'fait, bon esprit, respect, j'vous l'confirme, tomberie, sale con, et j'en aurai terminé. T'avais qu'à pas me demander de définir n'importe quoi.

 Créatif:

Là d'accord, là y a matière à définition. Pour une fois je ne me reporte même pas à Robert, je vous donne directement ma définition personnelle qui me semble bien plus pertinente:

Créatif, ve [kratif, iv] n.m. - 198?: Sinistre traîne-savates, misérable peigne-cul, vieille grosse sale truie glaireuse. -> usurpateur, escroc, voleur de poules, boulet de l'humanité, nuisible. "Tu vas tâter de mon ceinturon, celui avec une grosse boucle, créatif!" (Judith Godrèche).

Le créatif est la forme paroxystique du publicitaire, le prosélyte de la consommation, le propagandiste de l'économie de marché, le zélateur du mercantilisme. Il gagne des fortunes en rédigeant de courtes phrases nominales qu'il appelle des "slogans" et qui sont destinées à convaincre les plus démunis de l'impérieuse nécessité dans laquelle ils se trouvent d'acquérir absolument n'importe quelle connerie dont la prodigieuse inutilité semblerait patente sans les fards grossiers et les atours indécents dont les créatifs les parent.

Le créatif est un démon tentateur, tout droit sorti des entrailles de l'Enfer. La plupart dissimulent des sabots dans leurs souliers, et une fourche au bout de leur queue. Tous ont une haleine calamiteuse. Jacques Séguéla est le monarque de la légion des créatifs, Daniel Robert est son chancelier. Jacques Séguéla est à la créativité ce que Padirac est à l'absence de gouffre. Daniel Robert est à la vacuité de que Latour est au bonheur des joues.

 

Maintenant que les présentations sont faites, on voit clairement de quoi il va être question: on va se payer une bonne tranche de publicitaire, bien taillée grasse et large dans la partie la plus charnue de la bête, pour peu que ces gars là puissent être charnus de quelque part. Reste à indiquer à quel titre le comité de surveillance de l'humour contemporain se mêle de réprimander des gens qui ne sont à l'évidence pas des humoristes, sans quoi la commission de contrôle du comité de surveillance de l'humour contemporain pourrait s'émouvoir.

Hélas, dix-neuf fois hélas, le comité déplore de trop nombreuses raisons d'évoquer ce problème en ces pages. En effet, on l'a indiqué plus haut, le but du créatif est de pousser le tout et le chacun à la consommation du tout et du n'importe quoi, et à cette fin il déploie le plus souvent des moyens choisis parmi suivants:

Or, chacun de ces procédés exploite certaines des pires catégories de l'humour navrant, comme en atteste le tableau suivant:

Procédé Catégorie
Femmes à poil Humour de dissimulation de misère sexuelle
Humour de Michel Muller
Humour de provocation de chienne de garde
Humour agricole de fin de banquet de communion
Mépris, raillerie, dérision, cynisme, aigreur et impertinence Humour de Guy Bedos
Humour de Laurent Gerra
Humour de Laurent Ruquier
Réclame Humour d'almanach Vermot
Humour de jeu de mot gros comme mon dargeot
Humour agricole commun
Humour d'enculé de créatif Humour d'enculé de créatif

Notez bien que ce tableau n'est fourni qu'à titre indicatif, et n'aspire à aucune exhaustivité. Le nombre exact de catégories de l'humour consternant que le créatif manipule au jour le jour est indéterminé puisqu'il en met sans cesse au point de nouvelles, et on pourra à juste titre objecter quelques incohérences, arguant par exemple du fait que l'humour de dissimulation de misère sexuelle est tout de même très proche de l'humour de Michel Muller, ou que l'humour de provocation de chienne de garde, lorsqu'il est manipulé par Bigard et allongé d'une bonne rasade d'humour génital, peut quand même donner lieu à une bonne poilade - au contraire du mélange provocation de chienne de garde / impertinence de mes couilles (une variante mineure de mépris, raillerie, dérision, cynisme, aigreur et impertinence), dont Gaccio est le concepteur et unique dépositaire, et qui gonfle systématiquement.

Ces questions sont toutefois trop complexes pour être traitées à la va comme je te pousse en 3 phrases, brisons donc là et contentons nous d'admettre que le créatif est le pire vecteur de l'humour désolant connu à ce jour, que c'est déjà un sérieux motif d'inquiétude, et qu'on peut maintenant considérer que le thème de cet article est parfaitement établi et compris par tous, et en conséquence passer à la suite, c'est-à-dire au fait, qui sera quand même précédé d'un vague plan, ou du moins d'une déclaration un peu molle d'intention de méthode, qui ne sera de toutes façons pas respectée malgré un intérêt évident, vous allez voir c'est coquet.

On va toutefois se ménager une petite pause pour exécuter un simulacre de séance de questions-réponses afin que je puisse m'assurer que tout le monde est bien parfaitement connexe, et même synerge, avec le comité. Je parle de simulacre parce qu'évidemment tout ça ne se déroule pas "en direct", et qu'il s'est passé pas mal de temps entre la rédaction de ces quelques lignes et leur éventuelle lecture par un public auquel on ne la fait pas, et qu'en toute logique je ne peux pas connaître à ce stade les questions qui me seraient éventuellement posées, puisque je ne suis absolument pas madame Irma, ou je ne sais quelle autre lectrice d'avenir dans je ne sais quel marc de café allongé d'un bon trait de calva pour améliorer la communication avec l'au-delà, hein, vieille mère soiffarde. Alors l'alternative est la suivante: soit j'attends que les questions me parviennent pour y répondre, ce qui paraîtrait logique, c'est pas Jeopardy ici, c'est le comité de surveillance de l'humour contemporain, soit je tente de pressentir un peu les questions qui pourraient m'être posées, et alors certainement pas en recourant à des méthodes divinatoires arcanes. Vous l'aurez compris, c'est cette dernière solution qui a été retenue, puisque je suis bien persuadé que je ne recevrai aucune question tant que le présent article n'aura pas été publié, et que je me refuse à le publier en l'état. Pas plus compliqué.

- Donc, des questions? Oui, monsieur là-bas?

- Bonjour, Eudes-Marie Cohen-Foissard, de Suresnes, donnera t'on des recettes de cuisine dans cette rubrique "Gourmandise et créativité"?

- Prenez vos affaires et quittez la salle. Vous n'êtes ni connexe, ni synerge. Vous êtes sourd. Ou con. D'autres questions? Madame?

- Judith Godrèche, de Mulhouse. Philippe Stark est-il un créatif?

- Parfaitement, Philippe Stark est une quintessence de créatif, bien qu'il ne travaille pas directement dans la publicité. Et paradoxalement, à l'instar de Jacques Séguéla et de tous les autres créatifs, il est à la créativité ce que Jean-Pierre est à la communauté des gens qui se prénomment Hugues: un parfait étranger. Ceci dit, vous être libre de quitter la salle si ça vous chante. D'autres questions? Ah, ce sémillant jeune homme là-bas dans le fond au milieu brûle de nous poser une question. Vas-y mon pépère.

- Oui, Hyacinthe ibn Khairan, Villemomble sur Yvette. Je kiffe trop grave les créatifs, est-ce que je peux rester quand même ou bien?

- Ah non. Zéro connexe et zéro synerge implique fais ton paquet et reprends la route. C'est la règle. Allez, bon vent l'ami. Questions? Madame mademoiselle au premier rang peut-être, vous dont l'arrogante poitrine dardée vers la voûte céleste étincelle de mille feux qui éclipsent les étoiles, ou du moins le ferait certainement si elle était faite d'un matériau susceptible de réfléchir la lumière, ce qui n'est bien évidemment pas le cas, elle est faite en peau de nichons, et finalement quoi de plus naturel, une question?

- Oui, bonjour, Farid Chopel, Villers Saint Paul. C'est quand c'est qu'on s'poile?

- Jamais. On n'est pas là pour se poiler, on est là pour s'informer. Tu comprends bonhomme, t'es pas connexe, alors tu plies bagage, tu prends la porte, et tu ne remets jamais les pieds ici.

 

Là. Maintenant qu'on a bien dégrossi, il nous reste à compléter cette introduction de quelques indications de méthode. Dans la suite de cet article, nous consacrerons un paragraphe à chacun des procédés de créatif indiqués plus haut. Chaque paragraphe comportera une brève description du procédé dont il traite, et sera assorti d'une série d'exemples révélateurs issus de vraie fiente de créatif, et dûment commentés, ça tu peux me croire. Notons que nous nous garderons en général de citer des marques précises, principalement par couardise, mais aussi pour ne pas entacher la réputation de milliers de damnés du travail qui ne peuvent pas décemment assumer les responsabilités qui incombent au service "marketing" (marchandage, en français littéral) de leur entreprise. Nous ne prendrons pas la peine d'une synthèse, et certainement pas d'une antithèse, ferait beau voir tiens. Nous aurons soin de faire évoluer cet article de conserve avec l'actualité du créatif et de ses productions. Nous avons d'ores et déjà constitué un sous-groupe de travail du comité de surveillance de l'humour contemporain, chargé d'une part de mettre en exergue les pires ordures émanant de la nuisible corporation des créatifs, et d'autre part de surveiller et d'étudier l'émergence de nouveaux procédés basés sur des formes d'humour proscrites. Le groupe travaille d'ailleurs en ce moment sur le procédé "jeunisme", qui semble faire un usage immodéré de l'humour de sale con de jeune, et notamment de l'humour de sale con de jeu glorification bruyante du kitsch, dont nous nous étions déjà alarmés en d'autres pages. Nous évoquerons certainement la question dans une future révision de cet article.

C'est dire si on se fout pas de la gueule du client. Sauf dans cette première mouture, dans laquelle les développements, vous l'allez constater, sont un brin ténus. Pas faute de sueur, mais nous voilà en plein mois d'août, et le créatif rentre à peine de se faire ambrer la rondelle à Ibiza, alors faut lui laisser quelques jours, le temps qu'il se mette en rapport avec Belzébuth pour prendre ses ordres, et la grande farandole de la désinformation épicière reprendra de plus belle.

D'ici là, sachons nous contenter de ce qui suit, qui se résume à une ébauche de survol du problème des femmes à poil.

 


Femmes à poil

Le procédé "femmes à poil" est à l'origine de la production de deux types de "messages publicitaires": ceux dans lesquels on se contente de montrer plus ou moins directement des femmes à poil, et ceux dans lesquels on exploite de façon caricaturale, méprisante, et grossière, les poncifs qui caractérisent les individus de ladite gent féminine dans l'esprit de ceux qui n'en font pas partie, soit en général les membres de la gent masculine, plus communément appelés "ces messieurs" (nous ferons abstraction ici des anges et des enfants, qui n'ont pas de sexe, quoi qu'en dise ta dernière échographie).

Passons rapidement outre l'exposition brute de femmes à poil. Après tout, si ces messieurs sont assez cons pour croire que la dame à gros seins qui est posée sur le capot de je ne sais quelle voiture est livrée avec, ou que la voiture en question émet un genre de phéromone magique qui attire les dames en question, alors dans ce cas on ne peut que donner raison à cet enculé de créatif d'exploiter un tel gisement de concentré de jus de bêtise crasse. Vas-y, créatif, paye toi grassement sur le nunu, t'aurais tort de te priver. Et puis ça reste en famille, c'est plus élégant.

En revanche, on ne peut continuer à approuver d'un silence complice l'infamie ordurière dont le créatif asperge le beau sexe lorsqu'il veut s'attirer l'attention et la bienveillance de ces messieurs. En effet, à force d'exploitation conjointe d'humour de provocation de chienne de garde et d'humour de dissimulation de misère sexuelle, le créatif produit à des fins mercantiles une quantité de sexisme telle que Gaccio lui-même ne pourrait l'égaler en dix années consécutives de fin de banquet de communion. Et curieusement, les chiennes de garde ne s'en émeuvent pas publiquement. A croire que la réduction de la femme à l'état de télécommande pour lave-linge ne leur paraît pas choquante. Ah ça, pour taper sur Gaccio en même temps que les autres au fumeux prétexte qu'il a des manières de blaireau en privé, y a du monde, mais pour monter au créneau et combattre la racaille créative, c'est la désertion. Pourtant, le créatif ne fait rien d'autre qu'amasser un bon pécule bien gras en traînant la femme dans la boue, et pas à des fins thérapeutiques. Ce sont des méthodes de maquereau. De julot. De patron de bordel. Et que dit la chienne de garde? Rien. Elle peut pas, elle a la bouche pleine, elle mange midi et soir au Fouquet's, ou elle a table ouverte.

Alors laissons madame à son bâfrage, et passons à l'exposé des pièces à charge.

Le (machin), ça fait fondre tous les glaçons

Le pire exemple dans l'actualité (relativement) récente est à mon sens une campagne d'affichage qui a empoissé les murs de Paris, et probablement d'ailleurs, il y a quelques temps. Il ne s'agissait pas de promouvoir une marque en particulier, mais une eau-de-vie distillée dans les Charente, et dont l'intérêt gustatif se rapproche le plus souvent de celui du célèbre Clermont-Ferrand Delight (1/3 tequila, 1/3 viandox et 1/3 lait sur un trait pastis, servez à température ambiante après 3 semaines de macération, ne mélangez surtout pas). Attention, ne nous méprenons pas, ladite boisson peut aussi, parfois, plonger son consommateur dans un sentiment de bien-être extatique. Quand c'est bien fait, c'est bon. Mais c'est rarement bien fait, parce qu'il faut produire tant et plus, surtout pour nos amis du lointain orient, qui en boivent des quantités considérables, alors tout ça n'a plus le temps d'en passer en fût, et du coup c'est plus ça qu'est ça. Tu vois de quoi je cause? Ca commence par un "c", et ça finit par un "gnac". Si c'est pas un fameux indice.

Pour nous vendre ce jus râpeux vieilli trois semaines en cuve d'inox mal rincée et généreusement additionné de sucre avant et d'eau distillée (dans les bons jours) après, le créatif, dont on peut admettre qu'il n'avait pas la tâche facile, avait photographié 2 verres à c.gnac vides et barbouillés de traces de doigts, l'un des deux étant même orné d'une grasse trace de rouge à lèvres, et avait apposé au-dessus le grossier slogan sus-mentionné, à savoir "Le c.gnac, ça fait fondre tous les glaçons".

J'en frémis encore d'horreur. Il y a là deux sous-entendus terrifiants.

Le premier indique que cette paire de sagouins vient de consommer du c.gnac additionné de glaçons! A peine croyable. Un truc qui est censé avoir vieilli des dizaines d'années dans la quiétude d'un fût fait d'un bois choisi sur pied par le maître de chais, qui aura aussi pris soin de goûter et de rectifier régulièrement son assemblage, doucement, sans faire de bruit pour ne pas réveiller les autres jus qui dorment à côté, ce machin dont la texture et le goût semblent avoir été élaborés pour s'instiller lentement dans les tréfonds du bienheureux (ou heureuse, ou heureuse) qui le boit, et lui faire chaud au ventre et tiède à l'humeur, eh bien ce machin là, tu le files à ces deux cons, ils t'en versent une bonne rasade un peu au hasard dans le premier verre gras venu, et hop, "un glaçon, chérie?", et alors oui, et le v'là qui balance un glaçon là-dedans, et c'est d'un coup le tumulte et la fureur, le spiritueux est éparpillé et propulsé en tous sens contre les parois du verre, et cette connerie de glaçon commence à s'employer à anéantir définitivement le goût du breuvage.

Si t'aimes pas ça, le mieux c'est de pas à boire. Trou du cul.

Mais déjà je m'emporte alors qu'on n'a pas atteint le dixième de l'horreur que cette photo et ce slogan insidieusement (du verbe incidieuser, et je t'emmerde). Parce que cette phrase d'apparence anodine signifie aussi et surtout ceci, sur le ton du conseil du gars qui sait au gars qui découvre: "Alors mon pépère, t'as du mal à forcer le passage avec madame? Attends, tu achètes une bouteille de c.gnac à 60 balles, tu lui en files une bonne lampée, je sais à ce prix là c'est pas du bon mais t'emmerdes pas c'est pas vraiment pour boire c'est pour émmollier, t'as qu'à mettre un glaçon tu sentiras moins le goût, et tu vas voir ça va t'ouvrir et te lubrifier tout l'bastringue, devant, derrière, ça va être la foire au béant, la kermesse au gluant.".

Voilà ce qu'on proclame sur les murs. Voilà ce qu'on explique à nos enfants: les femmes sont des glaçons, avant de les consommer faut les faire fondre, et une fois que t'as fini, c'est commode, c'est fondu, alors c'est disparu. Tu peux éponger si t'es un peu regardant, sinon ça finira bien par s'évaporer.


Mépris, raillerie, dérision, cynisme, aigreur et impertinence

Non, là, il n'y rien. Pas encore.


Humour d'enculé de créatif

Là non plus. Pourtant, Dieu sait s'il y aura à dire.


Réclame

Ah, ben merde, rien non plus. Mais ça va venir, ça va venir.